‹ L'Internationale et le jacobinisme au ban de l'EuropeChapitre 125 sur 159 · PIECE LXVIII · texte numérisé non relu

PIECE LXVIII

« Qu'on le sache bien, c'est l'heure de triompher ou de sauver Thonneur en embrassant la mort. Si le ceste ne sufût pas» on aura recours au couteau I.«.. puisque tant ils le veulent, ces louches pîcadores de la réaction, qui s'étudient à agacer jusqu'à la fureur le taureau populaire.

c Phraser, discuter, louvoyer, parlementer^ tribuner?... quand la salle est un théâtre, l'Assamblée une foire, les foireux des vieillards rances, la tribune un tréteau où Arlequin rougirait de monter 1

c Non 1 non I

« Et revendiquer pour Pans le siège d'une pareille collection de grotesques?

< Et s'exclamer avec douleur que s'ils vont à Versailles, à défaut de Fontainebleau, ce sera^un outrage pour Paris ?..«

t En vérité, c'est trop fort !!!

« Eh ! que voulez-vous que Paris fasse de ces barbons peiés et ratatinés ?

c Le gé&ie qui les inspire n*cst pas celui dont les ailes d'or planent sur la Bastille. S'ils ont une mase, elle s'appelle Babot. Us sont à Tàge du r lait de poule > et du «r bonnet de nuit. » Qu'ils mangent, boivent ot dorment, en attendant d*aller pourrir. Mais prétendre présider aux destinées de la France, quau'l on pourrait à peine tenir la quenouille ?... Le vice, poussé à celte limite, redevient innocence. Les extrêmes se touchent.

a Donc, que Paris ne se préoccupe pas do ces fantômes, qu'il songe àsq sauver lui-même en nommant sa Commune.

« Favre, Picard, Vinoy, d'Aurelles, etc., le provoquent après l'avoir trahi, et méditent de le noyer dans son sang, c Face à ceux-là I

c Point dû débauche de paroles. La colère n'est redoutable que lorsqpi'elle devient muette. Savoir se taire, c'est, quand on est fiérieux, prourer qu^on est capable d'agir, pn§t à agir.

c L'infâme Vinoy, sénateur do l'empire et président, au S décembre, de la commission mixte du Var, si piteux devant la Prusse, défie, menace Paris. Tous les journaux révolutionnaires viennent d'être violemment suspendus par lui, et nul nouvel organe ne pourra paraître.

« EHi bien, tant mieux I

• « O Parisiens l Basile vous reproche d'être de vains bavnrds, impuissants à réaliser vos vœux. Taisez-vous donc, et agisses I — Qu'en parlant de vous, la France, l'Europe, soient obligées d'intervertir le titre d'une dos pièces de Shakespeare. Qu'elles paissent ainsi caractériser votre attitude : Peu de bruit pour beaucoup,

c Allons 1 debout 1... c'est le moment. — Toutes les graïkles villes attendent le signaL

« Pas de phrases : dos piloris ; pas de récriminationB : des châtiments.

c Les sbires de nos mandarins du 4 septembre, enhardis par la présence des sicairesdo l'ex-César, viennent de condamner à mort... Blanqui, FloùrensI — Nos mandarins avaient sué la peur, au 31 octobre. Ce n'est pas trop de la vie pour expier le crime ^d'avoir fait trembler leur Olympe. Cruauté est le verso de lûcheté.

€ Le colonel Lespiau a présidé les audiences; le sieur Paillard, capitaine delà garde mobile, a soutenu la prévention. —Amis, inscrivons bien ces deux noms sur nos tablettes 1

« La trahison souffletant Théroïsme, le parjure juge et bourreau, la vertu victime et martyre.. . C'est le paroxysme de l'ignominie, la suprême convulsion des saturnales du droit divin. — La mesure est comble.

t Opeuple I vas-tu continuer a subir l'outrage comme une brute î...

ou te redresser enûn, terrible et vengeur?

c Debout ! grand justicier, debout I

< Prouve que si le capitole de l'anCique Rome était près de la roche Tarpéïenne, Thôtel de ville de Paris fait face à la place de

Grève. »

{DéeentralUation^ 18 mars 1871.)

< Le mouvement parisieu, ainsi justifié dans ses causes, dans son principe et dans sa signification, n'est pas moins excusable dans ses égarements. Oui, nous regrettons du fond de Tàme les actes de violence individuelle qui ont souillé cette fois encore le drapeau de la révolution. Mais est-ce que le peuple qui se venge est tenu à plus de justice et à plus de modération que les rois et les gouver*

nements? »

(Émancipation, 22 mars 1871.)

« Ne vous y trompez pas, c'est bien une révolution qui s'accomplit en ce moment à Paris, et quoi qu'on en dise, elle est légitime dans ses causes comme dans ses effets.

{Ibidem,)

« Le peuple de Paris, ressaisissant son autorité, vient de désigner un pouvoir nouveau.

« Il est évident que ce pouvoir doit être immédiatement consenti par les autorités civiles et militaires, sous peine de forfaiture.

c En avant donc, citoyens : confiance absolue dans les autorités républicaines, et vive Paris I vive la révolution ! »

(/dm.)

Correspondance particulière de F Émancipation,

« Paris, 27 mars.

c La nouvelle de la révolution cpmmunale de Toulouse a été accueillie avec joie. Le délégué Toulousain a été reçu à midi par le comité central qui a témoigné toute sa sympathie pour les Toulousains et pour leur œuvre

PIÈCE LXK

Lettre du général de Nansoaty au préfet Duportal.

« Toulouse, le 22 mars 1871.

< Monsieur le préfet,

c La gravité des circonstances a nécessité de ma part des mesures de précaution. '

« i*ai dû faire occuper l'arsenal et m*y rendre moi-même de ma personne. La garde nationale y continuera son service ordinaire.

« Cette mesure toute de précaution ne doit inquiéter personne.

t Je compte sur votre patriotisme pour maii«tenir l'ordre dans

LA ville.

« Je serai heureux de recevoir toutes les communications que vous voudrez bien me faire.

t Veuillez faire prévenir M. le maire de la mesure que j*ai cru devoir prendre pour éviter tout prétexte d'agitation.

< Agréez, etc.

« Signé : De NANSOUTY. •

Réponse de Duportal h la lettre précédente,

« Toulouse, le 22 mars 1871 .

« Monsieur le général,

a J'apprends qu'en même temps que vous avez renforcé la défense de l'arsenal, vous faites diriger sur la ville les troupes qui occupaient le camp. Ces deux mesures occasionnent en ce moment dans la villo une vive émotion et me rendent plus difficile la mission pacificatrice que je n'ai cessé de remplir à Toulouse. Je ne la décline pas pour cela : mais vous me permettrez de vous faire remarquer qu'étant parvenu à maintenir ce matin la garde nationale, je devais attendre une attitude moins vive de la part de l'autorité militaire. S'il y avait ce soir de l'agitation ù Toulouse, vous regretteriez certainement d'avoir encouru le soupçon de l'avoir peut-être provoquée.

c Je n'incrimine certainement pas vos intentions ; je vous fais part de la situation que vous venez de me faire et des craintes

qu'elle m'inspire. Il ne dépendra de moi, croyez-le, qu'elles aient été chimériques ou cxiigérées.

« Agréez, etc.

« Le préfet de la Haute-Garonne^

t Signe : Arm\nd DUPORTAL. »

«Toulouse, 22 mars 1871.

« Monsieur le préfet,

A Les troupes du camp avaient reçu dès hier Tordro de faire une promenade militaire ; mais dans la pensée que cet acte pouvait être mal interprété, j'avais dès une heure envoyé contre-ordre et les troupes sont rentrées au camp.

c L'émotion. causée par rarticle de V Émancipation a dû me déterminer à prendre des mesures de précaution, mais de précaution pure.

« M. de Kéralry étant venu me prévenir qu'il venait prendre possession de la préfecture, je l'ai engagé à se retirer en lui disant que vous aviei toute mA confiance et que j'étais persuadé que vous sauriez mieux qu'aucun autre protéger l'oitlre et la société.

t Je vous prie d'agréer, etc.

« Le général de division,

« Signé: de NANSOUTY *. »

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