Mriiinirr de ta Fédérdiion jurassienne, p. Sii
3. Celui qui joua plus tard un si grotesque rôle au Congrès de La Haye.
2i4 l'internationale
rilion du volume. Ce relard fit manquer la vente ; et lorsque Coullery s'adressa ensuite au Conseil général de Londres pour être payé, celui-ci répondit que cela ne le regardait ï)as. L'ad'aire en resta là jusqu'en janvier i8G(), époque où le Congrès romand déclara, comme on l'a vu ({>. lo-), que la Fédération romande se chargeait de la liquidation de cette dette et qu'elle paierait Coullery au fur et à mesure de l'écoulement des volumes.
Rien n'avait été changé à ces conventions, lorsque soudain Coullery, le 1^' juin 18G9, trouva bon de me poursuivre comme si j'eusse été personnellement responsable envers lui de la dette de la F'édération romande. Le Comité Céderai romand, averti du procédé de ce singulier socialiste, lui écrivit (lettre du 4 juillet 1869) pour lui rappeler les arrangements convenus. Mais, aveuglé par la haine, Coullery ne voulut rien entendre : il m'assigna, le 26 août 1869, devant le tribunal civil du Locle. Le procès venait de s'engager, au moment où s'ouvrit le Congrès de BAle.
Dans une des séances administratives du Congrès, les délégués des Sections de la Fédération romande dénoncèrent à leurs collègues la conduite de Coullery, en leur demandant d'émettre un blâme à son adresse : et le Congrès vota à l'unanimité la résolution qui lui était proposée, déclarant l'acte de Coullery indigne d'un membre de l'Internationale.
Le Comité fédéral romand continua, comme il l'avait fait depuis janvier 1869, à s'occuper de la liquidation de la dette, liquidation qui n'était pas encore terminée au moment où s'ouvrit le Congrès romand de la Chaux-de- Fonds, le 4 avril 1870'.
3° Varlin entre dans notre intimité.
J'ai dit comment, à partir de février 1869, il s'était constitué, au Locle, à la Chaux-dc-Fonds, puis au Val de Saint-Imier, ainsi qu'à Genève, des groupes secrets qui réunissaient les hommes les plus sûrs. Nous avions appris, par Bakounine, qu'il existait depuis quelques années une organisation secrète internationale, à laquelle quelques-uns d'entre nous étaient affiliés. Il nous semblait très désirable que cette organisation s'étendît davantage, et surtout qu'à Paris et dans les principales villes françaises, en vue de l'action révolutionnaire qui, en France, ne pouvait manquer d'être imposée, il se constituât des groupes analogues aux nôtres ; le Congrès de Bâle devait fournir l'occasion de tenter quelque chose à cet égard : peut-être se trouverait-il, parmi les délégués français, des éléments susceptibles d'entrer dans une organisation révolutionnaire.
Le 7 septembre j'avais rencontré (voir p. 189), dans le wagon où j'entrai, Charles Longuet, qui allait à Bâle comme correspondant d'un journal; nous avions voyagé ensemble. Longuet m'était sympathique; toutefois, son proudhonisme me semblait un peu exclusif ; en outre, il avait gardé des accointances avec les hommes de la Ligue de la paix - ; enfin, son humeur gouailleuse, et je ne sais quoi de décousu et de superficiel dans l'esprit, le rendaient impropre, me semblait-il, à entrer dans une conspiration : aussi n'eus-je pas la moindre idée de m'ouvrir à lui et de lui faire part de notre désir de nouer des relations intimes avec quelques socialistes parisiens. Arrivé à Bâle, je fis, par rintermédiaire de Bakounine, la connaissance d'Aristide Rey, venu aussi comme journa-
1. Rapport du Comité fédéral romand au Congrès (voir Egalité du 7 mai 1870, page 4, 1" colonne).
2. A l'issue du Congrès de Bâle, il se rendit au Congrès de la Ligue de la paix, qui cette année h\ se tenait à Lausanne (c'est le Congrès dans lequel Victor Hugo prononça un discours retentissant). Les marxistes font un crime à Bakounine, à Elisée l^eclus, à Aristide Rey, à Victor Jaclard, à Fanelli, d'être restés dans la Ligue de la paix et de la liberté jusqu'au Congrès de Berne (1868) ; mais Longuet a pu participer au Congrès de la Ligue à Lausanne (1869), et Cowell Stepney aux Congrès de la Ligue à Berne, Lausanne et Bâle (1868, 1869, 1870), sans que pour eux le cas fut pendable.
liste * ; Bakounine me dit que Rey était de longue date un de ses intimes K A nous trois, nous commençâmes à étudier les délégués parisiens. 11 ne fallait pas songer à ceux que je connaissais déjà, Tolain, Murât, Chemalé, qui étaient anti-collectivistes. Pindy avait le tempéramment révolutionnaire, mais il militait alors dans les rangs des mutuellistes ; un de mes camarades, le monteur de boîtes Floquet, délégué du Locle, se lia d'amitié avec lui, et ils se promirent de s'écrire : ce rapprochement purement individuel était tout ce qui pouvait être tenté. Mais il y avait là un homme dont les aspirations correspondaient aux nôtres, et qui était le militant le plus actif de Tlnternationale parisienne : Varlin. Agé à ce moment de trente ans, Varlin était entré dans le mouvement ouvrier dès sa première jeunesse. 11 avait pris part aux réunions qui, en 1862, aboutirent à l'envoi d'une délégation ouvrière à l'Exposition de Londres ; il avait été, en iS63, l'un des signataires du manifeste des Soixante (candidature Tolain); il avait dirigé, en 1864, la grève des ouvriers relieurs de Paris ; dès la fondation de l'Internationale, il fut membre de la première Commission du bureau de Paris, où il représenta les idées communistes ; il assista comme délégué à la Conférence de Londres en i865, au Congrès de Genève en 1866, où je l'avais vu pour la première fois ; s'il n'avait pas paru, les deux années suivantes, aux Congrès de Lausanne et de Bruxelles, c'est qu'en 18G7 il fut retenu à Paris comme délégué des relieurs à l'Exposition universelle, et qu'en 1868 il était en prison. Il avait fondé, 8, rue Larrey, ce restaurant coopératif appelé la Marmite, qui fut un si puissant foyer de propagande ^ Rey et moi nous nous chargeâmes de lui faire des ouvertures. Un des derniers jours du Congrès, nous l'emmenâmes dans la chambre qu'occupait Rey dans je ne sais plus quel hôtel, nous lui fîmes part de notre désir ; et, comme il se montra tout disposé à s'associer à l'action collective que nous lui proposions, nous lui donnâmes connaissance de notre programme : il nous dit que ces idées étaient aussi les siennes ; nous échangeâmes une fraternelle j)oignée de mains, et il fut convenu que Varlin et moi correspondrions le plus régulièrement possible pour nous tenir au courant de ce qui se passerait dans nos milieux respectits.
Pendant ce temps, Bakounine cherchait des éléments qui pussent représenter nos idées dans la Suisse allemande, et il crut les rencontrer dans deux délégués qui habitaient Bâle même : l'un était un jeune professeur allemand, Janasch, Privat-Docent à l'Université de Bâle, où il faisait un cours d'économie sociale ; l'autre était un négociant bâlois, CoUin. J'appris par lui que ces deux citoyens avaient accueilU ses ouvertures avec sympathie, et s'étaient déclarés prêts à travailler à la propagande et à l'organisation du socialisme révolutionnaire en Suisse et en Allemagne. Bakounine se trompait souvent sur les hommes : Janasch et Collin furent deux de ses erreurs ; ils ne collaborèrent jamais avec nous.
1. Rey était correspondant de la Démocrntie de Chassin. La Démocratie publia du Conjurés de Bàle un compte-rendu dont Vlùjulité n' 37, 1" octobre 1869) dit que « il est aussi près de la vérité qu'un résume peut l'être ».
2. Dans une lettre à Ilerzen écrite six semaines plus tard (2S octobre ; Correspondance, p. 294 de la traduction franvaise), Bakounine parle de Uey en ces termes: « Comment as-lu trouvé Rey ? (i'est un très bon garçon. Seulement il reste encore suspendu dans les airs entre le ciel bourireois et la terre ouvrière ; c'est pourquoi il s'attache tant à faire des protestations libéralement satiriques contre ce ciel. » Cette appréciation montre que Bakounine n'exigeait point, di" ceux qui s'unissaient à lui pour l'action commune, une stricte discipline, ni même une entière conformité de vues et de sentiments.
!{. Outre la Marmite de la rue Larrey (5° arrondissement), 'Varlin en fonda successivement trois autres : 40, rue des Blancs-Manteaux (4« arrondissement) ; 42, rue du CliAteau (14" arrondissement); et, pendant le sièf^e de Paris, 20, rue Berzélius (17* arrondissement).
3i6 l'intkrnationale
Le troisième Congrès de la Ligue de la paix â Lausanne fi 3- 1 S septenihrel. Affaires dii'erses. Atta(/ue de Moritz Hess dans le lli-veil de Paris fn octobre/ ; réponses de Baltoanine ; ma réponse dans le Progrès (n° ui, lO octobre). Bakounine quitte Genève (3o octobre) ; Perron, Robin, Outine.
Au lendemain du Congrès de BAle, on eut l'impression, dans l'Inlernationalc, que l'idée socialiste venait de faire un grand pas en avant, et que désormais l'entente était établie entre les ouvriers d'un bout à l'autre de l'Europe. Il y eut le jeudi i6 septembre, à Genève, une réunion dont V Egalité (n° 35, 18 septembre) rendit compte en ces ternies :
Un grand nombre de membres de T Internationale de Genève était réunis jeudi soir au Temple-Unique ])Our fraterniser avec les délégués de différents pays qui, après le Congrès, ont bien voulu nous rendre visite.
La soirée a été des plus intéressantes. Des discours fort applaudis, prononcés par Albert Richard, de Lyon ; Hins, Brismée, De Paepe, délégués belges; Gaporusso, délégué de Naples ; Spier, de l'Allemagne du Sud ' ; Farga-Pellicer, délégué espagnol, nous ont fait connaître les travaux, les vœux et les espérances des populations ouvrières qu'ils ont représentées au Congrès de Bâle, et chacun a pu se convaincre de l'unité de vues et de convictions qui, du nord au midi, règne dans le prolétariat.
Pendant ce temps, les orateurs du Congrès de la paix, à Lausanne, prononçaient d'éloquentes harangues, dont la (Conclusion fut que, pour supprimer la guerre, il suffirait de créer un tribunal international '\ h Egalité railla Charles Lemonnier et ses amis dans un article dont l'auteur est très probablement Aristide Rey (qui passa quelques semaines à Genève, après le Congrès de Bâle, auprès de Bakounine) :
Tandis que les délégués des travailleurs, réunis à Bàle, discutaient les questions intéressant la réforme sociale et jetaient les bases de la réorganisation du travail . . . , il s'élevait à Lausanne une tribune du haut de laquelle des prophètes inspirés, depuis Victor Hugo jusqu'à Amand Gœgg, devaient annoncer la loi nouvelle. La séance a commencé, et du haut de ce Sinaï ont lui des éclairs d'épithètes et tonné des foudres d'éloquence. . .
Quand les peuples auront adopté les conclusions de la Ligue, nous leur conseillons. . . de consulter l'histoire grecque d'il y a trois mille ans. Oui, il y a trois mille ans, il y avait des Chaudey qui s'appelaient Philologos, des Gœgg qui s'appelaient Démagogos, et des Hugo qui avaient nom Philocratcs, qui se réunissaient en Conseil, comme délégués de tous les peuples de la Grèce, afin de juger des diiïV'rends tout comme le veut la Ligue de la paix. Comme la dite Ligue, ils reconnaissaient la nécessité d'une sanction, et employaient
1. L'Egalité se trompait : l'instituteur Spier était délégué de Wolfenbûttel (Brunswick).
2. « Considérant que la cause fondamentale et permanente de l'état de guerre dans lequel se perpétue l'Europe [sic] est l'absence de toute institution juridique internationale. . . »
la force contre les petits peuples récalcitrants ; quant aux gros, c'était tout différent ! . . .
La forme, toujours la forme ! Tel est votre châtiment à vous démocrates qui vivez séparés du peuple et ne le voyez que du haut de vos phrases sonores, qui ne vous doutez pas que le peuple a faim, et que, s'il veut la paix, il veut du pain avant tout. Est-ce que « l'air pur des Alpes » dont M. Victor Hugo régale son auditoire suffira à rendre au peuple des forces après un rude travail ? Est-ce avec les phrases aussi creuses qu'harmonieuses du grand poète que l'on changera l'état économique actuel, unique cause de la misère et cause unique de la guerre ?
Après son retour de Bâle, Bakounine, absorbé par ses affaires personnelles et ses préparatifs de départ, s'occupa fort peu de l'Inlernationale et de l'Alliance pendant les quelques semaines qu'il passa encore à Genève (i3 septembre-3o octobre). Voici ce qu'il raconte lui-même à ce sujet, dans une partie inédite de son Rapport sur l'Alliance (p. 79) :
Je n'allai presque plus ou fort rarement aux réunions de l'Internationale, et je n'y parhu qu'une seule fois, la veille de mon départ'. Quant à la Section de l'Alliance, je n'y pris part, après mon retour de Bàle à Genève, qu'à une seule délibération - : celle qui eut pour objet de demander au Comité fédéral romand l'entrée dans la Fédération romande. Cette demande fut présentée ' par Fritz Heng, qui était en même temps secrétaire de la Section de l'Alliance et membre du Comité fédéral, aussi bien que Duval qui, alors encore fidèle à l'Alliance, appuya la proposition. Le Comité fédéral ne nous refusa pas positivement, mais il suspendit sa décision jusqu'à des jours plus favorables, c'est-à-dire il la renvoya aux calendes grecques. Cette décision fut communiquée en assemblée de la Section de l'Alliance * par Duval et par Heng, qui nous donnèrent des détails assez intéressants sur la manière dont elle avait été prise . . .
Le tableau tracé (pages 80-81 du manuscrit) par Bakounine de la réunion du Comité fédéral romand du 22 septembre mérite d'élre reproduit : il nous montre, pris sur le vil", les agissements de la coterie, et l'on va voir entre quelles mains se trouvait placée la direction officielle de l'internationale à Genève :
Les sept membres du Comité fédéral étaient alors: Guétat% président; Henri Perret, secrétaire général; son frèi'c Napoléon, secrétaire pour l'intérieur ; Martin, Chénaz, Duval et Heng. Lorsque la demande
1. Dans l'assemblée générale du 27 octobre [Egalité du 30 octobre) : le mot « la veille 1) ne doit pas être pris à la lettre.
•1. D'après les procès-verbaux de la Section de l'Alliince. Bakounine assista, après le Congrès de HAle, à 1m réunion du comité du 17 sepli-nilirc, a la séance de la Section du :i7 septembre, et à la réuniou du counlc du I" oclolirc