‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 62 sur 314 · PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE X

et civile ; droit de cité accordé à tous les individus nés et élevés sur le sol de la république; réforme de l'organisation des communes dans le sens de l'extension des droits des citoyens réunis en assemblée communale, et d'une diminution correspondante des attributions des maires et des conseils municipaux, etc.; enfin, abolition de la peine de mort.

Nous saluAmes avec satisfaction, auLocle, ce programme, comme nous avions salué, quelques mois auparavant, celui du mouvement révisionniste zuricois ' ; et nous résolûmes d'envoyer à Genève notre adhésion motivée.

En même temps que nous lisions dans la Liberté le manifeste genevois, la Voix de C Avenir du ii octobre nous apportait une réponse faite à Goullery par le Comité central des Sections de Genève, réponse que Coullery avait été contraint d'insérer. En voici les principaux passages :

Le Comité central a été surpris de voir sur le numéi^o du 27 septembre une longue série de l'écriminations à son adresse et aux Sections de Genève ; le but de cet article est de nuire au Comité central vis-à-vis des Sections romandes. Le moyen n'est pas loyal;... le Comité central proteste de toutes ses forces contre ces attaques.

Il serait trop long de réfuter dans une lettre toutes les attaques et les erreurs de la rédaction, qui fait pi'euve en cette occasion de peu de connaissance sur l'organisation du Comité central. Nous comprenons parfaitement le mécontentement de la rédaction de voir le journal lui échapper, mais à qui la faute si les choses en sont arrivées à ce point ? à sa mauvaise administration et à son peu d'intérêt pour les travailleurs ; nous sommes unanimes à Genève pour déclarer qu'il ne représente plus les idées ni les principes de l'Internationale, exemple, l'article maladroit sur deux décisions du Congres de Bruxelles ; cet article est tout à fait en faveur de la politique étroite de la bourgeoisie.

Nous savons par la commission de vérification des comptes du journal comment est tenue la comptabilité de la rédaction ; c'est une véritable confusion à n'y rien comprendre. Nous donnons un démenti formel à la rédaction sur les faits avancés par elle... Le Comité central a fait tout ce qui était en son pouvoir pour amener un bon résultat dans cette atfaire ; déjà, à sa demande, les Sections abonnées ont envoyé de forts acomptes à la rédaction, mais aucune n'a refusé de payer ce qu'elle doit... Les réclamations des Sections sont parfaitement fondées, la rédaction en a convenu devant le Comité central.

Cette lettre était signée par le secrétaire correspondant du Comité central, Henri Perret. « Gomme on le voit, ce citoyen avait déjà commencé sa longue carrière de secrétaire ; mais alors c'était ua révolutionnaire à tous crins. » {Mémoire de la Fédération jurassienne , p. 34.)

Coullery, en insérant la lettre ci-dessus, la fit suivre d'une longue réponse où il disait, pour se justifier d'avoir parlé de détails du ménage intérieur des Sections :

Vos protestations ne détruiront pas les faits : ce sont donc ces faits qu'il faut faire connaître à tous les membres et au public entier.

1. Voir ci-dessus p. fiO. Co niouvcmonl avait ahotiti. dans TtHo ilo I8(>8, au n^nvorsemenl du régime Alfred Ksclier et à la reunion d'une Constituante : mais les illusions que les socialistes de la Suisse française s'étaient faites sur les résultats qu'il serait possible d'obtenir à Zurich furent promfttement dissipés. Les socialistes zuricois. au contraire, se cantonnèrent désormais sur le terrain de la lutte léj,'ale, et ce sont eu.x qui tenteront, en septembre 18()9, de faire inscrire à l'ordre tlu jour du Congrès de BAlc la question de la lcf,'islation directe par le peuple.

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Poun|uoi ne révélerions-nous pas à la Suisse entière, à Tflni'ope jnènie. des dillieullés de cette nature? iVous prêchons la réiorrne sociale, il faut i)ien ([U(; lonl le monde sache comment nous savons (;onduii'e nos propres allaircs, commenl nous entendons le droit et la justice.

11 ajoutait, à propos du Congrès de Bruxelles :

Ce que j'ai dil sur deux décisions du Conji^rès de Bruxelles, je l'ai toujours soutenu dans le journal. J(^ ne suis pas pour la i)roi)riété coliec^tive des biens fonciers. C'est bien vieux. Lisez tout ce que j'ai écrit en ma vie, et vous verrez (jue jai toujours l'ait des articles maladroits, et tout à fait en faveur de la politique étroite de la bourgeoisie.

Ceci était exact. Ce n'était pas CouUery qui avait changé, c'était l'internationalc qui évoluait.

En terminant , Goullery aflirmait « qu'il implorait sa défnission de rédacteur depuis plus d'une année ». On allait le prendre au mot, ainsi qu'on le verra bientôt, et le dépit qu'il éprouva de se voir mis de côté comme journaliste ne contribua pas peu à l'aigrir contre les « collectivistes».

De leur côté, les internationaux belges ne laissèrent pas sans réponse les singulières assertions qu'avait émises Goullery au sujet du Congrès de Bruxelles et du rôle qu'ils auraient joué dans ce Congrès. La Section bruxelloise de l'Internationale, en sa qualité de « Section centrale i)Our la Belgique », prolesta par une lettre fort dure, en date du 6 octobre, qu'avait rédigée De Paepe et que signèrent les membres du bureau de la Section. Cette lettre parut dans la Vuix de l'Avenir du i8 octobre. On y lisait :

Nous n'avons pas à discuter, monsieur le l'édacteur, vos deux opinions sur ces deux questions, celle de la propriété foncière et celle de la Ligue de la paix. Libre à vous de penser que la propriété individuelle du sol est le palladium de la liberté, comme à d'autres de voir dans lappropriation du sol par la collectivité une nécessité sociale. Libi'e aussi à vous de croire que la Ligue de la paix et de la I liberté est une œuvre utile et même nécessaire, comme à d'autres de la croire superflue si elle marche franchement dans les mêmes voies socialistes que llnternationale, et dangereuse si au contraire la Ligue est bourgeoise et veut faire bande à part de la grande fédération universelle du prolétariat. Mais si vous êtes parfaitement libre de professer tel principe plutôt que tel autre, vous n'avez pas, plus que n'importe qui. le droit de dénaturer les faits. Or, c'est ce que vous avez fait dans votre article. Nous ne voulons pas su})poser que c'est par malveillance, nous aimons mieux croire que c'est par ignorance de ce qui s'est passé au Congrès ; mais vous conviendrez que, dans ce cas, vous auriez mieux fait de vous taire que d'inventer des choses qui n'existent pas.

Dans votre article vous dites : « C'est l'opinion ou les théories des Belges qui ont prévalu. Et les Belges étaient les plus nombreux. C'est l'école de Colins qui a remporté cette victoire. » Et ailleurs : « La théorie de Colins, la théorie que les Belges ont fait voter malgré les protestations des délégués des autres pays, etc. »

Eh bien, monsieur, autant de propositions, autant d'erreurs.

Ce n'est pas la théorie des Belges qui a prévalu, c'est aussi la

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théorie de runanimité de la délégation anglaise el de la délégation allemande.

Les Belges n'étaient pas les plus nombreux aux séances administratives, c'est-à-dire aux séances du matin, les seules où l'on votait sur les résolutions. . .

La réponse au Congrès de Berne a été votée à l'unanimité des membres présents (Suisses, Allemands. Français. Anglais, Belges, Espagnol), moins trois voix, parmi lesquelles celle d"un Belge, De Paepe.

Quant aux résolutions sur la propriété foncière,... vous savez que cette question était à l'ordre du jour depuis le Congrès de Lausanne ; . . . deux rai)ports ont été lus au Congrès, celui de la Section bruxelloise et celui de la Section de Rouen, et ce dernier (qui n'est pas dû à des Belges, sans doute) conclut à la propriété collective du sol. Au Congrès, une commission spéciale a été nommée pour l'étude de la question et pour la rédaction des résolutions à présenter : elle était composée ainsi : trois Français. Tolain. Pindy et Lemonnier ; trois Allemands, Becker, Eccarius et Hess ; et trois Belges, Coenen, Coulon et De Paepe. La commission tomba d'accord sur la nécessité de transformer les canaux, routes, chemins de fer, mines et houillères en propriétés de la collectivité sociale ; mais le même accoril n'exista plus sui- la (piestion du sol arable et de la propriété agricole en général. Finalement, les résolutions (jue vous connaissez furent adoptées par la commission à l'unanimité, moins les voix de deux membres absents, Tolain et Pindy. Soumises au Congrès en séance du matin, lesdites résolutions furent admises par trente voix contre cinq : il y a eu quinze ou seize abstentions. Parmi les trente voix qui ont voté pour, il y a treize Belges et dix-sept membres étrangers à la Belgique, savoir : huit délégués anglais, quatre allemands, ([uatre français, et le délégué de Naples. Parmi les cinq membres qui ont voté contre les résolnlions, il n'y a (pi'un Français, Murât, de Paris; mais il y a quatre Belges, Hins, S;iillanl, Verhegi2;en et Granshod'. Eniin, parmi les quinze ou seize abstentions, on remarque beaucoup de Français, et, de plus, des Suisses et des Belges, notamment, parmi ces derniers, le citoyen Fontaine. Il est à remar- (piei' que parmi cc;s abstentions, la plu[)art se sont faites parce que la ((ueslion ne ])araissait pas sullisamment élucidée, tandis que d'autres se sont produites pai'ce que certains délégués, tout en étant personnellement pai'tisans de la propi-iété collective du sol, n'avaient |)as reçu mission de voter sur cette question : dans ce dernier cas se trouvait le délégué espagnol. Sarro Magallan.

En présence de tous ces faits, vous avez été très mal ins[)iré en attril)uant les deux votes en question à l'inlluence des Belges inq^osanl leurs volontés aux délégués des autres pays.

Vous dites aussi, monsieur le rédacteur, que les Belges sont ;i la fois proudhoniens et coiinsiens. Nous croyons |)ouvoir vous dire, monsieur, (pie si, en ellel. Proudhou el Colins ont en Belgiipie des dis(i|)l('s lidèles, nous ne connaissons, à vi'ai dire, ni proudhoniens ni colinsiens parmi les délégués : il y avait là des niutnellistes. des cominunisles. d'autres socialistes ne se rattachant à aucun «le ces «leux grands systèmes, d'auti-es encore ayant tenté une synthèse de ces deux systèmes Mais il est un lait, c'est «pie parmi les (h'-lègnés belges nous ne «connaissons piM-sonne qui accepte les itlées mètaphysicpu'S

de Colins. Un autre fait encore, c'est que parmi ceux qui se disent inutuellisles et dont les idées économiques se rattachent généralement aux théories de Proudlion, en ce sens qu'ils veulent, comme le gi'and révolutionnaire, la supjjression de tous les prélèvements du capital sur le travail, la suppression de l'intérêt, la réciprocité des services, l'égal échange des produits sur la base du ]>rix de revient, le crédit gratuit réciproque, plusieurs ont voté [)Our l'entrée du sol à la propriété collective, lels sont les (juatre délégués français Aubry, de Rouen, Delacour. de Paris, Richard, de Lyon, et Lemonnier, de Marseille ; et, parmi les lîelges, les compagnons Ch. Maetens, "Verrycken, De Paepe, Maréchal, etc. Pour eux, il n'y a point de contradiction entre le mutuellisme applicable à l'échange des services et des produits en prenant pour base le prix de revient, c'est-à-dire la quantité de travail contenue dans les services et pi'oduits, et la propriété collective applicable au sol, lequel n'est pas un produit du travail et, par suite, ne leur paraît pas devoir tomber sous la loi de l'échange, sous la loi de la circulation.

La Section du Locle se réunissait régulièrement une fois par mois. L'assemblée mensuelle d'octobre eut lieu le dimanche soir 18: Fritz Robert y vint de la Chaux-de Fonds, pour rendre compte de sa délégation au Congrès de Bruxelles. Nous avions continué à nous voir fréquemment depuis son retour. Il avait commencé à écrire, pour la Voix de l'Avenir, une série d'articles sur le Congrès, qui parurent en feuilleton dans les numéros du 4 au 25 octobre 1868. Le résultat de nos conversations avait été une adhésion complète aux résolutions votées à Bruxelles, et nous allions chercher à faire partager notre point de vue à nos camarades loclois.

L'assemblée fut très nombreuse : Constant Meuron présidait. « L'enthousiasme bienveillant des anciens jours s'est retrouvé, et chacun, au moment où la séance a été levée, exprimait le plaisir qu'il avait ressenti» (Lettre du 19 octobre 1868'). La lettre de la Section bruxelloise, que nous venions de lire dans la Voix de l'Avenir, avait aidé les ouvriers loclois à se former une opinion : et c'est à l'unanimité des membres présents que furent approuvées les résolutions du Congrès de Bruxelles. Je donnai ensuite lecture d'un projet d'Adresse aux socialistes de Genève, et cette Adresse fut également votée à l'unanimité. E.xpédiée le lendemain à Catalan, elle parut dans la Liberté du 24 octobre; la voici :

Adresse des démocrates socialistes du Locle à la démocratie sociale

de Genève.

Citoyens,

Nous avons pris connaissance du programme des démocrates socialistes genevois, publié dans un des derniers numéros de la Ziôerie, et nous remplissons un devoir de solidarité en vous envoyant notre adhésion complète aux principes que vous avez proclamés.

Quelques-uns des points de votre programme sont déjà réalisés dans notre canton ; quant aux autres, nous travaillerons de concert avec vous à les faire inscrire dans nos lois, et, si Genève réussit plus vite que Neuchâtel à réformer ses institutions dans le sens de nos principes, nous nous féliciterons de vous voir nous frayer le chemin du progrès social.

1. Comme je l'ai déjà dit, les passages entre guillemets qu'on rencontrera de temps en temps dans mon récit, avec cotte indication entre parenthèses : « lettre du. . . u, sont extraits de mes lettres à ma iiancée.

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