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C'est ce vulgaire personnage, menteur et vaniteux, que Perron et Robin avaient pris en tiers dans le journal et dans leur propagande :

Et pourtant — ajoute Bakounine — le jour même de mon départ je les avais suppliés encore de se bien garder de ce petit intrigant. Moi qui le connaissais, je savais ce qu'il valait et ce qu'il voulait. Perron me répondit « qu'il fallait s'occuper des principes et non des personnes ». Je liaussai les épaules et je me tus. Je voudrais savoir ce qu'il en pense maintenant : qui de nous deux avait raison, lui ou moi ?

Les deux derniers mois de i86g. A Genève, apaisement apparent. Propagande active dans le Jura suisse. Articles du Proj?rès, n" 22 et 23 {'io octobre et i3 novembre). Election du Conseil d'Etat à Genève (14 novembre). Affaires générales : Aubin (8 octobre), élection de Rochefort à Paris (ai novembre), la Marseillaise. Le Progrès devient hebdomadaire (2 y novembre). Mon voyage à Lyon avec Sentinon (4 décembre). Progrès de V Internationale dans tous les pays. Suite de la propagande dans le Jura. Eautes commises par Robin comme rédacteur de TEgalité, nouvelles querelles à Genève {novembre-décembre). La Tagwacht à Zurich {décembre), ma lettre à Murât; lettre que m'écrit Varlin (Progrès du i" janvier iSyo).

J'ai parlé des assemblées générales du mercredi, au Temple -Unique, à Genève. Dans celle du 3 novembre, Outine, revenant sur son discours de la semaine précédente, qui avait provoqué une réplique de Bakounine, déclara que les idées qu'il avait exposées n'avaient pas été comprises : il essaya de se poser en révolutionnaire, en disant qu'il croyait, lui aussi, qu'une révolution sociale violente était inévitable, mais qu'il fallait la préparer par l'organisation ouvrière ; et il lut des résolutions tendant à organiser sur le modèle des Trades Unions les sociétés de résistance suisses. Perron et Robin appuyèrent Outine. Un autre membre exposa un projet de fédération internationale des sociétés d'un même métier. Une commission fut nommée pour étudier les divers projets. Perron donna ensuite lecture d'un projet pour l'organisation de la propagande, rédigé par Robin ; on y lisait entre autres : « Nous conseillons de répandre à profusion, d'afficher partout, de courtes proclamations, toujours terminées par l'adresse des groupes auprès desquels les travailleurs trouveront tous les renseignements désirables... Nous voyons que, pour maintenir les superstitions qu'ils exploitent, les prêtres de toutes les sectes répandent des médailles, des images; nous aussi, répandons-en à profusion, et sachons vaincre nos ennemis en employant leurs propres armes . . . Fabriqués avec intelligence sur une grande échelle, ces petits engins si puissants sont d'un bon marché incroyable : proclamations à i5 ou 20 centimes le cent, médailles à 2 ou 3 centimes au plus, grandes lithographies à 10 centimes, petites à i centime. . . 11 faut que tout homme qui a vraiment à cœur le progrès de nos doctrines achète de ces produits débités à un prix accessible aux plus petites bourses, et qu'il les emploie largement. » L'assemblée adopta ce projet à l'unanimité. Dans les réunions suivantes, 10, 17 et 24 novembre, i'' décembre, on parla de la coopération — à propos de laquelle Outine cita de nouveau l'exemple des sociétés anglaises, qui, après avoir commencé avec des versements de i shilling par mois, possédaient maintenant des millions — et du crédit : l'idée fut émise, le i*' décembre, au nom des trois commissions qui avaient été chargées d'étudier les trois questions des sociétés de résistance, de la coopération, et du crédit, de verser tous les fonds qui « dormaient » dans les caisses de résistance des sociétés ouvrières genevoises (140.000 fr. environ) dans une caisse centrale uniiiue, chargée à la fois de créditer les diverses entreprises des travailleurs et de soutenir

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les grèves ; celle idée suscila une assez vive discussion, donl la suile fut ajournée.

Les assemblées du mercredi furent interrompues pendant le mois de décembre, « un grand nombre d'ouvriers devant exceptionnellement durant ce mois travailler fort tard », pour être reprises en janvier.

Fritz Heng ayant dû quitter Genève, le Comité fédéral romand choisit, le 7 novembre, pour le remplacer, F. Weyermann, bijoutier, suus réserve de la ratilication de ce choix par les Sections ; aucune, naturellement, ne protesta. Peu après, un autre membre qui, jusqu'à ce monicnl, avail représenté avec Heng. dans ce Comité, l'élément révolutionnaire, le menuisier Duval, blessé par de puériles taquineries de Robin, dont j'aurai à parler plus loin, se rapprocha de ses adversaires et tourna le dos à ses anciens amis. De cette façon, le Comité fédéral romand se trouva entièrement entre les mains de la coterie genevoise dirigeante.

Détournons les yeux de Genève, et voyons ce qui se passait ailleurs. La Fédération romande qui, lors de sa constitution en janvier 1869, se composait de trente Sections, en comptait maintenant, en octobre, quarante-sept, savoir: vingt-six dans le canton de Genève (la Section centrale, la Section de Garouge, sept sociétés corporatives de la fabrique, neuf sociétés corporatives du bâtiment, sept sociétés corporatives d'autres métiers, et la Section des « dames »); onze dans le canton de Vaud, donl huit à Lausanne (la Section centrale et sept sociétés corporatives) et les trois aulres à Nyon, Rolle et Vevey ; six dans le canton de Neuchâtel (trois au Locle, deux à la Chaux-de-Fonds, une à Neuchâtel); trois dans le Jura bernois (district de Courtelary, Moutier, Bienne), et une en France, dans la Haute-Savoie (la société des terrassiers-mineurs de Taninges). Ce mouvement de progression allait se continuer, en particulier dans le Jura neuchâtelois et bernois. Une grève des sociétés d'ouvriers monteurs de boîtes du canton de Neuchâtel et du Jura bernois, qui éclata en septembre, donna une nouvelle impulsion à la propagande ; les sociétés de monteurs de boîtes formèrent une fédération, et cette fédération adhéra à llnternationale. Le dimanche 17 octobre eut lieu à Sonceboz (Val de Saiot-lmier) un grand meeting où parlèrent des délégués du Locle, de la Chaux-de- Fonds, de Sonvillier, de Saint-Imier, de Neuchâtel, de Bienne, de Moutier, de Courtelary, de Cortébert, de Corgémont, de Sonceboz, de Malleray, de Reconvilliers ; ce meeting procura à l'Internationale de nouvelles adhésions. Le dimanche 3i octobre, une grande assemblée populaire, à Saint-Imier, discuta la question de « l'organisation ouvrière », et chargea une commission de rédiger un manifeste aux ouvriers ; le travail de la commission parut un peu plus tard, au mois de février 1870, en une brochure intitulée Manifeste adressé aux oiwriei-s du Vallon de Saint-Imier par la commission nommée à l'assemblée populaire du 3i octobre 186 g.

Voici comment je parlais de ce mouvement d'expansion dans un article du Progrès (n" 23, i3 novembre 1869) :

Développement de l'Internationale.

Le mouvement socialiste au sein de nos populations ouvrières, après avoir failli chavirer sur les écueils de la politique, a repris une vigueur nouvelle et promet de devenir bientôt aussi considérable que celui de la Belgique ou de l'Angleterre. Il y a quatre ans que l'Internationale a été implantée chez nous. Accueillie d'abord avec un enthousiasme qui, de la part de plusieurs, était certainement irréfléchi, elle avait, dès le début, trouvé de nombreux adhérents, qui firent alors plus de bruit que de bien. Des Sections, qui comptaient leurs membres par centaines, avaient été fondées un peu partout; on prenait pour du socialisme un certain jargon républicain

mêlé de réminiscences évangéliques ; on se réunissait, non pour étudier la question sociale, mais pour pousser des acclamations ; c'était l'époque des grands parleurs, des bannières déployées, et des médiocrités ambitieuses et retentissantes. On ne parlait que de fraternité ; on voulait sauver le monde par l'amour : les chefs le disaient, et beaucoup le croyaient ; car, à ce moment, on ne s'était pas encore rendu compte de ce qu'il y a de nécessaire dans l'antagonisme entre les capitalistes et le travailleur ; et on ne savait pas que le socialisme dit à ceux qui le comprennent ce que le Christ disait à ses disciples : « Je ne viens pas apporter la paix, mais l'cpce ».

Ce feu de paille s'éteignit bientôt. La discorde se mit dans les rangs de ces socialistes improvisés, recrutés dans toutes les nuances des mécontents, des rêveurs, des blagueurs, et aussi des véritables travailleurs. On fut tout étonné, après avoir fait plus ample connaissance, d'avoir pu croire un moment qu'on était d'accord. On se sépara donc, et même on se prit aux cheveux. Les uns, ambitieux tenaces mais maladroits, rebutés par les travailleurs trompés, voulurent à tout prix continuer l'escalade des dignités et de la renommée : ils s'adressèrent au parti «vert' », et conclurent avec lui ce traité si longtemps nié avec serment, avoué aujourd'hui ; d'autres, dégoûtés pour jamais de la vie politique, se retirèrent sous leur tente pour y bouder et n'en plus sortir; d'autres enfin, reconnaissant qu'on avait fait fausse route, et démêlant chaque jour plus clairement le véritable sens de la question sociale, reprirent par le commencement l'œuvre manquée, étudièrent, discutèrent, s'instruisirent auprès des travailleurs d'autres pays plus avancés, et, une fois plus éclairés, ils se vouèrent corps et àme à une propagande passionnée, mais silencieuse.

Pendant cette période critique, on put croire que l'Internationale, chez nous, allait périr. Les Sections fondées si bruyamment disparaissaient l'une après l'autre; celles qui subsistaient étaient déchirées de luttes intestines. La bourgeoisie se frottait les mains; et même quelques socialistes timides, doutant de l'heureuse issue du conflit et ne voyant pas sa nécessité, adressaient d'amers reproches à ceux qu'ils accusaient d'avoir provoqué l'orage.

L'Internationale est restée debout. Elle a repris sa force, elle est plus forte que jamais. La fondation du Progrès, les meetings du Crêt-du-Locle et du Val de Ruz. ont signalé la (in de la crise. Le principe collectiviste, proclamé à 13ruxelles et aflirmé de nouveau à JBâle, a été accepté et compris par nos sociétés ouvrières; et de toutes parts on demande l'afliliation à l'Internationale, non plus à celle de M. CouUery, mais à l'Internationale des Congrès, à l'Internationale collectiviste et révolutionnaire.

Dans le Jura bernois, le mouvement devient général, et dans peu de temps chaque village comptera une Section. Après le meeting de Sonceboz, où sont accourus, nialgi-é le mauvais temps, quatre à cin([ cents ouvriers pour la plupart encore étrangers à l'Iuternalionale, nous aurons dans le courant de décembre, croyons-nous, le mceling de liieune, qui fera connaître l'Internationale aux populations agricoles de langue allemande.

A Neuchàtel-ville, une Section centrale et une Section de monteurs de boites viennent de se former, et nous savons quelles sont

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