‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 69 sur 314 · PREMIERE PARTIE, CHAPITRE XIII Io · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE, CHAPITRE XIII Io

f elle ferait double emploi avec celle-ci ; si elle se proposait un but différent, elle serait une rivale et peut-être une cnneuiie. Marx écrivit à ce sujet au jeune socialiste russe Alexandre Serno-Solovievitch ', à Genève, en relevant l'expression incorrecte (l'égalisation des classes qui figurait dans le programme de l'Alliance. Serno communiqua la lettre de Marx à Bakounine ; et celui-ci, aussitôt, adressa à Marx la lettre suivante (en français) - :

Genève, 22 décembre 1868.

Mon vieil ami, Serno m'a fait part de cette partie de ta lettre qui me regardait. Tu lui demandes si je continue à être ton ami. Oui, plus que jamais, cher Marx, parce que mieux que jamais je suis arrivé à comprendre comlnen tu avais raison en suivant et en I nous invitant tous à marcher sur la grande route de la révolution ' économique, et en dénigrant (?) ceux d'entre nous qui allaient se perdre dans les sentiers des entreprises soit nationales, soit exclusivement politiques. Je fais maintenant ce que tu as commencé à faire, toi, il y a plus de vingt ans. Depuis les adieux solennels et publics que j'ai adressés aux bourgeois du Congrès de Berne, je ne connais plus d'autre société, d'autre milieu que le inonde des travailleurs. Ma patrie maintenant, c'est rinternationale, dont tu es l'un des principaux fondateurs. Tu vois donc, cher ami, que je suis ton disciple, et je suis lier de l'être. Voilà tout ce qui était nécessaire pour t' expliquer mes rapports et mes sentiments personnels.

[Bakounine s'explique ensuite au sujet de l'expression égalisation des classes et des individus : il annonce l'envoi des discours qu'il a prononcés à Berne, et parle de sa séparation d'avec Herzen, qui date de i863^. Puis il continue ainsi :]

Je t'envoie aus^i le programme de l'Alliance que nous avons londée avec Becker et beaucoup d'amis italiens, polonais et français. Sur ce sujet nous aurons beaucoup à nous dire. Je t'enverrai bientôt la coj)ie d'une grande lettre que j'écris là-dessus à l'ami César De Paepe...

Salue de ma part Engels, s'il n'est pas mort une seconde fois — tu sais qu'on l'avait une fois enterré. Je te ])rie de lui donner un exemplaire de mes discours, aussi bien qu'à MM. Eccarius et Jung.

Ton dévoué,

M . Bakounine .

Rappelle-moi, je te prie, au souvenir de M'"'= Marx.

Le jour même où Bakounine écrivait cette lettre, le Conseil général de Londres prenait la décision de refuser la demande que lui avait adressée le Bureau central de l'Alliance, par une résolution conçue en ses termes :

(Considérant que la présence d'un deuxième corps international fonctionnant au dedans et en dehors de rAssocialion internationale des travailleurs serait le moyen le plus infaillible île la désorganiseï* ;

Que tout autre groupe d'individus résidant dans une localité ipiel-

1. Alexandre Sorno-Solovicvitcli, ami et disciple de Tchernychevslvy. s'était rcfiif,'i6 en Occident en 18()3. Entré dans l'Internationale, il prit une parlactive aux luttes que l'Association eut à soutenir à (ienève, en particulier à la grande {,'réve du printemps de IStW. Il mourut en août 1S()1».

2. Cette lettre ne m'est connue (jue par sa publication dans la .Yci/c /ni, de Herlin, numéro du (i octobre 1000.

3. Bakounine avait pris une part active à l'insurrecliim |iolonaise de IS(';t, ce (|ui l'amena à se séparer politiiiuement de lier/en.

Io4 l/ INTERNATION A LK

coiuiuc aurait le «Iroit «riinitcr le groupe initiateur de Genève et, sous des prétextes ])lus ou moins ostensibles, d'enter sur TAssoeiation internalionale <les travailleurs <rautr('s associations internationales avec des missions spéciales;

Que de e(^tle manière l'Association inliirnationale des travailleurs deviendi-ait bientùl le joncl des intrij^ants de toute nationalité et de tout parti ;

. . . (^u(^ la question a été préjugée par les résolutions contre la Ligue de la ])aix, adoptées unanimement au (Congrès général de Bruxelles ; . , .

Le Conseil général de l'Association internationale des travailleurs, dans sa séance du 2ii décembre 18G8, a unanimement résolu :

I" Tous les articles du règlement de l'Alliance internationale de la démocratie socialiste statuant sur ses relations avec l'Association internationale des travailleurs sont déclarés nuls et de nul etlet;

20 L'Alliance internationale de la démocratie socialiste n'est pas admise comme branche de l'Association internationale des travailleurs.

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