‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 46 sur 314 · PREMIERE PARTIE, CHAPITRE V OD · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE, CHAPITRE V OD

sa place en silence : on sentait que deux partis se disputaient le terrain, et que la lutte, jusque-là contenue peut-être par la présence du héros italien, allait devenir sérieuse.

On débuta par les discours de Grcmer et d'Odger, qui furent très ap[)laudis ; puis le professeur Karl Voi>t lut, en français et en allemand, ces Dix articles contre la guerre, de M™*^ Stalir (Fanny Lewald), dont la tournure humoristique a été tellement goûtée, et que toute la presse a reproduits.

L'un des secrétaires du bureau. Ch. -Louis Ghassin, donna ensuite lecture du projet de résolution élaboré par le Comité directeur. Ces résolutions ont été imprimées dans tous les journaux ; je n'en relèverai que les deux points qui intéressaient spécialement les délégués du Congrès ouvrier, et qui montraient que le Comité directeui' était disposé à donner satisfaction aux vœux des socialistes.

L'un des considérants disait :

« Considérant que l'existence et l'accroissement des armées permanentes constituent la guerre à l'état latent, et sont incompatibles avec la liberté et avec le bien-être de toutes les classes de la société, principalement de la classe ouvrière. . . »

Et le cinquième paragra[)he des résolutions portait qu'il était du devoir des membres de la Ligue de la paix et la liberté : « De faire mettre à l'ordre du jour, dans tous les pays, la situation des classes laborieuses et déshéritées, afin que le bien-être individuel et général vienne consolider la liberté politique des citoyens ' ».

On remarquera que les rédacteurs de ce paraeraphe avaient emprunté, en partielles termes mêmes du considérant de l'Adresse de l'Internationale, où il était dit que « la paix, première condition du bien être général, doit être à son tour consolidée par un ordre de choses qui ne connaîtra plus dans la société deux classes, dont l'une est exploitée par l'autre ».

Dans une lettre qu'il adressa au journal le Temps, de Paris, après le Congrès, Emile Acollas insista en ces termes sur la signification qu'il fallait donner aux résolutions présentées par le Comité directeur, et qui furent adoptées par fe Congrès dans sa dernière séance :

Dès l'ouverture du Congrès, un duel à outrance semblait imminent entre le socialisme et la lil)erté politique. De franches et rudes paroles, exprimant des idées mal définies, avaient été prononcées par les délégués des Travailleurs de Lausanne ; une protestation avait suivi % et, il faut le dire surtout à ceux pour qui la modération est le premier des devoirs, cette protestatioii appelait le combat.

Kh bien, le combat n'a pas eu lieu et le malentendu a cessé. Qu'est-ce que le socialisme du Congrès de Lausanne?. . . Est-il autre chose (pie l'expression d'une soullVance et la légitime volonté de voir cette soulfrancc s'atténuer et disparaître? Le socialisme du Congrès de Lausanne a tlit son mot à Genève : Venez à nous arec un c(rur sincère ; nous chercherons et nous réaliserons ensemble.

La [)olitique et l'économie se sont reconnues et réconciliées dans la Justice.

1. Ici s'arnHo la partie dv.s Sourcil ii'K des Congrès ilr I.ititsnnne et de Génère qui a paru dans h\ Dioqène en 18H7, du niiincro du 27 scptt'inltro à relui du iTdtVeinbre. Il m'a (^té iuipossii>lc de retrouver tinc eollectien dt> l'anni'-e ISCS de ce journal (ma propre collection a été perduei, en sorte t\\\i' je ne puis donner la (in de ces Sourenirs.

2, La protestation de M. de Molinari, Dameth, Clierbuliez et autres.

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Pour compléter ce que j'ai transcrit ci-dessus du feuilleton du Dio^ène, j'ajouterai, sommairement, que dans la séance du mercredi du Congrès de la paix on entendit encore, entre autres, un discours de Charles Lon^fuet et un de Gustave Chaudey ; et dans celle du jeudi, un discours de De Paepe, dont je retrouve le passage principal reproduit dans le iJiog-ène du 6 décembre ; le voici :

« Nous aussi, nous sommes républicains et Cédéralisles : mais nous ne vouions pas d'une réj)ul)li(jU(' nominale et d'une l'éjération illusoire. La répul)li(|ue, nous la voulons dans les laits, et surtout dans les faits économiques, qui priment tous les autres à notre époque : non seulement nous ne voulons pas du monarque héréditaire qui s'appelle empereur ou roi, ni du monarque temporaire qui s'ap[)elle président, mais nous voulons aussi supprimer le monarque ajjpelé capitaliste, ou l'oligarehie appelée banques nationales, compagnies financières, etc., qui régissent despotiquement la circulation des valeurs et dont la liste civile s'appelle intérêt ou dividende ; mais nous voulons supprimer le monarque qui s"a[)pelle proj^riétaire, qui règne en maître absolu sur le sol et dont la liste civile s'appelle rente ou fermage. Le fédéralisme, nous le voulons non seulement en politique, mais en économie sociale ; nous ne voulons pas seulement décentraliser le pouvoir, mais nous voulons aussi décentraliser le capital ; comme nous voulons que chaque citoyen soit son propre souverain, nous voulons que chaque producteur soit son propre capi taliste, c'est-à-dire que capital et travail soient réunis sur la même tête ; comme nous voulons que la loi ne soit plus qu'un contrat entre les citoyens, c'est-à-dire un échange de services, nous voulons que la production, le commerce, le crédit, la consommation, ne soient, eux aussi, qu'un échange de services. Car à quoi servirait de décentraliser les nations, les provinces, les communes, si dans chacun de ces groupes le capital continuait à être centralisé dans les mains de quelques-uns ? Dans les républiques comme dans les monarchies, n'est-ce pas le capital qui gouverne, et nest-ce pas la misère qui fait la sei'vitude? Fédéralisme politique suppose fédéralisme économique, sans cela ce n'est qu'un leurre ; et fédéralisme économique signifie : mutuellisme, réciprocité des services et des produits, suppression de tous les prélèvements du capital sur le travail, extinction du bourgeoisisme et du ]>rolétariat. »

A la fin de la séance du jeudi, les radicaux et les libéraux genevois ligués contre le Congrès, et conduits par James Fazy et par Albert Wessel, tentèrent de troubler l'ordre en suscitant une bagarre : mais, malgré cette manœuvre, dont le résultat fut d'écourter la discussion, un vote put avoir lieu, qui sanctionna le projet de résolutions présenté la veille par le Comité directeur.

Pendant le Congrès de Lausanne, une conférence particulière avait eu lieu entre les délégués des Sections de la Suisse française ' . Il y fut décidé : 1° Que la Voix de l'Avenir, mise à la disposition des Sections romandes

1. Le rapport administratif du Conseil général au Congrès de Lausanne constatait l'existence dans la Suisse française de dix-sept Sections, celles de Genève, Carouge, Lausanne, Vevey, Montreux, Neuchâtel, la Chaux-de-Fonds, le Locle. Sainte-Croix, Saint-lmier, Sonvillier, Bienne.- Moutier, Boncourt, Tramelan, les Breuleux, les Bois. Dans la Suisse allemande il n'y en avait que quatre, celles de Zurich, de Wetzikon, de Bâle et de Berne.

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