Egalité du 21 août
3. Il semble, d'après le passage de l'Egalité qui vient d'être cité, que les trois délégués Brosset, Heng et Grosselin avaient été élus par toutes les Sections de Genève. Mais on ne comprend pas bien comment sept Sociétés de la fabrique ayant décidé de nommer un délégué spécial en h\ personne de H. Perret, ces mêmes Sociétés, ou du moins les six d'entre elles qui étaient des Sections de l'Internalionale. auraient néanmoins participé ensuite à l'élection d'une délégalion collective représentant toutes les Sections de Genève. Le Mémoire dit (page 95) : « Devant cette attitude de la fabrique, la séparation devint un fait accompli. Les ouvriers du bâtiment, réunis aux tailleurs et aux cordonniers, décidèient d'envoyer de leur côt(; trois délégués, (jui furent Heng, Brosset et Grosselin. En nommant ce dernier, les ouvriers du bâtiment, voulurent faire preuve d'un esprit de conciliation. » Ce point reste obscur pour moi, de savoir si les trois délégués Heng, Brosset et Grosselin représentèrent à Bâle l'ensemble des Sections inteinalionalcs de Genève, ou seulement « les ouvriers du bâtiment, réunis aux tailleurs et aux cordonniers » ; les documents dont je dispose ne me pt^nnettent pas de l'élucider.
4. Le rapport de la commission sur la (juestion de rhéritage, présenté et adopté dans une assemblée générale dont la date n'est pas in li(iuée (probablement le samedi 21 août), a été publié dans l'Egalité du :i8 aoiU 18()9.
5. Le rapport de la commission sur la (jnestion de la propriété foncière, présenté et adopté dans l'assemblée générale du 2S août, a été publié dans l'Egcililé du 4 septembre 18*i9.
6. Cette singulière histoire est racontée en détail dans le Mémoire, page 7tî. — .\ Bâle, Grosselin, après avoir présenté au Congrès (séance du 8 septembre), le rapport administratif des Sections de Genève, dit (]ne le Comité central genevois lui avait lionui" toute latitude pour traiter les (ini'slions de la prop.iêlé et de l'héritage connue il l'entendrait, contrairement à ce (jui avait été fait pour si^s deux collègues Brosset et Heng. Brosset protesta aussitôt : il dit que Grosselin avait reçu, tout comme Heng
i88 l'internationale
La Section de l'Alliance décida de se faire représenter, elle aussi, au Congrès de BAle. Le médecin espagnol Gaspard Sentifion, délégué à Bâle par la Section internationale de Barcelone, se trouvant de passage à Genève, avant le Congrès, se iit admettre comme membre de la Section de l'Alliance le 29 août : séance tenante, la Section le choisit comme délégué'.
Quant à Bakounine, il avait reçu deux mandats pour le Congrès de B;\le : l'un de l'Association des ouvrières ovalistes de Lyon, qui venait d'adhérer à rinlernationale à la suite de la grève retentissante dont j'ai j)arlé, l'autre de la Section des mécaniciens de Naples '-.
Coullery avait compris que son rolc était fini à la Chaux-de-Fonds et dans l'Internationale : il disparut momentanément de la scène, pour aller s'enterrer dans un petit village de Val de Ruz, Fontainemelon, où de riches industriels appartenant au parti conservateur, les frères Robert, venaient de l'appeler comme médecin attaché à leur fabrique d'ébauches de montres. La Section de la Chaux-de-Fonds nomma pour son délégué au Congrès de Bâle Fritz Robert, et lui donna le mandat de voter pour la propriété collective et pour l'abolition du droit d'héritage. Le monteur de boîtes François Floquet fut délégué de la Section centrale du Locle, Adhémar Scliwilzguébel délégué de la Section du district de Courtelary, l'horloger Alcide Gorgé délégué de la Section de Moutier. La Section de Lausanne avait délégué le corroyeur Jaillet. Sur mon initiative, il venait de se reconslituer une Section à Neuchâtel ; mais je n'acceptai pas d'aller la représenter au Congrès: il m'eût été trop difficile dem'absenter, à cause de mes occupations à l'imprimerie ; en outre, ma santé était ébranlée ; j'avais donc résolu de ne pas me rendre à Bàle.
Le dimanche 5 septembre, jour de l'ouverture du Congrès, je vis arriver à Neuchâtel un jeune Français, l'ex-abbé Marlinaud, auteur dune brochure (jui avait fait quelque bruit l'année précédente, la Lettre d un jeune prêtre athée et matérialiste à son évéqiie, le lendemain de son ordination ^ Je copie à ce sujet un passage de ma lettre du lendemain :
Je n'ai pas pu t'écrire hier, malgré mon envie : j'ai été occupé tout le jour à une aventure qu'il faut que je te raconte.
J'étais encore endormi quand on vient m'annoncer qu'un monsieur vêtu de noir me demande, et m'apporte une lettre d'un ami de Paris. Je lis cette lettre, et je vois que l'ami en question me recommande M. Martinaud, ex-prêtre catholique, qui a quitté la soutane parce qu'il a pris des convictions nouvelles, qui a publié une brochure contre le catholicisme, et qui a été condamné pour cela à deux ans de prison. Je connaissais bien cette histoire pour l'avoir lue il y a quelques mois dans les journaux. Je me hâte donc de m'habiller et d'aller recevoir M. Martinaud, Il a fait neuf mois de prison, et c'est l'amnistie du i5 août qui lui a permis de sortir de Sainte-Péla-
et comme lui-même, mandat impératif de voter en faveur de la propriété collective et de l'abolition de l'héritage, et que dix-sept Sections les avaient investis de ce mandat. (Compte-rendu officiel du Congrès, page GO.)
1 . Extrait des procès-verbaux de la Section de l'Alliance, analysés par Nettlau (page 3161.
2. La candidature de Bakounine à la délégation avait été posée à Genève, au scrutin des 21-23 août, mais il n'avait pas été élu. Un entrefilet de VEgalilé (M septembre 1869) dit : « Bak((unine. dans l'élection d'une délégation commune aux Sections qui font partie de la Fédération genevoise, venait, par le nombre des suffrages, immédiatement après les trois internationaux élus, et il est certain qu'il aurait passé des premiers si l'on n'avait pas su que sa présence à BAle était déjà assurée ».
3. Le Proqrèa publia dans ses n"^ 20 et 21 (2 et 16 octobre 1869) cette Lettre, dont Martinaud, qui n'en possédai! plus d'exemplaire, avait reconstitué le texte de mémoire.
gîe ; il quitte la France, où le clergé le persécuterait, et vient chercher en Suisse des moyens d'existence. Il me demande des conseils. Nous déjeunons ensemble, puis nous passons la matinée à causer avec mon père qui, contre mon attente, a fait à M. Martinaud un très bon accueil. Enfin, sans te conter tous les détails, je te dirai que M. Martinaud a demandé s'il ne pourrait pas trouver du travail comme ouvrier compositeur chez nous ; il a autrefois commencé un apprentissage d'imprimerie. Nous lui avons répondu qu'il y gagnerait à peine sa vie, au moins en commençant. Malgré cela, il paraît résolu à essayer, et nous lui avons dit qu'il y avait de Touvrage à son service.
Il a dîné avec nous ; mes sœurs et frères, ma mère, tout le monde le trouve très comme il faut ; sa sincérité et son courage nous ont vivement intéressés à lui. J'avais promis à David Perret d'aller chez lui l'après-midi ; j'y suis allé avec M. Martinaud et Gharlet' ; enlin, nous sommes tous revenus goûter à la maison, et nous avons passé la soirée ensemble. Martinaud s'est logé à l'hôtel, et il viendra cet après-midi essayer son métier. (Lettre du 6 septembre 1869.)
Le mardi 7 septembre, je reçus de Bâle des télégrammes pressants, qui m'adjuraient de me rendre au Congrès, en acceptant le mandat que m'offrait la Section des graveurs du Locle. Je ne me crus pas le droit de ne pas répondre à l'appel de mes amis, et je me décidai à partir. Outre le mandat des graveurs du Locle, j'avais encore à ma disposition celui de la Section de Neuchâtel. Me voyant faire mes préparatifs de voj'age, Martinaud, qui à Paris s'était lait inscrire parmi les adhérents de l'Internationale, me témoigna l'intention de se rendre à Bàle aussi : je le lis agréer comme délégué par la Section de Neuchâtel à ma place, gardant pour moi le mandat des graveurs du Locle ^ Nous partîmes ensemble. Dans le train, je trouvai Charles Longuet, que je connaissais depuis 1867, et qui se rendait «à Bâle non comme délégué, mais comme journaliste : il lit route avec nous.
Dans cette même lettre du 6 septembre dont je viens de reproduire le commencement, je faisais part en ces termes d'une nouvelle que je venais de recevoir :
11 paraît que le père Meuron quitte le Locle ^ mais non pas pour