RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. — LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ
Le Comité de sûreté générale à ses concitoyens.
c La patrie est deux fois eu danger, par F ennemi du dehors et celui du dedans} les (lois de la réaction montent, encore quelques jours comme cela et la République sera perdue; on nous pousse à la guerre civile, évitons, citoyens, une guerre fratricide qui ferait rh'e tous nos ennemis, employons toute rénei^gie et le sang-froid dont nous sommes capables pour nous sauver, il n'en est que temps. Depuis quelques jours tout est paralysé pour la défense nationale, l'armée ne s'organise pas ou presque pas, nos manufactures d'armes chôment, nos arsenaux, nos fonderies, nos usines, qui devraient fonctionner nuit et jour à fabriquer des armes, des engins, des munitions, des projectiles, sont en activité comme en pleine paix ; les campa*gnes restent en dehors du mouvement ; des villes seules partent des volontaires *, les appels ne se font pas ; les mobiles et les francs-tireurs restent dans les villes quand l'ennemi s'avance méthodiquement, savamment, jnsqu'au cœur de la Répubhque ; attendez encore un peu, citoyens, et la Patrie sera perdue, foulée aux pieds des hordes du Nord, qui rétabliront, sur nos débris pantelants, le despotisme le plus odieux des temps anciens et modernes que nous venons de secouer.
ET LE JAGOBINieME. 11
c Pour nous sauver, citoyens, voici ce que nous vous propo- ^ sons, sans aucun retard, sous peine de suicide :
c i^ IJ arrestation et la destiiuiion en masse de êous les hauts employés et chefs de services des administrations de Fex-empire ;
c 2* La levée en masse de 25 à 45 ans, appelée graduellement ;
« 3** Repousser énergiquement ces élections dangereuses qui nous diviseraient infailliblement et. nous feraient perdre un temps précieux pour la Défense de la Patrie ;
c 4"" Que le gouvernement de la Défense nationale continue énergiquement son œuvre, nous jurerons tous de le défendre jusqu'à la mort ;
« 5" Organiser dans chaque ville, chef-lieu et village, des comités de guerre pour armer, fabri(juer des armes, des munitions, aider les municipalités dans leurs grands travaux, briser celles qui opposeraient ou tenteraient d'opposer de la résistance ou de la négligence à exécuter les ordres de la Défense nationale. Il faut à tout prix briser la mauvaise volonté et la force d'inertie des ennemis de la République, qui lui préfèrent l'invasion étrangère et la ruine de la Patrie. En terminant, citoyens, nous résumons :
f Arrestation de tous les hauts fonctionnaires de Tex-empire;
« Levée en masse jusqu'à 45 ans ; .
c Réquisition de tous les gens aptes pour fabriquer des armes, engins de guerre et munitions. Les femmes consacrées aux. soins des blessés; les enfants employés à faire de la chm'pie ;
t Plus d'élections tant que l'ennemi foulera le sol de la Patrie ; soutenons la dictature du 4 septembre 1870 ; si elle est trop faible renforçons-la, mais sous peine de périr, ne la changeons pas.
. Le président, CHOL ; BLANC, PARRATON, P. GIROD, CHARTRES, COULON, SOUVANAU, TRÉPIER, THE- VENON, SCHETTEL, AUDOUARD, DAURAT, THOZET, SERVELLE, CHARAVAY, GAYET, PERRIN, PAYET, BÉNB, L. HUSSON, GAYET (Joseph), LATOUR, LAGA- NIER, E. MATIS, PENET, JACOMARD, DELAIRE *.
t Lft plupart des signataires appartiennent à rintemationale. * Gbol (Gail* lanme), ourrier cordonnier ; Blanc (Gaspard), S7 ans, ex-employé des ponti
« Une grande et heureuse nouvelle nous arrive : le général Cluseret est dans nos murs. Ce vaillant soldat de la démocratie^ (jui ne combat que pour la sainte cause de la liberté, exilé de vingt années, général de Tindépendance américaine, vient se mettre à notre tête pour délivrer la Patrie, sauver la Liberté et la République. Appelé à Lyon par la démocratie radicale nous T acclamons tous le général en chef de r armée des volontaires de Lyon et des départements du Midi,
« En avant, la victoire est à nous. Vive la République ! »
Voilà à quoi s'amusait le Comité de sûreté générale et quelles sont les résolutions dont il jugeait radojjtion indispensable au salut de la France !
A peine cette proclamation eut-elle été affichée sur les murs de la ville qu*unc grande agitation se produisit. Des groupes menaçants se formèrent aussitôt aux abords de Thôtel de yille ; de temps à autre on entendait vociférer les cris de : la levée en MASSE !la levée EN MASSE ! PAS d'élections ! PAS d'élections ! L'arrivée de Cluseret était Tobjet des conversations les plus animées : les démagogues le représentaient à la foule ébahie par le prestige d'une telle réputation, comme le seul général qui pût avec Garibaldi ramener la victoire sous nos drapeaux et sauver la situation. L'exaltation de la populace était à son comble ; quelques-uns des fonctionnaires dont l'arrestation avait calmé sa fureur, venaient d'être rendus à la liberté, et elle n'admettait pas que le peuple n'eût pas été consulté sur une question aussi
et chaussées ; Parrato.x (François) ; 35 ans, ouvrier tisseur, grande rue de la Croix-Rousse, 75 ; Girod (Prosper), 46 ans, tisseur, montée Rey ; Chartres (Jacques), tisseur, rue d'Austerlilz, 25 et â7; Socvanau, commis, rue Imberl- Colonés, 8 ; Thevenon (Louis), tisseur, montée Saint-Barthélémy, 28, plus tard garde urbain; Béîce (Jean-André), rue du Béarn, 31, plusieurs fois condamné ; Chahavat (Jacques), 50 ans, tireur d'or, rue Lebrun, 7, garde urbain ; Penet (Louis-Joseph), agent d'affaires; Pkrris (Jules-Antoine), 49 ans, ouvrier boulanger ; Aldoiard (Alfred), ouvrier tailleur, membre de la commune révolutionnaire le 30 avril 1871 ; Matis (É mile-Eugène), 33 ans, agent d'affaires ; Thozet (Alexis), 43 ans, marinier, rue Servient, iO ; Jacomard (Nizier), 41 ans, rue Monsieur, 128 ; Payet ; (Alexandre), veloutier, rue Cu- \ier 121 ; Daurat (Joseph), 58 ans, tisseur, rue de l'Aima, 15; Servellk (Franvois), ÇO ans, vernisseur ; Laga^er (Maurice), tisseur, rue Duminge, 15, d»n'enu plus tard officier de paix du quartier de la Croix-Rousse ; Latoor Jean-Marie), tisseur, place Saint-Paul, 5 ; Gayet (Joseph), ouvrier teinturier, rue de Chartres, 6; Husson (Laurent), 32 ans, ouvrier lisseur, montée Rey, 3, garde urbain; Schettel (Adrien), 49 ang, mécanicien, rue de Béarn, 31.
capitale pour lui. Les explications que le procureur de la République s'était cru obligé de dohner à ce sujet deux jours auparavant au club Valentino, lui 'avaient paru dérisojres ; elle ne voyait plus dans son idole de la veille qu'un traître et un vil réactionnaire, digne tout au plus d'être traîné aux gémonies.
Le mécontentement de la masse populaire devait, on le comprend, être exploité par les Bakounine, les Cluseret, les Richard, les Bastelica et autres, qui préparaient déjà, dans leurs conciliabules secrets de la rue Madame, leur coup de main du 28 septembre.
Comité central fèdératif .
L'Internationale avait compris la nécessité de multiplier les comités et d'avoir ainsi sous sa main des groupes tout formés dont elle pourrait, à un moment donné, utiliser le concours.
Le comité central fèdératif, dont l'organisation remonte au 17 septembre *, tenait ses séances au palais Saint-Pierre, dans ime salle qui lui avait été cédée par la municipalité. Ce local se trouvait à quelques pas de l'hôtel de ville {siéffe du Comité de salut public) et de la rue Luizerne^, oii fonctionnait en permanence le Comité de sûreté générale; ce comité avait encore un local particulier au cercle des tisseurs, rue de la Vieille-Monnaie, 17 ; il se réunissait les mardis et vendredis en séance publique, et les autres jours en séance privée.
Ce comité, comme tous les autres, affichait la prétention d'organiser le déchaînement révolutionnaire de toutes les forces vives de la France contre la Prusse; ses membres se posaient en sauveurs du pays et ne parlaient que de grandes mesures à adopter pour réparer les désastres de la patrie. Il sufllt de lire les
* Doeumenti justifieatifSf pièce III.
t C'est dans la rae Laizerne qu'était sitaé, i cette époqne, l'hôtel de police. Aujourd'hui les bureaux du commissariat central ont été établis daos un bâtiment dépendant du palais de justice.
manifestes publiés par cette agence de < sauvetage national » pour être édifié sur le concours que l'on devait attendre de pareils énergumènes, qui, sous prétexte de prêcher Tunion fraternelle de tous les citoyens et l'oubli de toute disseofiion, ne trouvaient rien de mieux à proposer que la destitution de toni ce qui, de près ou de loin y avait pu servir F empire : c'était pour eux la première condition de succès. Voici dans quels termes déclamatoires et avec quelle eaaaphase ils faisaient appel au patriotisme des Lyonnais :