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L'Internationale et le jacobinisme au ban de l'Europe

LE i SEPTEMBRE. — LES COMITÉS DE SALUT PUBLIC, DE SÛRETÉ GÉNÉ- RALE, DU SALUT DE LA FRANCE ET LE COMITÉ CENTRAL FEDÉRATIP DE LYON. — LEUR COMPOSITION. — LEURS ATTRIBUTIONS. — LA POLICE LYONNAISE AUX MAINS DE l'inTERNATIONALE. — CHOL, COM- MISSAIRE CENTRAL. — OFFICIERS DE PAIX ET GARDES URBAINS.

Nous venons d'indiquer la composition de ce fameux comité DE sAiiUT PUBLIC qui, pendant plusieurs jours, répandit la terreur dans la ville de Lyon, et à Tinfluence duquel le vigoureux républicain *, Challemel-Lacour, n'eut jamais la force de se soustraire.

Trente membres au moins de ce comité appartenaient à Tlnternationale ; nous possédons entre les mains des preuve» irrécusables de leur afliliation. Au premier rang, nous devons placer Palix ; Placet ; Tacussel, l'un des héros des fa-

1 ChalltmeULacour, yigoitreux répdbucain, part ee soimvee les pouvoin néceuaires. Continuez à maintenir Vordre (D^pAche du gouvernembnt de

U REPENSE NATIONALE AU COHITlE DE LTO^f, 5 ieptembrê 1870).

meuses ligues du Midi et de TEst ; Doublé ; Charvbt ; Lombail; Comte, actuellement conseiller municipal et Tun des chefs de groupe de Tlnternationale * en 1867 ; Bruyat, que nous retrouveronfi, le ÏO décembre, à la salle Valentino présidant cette sinisti*e réunion où le commandant Arnaud lut condamné à mort ; Albert Richard, à qui sa modestie faisait, il y a quelques mois, un devoir de solliciter une place de oon- ' sul * ; ViNDRY ; Chol, dont les exploits comme commissaire central rappellent les plus mauvais jours de notre histoire ; Velay, qui, devenu plus tard conseiller municipal, devait, le 30 avril 1871, les armes à la main, empêcher Touverture du scrutin à la mairie de la Guillotière ; BEAUvom ; Didier ; Gar- NiER (Pierre) ; Chanoz, à qui revient le triste honneur d'avoir écroué à la maison d'arrêt Tex-préfet du Rhône, M. Sencier, détenu par ordre du Comité de salut public et par mesure de sûreté générale ^ ; Meynard ; Perret ; Gottin * ; Tissot, etc., e»c.

i Documenit juttificaUfty pièce I.

* «Ma lettre dn 96 février à la Décentralisation de

c Lyon a dû édifier le public à mon égard. Je ne renonce cependant pas à « mon pays, mais je voudrais, si cela était possible, le servir au loin. Si je c n'avais craint de passer pour ud chercheur de sinécures comme !arit m d*aatres, f aurais déjà demandé un consulat en Orient. Mes études éc<^no- « miqaes, ma eonnaiflsance de Tindostrie séricicole, mon aptitude pour la « langue arabe, an goût tout particulier pour l'Orient me l'auraient fait dé- « sirer ardemment.

• « Signé : Albert RICHARD,

« Publiciste délégué d(?s ouvriers lyonnais aux congrès de Bruxelles et Berne (1868) etdeBâle (1869), président des sections lyomiaises de l'Associatioa intaroatioDaie des Travailleurs. » {Genève, it mars 1871.)

Le citoyen Richard prend le titre de présiéUnt des sections lyonnaises afin sans doute de se donner plus d'importance ; mais pourquoi cet aspirant consul ne se conforme-t-il pas aux résolutions administratives votées par le congrès de Bàle et ainsi con^'ues: « Le congrès invite toutes les sociétés ouvrières affiliées à P internationale et lotîtes les sections à abolir la présidence dans leur sein f » (Voir aux Documents justificatifs, pièce II, la lettre du ^6 février à laquelle fait allusion Richard; elle est curieuse à plus d'un titre.)

» Chanoz a signé le rezistre d'écrou : cet honorable citoyen, qui a pris nne part active à Tinsurrection du 30 avril, exerce la profession de tisseur, rue des Fantasques, 8. Cuà^ioz (Jean-Baptiste), né le 3 mars 1828 à Saint-Jean-de- Sondain (Isère), a subi une condamnation; il a été pendant quelques jours membre de la célèbre Ligue du Midi.

* Cotiiu {séance du conseil municipal^ 7 mars 1871) déclarait qu'il avait appartenu à l'Internationale, qu'il avait, il est vrai, décbiré sa carte, mais qu'il avait toujours couservé pour cette société la plus profonde sympathie.

Nous devons ajouter que plusieurs des membres du Comité de salut public qui n'avaient pas adhéré formellement aux statuts de l'Internationale, n'en étaient pas moins des adeptes fervents de ses doctrines, qu'ils avaient préconisées quelques mois auparavant dans les réunions plébiscitaires. Toutes leurs sympathies étaient donc acquises à l'Internationale» qui se trouvait wcaiai maîtresse de la situation.

Il n'entre pas dans le plan de notre ouvrage de relater en détail tous les exploits du Comité de salut public ; cependant il est des faits que nous ne saurions passer sous silence. Il est bon que nos lecteurs apprennent à quels excès peuvent se portei' des gens qui prétendent agir au nom de la liberté, et qu'encourage l'indifférence coupable et égoïste d'une bourgeoisie affolée par la peur. Des magistrats ont été arrachés à leur siège ; des fonctionnaires publics ont été traînés en prison par une populace en délire; des membres de l'ancienne commission municipale des négociants ont été pourchassés par des bandes avinées ; des établissements religieux ont été pillés et saccagés; le système des lettres de cachet a été remis en vigueur ; des voleurs, des repris de justice, des assassins ont été rendus à la liberté ; des généraux ont été arrêtés sous le prétexte fallacieux qu'ils entravaient la défense nationale : pas une protestation n'a surgi, pas un cri d'indignation ne s*est élevé, même dans les rangs de la magistrature, gardienne souveraine de la loi et dont plusieurs membres furent jetés en prison.

La démagogie et sa digne sœur, Ylnternatîjonaley ont pu donner un libre cours à leurs ressentiments contre les exploit leurs du peuple; personne n'a jamais songé à les inquiéter dans cette œuvre que quelques folliculaires avaient le cynisme d'appeler la régénération sociale.

Nous avons assisté aux orgies révolutionnaires du Comité de SALUT PUBUG de Lyou ; nous avons noté tous les incidents des journées de septembre ; nous avons vu à l'œuvre ces hommes qui, à Fombre du drapeau rouge, présidaient aux destinées de la ville de Lyon, et nous frémissons encore d'indignation à la

pensée qu^une population ait pu descendre assez bas pour

supporter une dictature aussi dégoûtante.

Le Comité de sûreté générale.

A côté du Comité de salut public s'était installé, dès le'4septembre, un comité de sûreté générale qui avait établi le siège de^^ ses opérations à Thôtel de police. ^^

Ce comité, comme toutes les autres créations du même genre dont nous aurons occasion de parler, était l'œuvre de l'Internationale ; il se donnait ostensiblement pour mission de sauver la France et d'activer la défense nationale, mais il était surtout spécialement chargé de faire la chasse aux ennemis de h République, aux réactionnaires^ à ces mauvais citoyens dont l'attitude paraissait suspecte aux triumvirs Chépié, Chaverot et Perret. Nous verrons bientôt avec quel zèle ce comité s'acquitta de cette noble mission.

Il n'est pas sans intérêt de donner ici la composition de ce comité, recruté parmi la fine fleur de l'Internationale ; les antécédents de ses membres valent bien la peine d'être connus. On jugera par là des dangers que courut pendant plusieurs mois, à Lyon, la liberté des personnes : quand la police d'une ville est confiée à de pai'eilles gens, il ne reste plus qu'à s'expatrier et à chercher ailleurs une sécurité que l'on demanderait vainement aux autorités de son pays.

A la tête de ce comité, V acclamation populaire avait placé un repris de justice, Timon, sorti de prison depuis quelques jours à peine, et membre de l'Internationale *.

Le premier soin de cet intègre préfet de police fut, on le comprend, de s'entourer de gens du même acabit que lui ; il

« Un meillear choix ne ponvait être fait : Timon était digne à tons les titres de cette faveur. Condamné le 10 décembre 1856, par le tribunal correctionnel de Lyon à trois années d'emprisonnement pour affiliation à une société secrète, il était quelques années plus tard (novembre 1868) traduit devant la cour d'assises du Rhdne, sous inculpation de vol de soie. Déclaré en état de faillite au mois de juillet 1870, il se trouvait de nouveau compromis dans les manifestations antipatrioliques dont Lyon fut le théâtre les 20 juillet et jours suivants.

Condamné par contumace à la déportation dans une enceinte fortifiée pour avoir pris part & l'insurrection du 23 mars 1871, il vient d'être arrêté à Paris, où il se cachait sont le nom de Lorrain.

ET LE J ACUBINISMC. t

n'avait d'ailleurs que l'embarras du choix, car â ce moment-là l'hôtel de pohce était encore occupé par les purs qui l'avaient

, envahi le matin, et parmi eux on eût li-ouvé dilTicilement un homme dépourvu de casier Judiciaire. Le commissaire central, mifi l'on des pr^ers en état d'arrestation, affirme avoir reconnu parmi ses ffeôliers improvisés quatre individus que récemment

C il avait tait condamner pour vol.

Au ttombre des dignes collaborateurs de Timon, nous devons citer ses secrétaires Matkis ' et Riéaux *; Schettel (Adrien), ouvrier mécanicien, ancien secrétaire correspondant de l'Intei'nationaje; Boisson (Pierre), qui en était déjà à sa quatrième coadaamation ; Teisser (florentin), marchand camelot; Penet, plusieurs fois condamné ; Bnv (Auguste) ' ; Mickalet (Eugùiie), garçon de café, qui avait déjà eu maille à partir avec la justice (18 mars 1861, — escroquerie et vol, 7 mois de prison); Rebaud (Jacques), homme d'affaires, condamné, au mois do novembre 1869, à deus mois d'emprisonnement pour abus de conllance ; l>AOAmKR (Maurice), tisseur, qui avait débuté en 1848 par une condamnation à ti mois d'emprisonnement pour arrestation arbitrairo et séquestration de persomios ; Blamc (André), dit le père Blanc, ouvrier tisseur, l'un des vétérans do l'Internationale à Lyon; BÉNE (Jean-.\ndré), repris dt> justice ; Delaire ; Thomas, qui remplissait clans le comité les fonctions de i/raud iiiquisilour et qui fut chargé de procéder à l'interrogatoire de

< Hatiiis (Êiiiilu-Bu^énB), agenl d'ftfMros, conilaiiioA ileui fois (wur eaaoqaeria, n lilidlé lii plapori dss in&adat» J'uroslalion ut Dolammuat ceux <tèuônâi contra M. Bavdhjbb, président da ebarubrii i la i^our d'appel de Lyon, el M. fioDOGEOIS, membre de l'aDcieiiae eouauisioo mUDluipala.

11 éuit t^Dcore en ft'aoa le 36 août 1870.

* RitAtix (Jean'Mitrii'}, ni i Routine (Loire), la 17 janvier 1817, repréiealaot lie ïuminerce. (ut l'aii de* prumiers à envaliir rbdlel de police : uicieii déports poliliquo, cinq fuis candaiiiné, il subit aciuelittueni U peiue d'une année d'i^iapriionnamenl proaoncâa contre lui pur le V uoD^cil Uc guerre de L;ou i roi^oa de la participation à l'iuiDrractiuo du 13 aiarï 1871.

^ Brt lAugusla), avait labi une coiiduimaliau i S rnois da prison pour abus de eaufîanre : c'est lui qui a sipé l'ordr« d'Hcrouer ii li inaJwn d'arrêt l'expréfet ilu Hbdne, H, Sencicr. Vuioi iiu termes mêmes de cel uriire : > A^fitihltqae (rançaiu, — Lommune de Lyon : — Au nom da la "République, nous donnuni ordre au Dir^eleur de la. prison du Ubâne d'écrouer l« nommé Suacier. i>v-préf>31 <lu Rlidne. — Pour le «oniitè. — Pour lo délèguû A la préfecture 4e police,

■ Ltucrilairt principal, DRY. »

toutes les personnes arrêtées par naesure de sûreté générale ; AuDOUARD, qui, par ses nom breuses condamnations pour vol, avait su se concilier les sympathies de Timon ; Coigxet (Jean- François), qui cumulait ses fonctions avec celles de garçon de salle au café-concert FEldoradOy et qui doit à ses relations avec Parraton, Gaspard Blanc et Albert Leblanc, délégué de la corn* mune de Paris, et tous trois membres de l'Intemationale, l'honneur d'avoir figuré dans le procès de l'insurrection des 23 mars et ^ avril; Jacomard (Nizier), autre repris de justice; Patet (Alexandre), ouvrier veloutier*; Servellb tFrançois), ouvrier vemisseur, dont le nom avait acquis une triste célébrité, en 1849, lors des événements de la Croix-Rousse et qui a figuré avec Bakounine et Cluseret parmi les éraeutiers du 28 septembre ; GiROD (Prosper), devenu plus tard offlcier de paix; Coulon; Gayet (Joseph) ; Husson (Laurent^; Moreau (Pierre), ouvrier tuUiste, à qui revient la gloire d'avoir exécuté la plupart des ordres d'arrestation délivrés par son illustre maître Timon ; Charavay, employé plus tard chez un offlcier de paix ; Réoipas, membre de Tlnternationale, devenu garde urbain, dédaréenétat de faillite en novembre 1862, etc., etc.

Qu'on nous permette maintenant d'entrer dans quelques détails sur le rôle odieux joué par cette bande farouche aux gages de rinternationale, et de retracer le tableau des nombreuses arrestations auxquelles elle procéda avec le cynisme le plus révoltant.

Dès le 4 septembre, tous les fonctionnaires et agents du régime dont on venait de proclamer la déchéance, étaient arrêtés et incarcérés à Thôtel de police. Pai'mi ces victimes de la première hem'e figurent MM. Sencier, préfet du Rhône; Delaire et Cezan, secrétaires généraux de la préfecture ; Massin, procui*eur général; Baudrier, président de chambre, Berenger et Morin, magistrats; Jacomet, commissaire spécial de la sûi*eté; Papin

4 Payvt (AlexaTMlre), fut éleré, le 8 octobre, à la dignité de garde urbain. Ifem le retromrons, au mois de mars I87i, mêlé activement à tontes les meoéei rérvolniionnaires de la conniune : le i9 avril, il est arrêté en eompafnie da charpentier Govcx, aux abords du palais de justice, où il s*était rends danf le but d'épier une occasion favorable pour mettre à exécution un projet d'assaàsinat arrôlé la veille dans une réunion secrète. Nous reviendrons s«r cas faits lorsque nous ferons rhistoriquo de rinsurreofion du 30 avril. Pay«t t lubi deax condamnations.

(Louis-Alfred), son secrétaire; Rosset (Antoine), inspecteur de police ; les commissaires de police Bouche, Bédouret, Duraarest, Plateau ; les agents et secrétaires de police Bourget, Prismey, Large, Francés, Clauzel, Balivet, Ganneyal, Cliroleyrre, Pia, Morton, Charienger, Bonnard, Labart, Lacroix, Migieu, Veau, Vuillod, Picon, Bardin, Lapersonnerie *, etc., etc., etc.

Pendant la nuit, on s'assura de la personne de tous les commissaires de police et agents qui n'avaient pu encore être arrêtés; le lendemain on se mit en mesure d'emprisonner les prêtres, les jésuites, les carmes et autres religieux. Les gares furent occupées par des hommes en armes qui avaient reçu la consigne de s'opposer au départ des notables Lyonnais. En même temps, les établissements religieux sont envahis et pillés; partout des perquisitions sont opérées, sous le prétexte dérisoire de chercher des armes. U international Beauvoir est à la tête de la bande, qui se rend au grand-séminaire pour y procéder à une visite des plus minutieuses : les caves sont fouillées, une somme de 2,000 francs disparaît et une partie de l'argenterie est enlevée. Le couvent des jésuites, rue Sainte-Hélène, est saccagé : les li\Tes de la bibliothèque sont lacérés ou brûlés. Aux CarmeS'Décbaussés, aux Chartreux^ môme pillage : des corps de francs-tireurs reçoivent l'ordre d*y établir leurs casernements ; les religieux en sont expulsés après avoir été fouillés et dépouillés de tous les objets de quelque valeur. Ils sont conduits sous bonne escorte au chemin de fer, où, par ordre du Comité de salut puWic, on leur signifie d'avoir à quitter le territoire français et à se réfugier à Genève,

Les voitures publiques sont soumises à chaque instant à des inspections; tous les trains sont visités, les bagages surveillés et consignés dans le cas où leur forme ou leurs dimensions paraissent suspectes. Dans les rues, les prêtres sont hués et menacés ; il suffit d'être qualifié de mouchard par le premier voyou venu pour être aussitôt appréhendé au corps et conduit triom-

« Le 5 septembre, tous ces réactionnairu à qui l'oo donnait la qualification de détenui politiques, furent transférés à la maison d'arrôi dans des voitures oeUolaires : seul, M. Seocier fut conduit à la mairie de la Crui\-HottSse et gvdé comme otage par les purs du quartier jusqu'au 9 septembre, époque à laquelle on se décida à le soumettre au régime des autres prisonniers. H ai fut mis en liberté qu§ le 17 septembre.

phalement devant le comité de la rue Lnizerne. De son côté, la police de Tlnternationale poursuit le cours de ses exploits : des listes de suspects circuleût dans les mains de ses sbires, et le nombre des aiTCstations grossit chaque jour '.

D'ailleurs le système des lettres de cachet a été remis en vigueur : tous les purs sont porteurs de cartes signées en blanc, et, en vertu de ces cartes qu'il leur est loisible de remplir à leur fantaisie, ils acquièrent le droit de faire arrêter toute personne dont la présence peut à titi'e quelconque les importuner. Le concours de la garde nationale ne leur fait jamais défaut : n\it-elle pas, en effet, pour mission de débarrasser le pays des réactionnaires et de fomenter l'émeute et la guerre civile?

Pendant que les honnêtes gens étaient traînés en prison, les voleui*s et les repris de justice étaient mis en liberté et incorporés dans des compagnies de francs-tireurs. Deux d'entre eux furent même élevés aux plus hautes fonctions dans Tarmée -des Vosges*; un troisième était appelé au commandement des légions mobilisées d'un département voisin du Rhône. Nous n'exagérons rien ; nous avons entre les mains les preuves des faits que nous avançons. — Il fut procédé, les 4 sei)tembre et jours suivants, à l'élargissement de cent vingt-neuf individus détenus ou condamnés pour crimes et délits de droit conuaun. Ajoutons que les filles publiques séquestrées par mesure de correction administrative ne furent pas oubliées : c'est le citoyen Bret, membre de l'Internationale, acclamé plus tard garde urbain, qui prit sur lui de leur ouvrir les portes de la prison. Ainsi, tandis qu'à Toulon le forçat Mégy était porté en triompiie, qu'A Paris l'assassin des pompiers de la Villette, l'étudiant Eud< s, était rendu à la liberté, le Comité de salut public de Lyon faisait em'ôler tous les va;,^abonds, mendiants, escrocs, filous, etr., etc., que la justice avait frappés. Le pays, on le conçoit, avait intérêt à ne pas être privé plus longtemps de défenseurs aussi valeureux et aussi intègres.

i Le nombre des individus arrêtés par mesure de iûreté générale dans la période du 4 au 22 septembre s'éleva à 106.

' Nous avons vu un ceriiticat de bonne conduite délivré par Déplace, l'un de ce.s repris do justice, en sa qualité de commandant du corps des tirailleur? d*élite, à un Italieti placé sous ses ordres. Déplace a été nommé chevalier d*' la Légion d'honneur par le roinistèro Gambetta.

En dépit de tous ces exploits, le préfet de police, Timon, ne tarda pas à tomber en disgrâC/e ; il avait consenti à remettre provisoirement en liberté un ou deux des fonctionnaires auxquels la populace de la Guillotière et de la Croix-Rousse avait voué une haine implacable. Malgré les précautions prises par ces rares privilégiés, le bruit se répandit bientôt qu'ils n'étaient plus en prison ; cfti cria à la trahison. Timon eut beau répéter -qu'il était complètement étranger à ce qui pouvait s'être passé et que les fonctionnaii*es dont il était question étaient encore gai'dés en lieu sûr; dès le 14 septembre il fut regardé comme suspect et ne put, môme au prix des plus séduisantes promesses, trouver grâce auprès de ses anciens amis politiques. Dénoncé au Comité de salut public comme réactionnaire *, il était mis en demeure de résigner ses fonctions et de céder sa place au déserteur Chol, Tun des membres les plus importants de V Internationale à Lyon.

Sous riiabile impulsion de Chol, le salut de la France parut désormais assuré. Avec le concours des Parralôn^ des Gaspard Diane, des Cbaravay, des Benidre^ des Arthur Martin^ et autres membres de Tlnternationale, il se mit à Tœuvre pour ter-, rifier la réaction et dissiper les alaçmes du vigoureux ri'pU' blicainj Challemel-Lacour. Par ses soins tous les membres du comité furent armes de revolvers et , de pistolets ; ces revolvers étaient déposés sur la table, dans la salle de leurs délibérations,

1 Cette (léDoncialion fut portée coDtre lui par les autres membres du Comité «le sûreté i,'énérale. Nous reproduisons textuellement un des passages les plus signiticatifs de la lettre qui fui à cette occasion adressée aux triumvirs Chipie, Chaverot et Perret. ..«.., En face de l'ennemi, à nos portes, de l'énergie! « de l'énergie! de l'énergie! Les hommes écronés par nous et rendus à la « liberté par d'autres peuvent amener la réaction. Nous demandons doue la •<i révocation immédiate du citoyen Timon comme suspect. — Signé : Coignkt, ScHETTEL, CouLOX, HussoN, Gatet ^Joseph}, GiROD, Béne et Charavat.

Ajoutons que deux jours avant sa révocation, Timon avait donné la mesure €\ac(c de ce dont il était capable. Créancier d'une faillite, dont la liquidation avait été confiée au syndic Grizard-Delaroue, il signifiait à ce dernier, le 12 septembre, d'avoir à lui faire tenir dans la soirée même ce qtii lui revenait au sujet de cette failli/et soit le 330/0 (textuel). M. Grizard-Delaroue ayant refusé énergiquonient d'obtempérer à une aussi brutale injonction, fut mis en état d'arrestation et ne dut sa lil>crté qu'à l'intervention officieuse de quelques membres du Comité de salut publie. Timon avait voulu accomplir un acte de vengeancvî : il ne pardonnait pas à M. (Jrizard-Del.iroue d'avoir été le syndic de sa faillite, déclarée, coinme nous l'avons dit plus haut, au mois de juillet 1870.

toutes les fois qu*ils s'y réunissaient pour concerter ensemble quelque grande mesure.

Le 22 septembre, à son instigation, ce comité publiait un manifeste qui mérite la peine d'être reproduit ; on jugera par là des dispositions bienveillantes dont ses membres étaient animés, et on comprendra à quels dangers se trouvaient exposés les honnêtes gens, en présence de pareilles excitations provenant dé ceux-là même qui étaient chargés de maintenir Tordre et de faire la police. Cet appel à la violence et à la guerre civile fut entendu : nous retrouverons la plupart des signataires parmi les émeutiers du 28 septembre.

Voici ce manifeste, qui fut imprimé sur papier sang-de-bœuf et placardé dans toute la ville :

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