‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 89 sur 314 · C'est Liehknecht · texte numérisé non relu

C'est Liehknecht

3. La lettre était adressée, comme on va le voir, non pas au calomniateur luimême, mais à Becker, qui devait donner connaissance du contenu à Liebknecht.

4. Bakounine l'appelle <( nouveau », parce que, dans un passage antérieur, que je n'ai pas reproduit, il a parlé d'autres calomnies publiées contre lui par un ami de Marx. Borklieim, dans la Zukunft de Berlin. Borkheim avait été, en septembre 1868, au Congrès de la paix, à Berne, un des plus acharnés adversaires de la minorité socialiste dont Bakounine s'était fait l'organe.

1° Que je suis un agent russe, ce dont il a des preuves irréfutables ;

2» Que mon évasion de la Sibérie a été favorisée par le gouvernement russe ;

3o Que par la fondation de l'Alliance j'ai cherché à nuire à l'Association internationale des travailleurs ;

4° Que le vieux Becker s'est laissé duper par l'astucieux Russe.

Je laisse de côté d'autres détails, dont chacun à vrai dire aurait mérité une gifle.

Dautre part, le même ami Wertheim m'a montré une lettre à toi adressée par M. Bebel, dans laquelle M. Bebel exprime en termes clairs cette opinion, que je suis probablement un agent du gouvernement russe, et <\Vie probablement ie va enlenàs avec M. de Schweitzer comme agent de Bismarck '.

J'aurais bien le droit de demander également raison à M. Bebel, car nul honnête homme ne doit se permettre de colporter par le monde à la légère, sur un simple ouï-dire, des calomnies contre un autre homme qui lui est totalement inconnu; mais comme j'ai des raisons de croire que l'inspirateur [der geistige Urheber] de toutes ces calomnies est M. Liebknecht, qui m'est également tout à fait inconnu, je veux pour aujourd'hui m'en tenir à celui-ci.

Comme ami et coreligionnaire [Parteig'enosse]. je te prie, cher Becker, et comme frère de notre Alliance, à la fondation de laquelle tu as pris une part si active, je te requiers, de déclarer à M. Liebkneclit. en mou nom, que je dois le supposer assez sérieux pour savoir que, quand on prend plaisir à calomnier quelqu'un, on doit avoir le courage de répondre de ce qu'on a dit, et qu'avant tout on a l'obligation de fournir à l'appui de ses paroles des preuves péreinptoires.

Je lui donne un mois pour réunir contre moi toutes les preuves possibles. Au Congrès de Bàle il faudra, ou bien qu'il prouve publiquement mon ignominie, ou bien qu'il soit déclaré par moi, en présence de tous, une infâme canaille [cine infâme Canaille], en bon allemand un vil coquin [auf deutsch einen niedertrâchtigen Schiirken].

Ton ami, M. Bakounine.

J'insiste, cher ami, pour que cette lettre soit communiquée non seulement à MM. Liebknecht et Bebel, mais aussi à tous les membres du Congrès, et, si possible, qu'elle soit lue dans une séance du Congrès à Eisenach.

Je reprends la citation du récit de Bakounine :

Arrivé à Bàle pour le Congrès, j'y rencontrai en efl'et mon accusateur. Ce que je devais faire m'était indicpié i)ar le but même que je voulais atteindre : celui d'une explication décisive et complète en plein public ouvrier. Je devais donc m'abstenir, au moins dans le commencement, de toute provocation personnelle. Il me répugnait

i. Voici le toxtc alleinîind de ce passayo : «... hat inir oiiion an clicii f^orichtcton Brief von Hcri-n Ifrbel f,'C7,oist, in welchein llerr i^oLel die Vonnutiuin;,' lilar aiisspriclit, dass ich, icahrsclieinUc/ier Af^enl der russisdien H(\!,'iorun{?, lialu-itchcinlicher Weisc mit llerrn von Sclnveitzei-, als .A^'cnlen Uismarciis, untcr cinor Decko steciie ».

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d'ailleurs d'introduire dans le monde de la d(''mocratie ouvrière des lia])ilii(les l)ourj;(M)iscs. Dans i'Iiilenialionaie il n y a (jii'un nioyen de justie(ï et de réparation pour l'Iionneur oll'cnsé : c'est le jugement l)oj)ulaii'e.

Il me répugnait é-galemenl d'occuper tout le (^iongrès de ma question pei-sonnelle. Dailleuivs l'Inlernalionale, toute jeune (pi'elle est, a déjà pour de pareils cas une pratique hien établie, celle des jurys d'honneur '.

De mon côté je choisis au sein du (congrès cincj jui'és : Fritz Robert, délégué de la Suisse romande ; Gaspard Sentinon, Espagnol, délégué de l'Alliance de la démocratie socialiste et des Sections ouvrières de Barcelone; Palix, délégué de Lyon ; (^ésar De Paepe, délégué de Bruxelles ; et Neumayer, Autrichien, délégué de la Section de Wiener-Neustadt. De tous ces délégués, je n'avais connu auparavant qu'un seul : Fritz Robert, pour l'avoir rencontré quelquefois dans les montagnes du Jura, et je n'avais fait la connaissance des autres qu'à la veille du Congrès, à Genève ou à Bàlc.

De son côté mon adversaire avait choisi cinq délégués allemands,

Earmi lesquels le citoyen Eccarius, secrétaire du Conseil général de iOndres, les citoyens Rittinghauscn et Spier. Je ne me rappelle pas avec certitude que M. Mauzùce Hess ait été de ce nombre, mais il me paraît que oui -. Quant au nom du cinquième, je l'ai totalement oublié '. De plus, le vieux J. -Philippe Becker, le socialiste unanimement respecté de tout le monde, assistait au jury comme témoin.

Je vous ferai grâce des détails et me contenterai de vous donner un court résumé de ce qui s'est passé au sein de ce tribunal populaire.

J'accusai mon adversaire de m' avoir calomnié, et je le sommai de produire les preuves de son accusation contre moi. Il ma répondu qu'on avait faussement interprété ses paroles ; qu'il ne m'avait jamais proprement accusé et n'avait jamais dit qu'il eût quelque preuve contre moi ; qu'il n'en avait aucune, excepté une seule peut-être : c'était mon silence après les articles diffamatoires que Borkheim avait publiés contre moi dans l'organe principal de la démocratie prussienne, la Zukunft, et qu'en parlant de moi devant ses amis, il n'avait fait qu'exprimer la surprise que lui avait causée ce silence ; que du reste il m'avait réellement accusé d'avoir porté un dommage à l'établissement de l'Internationale par la fondation de l'Alliance de la démocratie socialiste.

Cette question de l'Alliance fut mise de côté, à la demande d'Eccarius, membre du Conseil général, qui observa que l'Alliance ayant été reconnue comme une branche de l'Internationale, que son programme aussi bien que son règlement ayant reçu la sanction unanime du Conseil général de Londi-es, et que son délégué ayant été reçu au Congrès, il n'y avait plus lieu d'en discuter la légitimité. I Quant à la question principale, le jury déclara à l'unanimité que

' mon adversaire avait agi avec une légèreté coupable, en accusant un

\. Un jury d'honneur avait eu à se prononcer, en juin 1869, sur des accusations dirigées contre Albert Richard, de Lyon, par les citoyens Aristide Cormier et Carnal, et sa sentence avait été publiée dans VEguiilé du 19 juin 1869.

2. Le Mémoire de la Fédération jurassienne indique (page 84) Maurice ïless comme ayant ellectivement fait partie de ce jury d'honneur.

3. h& Mémoire ne donne pas non plus le nom de ce cinquième membre..

membre de l'Internationale sur la foi de quelques articles diffamatoires publiés par un journal bourgeois.

Cette déclaration me fut donnée par écrit. Je dois dire d'ailleurs que mon adversaire reconnut noblement devant tous qu'il avait été induit en erreur sur mon compte. C'était notre première rencontre : il me tendit la main, et je brûlai devant tous la déclaration écrite et signée du jury.

Sur la demande de mon ci-devant adversaire, je lui donnai mes discours de Berne, aussi bien qu'une série d'articles que j'avais publiés en 1867 dans un journal italien, Libéria e Giustizia, contre le panslavisme. Deux jours plus tard, dans la salle du Congrès, il s'approcha de moi et me dit : « Je vois que je me suis fait une idée absolument fausse sur votre compte. Vous êtes un proudhonien, car vous voulez l'abolition de l'Etat. Je vous combattrai dans mon journal, car mon opinion est toute contraire à la vôtre. Mais je vous prie de me laisser vos écrits : je les publierai, je vous dois cette satisfaction. »

Confiant dans cette promesse, j'attends encore ^

Bakounine attendit en vain. Liebknecht ne (it pas connaître dans son journal la délibération du jury d'honneur, et ne publia pas une ligne des discours et articles que Bakounine lui avait remis. Par contre, il inséra des correspondances envoyées de Paris par Moritz Hess, correspondances dans lesquelles étaient rééditées les mêmes accusations que le jury d'honneur de Bâle avait déclarées infâmes et calomnieuses 2.

Voici, à propos des procédés de la coterie marxiste, un fait qui m'a été raconté en igo4 par R. S., et dont j'ai écrit le récit sous sa dictée : Dans l'été de 1869, il se trouvait à New York avec son ami S. S. ; ils lurent dans un journal socialiste allemand de cette ville, qu'il croit êtreV A rbeiter- Union, un article disant, en résumé : « On nous écrit de Londres que Bakounine est un espion russe ». Aussitôt ils écrivirent au rédacteur du journal — rédacteur dont H. S.' a oublié le nom — une lettre qu'ils lui portèrent, pour protester contre cette calomnie ; le rédacteur leur répondit verbalement que ce n'était pas une calomnie, ajoutant : « J'ai reçu ce renseignement de mon ami Karl Marx, qui me l'a écrit de Londres ». S. S. et R. S. connaissaient Sorge ' ; ils s'adressèrent à lui, lui donnèrent toutes les explications qu'il fallait pour lui prouver que Bakounine n'était pas un espion ; Sorge dit qu'il se chargeait de faire comprendre au rédacteur qu'il avait été induit en erreur, et de faire insérer une rectification dans le plus prochain numéro du journal. Malgré cette promesse, aucune rectiûcation ne fut publiée.

20 Blâme infligé à Coullerj- par le Congrès.

J'ai dit comment, pour se venger, Coullery, dès le surlendemain du meeting du Grôt-du-Locle, m'avait fait poursuivre par ministère d'huissier, me réclamant le paiement immédiat d'une somme de 6'3'3 fr. 55.

Lorsque Coullery avait été chargé de l'impression des procès-verbaux et des rapports du Congrès de Lausanne (voir p. 29), il avait promis que cette iuq)ression serait faite en six semaines. Mais dilVérciites raisons, dont la principale fut rcxtrémc lenteur que rimprinieric de la Voix de l'Avenir mit à e.\.éculer sa besogne, relardèrent considérablement l'appa-

1. Le docuniont dont ces papes sont extraites, écrit en ocloI)re 1809, a tHé publié pour la première fuis par Max Nctllau, dans sa l)ii)i,'rapliic de hakounine, pages 3t)0 et suivantes.

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