PREMIKUE PARTIE, CHAPITRE IX
giquc et un but purement politique. Cette association, la première organisation socialiste en Italie, reçut le nom d'Alliance de la démocralie sociale {Soïoiiz Sotsialnoï Dcmokratii), nom qui, eu dernier lieu, lorsque les communistes autoritaires allemands eurent attaché au terme de « démocratie sociale » (Social- Demokralie) une signification doctrinalo-autoritaire compromettante, fut changé en celui d'Alliance des révolutionnaires socialistes. Gréée comme aliirmation du socialisme à l'encontre du dogmatisme religioso-politique de Mazzini, TAlliance plaça dans son programme l'athéisme ; la complète négation de toute autorité et de tout pouvoir quelconque; l'abolition du droit juridique ; la négation de la conception de l'individu comme citoyen, conception qui, dans l'Etat, remplace celle de l'individu comme homme libre ; la propriété collective ; elle déclarait que le travail devait être la base de l'organisation sociale, que ce programme présentait sous la forme d'une libre fédération de bas en haut.
Dans l'Alliance, au commencement purement italienne, entrèrent aussi bientôt des Français et des Polonais, et beaucoup plus tard des personnes d'autres pays ' . Les premières années de son développement et de son activité ne se rapportent pas à notre sujet. Disons seulement qu'au premier Congrès de la Ligue de la paix et de la liberté (Genève, 1867) Bakounine parut en qualité de membre de l'Alliance-, afin d'essayer de faire adopter à cette Ligue le programme de l'Alliance : à cette époque, en efiét, la Ligue ne faisait que s'organiser et n'avait aucun caractère défini, et ce premier Congrès avait justement pour but l'élaboration d'un programme.
1 Parmi les Italiens qui faisaient partie de cette organisation secrète, on peut nommer Giuseppe Fanelli et Saverio Friscia, tous deux membres de la Chambre des députés ; parmi les Français, Alfred Talandier (dès 1864). les deux frères Elie et Elisée Reclus (en 1865). Aristide Rey. b. Malon, Alfred Naquet ; parmi les Polonais, Mroczkowski. Nicolas joukovsky et Charles Perron y furent admis, le premier en 1867, le second en 18G8. Alexandre Herzen et Nicolas Otraref furent mis au courant, par Bakounine lui-même (lettre du 19 juillet 1866, publiée par Dragomanof. Correspondance de Michel Bakounine, p. 214 de la traduction française), de l'existence et du pro^'ramme de cette organisation, a Vous me reprochez mon inactivité, leur écrivait Bakounine, et cela juste au moment où, au contraire, je suis plus actif que jamais. J'entends par là ces trois dernières années (1864, 18li;i et I8661, pendant lesquelles mon unique préoccupation a été d'organiser une Société secrète internationale socialiste et révolutionnaire. Bien que j'aie la certitude que vous ne pourriez en faire partie, vu la ligne de conduite (jue vous avez adoptée pour votre propagande, et votre tempérament même, néanmoins, ayant pleine confiance en votre fermeté et votre loyauté, je vous envoie notre programme, qui est le développement des principes et de l'organisation de la Société ; je le mets sous une enveloppe fermée que la princesse [Obolensky] vous remet^tra avec cette lettre... Après un travail pénible de trois années consécutives, je suis arrivé à obtenir des résultats pratiques. .V présent nous avons des adhérents en Suède, en Norvège, en Danemark, en .Angleterre, en Belgique, en France, en Espagne et en Italie. Nous avons aussi des amis polonais, et nous comptons même quelques Busses parmi nous. La plupart des organisations mazziniennes de l'Italie méridionale, de la lùilaïK/e sacra, sont venues k nous. » Dix mois plus tard (lettre du 7 mai 1867 : p. 2.oi de la traduction française), Bakounine redemandait a Herzen et à Ogaref, en ces termes, les documents conlii^entiels qu'il leur avait communiqués : c Hemette/ à Mroczkowski mes papiers, que V. vous a transmis : l'Organisation de la Société, et le nianuscrit dont vous fûtes si scandalisés I). Ces deux documents, intitulés, l'un : « Organisation », l'autre : « Catéchisme révolutionnaire », ont été publiés |iar Neltlau (pages :a>J-:i3;i).
2. Ces mots ne signifient pas que Bakounine se rendit au Congrès pour y7representer ofliciellement l'Alliance, — chose qui ne potivaitse faire puiscjne cette Alliance était une organisation secrète, — mais (]u'il avait reçu mandat de l'.Vlliance pour aller cl Genève exposer et défendre 1111 programme qui était celui de ce groupe de socialistes.
^8 lintIîhnationaLk
Dans son discours au Congrès Bakouninc exposa les idées de rAUiancc.
Vient ensuite la reproduclioti d'un extrait assez étendu du discours de Bakouninc, (jui traite surtout de la question slave, de la nécessité de détruire le despotisme de l'empire russe, avec diverses considérations de politique internationale. Seul le passage suivant peut être considéré comme un « exposé des idées de l'Alliance » :
« Tout Etat centralisé, quelque libéral qu'il s'aHii-nie, même s'il avait la Tonne républicaine, est nécessairement ro[)[)resseur, l'exploiteur des masses populaires ouvrières au profit de la classe privilégiée. L'armée lui est nécessaire pour conserver ces masses, et l'existence de cette force armée le pousse à la guerre. J'en déduirai que la paix internationale est impossible tant qu'on n'aui*a pas adopté, avec toutes ces conséquences, le principe suivant : toute nation, taible ou forte, peu nombreuse ou nombreuse, toute province ou commune, a le droit absolu d'être libre, autonome, de vivre et de se gouverner confoi'mément à ses intérêts, à ses besoins particuliers : et dans ce droit toutes les communes, toutes les nations sont si solidaires qu'il est impossible de le violer à l'égard de l'une d'elles sans lui faire courir le même danger dans toutes les autres. La paix générale sera impossible tant qu'existeront les Etats centralisés actuels ; nous devons par conséquent désirer leur dissolution pour que sur les ruines de ces unités forcées, organisées de haut en bas au moyen du despotisme et des conquêtes, puissent se développer des unités libres, organisées de bas en haut au moyen de la libre fédération des communes en province, des provinces en nation, des nations en Etats-Unis d'Europe. »
Après avoir parlé des incidents locaux qui troublèrent la dernière séance du Congrès de Genève, Bakouninc continue, dans le chapitre dont je donne la traduction :
Le Congrès, n'ayant pas réussi à élaborer un programme, en remit la confection au comité, qui devait le présenter, au congrès annuel suivant, à la sanction de l'association. Pendant toute cette année (de septembre 1867 à septembre 1868), il y eut dans ce comité une lutte entre le libéralisme et le radicalisme bourgeois de la majorité et les idées socialistes révolutionnaires de la minorité, à laquelle appartenait Bakouninc, qui avait été élu membre de ce comité ainsi que plusieurs de ses amis.
Enfin, au bout d'un an. au second Congrès de la Ligue, à Berne, la lutte de ces deux partis éclata au grand jour et aboutit à un dénouement. La dillérence profonde dans les principes fondamentaux des deux fractions de la Ligue d'alors trouva son expression complète dans l'attitude de la Ligue à l'égard de la question sociale ...
L'outil avait été essayé ; à l'épreuve il s'était montré mauvais, il avait dû être rejeté : il ne restait qu'à en chercher un autre. L'Association internationale des travailleurs se présentait naturellement comme cet outil meilleur. Bakounine en était membre depuis le mois de juillet de cette année. 11 proposa à la minorité socialiste-révolutionnaire sortie de la Ligue d'entrer en masse dans l'Internationale, tout en gardant en même temps leur lien intime, c'est-à-dire en conservant leur Alliance des révolutionnaires socialistes sous la forme d'une