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ENQUÊTE PARLEMENTAIRE DU 18 MARS

Rapport de M. Ducarre sur le rôle de la Commune lyonnaise,

A Lyon, les 22 et 23 mars, la Commune est proclamée, l'hôtel de ville occupé par les bataillons partisans de la Commune. Le préfet est prisonnier, le général et le procureur de la République occupent la gare de Perrache. La municipalité reste chez elle. Au bout de trois jours, le mouvement avorte/ le préfet est délivré ; les membres de la Commune improvisée parlent pour Genève, sous le couvert bienveillant de la municipalité lyonnaise.

Pendant tout le mois d'avril, les proclamations de la Commune de Paris restent affichées dans différents (quartiers de la vill& de Lyon» sous la protection de la garde nationale, et à la porte de la mairie de l'arrondissement de la Guillotière, par ordre exprès de Tadjoint de cet arrondissement.

Les 16 et 17 avril, le rappel est plusieurs fois battu par ordre du comité central, dans les quartiers des Brotteaux et de la Guillotière; les appels aux armes y sont réitérés sans succès. Ces tentatives semblent faire partie d'un plan d'ensemble révélé par les correspondances saisies.

On enrAlait à Genève dea soldats prisonniers et des habitants de la Haute-Savoie venus dans celle ville pour vendre leurs deni-ées. Ces derniers ont déclaré qu'on leur offrait 50 francs de prime.

Cinq i;cnts hommes, nrmés de chassepots, devaient murcher sur Lyon en recrutant des adhérents sur leur passage.

A Lyon, pendant ce temps, le mouvement devuit commoacor par l'arrostetioQ des autorités, des otages et dos officiers de rurméo ; l'insurrection de Lyon avait le double but de diviser les forces de Versailles et d'offrir un asile à la Commune de Paris, en cas d'échec.

Lyon avait gardé toutes les munitions, tous les approvisionnements et farines réunis pour l'éventualité d'un siège prussien.

Celui des deux BiUioray qui u été fusillé à l'École -Militaire o. déclaré au chef d'état-major qui l'inlerrogeait avant l'exécution, que la Commune de Paris avait re^u ù cet égard des promesses formelles des délégués de la municipalité lyonnaise.

A Genève, comme à Paris et comme à Lyon, les chefs de la Commune, manquant de courage personnel, conspiraient à l'abri et envoyaient les imbéciles au feu. Lu colonne ne partît pas de Genève ; l'insurrection du 30 avril, engagée â Lyon par des doublures, fut réprimée après un sérieux combat, dons lequel le préfet et le procureur de la République furent blessés ù la léle des troupi-s. — Le maire de Lyon et ses adjoints restèrent invisibles et silencieux pendant la lutte.

A Lyon, comme dans tous les grands centres, le mot d'ordre a été celui de la pince do la Cordorie à Paris, pendant le siège : Que nous importent les Prussiens du dehors? Noua nous réservons pour les Prussiens du dedans.

La Commune internationale a été proclamée à Lyon le -i septembre ; sa constitution a été formulée par le comité de salut publicdu 4 au 16 septembre et acceptée par le conseil municipal élu. (Séance du 16 septembre 1870 )

A Lyon comme partout, l'Internationale a végété pendant la période d'admissions individuelles. L'autorisation d'admettre en masse, el sui la demande do leur président, les sociétés coopératives ds crédit, de consommation, de production, de secours ou les cercles ouvriei's, en a fait une armée. 1^ grand nombre reculerait devant l'application de la formule internationale, mais on obéit au mot d'ordre dans les élections générales, départementales, municipales et de la garde nationale. Cfila suffît aux directeurs du mouvement, qui présentent des candidats esclaves Un mandat impératif, et acceptant dans loua les emplois les délégués do l'Internationale. Elle a «insi pied dans tous les services dirigés par des chefs élus, sur lesquels elle a posé au besoin par une prise d'armes pour vaincre leur hésitation. A Lyon, les saciélcs ouvrières ont cessé d'être exdusi-

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vement profossioiineUes. Outre les membres honoraires^ on y teouvaity à côté des hommes politi<pies ou voulant le deTeuiv, beaoBcou^ de déclassés, d'aTonturiers en quête d'une positioa sociale et qsi naturellement sont toujours au premier plan.

Sous le régime précédent, les membres de la bourg^isis et du commerce avaient exagéré leur intervention dans la direction administrative de la ville. Les sociétés ouvrières, représentées comme nous venons de le dire, ont exagéré leur domination à leur tour.

Elles ont fourni ce q[u*elles appellent des délégués aux fonotions municipales, aux grades supérieurs dans la garde nationale, aux emplois dans les bureaux, aux gardes urbaines de sûretéy de po« lice, etc.

Dans toutes les villes de France , le mouvement international s'est heurté à ce qui restait de l'organisation et des traditions miJH nicipales.

Mais Lyon comme Paris était sous un régime d'exception. Â Paris, le gouvernement provisoire a immédiatement représenté Tautorité. A Lyon, où tout a disparu avec la chute de l'empire, l'es* sai de la Commune a été complet ; on peut le voir/ on peut suivre ses progrès dans les procès-verbaux de la municipalité

Le 4 septembre, à neuf heures du matin, le futur maire s'empare de l'hôtel de ville et proclame la République au balcon. Un des membres du cortège, s'adrcssant à foule, ajoute : « Tous ceux de t l'Internationale, montez 1 » — Immédiatement le drapeau rouge est arboré. — Deux heures après, un comité de salut public se proclame seule autorité, sous le nom de Commune de Lyon, Un grand nombre do ses membres appartenaient à T Internationale ; une délégation ofûcielie de sept personnes appartenant à cette association était en outre admise dans le comité. Une amnistie est proclamée pour tous délits politiques, grèves, associations, réunions ; les prisonniers sont mis en liberté. La garde nationale, à peine organisée, est employée à des arrestations politiques de plus de deux cents personnes.

Les portes de la ville sont fermées; on ne peut eirouler qu'à Taide d'une carte du comité.

La police est supprimée. Le comité choisit un procureur de la République ; il nomme Garibaldi et Gluseret commandants des

La Commune décide qu'on trouvera 'tout l'argent nécessaire et espère bien que les volontaires dv Midi n'arriveront pas les mains vides.

Les mises en liberté sous caution sont supprimées. La Gommuiie ss réserve de statuer sur le sort des prisonniers politiques.

Le oomilé abolit Tootroi, remplaee son produit par un iÊKpêH de

50 centimes pour fOO francs de capifai sur toutes jea valears mobilières et immobilières. Le comité décida l'aiTCsla'ion de Ions les maireB du département qui iie rooonnnttront pas la Répulriiqne, se réserve In nomination des juges ds paix; les commisHaires d« police seront nommés par le suffrage naiverseU

Il vole la vente immédiate des biens meubles et iromeubles d«s corporationarcligieuscs;

La cnnfiscation des biens des persoimes qui quîtloront Lyon;

L'organisation des chantiers nutionami;

L'envoi de quatorze de sos membres dans le Midi ponr le aaulever, et de trois autres à Saint- Etienne.

Il prend la délibération suiTsnte : • Considérant qne l'emprunt i oomprometirait les finances de la ville; que l'impél est lon^ et n difficile h percevoir ; que la réquisitinn est dfrdroit qnand il faut <r a^r révolulionnairement; que l'ennemi ne se gênerait pas et

prendrait davantage; que nous avons lo droit d'agir; à l'unani-

1 mité est votée nue réquisition da vingt millions. >

A l'annonce des ûiccfions municipales, le comité avait fait la proelamation suivante :

■ Nous allons remettre au suffrage universel le mandat révolutionnaire que nous tenons de votre acclamation, noua avons en la rude Iftche de remédier an passé et d'affirmer l'avenir. Que ceux qui nous suivront conlinneat notre œuvre; quels Révolution t'achève I •

" Les ennemis prendraient -il s Paris, ils ne prenJi-ont pas la France.

" A la place de l'ancien drapeau national vaincu, ils verront debout lo drapeau de la Commune et de la fédération. Sauvons la patrie, mais sauvons aussi ia société qui marchait à l'abîme. No retombons pas dans les errements d'État. d'Église, de police, d'administration, dont l'épreuve Luttons contre la sanglante liarbario

du Nord et conlre une prélendao civilisation sans justice... *

Après l'élecllon. qui ramenait au conseil élu la majorité des membres du comité du salut pnblic, celui-ci prenait la délibération flutvaiite r

« Avant de se retirer devant le conseil élu, le comité déclare qu'il s été entravé dans sa marche et dans son œuvre de réorgani* sation, parle maovais vouloir des administrations, parla liiérarchie militaire et civile; qu'il a eu à lutter contre les prÔN-entiuns orgueilleuses des ponvoirs anciens cl nouveaux A l'égard de l'action révolutionnaire. On nous a sans cesse objecté la légalité de l'Etat. — Que la responsabilité du temps perdu retombe sur d'aulroa têtes que les nôtres 1 >

Cotte menace devait produire sort effet. — Lo lendemam, & la

réunion du conseil mnnicipal élu, un do ses membres (aujourd'hui

^BUputé du Rbdne) proposa la détibéralion suivante : • Le conseil

municipal exécutera les délibérations du comité du salut public dans la limite légale de ses attributions et renvoie le surplus aux décisions de la prochaine Assemblée constituante. > Un des adjoints actuels du maire de Lyon repoussa cette proposition, par les motifs qu'il n'y avait plus de lois; — que la légalité n'existait plus, que la Commune était souveraine. A sa demande, le conseil, à une grande majorité, y compris le maire et ses adjoints, décida que les actes du comité avaient force de loi pour la Commune de Lyon, qu'ils seraient exécutés sans jamais être discutés.

Le gouvernement de la défense nationale avait envoyé à Lyon, sous le titre de préfet, commissaire du gouvernement, M. Challemel- Lacour. Le comité refusa de le reconnaître. Le procès- verbal de la séance du 6 septembre porte : « Le préfet est profondément peiné de la position qui lui est faite; il se considère comme prisonnier; il ne peut voir personne... Ses dépèches lui arrivent ouvertes; il ne peut s^expliquer qu'on le laisse dans cette position.

Après de longs débats, M. Challemel-Lacour est appelé par la Commune de Lyon, au titre de délégué au gouvernement provisoire, chargé de s'entendre avec la Commune pour les intérêts généraux et pour la défense nationale.

Quels étaient les termes de cette entente? Une lettre écrite le 18 septembre 1870, par M. Challemel-Lacour, préfet du Rhône, à Delescluze et trouvée dans les papiers de ce dernier va nous l'apprendre :

a Mon cher ami,

« Je ne lis pas le liappel, qpioique je le fasse acheter régulièrement. Depuis cinq heures du matin, et il est dix heures du soir, je suis occupé, obsédé, importuné, et savez-vous ce qui m'occupe ? Ce ne sont pas les Prussiens, ce n'est pas la défense de Lyon ; non, c'est de m'ingénier à empêcher à tout prix une collision entre tout le monde (républicains compris) et une bande qui s'est emparée de la préfecture et fait mille sottises menaçantes, irritantes et sans aucun résultat. Cette bande, c'est l'Internationale de Lyon, composée de ce qu'il y a de pire dans le mauvais ; que l'invasion ne touche guère ; que la République n'émeut pas du tout et qui s'en vante. Sans eux, tout irait ici admirablement. La République y a des forces étonnantes. Le patriotisme et le courage sont grands. Depuis ce matin les enrôlements sur X autel de la patrie, avec fanfares de trompettes a chaque enrôlement, me réjouissent le cœur. Mais ces imbéciles, mêlés d'anciens mouchards, paralysent tout. Ils ont arboré le drapeau rouge, bien qu'il n'ait pour eux d'autre signification que d'être un défi pour la République, au bon sens, etc. Le collectivisme est leur affaire. Savez-vous ce que c'est que oette

bële-là? Je no sais s'ils voudraient me pousser à les écraser, Je n'aurais qu'à lever le doigt pour qu'Us disparussent. Car j'ai pour 41101 tout le monde : les répulilicains, parce qu'ils ont senti bien vite, J'ose te dire, que j'en suis un ; les bourgeois, parce qu'après loul. Je suis la >seule autorité sur loquclle il puisaeut s'appuyer. Les drôles qui composent la force de l'InternatioDale eut pris le pas dimanche sur les honnêtes gens du comité de salut public, par l'avantage qu'ils avaient d'Être organisés sous l'étendard d'une secte, tandis que les républicains et révolutionnaires, isolés et étrangers les uns aux autres, selon leur louable coutume, ne formaieol qu'un groupe.

s A cette heure, la susdite serait anéantie si je n'avais résisté à toutes les suggestions de répression qui m'accablent. Il aurait Fallu pour cela un coup de force l donner à't'ctranger (pii est cliez nous et aux autres peuples le spectacle de nos dissensions, et faire encore une fois des vainqueurs et dos vaincus; enlnmer la série des couséquoncoB qui se rattachent à un coup do forco, comme la queue du serpent tient à la léte.

■ Tout cela me paraît horrible. Mais qui sait si demain les drôles qui m'ont regardé de travers dès le premier jour, non A cause de mon nom ou des hommes du gouvernement qui m'envoie, mais tout simplement parce que Je venais de Paris, parce que je représentais l'autorité nationale destinée i, borner celle do l'Internationale, ne me forceront pas à les lialayer? Je le ferai, n'en douiez pas, sans barguigner, parce qu'ils perdent ici la République; mais je le ferai le cœur navré. — Oh ! ma me Fontaine Saint- Georges, où élesvousî

X Signé : GHALLEMEL-IACOUR. »

L'histoire de la Commune de Lyon jusqu'à la cbule de la Commune de Paris doit Être faite à grands traits, non comme un réqui- BÎloire contre ceux qui y ont pris part, mais comme un indice de ce que peut devenir le droit municipal dans notre pays, sous la diroc' [ion cl le mandat impératif de riutomatiouale, quand elle trouve des hommes qui consentent à l'accepter et à le traduire en faits appliqués. — Une municipalité qui n'admet pas l'existence de la loi, mais qui prétend disposer de la personne et des biens des habitants de la commune au jour le jour, non pas au gré de son caprice, mais selon le bon plaisir d'un comilé occulte dont elle n'est que le bras, constitue le plus monstrueux des despotîsmes. le .IcspoUsme anonyme. Tel est le régime <[uo, pendant dix mois, Tinter nationale a tenté de faire subir aux habitants de cette villa.

Traduits en chiffres, cet essai de la Commune coûtera 30 ou 25 millions.

La ville de Lyon a subi co despotisme, parce que vingt ans d'uu

«D VIKTXEKATIONAI.B

régime excepiâonnd, «ntlegue à <«lai «dB Pacîfi, f vfBmù^imi oublier les traditions nnmiedfwlfis; parce que Ums les habitsato mêiés à radministratioflL pendant la période impériale, trop com^ promis* avaient dû disparaître avec lee feAdMAnairesde l'/eoipim; parce que la pUK)e yide appartenait aux premiers occupants, eiçpte eeuxr-ci devaient «itre et ont été ce que le préfet 4u Rhéne» à la date du iS septembre, appelle les drôles de rinlernatiooaÀef gtfOBpée sous r étendard dune £ac<e,<ei parmi eux ee qu'il y a de pire.dmsle mawaiSy le tout couvert par quelques nullités politiques naniteisas , et ambitieuses.

Nous avons dit les actes du comité de salut pubdic et le testament politique avec lequel dl lègue à la municipalité élue le soin de continuer son œuvre.

Ce mandat fut accepté sans hésiter par la majoxiié du coaaeiléfal« qui nomma pour maires et adjoints ceux que lui désignait le corde ouvrier la Solideriié.

 ce moment, oommença une lutte de tous les inataata, 4e tons les soirs, en séance publique, entre la minorité du conseil repré^ sentant une population menacée par la guerre (l'eanemi, qui assiégeait Paris et Belfort, occupait Dijon et marebaii snr la vallée de la Saône), et la majorité enchantée d'une aituatioa qui lui permettait d'appHqujer ses théories.

L'invasion était son dernier aouci. Les habilas criaient « la {fuerre à outrance, j> mais ne partaient pas. Municipaux ot journalistes de cette école cachaient leurs fils dans les ambulances ^ou Isa ateliers d'équipement militaire; au fond, ils ne voyaient 4aBB la guerre et les préparatifs de défense, que des prétextes à dictature, , à réquisitions, et surtout à la réalisation de leur rêve : « Pemprunt forcé! » Plus francs, les naïfs disaient en exagérant les dépenses : % Il faut ffoée la vûle fasse ^banqueroute^ les Prussiens lui prendraient plus que nous. Quand ils seront eu vue, nous lirùlerona la ville après l'avoir pillée 1 •

La proposition de l'emprunt forcé vint en prenière ligne. £Ue fut votée; mais, he«ireusement, ime telle nusnre est difficile à appliquer; ia majorité accepta avec une groteaque oondeaeoadaooe Voffire de la minorité : — im empruat volontaire de> 10 mîUâoflia* «*- 9n atiendamt les 30 mil lions demprnMt £ur^é. il ea fut /de intaie>du «équestre et ides aceilés sur ias biens 4€a lOorporatians xtèkgieuses.

Les scellés remplacèrent la vente immédiate; un tnnojet 4!anieade infligé aux absents remplaça la ooi^scalaon de leurs prapriéééa; le doublement des oontributioos de 1810 remplai{^ Timpftt fluur le capital, destiné à remplir le vide que causait le produit de rocAroi supprimé par le comité de salut public.

Cette suppression a été eoBâriiiée le SO décaodire ea>oii lemes :

ET LE JACODINISMH.

( ^'octroi doitMra à jaioais supprimé dans Is ville de Lyon. > Six mois plus lord, la municipalité, reievéa de cet cngagemeal par une délibéra 11 on réguliôre du oomilé centra) de l'Alliance républicaine, létablisBiûL l'oclroi, dont la euppression avait coûté 8 millions à la \-iIle.

Après avoir supprima les sergents de ville et la polire, la mairis lee réorganisa avec an personnel de son choix. Au boni d'un mois. elle avait dû renvoyer vtngt-eept ageats sur qoaranla; agissant ainsi, elle cédait, disait-elle, aux réclamations des réactionnaires. Les griefs étaient si peu de chose 1 C'étaient des repris de Jasiice ou des gens pratiqasnt des réquisilioas pour Jear compte. L'approobe de l'ennemi n'empficlia pas la réorgonisalinn des écoles ; voici les résultats obtenus après six mois : sur 20,000 enfants, les écoles congre ganistes eu avaient 16,000 ; les éooles municipales subventionnées, 4,000 seulement.

En consentant à laisser fonctionner on oonsoil municipnl élu jusqu'à l'avénemcnt de la Commune pure et simple, i'inlei-nalionale avait pria ses précautions, el les Jôlcgués du conseil à la mairie de Lyon n'étaient pas sur un lit do roses.

Le maire de Lyon életl pourvu d'un secrétaire particulier qui, tous les soirs, après la aéanoe du conseil, apportait an comité central les délibérations du conseil municipal. Elles étaient soumises à révision et, le lendemain, la mairie les faisait exécoter, les oubUnit dans ses cartons, ou les faisait modifier par le ooneeil, sui- ^■vant la décision prise par l' Internationale, la veille.

Tout le personnel d'employés avait été imposé par le comité ceu- .. — On a vu le' garde national en faction dans l'antichambre * entrer dans le cabinet municipal et rappeler an magistrat, on le tutoyant, qu'il remplissait mal ses engagements.

Le» membres non réélus du comité do salut public n'avaient pas renoncé à se dévouer au service do la Commune. Les nos avaient, avec l'autorisation du maire, au palais Saint-Pierre, un comité central fêdératif siégeant en permanence, signifiant ses délibérations A la municipalité cl, quand on hésitait â les accepter, convoquant les bataillons de la garde nationale pour les appuyer.

D'autres s'étaient établis à l'hMel de la police, d'oii partaient les expéditions armées pour opérer des arrestations ou rançonner lee établissements douteux. Trois fois la mairie a traité au prix de deinx ou trois mille fmnce avec ses anciens collègues pour obtenir leur départ. Ils recevaient l'argent convenu ot, le lendemain, reprenaient possession de l'hôtel.

' D'autres étaient ofliciers do la garda nationale dans les bataillons

8 faubourgs. Dans ces baleillonn, beaucoup de chefs apparta-

jent à l'Internationale ou en avaient aocepté le mandat. On conaatt la sanction de cet engagement ; > Si on y manque, arrestation.

jugement sommaire et exécution. > Exemple : à Lyon, le commandant Arnaud ; à Paris, Gustave Ghaudey.

D'autres enfin étaient à la tête des chantiers que la Commune entretenait, au prix de cinquante mille francs par jour. Toutes les fois qu'il s'agissait de défendre le drapeau rouge ou d'appuyer la demande d'exécution de l'un des décrets du comité de salut public, ils organisaient une députation de dix ou douze mille hommes, qu'ils amenaient devant leinrs collègues devenus magistrats municipaux.

La visite se terminait invariablement par une augmentation de salaires et une diminution du nombre d'heures de travail aux fortifications.

Pendant ce temps, le préfet, commissaire du gouvernement, levait des troupes, organisait la défense. La population répondait à son appel. Sous les différents noms de mobiles, de soldats ou de mobilisés des cinq légions du Rhône, le département du Rhône a envoyé cinquante mille hommes sous les drapeaux. Mais le drapeau tricolore était interdit à Lyon.

La municipalité avait consenti à un terme moyen. Les drapeaux offerts aux légions par des souscriptions lyonnaises devaient rester enveloppés, jusqu'à la remise qui en était faite à la revue du départ. A ce moment, le maire détachait son écharpe rouge, en faisait la cravate du drapeau q[ui, sous ce couvert, pouvait traverser la ville. Ges parades se jouaient encore au mois de décembre et ne parvenaient pas à donner le change aux partisans de la Commune.

Sommés chaque jour de tenir leurs engagements et de réaliser la Commune, sous menace de prise d'armes, comme au 28 septembre, le maire et ses adjoints étaient sans cesse en route pour Tours, Bordeaux ou Versailles, sollicitant l'approbation de leurs mesures autonomes.

L'armistice et le vote de la paix furent accueillis par des délibérations injurieuses. C'était la fin de la dictature. On allait être forcé de subir l'autorité de la loi.

Pendant qu'à Bordeaux les députés de Paris donnaient successivement leur démission et préparaient le 18 mars, il y avait entre Lyon et Genève une active correspondance. Le maire de Lyon, averti de ces préparatifs par une dépêche des députés du Rhône, la fit publier et ne parut plus s'en occuper.

Le 22 mars se fit à Lyon aussi facilement que le 18 mars à Paris. La municipalité se déclara neutre entre la Commune et le préfet mis en prison. Les gardes nationaux poursuivis pour cette journée ont répondu qu'en voyant les conseillers municipaux en parfaite intimité avec les hommes de la Commune, ils ont cru à l'accord et ils ont obéi aux ordres de leur état-major.

Quelques jours après, la municipalité de Lyon se déclara neutre

entre Paris et Versaillus; euvoya des ambassadeurs û ce qu'elle appelait des belligéranlB. Lee beaux jours de l'indêpeudance lui eembianl revenus, elle convoque une seconde (ois les délégués municipaux des villee de France. La première foie, en septembre, il B'QfT'Ssait d'organiser la dèfcnee; eu avril, d'org-auiser une médiation entre Paris cl Veranillca.

I.'insurreution du 30 nvril, les barricades de la Croix-Rousse, le sanglant combat de lu Guîllotière, dous lequel le préfet el te procureur de la République sont blessés, laissent lo mairie parfaitement impassible et en sécurilè.

Comme au %i mars, la lutle s'établit entre la gurde nationale -convoquée par les délégués internationaux, et les représentants du pouvoir conlral.

Le maire et les adjoints sont invisibles et surtout silencieux. Ils ne font aucune de ces proclamai ion s flamboyantes dont ils étaient :Si prodigues en temps ordinaire.

La Commune échoue â Lyon, et cet échec est suivi de la prise de Paris, Une circulaire de l'Internationale annonce aussitôt el prescrit une période de temporisation; elle prescrit, en attenduat des jours moilleurs, do garder à laat prix tes postes el fonctions. On décide qu'on obéira ù la loi quand on ne pouiTa pas lu tourner. Alors commence ce triste, mais obligé post-scriptum de toutes nos révolutions : la cbasse aux emplois I

Depuis lo 4 septembre, on avait émargé à t'hOtel de ville, sous l'une des milles formes qu'autorisait le bon ploisii' municipal. L'heure est venue de se pourvoir plus régulièrement. Le maire de Lyon a tenu à atteindre, ù dépasser tout ce que les préfets- gouverneurs do l'Empire avaient pu faire en ce genre. Jamais la camaraderie, le népotisme, le mépris des droits â l'avancement et de l'aptitude aux emplois n'ont été poussés si loin.

L'octroi lui-même, • colle institution immorale, cette école du bagne et de la prostitution • [discours d'un odjoint, 30 décembre 18^0), a été pourvu, dans ses premiers emplois, de fonclio improvisés I

PIBCE XG

E TAtAC A AliDOUAnn, K

paroles que j'ai prononcées dans cette circonstance, et de vous dire même ce qui me fut répondu par les membres du conseil municipal présents, et notamment par le citoyen Durand.

« Â vous parler franchement il me faut faire, pour satisfaire au désir que vous me témoignez, un grand effort de mémoire, car dix mois d'une détention rigide, les désastres de notre cause à Paris et à Lyon, ma propre condamnation, ont effacé bien des choses de mes souvenirs ; et cependant je ne veux dans le compte rendu que vous me demandez, ni rien ajouter ni rien omettre, car dans un moment où la véritable démocratie tend à se réorganiser, ce que nous avons le plus à craindre ce sont les malentendus.

« Je me souviens donc que vers deux heures d'après-midi, le ... avril, le citoyen Guittat, gérant du Cri du Peuple, dont j'étais on des rédacteurs, vint me chercher pour me présenter à la commiS" sion executive. En route, il m'avertif que j'y rencontrerais des conseillers municipaux qui devaient venir pour s'entendre, si possible, avec cette commission.

c Nous rencontrâmes ensuite le sieur Gaspard Blanc qui nous avertit que le lieu du rendez-vous était changé et nous mena, non sans que je fusse étonné de tant de confiance, dans une grande salle de marchand de vin qui semblait ouverte à tout le monde, et à côté de laquelle consommaient des habitués qui n'étaient là que pour se distraire.

< La commission executive était à peu près au complet quand arrivèrent le citoyen Durand et deux ou trois autres conseillers municipaux.

« Immédiatement, et malgré les allées et venues du marchand de vin et de ses garçons qui trouvaient toujours des prétextes pour entrer dans la salle, on se mit en séance, ou du moins on commença à discuter.

« J'étais arrivé Ta vaut- veille et c'était la première fois que je me trouvais au milieu d'une réunion de révolutionnaires lyonnais. Délégué de la Commune de Paris, je leur parlai en son nom, je leur dis que sa force était grande, que ses ressources étaient loin d'ôtre épuisées et qu'on pouvait compter sur le triomphe définitif de la révolution si Lyon et, après Lyon, la France élevaient seulement la voix pour déclarer que les usurpateurs de Versailles en sortant de leur mandat s'étaient mis eux-mêmes hors la loi, et que le seul pouvoir légal était la Commune..

t Je ne me souviens pas que ni le citoyen Durand ni aucun autre conseiller municipal ait répondu à ce que j'avais dit.

« Mais le citoyen Durand, qui semblait soutenu par Tapprobation tacite df ses collègues présents, déclara que si c'était à un mouvement qu'on voulait en venir, il ne le croyait guère possible ; il demanda à la commission quels étaient son influence et ses moyens

!i il n'était plus permis h

e se pronongail pas ne pouvait

nncmi de la cauae do la révo^

d'action et termina enlln en disant qu'il n'était pas dans sa manièro de voir d'accepter semblable entreprise sans avoir au moins une part dans sa direction; je i^rots qu'il njoula que d'ailleurs on négociait pour omener une entente entre Parla et Versaitlos, et qu'un mouvement h Lyon ne pourrait que compliquer la situation.

a Je me levai immédiatement et lui déclarai net que rôver un accord entre Paris et Versailles n'était plus possible epr^s les sauvages exécutions ordonnées do sang-froid par les ^aéraux réactionnaires, que l'heure était venue oi citoyen d'hésilcr et que quiconque n plus être regardé que comme un e lution.

( Plusieurs assistants prirent ensuite la parole en même temps et l'on se partagea en groupes, tout en continuant à discuter avec chaleur.

< Au moment où le citoyen Durand allait se retirer, il m'invita à aller le voir ches lui ; mais je crus devoir décliner cette invitation, convaincu que j'étais que mon devoir élail de rester exclusivement avec ceux qui se disaient disposés d agir.

I Telle a été, autant du moins que je puis mêle rappeler, la séance où les conseillers municipaux se présentèrent.

• Ce que je peux afdrmcr, c'est que l'altitude du citoyen Durand a été absolument celle que je dis ici.

I Maintenant je crois devoir ajouter qu'il m'a été dit plus tard que les conseillers municipaux avaient refusé leur concours au mouvement en voyant avec quelle imprudence et quelle légèreté la commission executive choisissait ses lieux deréunion, et qu'en outra la présence dans son sein de certains personnages les avait complètement détournés d'elle.

« N'ajanl aucune raison pour accuser ou pour disculper le citoyen Durand, je vous laisse, citoyens, le soin d'apprécier sa conduite et celle de ses collègues dans tout ce qui concerne l'affaire du UO avril.

V Je dois cependant voua dire mon impression. Bnire démocrates ce qu'on se doit avant tout, e'esl la vérité ; certes, la commission executive renfermait de Inis-mauvais éléments : l'espion, le traître Gaspard Ulanc en est un triste exemple. Mais c'était justement A ceux qui connaissaient les uns et les autres de s'employer u faire sortir de la commission tout ce qui était mouvais ou même douteux. U serait véritablement trop cummode de se dire révolulionniiire et <je ne pas agir en conséquence. Ce n'était pas en se séparant du mouvement qu'on prouvait son dévouement à la causp, quand les toits do Paris s'effondraient sous les boulets de Versailles. Dans un moment aussi solennel, il n'y avait qu'un moyen, qu'un programme, qu'un parti à prendre : l'action I

a Quiconque no l'a paa compris a failli ce jour-là à sou devoir de

révolutionnaire et devra, à mon avis, donner bien des gages an peuple pour que le peuple le compte encore parmi ses amis.

€ Quant au citoyen Durand, c'est à vous de juger sa conduite, citoyens; tout ce que je peux dire, c'est qu'il existe de lui à moi une communauté d'opinions matérialistes et athées, qui m'empôcherait de le juger avec trop de sévérité ; mais ceci est tout personnel et ne peut pas, en si sérieuse matière, entrer en ligne de compte.

« Citoyens, du fond de ma prison, j'apprends que vous aussi vous n'avez pas désespéré du salut de notre cause; que pendant que ma raison se refusait à croire que la révolution fût définitivement vaincue, vous, vous vous cherchiez les uns les autres pour vous préparer à la lutte prochaine qui assurera son triomphe sans retour. Laissez-moi vous crier : courage !

« Oui, courage, Lyonnais! formez vos cohortes pour le dernier combat de la grande guerre de la' raison contre Terreur, de la justice contre l'iniquitéf, de la vérité contre le mensonge, de la véritable égalité contre tous les abus.

« Que manque-t-il à notre cause pour triompher enfin?

a Le nombre?

f Non ; puisque nos oppresseurs sont un quand nous sommes mille.

a Le dévouement ?

a Mais depuis un an nos martyrs se chiffrent par milliers, et nos ennemis trouveraient-ils dans leurs rangs des Ferré, capables de rire de dédain en face d'un peloton d'exécution?

Le droit ?

(c Mais le socialisme n'est que la revendication de tous les droits violés.

« Pour vaincre, nous n'avons qu'à nous entendre et à vouloir,

« Et qui parmi nous ne veut pas?

« Je ne sais, citoyens, si, quand la lutte éclatera, je serai à côté de vous : des océans nous sépareront peut-être; peut-être le climat des tropiques aura fuit l'office des soldats versaillais. Mais qu'importe un seul ! surtout s'il a été assez heureux pour communiquer à quelques autres son dévouement à la cause ; s'il a eu ce bonheur, il a fait son œuvre et vaincu. Et prisonnier, je n'ai pour le moment rien de plus à espérer.

c Mais vous, citoyens, travaillez, travaillez sans cesse, sans voiis arrêter, sans vous reposer un instant, et vous vaincrez.

« Signé : G. GAULET de TAYAC.

t Je dois ajouter à ce que je vous ai dit plus haut au sujet du citoyen Durand, que j'ai eu récemment occasion de le voir. Il est venu à la prison avec le citoyen Pirodon et un autre de ses collègues faire sa

tournée d'inspection. Tous les prisonniers politiques peuvent Tattester, il s'est montré eu cette circonstance ferme et digne, et m*ayant demandé s'il ne nous était fait aucune pression au point de vue religieux, il a annoncé au directeur, qui lui disait qu'après notre condamnation définitive, il nous forcerait à aller à la messe, qu'il protesterait devant le conseil général contre cette violation do la liberté de conscience. Le citoyen Durand a en outre qpialifié ces procédés comme ils méritent de l'être.

f Signé : G. CAULET de TAYAC «.

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