VIVE LA RÉPUBLIQUE SOCIALE
« Pour le conseil fédéml parisien :
. B. MALON; E. VARLIN; H. BACKRUGH. »
A la différence des comités dont nous avons fait plus haut ^historique, ces sections agirent dans Tombre et dissimulèrent leur existence jusqu'au jour où elles furent appelées à prendre part à un mouvement insurrectionnel.
Nous sommes ainsi amené à parler de l'assassinat du malheureux commandant Arnaud ; mais avant de commencer ce douloureux récit et de signaler la part que F Internationale y a prise, il nous paraît indispensable d'étudier quelle physionomie présentaient à cette époque les réunions publiques*
Au mois de décembre, les réunions pubhques, un instant interrompues à la suite de la dissolution de tous les comités sauveurs de la France, reprenaient leurs cours.
Stimulée par le succès qu'avait remporté quelques jours auparavant, à Marseille, le général cosmopolite Cluseret, la démagogie lyonnaise, qui depuis longtemps s'était ralhée à fin» ternationale, aspirait à avoir sa petite émeute : elle ne pouvait rester en amère dans une voie si dignement inaugurée par les frères de la Cannebière,
Nos clubistes lyonnais tenaient à honneur de partager avec Marseille la gloire d'une effusion de sang préparée de longue
ET LE JACOBINISME. 7i
main pai* les excitations et les manifestes les plus incendiaires.
Dans ce but des réunions étaient tenues, les 8 et 10 décembi*e, rue Vieille-Monnaie; le H décembre, dans la salle du bal Gayet à la Guillotière; les 11, 13, li et 15 décembre, dans la salle Valentino, à la Ci'oix-Rousse.
Partout les discours les plus subversifs étaient prononcés ; partout des appels aux armes se produisaient, aux ajjplaudissements de tout Tauditoire, composé en grande partie d'ouvriers des chantiers nationaux.
Jamais provocations à la révolte et au renversement des lois ne furent plus directes et plus formelles.
Sous le prétexte apparent de fonder un journal, la République universelle , qui serait Torgane révolutionnaire des travailleurs *, les chefs de Tlnternationale et les meneurs de la démagogie rivahsaient d'efforts pom* surexciter et déchaîner les passions populaires.
Lem' véritable but était d'envahir à main armée Thôtel de ville, de chasser toutes les autorités, de renvei^er le conseil municipal, de placer Gluseret à la tête de Tarmée et de confier le gouvernement de Lyon au brave général Garibaldi, qu'ils représentaient comme le grand patriarche de la répubuque, le
SBUL QUI n'eut jamais TRAm.
Leur tâche devait être singulièrement faciUtée par le concours de ces trois circonstances : la dissolltion des chantiers natio- KAux, le mécontentement qui en était résulté parmi les ouvriers, elles prétendues persécutions exercées contre les plus purs des républicains, au nom même de la république *,
A Richard devait être Tun des collaborateurs de ce journal, si Ton s'en rapporte à la lettre suivante qu'il adressait, du fond de sa retraite, le 27 noyembre, à son ami Chol, alors officier de paix : » Mun cher ami, je regrette « de no pouvoir me concerter de vive voiv avec toi, mais les poursuites lou- « jours menaçantes do la démocratie bour^'poise me forcent à me dissimuler • hors Lyon. Mon père m'a parlé du projet de journal en question. Je suis c tout disposé à y travailler, à la condition pourtant que je n'y occupe pas une « POSITION SUBALTERNE. Ce joumal est-il le nôtre, celui que nous voulions
« fonder pour notre section? Comme je ne puis pas me montrer, il est
«c tout naturel que Gharnal, auquel nous pouvons d'ailleurs avoir toute cone fiance, soit rédacteur en chef. — Signé : Albert Richard. s> (Charnal, autre membre de Tlntcrnationale, rédigeait à cette époque le Gnafron.)
s A ce moment-là, en effet, plusieurs individus étaient détenus à Lyon pour complot contre la sûreté de l'Etat. Dans ce nombre figuraient Parraton et
Ils avaient su exploiter habilement cette situation : tout d'ailleurs avait été mis en œuvre pour augmenter l'agitation des esprits. Une tentative insurrectionnelle paraissait donc imminente, lorsque la nouvelle de la bataille de Nuits éclata à Lyon comme un coup de foudre et y répandit la consternation. C'était le 19 décembre : on racontait dans la foule que les deux légions de marche du Rhône avaient été anéanties ; comme toujours la trahison apparaissait comme Tunique explication de ce prétendu désastre. On comprend dans quelle inquiétude cette nouvelle avait jeté la population. La plupart des familles comptaient un de leurs membres parmi ces légionnaires : les détails manquaient, les • bruits les plus absurdes étaient colportés : l'effervescence populaire ne connaissait plus de bornes.
L'occasion était donc favorable pour les soi-disant sauveurs de la France qui rêvaient de s'emparer du pouvoir et de réaliser VIOLEMMENT Icur programme ; ils ne la laissèrent i)as échapper.
Le soir même, sous la présidence deBruyat, ex-membre du comité de salut public et l'un des adeptes les plus ferven's de l'Internationale, une réunion était tenue dans la salle Valentino : on y prêchait ouvertement la guerre civile et l'émeute. Le massacre des légions du Rhône à Nuits était le thème favori développé avec rage par tous les orateurs : u. fallait ressusciter Ma- RAT, s'écriait l'un d'entre eux ; nous sommes trahis et vendus a l'ennemi, les membres du gouvernement sont ineptes et incapables.
Il faut a tout prix, répétait un autre, en finir avec cette immonde aristocratie. Nous devons marcher en armes sur l'hoteî.
DE ville, balayer TOUS LES TRAITRES ET NOUS EMPARER RE TOUS L'.S
réactionnaires.
Si la ville de Lyon est menacée, ajoutait un troisième ora-
.teur, PLUTÔT QUE de la laisser aux CALOTINS, NOUS LA BRUIT--
RONs M ! !
Gaspard Blanc [ïniernationale] ;Servelle ; Esdras Cri^mieux, de Moulpellier, iiienibro de la ligue du Midi ; l'aniériwin Train, aulre délégué de la même lij^ue; ViTEL, membre do la garde civique révolutionnaire de Marseille; le Polonais Valence Lunkiervitz, l'homme de confiance de Bakouninc; Bomchon, délégué à Lyon du comiié révolutionnaire de Roanne (Loire), etc., etc. (Voir Documents justificatif t, pièce XXXI, une protestation de ces détenus.)
* Ces paroles étaient prononcées par Denis Brack, rédacteur du journal libre-penseur V Excommunié, et chargé officiellement au mois d'octobre 1870,
A la suite de plusieurs déclamations aussi furibondes qu'insensées, il était convenu qu'on se réunirait de nouveau le lendemain matin à huit heures pour descendre en armes à la préfecture et sauver ainsi Lyon et la France.
« CitoyenSy avait dit le président en levant la séance, soyez demain ici à huit heures^ et nous agirons. Cotte fois peut-ôtre la victoire nous restera. »
Pendant la nuit des délégués furent chargés d'aller soulever les sections républicaines dont nous avons signalé .plus haut Torganisation.
Le .lendemain, à Theure indi(|uce, les meneurs se réunissaient à Valentino : l'Internationale y était reprcsontée par Bruyat, Chol, Deloche, Giiarvet, Delapi?:uiii:, I{ivikre, etc.
A rinstigation du président Bruyat, tout était mis en œuvnî pour assurer le succès de la journée : les ouvrières d'une fabrique de cartouches voisine de la salle Valentino y étaient altérées, la générale était battue dans tout le (Quartier de la Croix-Rousse, le tocsin sonné dans la plupart des églises et une délégation envoyée auprès de la i® légion de marche du Rhône pour l'inviter à se joindre à la manifestation.
Injonction était faite à tous les hommes présents d'aller chercher leurs fusils ; des cartouches étaient déposées sur une table et distribuées; la tribune était liérissée de l)aïonnettes; Tordre était donné de charger les armes. Une bande d'a.Treusi'S
par le préfet Challemel-Lacour, de dévaliser rélablissemenl dos Frères «le Caluire (Rhône). 11 s'est acquiué de celte mission avec tant de zèle qnc !e^ Frères dépossédés réclament aujourd'hui une indemnité de plusieurs çen!:»ifics de mille francs. Ajoutons un détail de nature à nous édifier sur les pr««-i-lôs employés par le vigoureux Challemel-Lacour. Toutes les provisions de bouche et autres qui se trouvaient dans cet étahlissomeut furent vendues au\ (michères publiques par ordre du préfet du Uhôm:, commissaire extraordixvirk DE LA République. 11 alla même jusqu'à affermer {pour U compte de l'Iiiat, tant doute t) les propriétés dépendantes de cet établissement.
Quant à Denis Brack, il a été condamiié par contumace, le 21 mars (audience du 2« conseil de guerre) à la déportation dans une enceinle fortifiée. Tandis qu'on le croyait caché à Lyon ou dans les environs, il se trouvait à Toalouse où il collaborait à l'Emancipation, Pendant prés de deux mois il a rempli les fonctions de gérant de cette feuille sous le nom d'EUGÈNE GROS.
mégères vêtues de noir se pressait dans la salle, où un drapeau rouge venait d'être déployé.
Le tumulte .était a son comble et l'agitation prenait des proportions de plus en plus graves. De tous les points de la salle partaient des vociférations et des cris : tout le monde parlait è la fois. On ne s'entendait plus. Les uns disaient que le jour de la vengeance était arrivé; d'autres ajoutaient que le moment était venu d'en finir, qu'il fallait juger tous les réactionnaiivs et frapper fort, que l'heure de la révolution avait sonné^ qu'il fallait descendre en armes pour nettoyer P hôtel de ville et installer comme généraux en chef Cluseret et Garibaldi,
Au milieu de tout ce bruit, il avait été décidé que tous les commandants des bataillons de la Croix-Rousse seraient sommés de se mettre à la tête du mouvement. Déjà l'un d'entre eux avait été conduit à Valentino où il était retenu prisonnier pour avoir refusé de faire battre le rappel et avoir désobéi aux ordres du peuple. Exaspérée pai' un pareil refus, la foule prenait une attitude menaçante : son irritation était extrême au moment où fut entraîné dans la salle le malheureux commandant Arnaud, qui, pendant plus d'une heure, avait été en butte aux plus mauvais traitements et aux violences les plus inouïes K
Poursuivi et menacé par des individus armés, assailli de coups de poing et de coups de pied, atteint de deux coups de baïonnette, frappé au visage, plusieurs fois renversé et roulé à terre, la figure couverte de sang, Arnaud avait tenté vainement d'échapper aux fureurs d'une populace en délire qui l'escortait en vociférant : Il a tiré sur le peuple; qu^ on F emmène à Valentino et qu*il n*en sorte pas sans être fusillé *.
< Nous avons relaté tons les détails de cette sinistre agonie dans une broclmre publiée au mois de mars 1871, sons ce titn; : Le drame de Lyon,
âO DÉCEMBRE 1870. — ASSASSINAT DU COMIIAKDANT ARNAUD DIAPRÉS DES DOCU- MENTS AUTHENTIQUES. — Jotieratidf éditeur^ 3, place Bellecour, Lyox. Noos nous bornons à renvoyer nos lecteurs à celte publication ; ils y trouveront éfiralentent l'indication précise de toutes les circonstances à la faveur desquelles cet assassinat a pu être commis, et pourront ju;,'or de Tinsigue lâcheté dont la garde nationale de la Croix-Rousse a fait preuve ce jour-là.
* Dans la luUe désespérée qu4l eut à soutenir contre ses bourreaux, Arnaud s'était armé d'un revolver et avait tiré en l'air, alin d'appeler du secours. De laces vociférations de la foule : <t II a lire sur le peuple, tuez-le. » D'autres ajoutaient qu'il avait blessé une femme et tué un enfant. Autant de luen&ODges qui ne servirent qu'à exaspérer la foule et à l'ameuter contre lui.
A peine le malheureux commandant fu4-il entré dans la salle, que f international Chol s'élança à la tribune en brandissant le safare et le revolver d'Arnaud : Le lâcliey s'écria-t-il, en le désignant du doigt, il a tiré sur le peuple ! La foule se mit aussitôt à vociférer : A mort! a mort! il faut le fuseler. Une seule voix s'éleva pour protester contre une décision aussi prompte, mais elle fut aussitôt couverte par les murmures de rassemblée, qui répéta avec plus de rage que jamais : A mort ! a mort ! U n'y eut pas d'autre simulacre de jugement.
C'en était fait d'Arnaud. Des hommes armés s'emparèrent de loi et l'arrachèi'ent violemment de la tribune. Le sinistré cortège se mit bientôt en marche : il défila devant le poste de la mairie de la Croix-Rousse et devant plusieurs compagnies de gardes nationaux : pas une protestation, pas un cri d'indignation ne partirent de leurs rangs. Les tambours battirent même aux champs sm* le passage du cortège. Tout le monde criait : On va le fusiller^ et la foule resta impassible.
Quelques minutes après, Arnaud tombait courageusement, victime de son devoir*, sous les yeux de plus de 3,000 personnes, dont aucune n'avait rien fait pour le sauver.
L'Internationale est-elle demeurée complètement étrangère à ce crime et aux faits qui l'ont précédé et suivi? En dépit des broyantes protestations d'Albert Richard et de VKgaliiù de Genève *, nous affirmons qu'elle y a pris la part la plus active. C'est eBe qui, dans la personne de Bruyat, a présidé la séance où Arnaud a été condamné à mort par Y acclamation populaire; c'est elle qui, dans la personne de Deloche, a maltraité Ai-naud dans la salle Valentino, Ta conduit au Clos-Jouve, a commandé le peloton d'exécution et, à quatre reprises différentes, a essayé de fiaire feu sur ce qui n'était déjà plus qu'un cadavre ; c'est elle qui, dans la personne de l'un de ses secrétaires correspondants, Gharvet, a chargé l'arme de ce jeune Emile Boyer dont, a quatorze ans, la perversité de Deloche a su faire un assassin ; c'est l'un de ses coryphées, Chol, qui est venu à la tribune de Valentino ameuter la foule contre Arnaud en déclai»ant mensongère-
* Pour connaître les détails de celte evéculion, consulter le Drame de Lyon, pages 18 et soiv.
s Numéro du 18 mars 1871. — Le Guignol iUutlré, numéro du 12 au 19 mars.
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ment qu'il avait fait feu sur le peuple. C*est elle encore qui, le soir du criine, dans la personne de Bruyat, porteur du sabre et (lu ceinturon d'Arnaud, excitait les compagnies de la garde nationale rangées sur le boulevard de la Croix-Rousse à descendre en armes pour s'emparer de l'hôtel de ville.
Faut-il une nouvelle preuve du rôle odieux joué par l'Internationale dans cette manifestation dont l'assassinat d'Arnaud ne fut qu'un épisode? Elle nous est fournie par les aveux mêmes de ceux qui s'y étaient mêlés. Nous obéissons aux ngenls de F Internationale , dont les délégués sauveront la France, répondaient les deux individus arrêtés le jour racme de l'assassinat à la tête de la bande de femmes qui venaient de s'associer par leurô cris féroces à l'exécution d'Arnaud *, et qui avaient eu le courage de descendre à l'iiôlel do ville pour y fommler le programme de la salle Vàlentino,
Le sang venait de couler : une victime de plus éiait tombée sous les coups de l'Internationale et de ses séides.
Cependant le résultat de cette journée était loin de satisfaire les aspirations des champions du prolétariat. Ils étaient impatients de saluer l'heure de la révolution sociale, et cette impatience se traduisait par des récriminations à l'adresse même
« Voici dans quels termes le rapport lu à l'andiencc du conseil de ^^uerre définissait le rôle de l'internationale : « Il résulte pour nous do riiiformation « la conviction que ce complot est l'oeuvre de l'internationale. Cette société « possède à Lyon un grand nombre d'adeptes dont les mauvais desseins sont a connus depuis longtemps. Us ont été révélés par une inslruciion dirigée « contre eux dans le courant du mois de mai dernier. On retrouve dans ce l'affaire Arnaud quelques-uns de ceux qui avaient été déjà poursuivis. Lc- « nommé Poitrasson, un des plus compromis, a déclaré à l'hùlel de ville, le « jour même du crime, q l'il avait a^â à l'instigation des agents de l'Internaa tionale. Du livret saisi chez Deloche établit que cet individu appartient à « l'Internationale. Delapierre, autre inculpé, avertie faire parlie de celle « société »
Dans son réquisitoire, le commis.^aire du gouvernement flétrissait à son leur la conduite de l'Internationale : « Nous avons parfaitement saisi, s'échai(-il, « dans cette affaire, la main occulte, mais sûre de l'Internationale : plusieurs « des accusés appartiennent à cette société; deux d'eiitro eux Tonl avoaé « lors de leur arreslalion. »
des socialistes auxquels on reprochait de ne pas agir assez activement.
Albert Richard, dans un faetum publié à cette époque, poussait Texagération jusqu'à trouver que les socialistes lyonnais ne s^ étaient associés ù aucun projet de manifestation : il se plaignml amèrement de ce que les événements du 31 octpbre a Paris