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Le 27 septembre

5. Guétat. d'ahord vi(.'e-pré>idenl, d ()ui avait ensuite remplacé Hrosset à la présidence du Comité fédéral, était un ries meiuiires fundaleuis de la Section de l'Alliance ; mais il avait subi linlluence des |)oliliciens, et allait hientcM passer entièrement dans leur camp. Voici le portrait (|ue fait de lui lîakounine dans un autre passage : « Guétat nous avait abandonnés. Depuis (ju'il était devenu membre et vice-président du Comité fédéral, les fumées des honneurs avaient tourné sa pauvre tète. Plein de sotli' importance, il était ilevenu d'un ridicule aciievé. Il avait Uni par faire rentrer en lui-même son discours habituel, stéréotype, sur la Uévolu-

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fut présentée par ce dernier, il y eut sur tous les visages l'impression d'uiKî grande incerlitud(;. [)our lu; jjoinl dire conlusion. Tous commencèrent par dire cfu'ils étaient eux-mêmes des membres de l'Alliance ', excepté Mai'tin. Personne ne mil en doute la i-égidarité de l'Alliance comme Section de l'Internationale, ce qui d'ailleurs eût ét(* imj)OSsible en présence des lettres originales d'Eccarius (\t de Jung écrites au nom du Conseil général et que Fritz Heng leur avait présentées, et après ce fait égalem(;nt décisif, et coimu de tous, que la Section de l'Alliance avait envoyé son délégué à iiàle, qui avait été admis connue tel ])ar le Congrès. Le devoir du Comité fédéi'al de recevoir la Section de l'Alliance dans la Fédération romande était donc évident, crevait les yeux, comme disait alors notre ci-devant ami Philil)pe Becker. Mais, d'un autre côté, le Comité i'édéral ne pouvait accomj)lir cet acte de justice sans provoquer un grand dé})laisir chez tous les chefs de la coterie réactionnaire ou genevoise, qui avait (ini pai" comprendre que cette petite Section avait fortement contribué au fiasco mémorable qu'elle avait éprouvé dans la question du programme et des délégués au Congrès. Comment sortir de ce dilemme ?

Ce fut M. Henri Perret, le grand diplomate de l'Internationale de Genève, qui prit le premier la parole. Il commença par reconnaître que l'Alliance était une Section régulière et reconnue comme telle tant par le Conseil général que j^ar le Congrès de Bàle ; qu'elle était en plus une Section très bien inspirée, très utile, puisqu'il en faisait lui-même partie (il le croyait, mais il n'en faisait plus i)artie '); que sa demande enfin était parfaitement légitime, mais que le Comité fédéral, selon lui, devait remettre sa réception à une époque i)lus éloignée, alors que les passions soulevées par les luttes qui venaient d'avoir lieu se seraient calmées, etc., etc. Quant à M. Guétat, il déclara qu'il aurait accepté l'Alliance, pour son compte, s'il n'y avait pas dans cette Section des personnes qui lui déplaisaient. Martin se prononça ouvertement contre. Chénaz dormit. On décida de remettre l'acceptation à un temps indéterminé.

La Seclion de l'Alliance, en présence de celle décision, n'avait qu'une chose à faire : c'était d'attendre la réunion du prochain Congrès romand, pour boiimeltre la question au Congrès. El c'est à celle résolution qu'elle s'arrêta (procès-verbal de la séance de la Seclion de l'Alliance du '27 septembre).

Le samedi 26 septembre, je m'étais rendu de Neuchâtel au Locle pour régler diverses affaires personnelles, et achever le déménagement de mes

lion, et dans les assemblées ^'éqérales. aussi bien qu'au sein du Comilé fédéral, il ne volait plus qu'avec la ré; clion.' » Le procès-verbal de la réunion du comilé de la Section de l'Alliance du 17 septembre dit, à son sujet : « Bakounine donne des explications sur la conduite du citoyen Guétat vis-à-vis de notre Seclion ; comme il ne s'est jtas conformé aux promesses faites par sa signature, » — les meml.res de la Section de l'Alliance signaient, lors de leur admission, le progranuiiè et le règlement de la Seclion, — o il doit naturellement ne plus faire parlic de notre Section. Duval demande à ce que l'on attende la séance du Comité fédéral de mercredi (22) pour voir quelle sera sa conduite ; d'après ça, nous agirons en conséquence. Adopté. « (Neltlau, biographie de Rakounine, p. 316.)

1. Les deux frères FerrcI, et Chénaz, étaient en effet, aussi bien que Guétat, Duval et Heng, des adhérents du groupe genevois de r.\lliance.

2.. 11 faut conclure de ce passage que Henri Perret venait d'être rayé de la liste des membres de la Section de l'Alliance, sans doute pour « ne s'être pas conformé aux promesses faites par sa signature ».

livres et papiers. J'y passai trois jours. Le samedi soir, j'assistai à une réunion des trois Sections de l'Internationale (Section centrale, Section des graveurs, Section des guillocheurs). « Fritz Robert est venu de la Chauxde-Fonds, écrivais-je. Nous avons lait un rapport sur le Congrès de Bâle. Grand enthousiasme. » Et je racontais ainsi l'emploi des deux jours suivants :

Hier matin dimanebe, j'ai travaillé à faire mes paquets et à débrouiller les comptes du Progrès; l'après-midi, des internationaux sont venus avec leurs femmes et leurs enfants m'inviter à faire une promenade. Nous sommes allés à une ferme à une lieue dici, près des Brenets, qu'on appelle la Caroline, et nous n'en sommes revenus qu'à buit heures du soir, en chantant comme des bienheureux... Mes malles ont été longues à remplir : il y avait un tas de livres et de papiers. J'en ai laissé une bonne partie au Locle. vieux papiers et journaux ; le reste remplit quatre malles. Sans des amis qui ont quitté leur ouvrage pour m'aider, qui ont perdu toute la journée de lundi, et qui m'ont prêté des malles, je n'en serais jamais venu à bout. On m'a fait partout, même chez les bourgeois, l'accueil le plus sympathique. Je ne peux pas te répéter tout ce que j'ai entendu, même de la bouche de gens que je croyais mes ennemis... L'Internationale fait des progrès énormes. Maintenant nos Montagnes et le Jura bernois sont complètement gagnés à la cause socialiste. Neuchàtelville commence aussi à bouger. Je ne crains qu'une chose, c'est que les Français ne fassent leur révolution en ce moment : cela dérangerait notre propagande pacifique. Enfin, allons toujours de l'avant (Lettres des ^j et 29 septembre 1869.)

Le 4 octobre, je reçus de Bakounine la lettre suivante, que Je transcris en entier :

Ce 3 octobre 1869. Genève.

Chemin du Vieux-Billard, 4», chez M. Dams.

Bien cher ami. Il est décidé que je quitterai Genève dans quinze jours, c'est-à-dire le 17 à peu près, et que j'irai passer l'hiver à Lugano (c'est un secret ; je dis à tout le monde que j'irai soit en Italie, soit à Barcelone, soit même en France). Mais avant d'aller à Lugano, je veux passer une semaine entière [)rès de toi et avec toi. Maintenant, comment le faire sans dépenser trop d'argent et sans te compromettre ? Malheureusement ma stature ne se prête pas beaucoup à l'incognito. Dois-je tout simplement m'arrèter dans un petit hôtel ou une pension à Neuchiitel ? Alors, si on sait mon nom, chacun de mes pas sera espionné, et. comme je me propose de rencontrer avec loi les amis princii)aux des Montagnes plusieurs fois, nos réunions pourraient attirer l'attention j)ul)lique, i-e (|ui certainement ne servira pas beaucou[) nos i)rojets. Comment faire? Invente quelque chose. Combine mon arrivée et mon séjour près de toi avec tes convenances personnelles : car ne m'as-tu i)as dit i[ue tu devais te marier bientôt * ? Depuis que nous nous sommes séparés, je n'ai eu absolument aucune nouvelle de loi. VA tu n'étais pas encore bien établi, et lu avais beaucoup d'alfaires désagréables sui" les bras. Quelle a été la solution et la fin île loul cela? Cela m'intéresse beaucoup, parce que je l'aime. Je ne veux pas quitter le pays avant de

t. Mon mariiiL'e ont lieu le 14 octobre.

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t' avoir vu et d'avoir cause long'U(Miiont, à tAUî reposée, avec toi. C'est un l)esoin de cœur, autant (pic de [)oliti(iu(; pi^tite et grande, intime et ])ul)li([ue. Nous devons nous ent(;ndre sur toute cliose, afin de réf^lei' et savoir des deux pai-ts et ce ([ue nous devons l'aire et sur (jui nous devons et ptjuvons ('oni[)ter. Dune nuinière ou d'une antre, il faut que nous réunissions une ou deux (bis tous les amis ; Seliwitzguél)el, Fritz Robert, Ilenjj;-, qui se; trouvera déjà alors à la Cliaux- (le-Fonds ', Fkxpiet, Spieliiger et Graisier et tous les auti-es (jue vous voudrez. J'ai écrit également à Janascli (pi'il vienne pour ce temps à Neuchàtel, seul ou avec Gollin. Mais tout cela a[)rès que nous aurons longuement causé avec toi et d'abord tout arrêté entre nous deux. Donc réponds-moi de suite, et tache d'arranger les choses de manièi'e à ce que je dépense peu de chose, et ne compromette ni notre cause, ni notre intimité, ni personne.

Ton dévoué, M. B.

Tu trouveras ma nouvelle adresse à la tète de cette lettre.

La rencontre proposée ne put avoir lieu. Un incident imprévu détermina Bakounine à prolonj^er son séjour à Genève; et lorsqu'il partit, le 3o octobre, ce fut pour se rendre directement à Lugano, où il arriva le I" novembre; je le vis à son passage à Neuchâtcl, entre deux trains, mais je n'ai gardé qu'un souvenir vague de cette entrevue : je sais seulement qu'entre autres choses, il me parla de Sentinon, l'un des délégués espagnols au Congrès de Bâle, et des rapports d'intimité qu'il avait noués avec lui.

Le motif qui retint Bakounine à Genève plus longtemps, ce fut la publication, dans le Réveil de Paris du 2 octobre, d'un article de Morilz Hess où il était attaqué d'une façon perfide et calomnieuse, et avec lui tous ceux qui, au Congrès de Bàle, avaient voté dans le sens de ce que le compte-rendu du Progrès avait appelé le « collectivisme anarchiste ». Bakounine commença aussitôt à rédiger une réponse adressée Aux citoyens rédacteurs du RÈVEfL, réponse qu'il n'acheva pas, sans doute parce qu'elle prenait des proportions démesurées (lo manuscrit s'interrompt à la 37' page); il se mit ensuite à écrire une brochure en plusieurs chapitres qu'il intitula Profession de foi d'un démocrate socialiste russe, précédée d'une étude sur les Juifs allemands; il envoya le commencement de son manuscrit à Herzen, en le priant d'en proposer la publication à l'éditeur Dentu (lettre <lu 18 octobre 1S69, dans la Correspondance). Herzen ne trouva pas le manuscrit de son goût, et, entre autres observations, manifesta à Bakounine son étonnement de le voir prentlre à partie des hommes aussi peu notoires que Hesseï Borkheim, au lieu de s'attaquer directement à Marx, leur chef de file". Bakounine répondit à Herzen par une lettre très remarquable {-^S octobre), où il explique, avec celte générosité et cette droiture dont il ne s'est jamais départi, les raisons qu'il a de ménager Marx :

Je n'ignore pas que Marx a été l'instigateur et le meneur de toute cette calomnieuse et infâme polémique qui a été déchaînée contre nous. Pourquoi l'ai-je donc ménagé ? j'ai fait plus que cela, je l'ai loué, je lui ai conféré ' le litre de géant. Pour deux raisons, mon Herzen. La première, c'est la justice. Laissant de coté toutes les vilenies qu'il a vomies contre nous, nous ne saurions méconnaître, moi du moins, les immenses services rendus par lui à la cause du socialisme, qu'il sert avec intelligence, énergie et sincérité depuis près de vingt-cinq

1. Henf,' devait quitter Genève — et quitta cette ville en eiïet — vers le milieu d'octobre pour retourner travailler à la Chaux-de-Fonds.

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