CHAPITRE XIX
L*IIfSURRECTIONDU 80 AYIOL. — PROCLAHATTOW DE LA COmTOWB PROTl- SOIRB. — RUPTURE DES FILS TÉLÉGRAPHIQUES, — ^ENYAHISSEMENT DE 1$ MAIRIE DE LA 6UILL0TIERE. — LE GÉNÉRAL BOURRET ET LE DÉLÉ0Uft DE PARIS, OAIUARD. — LES MEMBRES DE LA COMMUNE S*mSTALLENT A LA CROIX-ROUSSE. — LEURS FAITS ET GESTES FENDAMT LBB TOURNÉES DES 30 AVRIL ET 1*' MAI.
Le plan d'insurrection concerté dans les diverses réunions tenues par la commission provisoire et les groupes révolutionnaires portait que le rappel serait battu le 30 avril, vers 4 heures du matin, dans tous les quartiers de Lyon. A l'heure indiquée, une bande d'individus armés, dont quelques-uns étaient en costume de soldat et môme de marin, parcourait, tambours en tète, les rues de la Guillotière, pénétrait dans plusieurs églises après en avoir brisé les portes à coups de crosse de fusil et se mettait en devoir de sonner le tocsin. Dès 7 heures du matin, elle prenait possession dé la mairie de la Guillotière et s'opposait à l'ouverture du scrutin. A ce moment le nombre des émeutiers ne s'élevait pas à plus d'une trentaine : il eût suffi de quelques hommes énergiques pour avoir raison de cette minorité factieuse ; mais l'autorité locale, qui ne voyait peut-être pas d'un mauvais œil ce qui se produisait et qui, tenue au courant de toutes ces menées, n'avait pris aucune précaution pour assurer dans son quartier le maintien de l'ordre, se borna à parlementer avec les émeutiers « MAIS SANS LES BRUSQUER *. .
« Expressions textuelles dont s'est servi le maire de la Guillotière dans le récit qu'il a dû faire de ces événements. — Go fonctionnaire ajoutait qu'il n'avait pas prévenu l'autorité préfectorale de ce qui se passait, ne voulant être pour rien dans la répression. Le citoyen Grcstin (pourquoi ne le nommerionsnous pas?) tenait à tout prix à conserver sa popularité. Dans une lettre rendue
A leur tète se trouvait un certain Gaillard, délégué à Lyon par la fédération répubUcaïae du dèpttrtetaent du Rhône dont le siège 6e trouviill à Paris. 11 décliDa sa qualité, précisn lu mission dont il se prétt^odait investi par 35,000 Lyonnais l'esiilant à Paris, et, comtno des doutes semblaient s'élever à ci;t éj^ard dans la loule, il se recommanda du maire- lui-môme, â qui» disnil-il, la Commune de Paris devait «voir adressé, la veille, des proclamations '.
poIiUipio, il eiplique que l'agilatioD loquiâtanie guj rt^gnut dans son qautiw éi«it If fait Àei prorocaliant Aireetei du qoHVirnement, de let iucroyabia ciTtutairu tt dtt étogtë adreitii par iluî ma ii4néraitx tapilulardt. ^Voir Doeumtnli juitificalif; pic<.'a UI.)
T>«odaiii lonlo la piiriodu msurracn'onnelle, las aftlclies da la Camiunne de Paria m sont étilûes, à l'exclnsion de tanla» aulr«, & la porle ilo In mairio à» M digno (unctiujjnairo. Quand le drapeau roago, sur Isa înjuiictiuns du gaoverncmeiil. ool illiparu de l'Ijâiel do ville, oa ia Til Qoller eucora pcudanl
u ChacQDe dus couleurs, disaii-il en parltuit àa drapeau roaga, dans qdb jiTOcIamaliun adr^'dsco i ses adminislrés, a foui tekakts dis BDnHGTE* caitl tr nu «ti-tni-iCAiM .
■ n n'est coOTenalile 1 personne d'en donier ei soriont ds nVti pai tonii comixe.
• Dana ces «ooditions. qimnd an dnpenn, ponr obEir aux indications de la cooconle, s'aSSaoe uulilemual aprfa -avgir matolenn Ja tranquilliiê et l'ordre penilajil sii niuis d'augoisses, dans une ville commo Ljron. un duil, ûuuc na I» L'ACtMmrikam vas m: il! (ieghet*, le laisser au muiri^ ronlritr aui archives
AVBC TOUT L'HOIIMEUa ET TUVTU UarECT QO'U. A UtKITtt. >
■ Ses allfgaiiund éiaùni etacles : il fut, an effet, trouvé le Isndeniain ù Is mairie un pininel i l'adrossu du ciioyuu Crtttia et dans leqaul se trouvaient phuîsnrs exeniplairea d'une sffli.'he itiisnrreetioflnellt «mananl de la Commune de Paiii. Une proclamation insôrée ilana île journal ia Sotialt du 8 luai IKTi et adrosiii? aux ciloyens du dii[)arli.'ineni du Rliûne, résidant a Paris, lail cod-
r-e lu rdie joaâ par le délégué Gnillard dans l'insurrection du 30 avril, i Mlle proclamation :
La. , .
non* Isii on devoir il'appelar A uodii Ioqg nos eencitoyoni.
■ ApT^i avoir épuisé les moyeus do conrilinlioo qup plusieuri |iri>tip<^ rép*blieaim, et entri^ anlr^s ta franc-maciuuteÔCj M suul GTU le devoir de laite, U ne fatii plus tergiverser.
• Le tompe est i la luile, naos l'aoeeplons.
■ Cîlojens do départemonl du tili<1ne, un dêlâgné eovojé par nous, par son énergie el son 3ndjx:e,a fait proclamer la Commune â L^oD.
■'Ne rr^ions pai eu roule. La réaction est forte, ot Ljoti a besoin encore ^ d'Ilre éclairé.
^L ■ Ljgu, la grande ville, aa peuple géuûniu et iravaîlknr ioiilligeni. a
rtetearioa jiÉnmucAiMi; mi u^naaTUiE^tT oe nR^^re. Aiix ctloyeKi du ièparbmtnt rttidant à Parié. ■ Ctlojens, > Ia guerre sauvage que nons a dùcUrée lo Konvememsnt du Versailles
Les négociations entamées 8vec lui, en vue de faire évacuer la mairie, n'aboutirent à aucun résultat : le mairOi désireux surtout t DE NE PAS LE BRUSQUER, > se contenta de se retirer annonçant qu'il allait prendre un arrêté portant suspension jusqu'à nouvel ordre dans tout son arrondissement des opérations électorales. Get'acte de civisme une fois accompli, il regagna prudemment son domicile et laissa l'autorité priéfectoraie se débrouiller comme elle l'entendrait.
Tandis que le rappel était battu sur Tordre des meneurs, une proclamation de la commission provisoire était placardée sur tous les murs, afin d'apprendre aux habitants le but que s'étaient proposé les révolutionnaires lyonnais en acclamant de nouveau la Commune. Voici dans quels termes était conçu cet odieux placard :
COimUlfS DB LYON.
c Gitoyensi
< L'heure est vent^, la cité lyonnaise, la première qui, le 4 septembre, ait revendiqué ses droits à la Commune, ne peut plus longtemps laisser égorger sa sœur, l'héroïque cité de Paris.
t Les traîtres de Versailles ont dépassé leur mandat; après avoir accepté pour la France, sans discussion, toutes les conditions faites par rennemi, ils veulent encore s'imposer à nous comme gouvernement constituant, servant d'échelon à une royauté.
besoiir que Ton vienne loi dire qne ces misérables qui siègent à Versailles sont des traîtres et des paxjnres qui, après avoir vendu la patrie, voudraient encore loi ravir sa liberté, en loi enlevant ses franchises conunnnales prodamées par nos pères de 93, et remplacer ces choses sacrées par nne monarchie.
« Combattons donc à outrance, nous vaincrons.
« Vingt mille Lyonnais résident à Paris, ils doivent entendre notre appeL
« Paris leur a ouvert ses bras, ses manufactures; le Lyonnais n'est pas ingrat et se souvient.
« Lyonnais, debout, nous tous attendons!
« Le préiidêni de la fédération : NOTET . * . • ledéUgud.'GAILUSJ).'.
« Commiuion executive :
< RATEULB» EMMOIIET, BAIL, COIN, MATHELDt, BONNET. »
• La population lyonnaise a voulu voir jusqu'où irait leur audace, mais sa patience est à bout, et elle ne peut souffrir plus longtemps qu'une Assemblée FAcneusc aoite eh France lb drapeau DE LA GUERRE CIVILE.
• Les élections municipales étaient le dernier coup porté à ^Ja république, ce sera le signal de la chute de nos oppresseurs, ^^ft • En conséiiuence,
^B' Les révolutionnaires lyonnais, tous d'accord, se qont assem- ^^és et ont nommé une Commune provisoire, ajranl les pouvoirs les plus vlendus.
■ Cette Commune, sans se faire connaître, a pntpAnÉ la ré-
VOLUTIO.f QUI b'aCCO.MPLIT AUJOUnD'HUl, ET RESTERA DÉPOSnAIHE DE TOUS LES POUVOIRS JUSQu'a CE QUE, DANS UN BREF DÉLAI, DES ÉLEC- TIONS LOGIQUES ET OPPORTUNES SOIENT PArTES.
« Lu situation actuelle est difficile, citoyens, et nous comptons BUT votre concours énergique ; mais les membres qui composent la Commune provisoire sont résolus à employer tous les éléments de succûs qui sont en leur pouvoir, et ils sont surtout résolus, plutôt que de se voir ravir la victoire, à ne faire qu'un MONCEAU DE RUINES d'uns ville assez lâche pour laisser assassinerParis et la république '.
< Vive la république démocratique, sociale et universelle 1 » Ce placard ne portait aucune signature ; ce n'était ipi'un ballon d'essai. Avant do se faire eonnaitre, les membres de la Commune provisoire avaient voulu voir quelle tournure prendraient les événements. En hommes prudents, ils tenaient à no pas se compromettre en pure perte, ils attendaient que l'émeute eût" triomphé pour lever le masque et faire connaître au peuple qui ils étaient. Dans cette prévision, l'affiche que nous venons de reproduire avait été tirée sur papier blanc à un très-grand nombre d'exemplaires, au bas desquels tlgurait cette indication : La Commune provisoire :
RIVOIRE. BERGERON, BRUGNOL, G. BLANC, DOURET, H^ TACUSSEL, PELEA, VEL.\Y, AUDOUAItD.
^r* Cette proelamation, rédigée par Gaspard Blanc, a éU imprimée A Genin (Imprimerie caapArativo de l'Iniernationale), par les loins d'Albori Lebline, déligaé i cet effet k Genève, le SS avril.
IBO U'INTBBNAtlONÂLI
Parmi ces membres, sept apj!^artiennent notoirMlent à Tinter^ nationale ; ce sont : Gulspard Blahc; l'un des chefs de^ la sé(fr tîdki du 28 septembre et de celle du 23 mars ; Rivomi (j tisseur, 60 ans, domicilié à la Croix-Rousse^ passage Vblay, ouvrier tulliste, ex-membre du comité de salut public et du conseil municipal *; Audouari>, tailleur, exrmembve da comité de sûreté générale; Peléa; Tacussbl. (Louis-Joseph), ser» rurier, ex-délégué de la ligue du Midi (Marseille) et de la ligue de FEst ^ (Besançon) ; François Bourrst, ouvrier tonnelier, me Voltaire, 5, ancien capitaine dans la 3* légion de marche du Rhône.
Quant à Bergeron (Joseph) , 48 ans, tisseur, rue de b Ter>rasse, 2, à la Croix-Gousse, il avait siéger pendant longtemps an comité central fédératif et avait partagé avec Tacussel le pé^ rilleux honneur de parcourii? les provinceS' du Midi pour réveiller leur patriotisme. Plus tard il s'était également rendto dans le même but à Besançon auprès du commissaire d» fil république, le citoyen Ordinaire.
Nous devons ajouter que, dans la nuit du 29 au 30, des indîfidus partis de Lyon avaient été chargés de couper les 'fils télégraphiques à une assez grande, distance de la ville, el sur toutes les lignes de chemin de fer y aboutissant. La rupture des flls télégraphiques fut, en effet, constatée : 1^ sur le territoire de la commune de Rillieux, et entre les gares de Saint-Clair et de Mmbel {liffne de Lyon à Genève) ; 9^ enttre les gares de Saint- Pons et de Feizin {liffne de Lyon à Marseille); 3* entre les gares de Venissieux et de Saint-Priest {ligne de Lyon à Grenoble).
Il lie nous appartient pas d'apprécier la conduite inqualifiable tenue dans ces circonstances par le générai de la garde natàa» nale, Tex^commandant Bourras ; il est de ces turpitudes qui ne peuvent être racontées. Il a été prévenu de ce qui se passait dans le quartier de la Guiliotière, des eata£èttes lui ont été
t Le matin da 30 avril, il faisait partie def émentiers qm avaient «ivabi la mairie et qui montaient la garde devant la porte pour empêcher lei éleeteors d'y pénétrer. — Réfugié actuellement à Genève.
* TacasMl a également appartenu, au comité de salât publie ti an tuttiti^ 08Mffa4- démocraiiqna de la garde nationale eu il avail été délégié' ptr la 5« compagnie du 19* bataillon.
ET hE JACOBINISME. 151
envoyées à phisteurs reprises, les commandants des bataillons se sont eox-mômes rendus auprès de lui pour s'enquérir des mesures à prendre ; en dépit de toutes ces démarches, la matinée du 30 s'écoula sans qu'aucun ordre fût donné ; — nul doute que si l'on eût agi dès la première heure, on eût eu facilement raison des quelques factieux qui avaient envahi la mairie. Ce n'est que vers midi, alors que Tagitation était extrême dans tout le quartier et qu'une foule sans cesse grossissante et animée des plus mauvaises intentions se ruait aux abords de la mairie, qu'on commit Timprudenee fatale de faire battre le rappel. Seules, les compagnies dont les officiers étaient gagnés à la cause de l'émeute s'empressèrent d'accourir ; en présence des dis[X)sitidns hostiles manifestées par elles et de l'attitude non équivoque de la plupart des gardes nationaux, il fallut leur intimer l'ordre d'avoir à se retirer. Une pareille injonction n'était pas faite pour calmer leur effervescence, alors surtout qu'à leur tùte se trouvait en sa qualité de capitaine de la *• compagnie du SO" bataillon, le citoyen Bourret, l'un des membres de la commission provisoire de la Commune.
n saisit cette occasion pour entraîner toutes ces compagnies à la mairie, où elles vinrent faire cause commune avec l'émeute après avoir défilé sur la place aux cris de : Vive la Commune! Quelques instants après, il paraissait lui-môme au balcon, j arborait le fanion rouge de sa compagnie, proclamait la Commune el invitait tous les citoyens à venir en armes à la mairie. - Ea même temps, Bourret, devenu chef militaire de la révolte et prenant le titre de commandant supérieur de la garde nationale, faisait battre le rappel dans tous les quartiers, donnait Tordre écrït à une compagnie de la garde nationale d'occuper Tarsenal des Missions étrangères ^ et d'en distribuer les armes aux individus qui s'y présenteraient porteurs de bons délivrés par la Commune.
A la même heure, des tentatives d'arrestation avaient lieu
t Dans cet arseoal se troavaioni, indépendafflinent d'an nombre considérable de fusils, 14 canons, 6 obosiers, des mitrailleusos et une qoantité prodigieuse de bombes, boulets el munitions de tonte nature.
ht cfvde de ce dépôt était confiée aux gardes oatiooaax du «jaftrtier de U GuillotiôrQ.
15fi L'INTERNATIONALE
et des barricades s'élevaient dans toutes les nies avoi^nlM la mairie* Un ofllcier garibaldien présidait à leur construction.
Le désordre allait s'augmentant, et il n'y avait plus désormais à compter que sur les mesures de répression pour triompher d'une émeute qu'avec moins d'indécision, le général de la garde nationale eût certainement pu étouffer à son début. C'était à Fautorité militaire qu'était réser\'éce douloureux devoir. Dès la veille, elle avait pris ses précautions et elle était prête' à agir vigoureusement si les circonstances l'exigeaient.
A cinq heures, les troupes se mettaient en mouvement, leur départ était annoncé par un coup de canon parti de l'un des forts de Lyon. Elles ne tardèrent pas à déboucher sur le cours de Brosses, situé à quelques centaines de mètres de la mairie de la Guillotière. EUles s'avançaient surplusieurs'colonnes,àlatête desquelles marchaient le général Crouzat^ commandant la division, le général Février ^ commandant la place, le préfet du Rhône *, le procureur de la république, et M. de Gourlet, directeur de la sûreté publique, qui firent preuve dans cette circonstance d'un courage et d'une énergie au-dessus de tout éloge. Quant à M. Hénon et au général de la garde nationale, ils se gardèrent bien de se montrer au poste du danger ; alors que tous les autres fonctionnaires donnaient l'exemple et payaient bravement de leur personne, ils avaient jugé prudent de se claquemurer à l'hôtel de ville. Après des sommations plusieurs fois réitérées, mais sans succès, des coups de canon furent tirés à blanc comme suprôme avertissement et des ciiarges de cavalerie eurent lieu, mais tout fut inutile : les émeutiers refusèrent de se retirer et il fallut enfin recourir à la force. — Les troupes répondirent au feu par le feu, et après une courte résistance occupèrent la mairie.
Dès lors la fusillade continua dans les rues adjacentes, et
i Le préfet du Rhône reçut ane balle dans la jambe. Le procureur de la république fut reconnu par un groupe de communards qui se jetèrent sur loi en s'éiriant : « Ah ! c'est toi, Andrieux, nous allons te faire ton affaire ! » Ce magistrat fut renversé à terre, et déjà les fusils étaient braqués sur loi lorsqu'une brigade de cavaliers lancés au galop passa sur le groupe en le bousculant et le dispersant. M. Andrieux fut protégé contre les pieds des chevaux par le corps d'un de ses adversaires tombé avec lui, et il pat releyer sain et sauf, à part quelques contusions sans gravité.
autour des barricadeSi on entendait de temps à autre le crachement des mitrailleuses mêlé au sifflement des balles. Les insurgés embusqués dans les maisons ou derrière des tas de juerres faisaient pleuvoir sur la troupe un feu continu. Comme toigours les femmes se montrèrent les plus acharnées ; on vit de ces furies, les cheveux au vent, les mains tachées de sang, courir de barricade en barricade, exciter les hommes et leur distribuer des cartouches. La police municipale était, elle aussi, représentée derrière les barricades : un garde urbain, Jean Saunier, tomba mortellemenJt frappé au moment où, môle aux émeutiers, il tirait sur une patrouille de cavalerie^ ; deux autres furent également trouvés, au coin d'une rue, armés de mousque- Itons. p. it été constaté depuis que Itm et Tautre avaient subi
plusiejML,condamnations pour déUt de droit commun.
A (jnàtre heures du matin, Tinsurrection était complètement vaincue : les troupes étaient partout maîtresses de la situation.
Le contre-coup de ces événements s'était fait sentir à -la Croix-Rousse : des groupes nombreux stationnaient sur les places publiques. Les délégués de la Commune de Paris, Dûment et Cauletde Tayac', dans leur prudence habituelle, avaient transporté dans ce quartier le siège de leurs opérations ; ils avaient Ken promis aux clubistes de Valentino d*être avec eux sur les barricades, mais ils n'étaient pas hommes à tenir une semblable promesse : ils se contenaient d'exciter la foule à prendre les armes et à marcher au secours de la Guillotière. Ces excitations étaient restées sans écho, et la population paraissait devoir demeurer soiu*de à leurs pressantes sollicitations, lorsque soudain le bruit se répandit que la troupe s'avançait contre les insurgés. A cette nouvelle la surexcitation devint extrême :
« Le nombre des personnes tnées dans cette échauffourée on qui saccombirent & la suite de leurs blessures, s'élève à vingt-neuf. Parmi ces victimes, deux seulement appartenaient à l'armée.
s Albert Leblanc avait été arrêté, la veille, par le commissaire de police de BeUegarde, à son retour do Genève, oà il venait de faire imprimer des placards inceiàiairef.
les meneurs en pç^fitérent pour jeter à la masse ces grands mots : On massacre nos frères^ on égorge les citoyens,
A leur instigation, le tumulte s'était accni ; des hommes armés circulaient çà et là dans les rues, demandant à hauts cris de se joindre aux émeutiers. La situation était alarmante, et on s'explique difficilement que, jK)us prétexte d'éviter de phis graves désordres, le général de la garde nationale ait consenti à signer Tordre de faire battre le rappel dans des bataillons dont toutes les sj-mpathies étaient pour la Commune*.
Une pareille mesure ne pouvait qu'augmenter Tagitation et produire les plus fâcheuses conséquences.
Les compagnies de la garde nationale étaient à peine réunies que (les bandes d'individus s'en détachaient, faisaient irruption dans les salles de vote et en expulsaient le public et \e$ scrutateurs eux-mêmes.
Quelques heures plus tard, Dumont et Caulet de Tayac, ceints d'une écharpe rouge, se présentaient à la tête d'un groupe de gardes nationaux au domicile du commandant du 12* bataillon pour 'v le sommer de prendre parti pour les insurgés. Sur ilpn refus ils prononçaient sa destitution au nom delà Commune et allaient jusqu'à exij^^er de lui la remise immédiate du sceau du bataillon*.
De là ils se portaient sur la mairie de la Croix-Rousse qu'ils envahissaient sans rencontrer la moindre résistance et y installaient la commission executive de la Commune. Ce comité insurrectionnel entrait aussitôt en fonctions sous la présidenota du tisseur Raymond ; autour de lui siégeaient les deux délégués de la Conunune de Paris, Dumont et Ghulet de Tayac, Gaspard Blanc» Brevet, Pochon et Quittât, ce dernier gérant du Cri du Peuple lyonnais. Une partie du 9* bataillon de la garde nationale s'était mise à leur disposition.
Le premier soin des membres de la Commune révolutionnaire
1 Que s'est- il passé, ce joar-U, aa moment où le général Bourras s'est rendu à la mairie de la Croix-Rousse? N'y a-t-il pas eu des pourparlers engagés entre lui et les chefs du mouvement? N'a-t-il fait aucune promesse?... E'Egalité (numéro dû 7 mai 1871) apprécie en ces termes le rôle (^u'il anraii joué dans cette circonstance : « Un géhéral trompe lâchement li pbofu
01 LA GrOIX-RoUSSE Elf LUI JURANT QU'iL ADHÈRE A LA COMMON B IT Bf PMMIST* TART DE SB RENDRE A l'HOTBL DE VILLE POUR LA PROCLAMER »
S Documents juêtilicatifs, pièce LUI.
ET LE J&COBiniSUE. l!i&
derait être, on ]e comprend, de procura* das munitions aux gardes nationaux : ils (It^livraieiit dans en but de nombreuses réquisitions dont la plupart portent la signature de l'intamational Gaspard Blanc*. (Voir Documents JusUficalifs, pièce LIV.)
Par lair ordre il était procédà^ à l'aiTeatation du commandant du 10* bataiUon et au désarminnent d'S gendannes cesernùs
1 dans un local contigu à la mairie *.
1 A la mémo heure, c'e9^à-di^e vers onze heures, obôissaut aux injonctions de la Commune, un peloton de gardes nationaux se rUBÎt sur le chemin de 1er de Lyon à Sathonay, coupait les (ils télé^raphiqties et barricadait la voie. Le commandant de cette escouade poussa la naïveté Jusqu'à aigrner l'ordre d'arrêter an traia à destination du camp de Sathonay. Nous rËprodulsons eette pièce à titre de curiosité ; elle rappelle les ordres de même
. «Bpàcedélivrés.iiuelquesjiiursauparavant, par le colonel Henry,
L ordres par lesquels il prescrivait do mecti's des poutres sur La voie pour arrêter la circulation ries trains :
c Je soussigné, capitaine de la 5* compagnie du 11* bataillon, Artiâa avoir donné Tordi-e au chef de train Perret d'avoii' à arrêter le train de Salhonay.
I < Signé : LEMOINE. .
Pendant que toutes ces mesui'es étaient prises et que des barricades s'élevaient sur'divers points, la commission provisoire envoyait deux parlementaires auprès du général Bom'ras ; ils étaient porteurs d'une délégation ainsi conçue :
< La commission provisoire de la Commune de Lyon délègue
les citoyens Dumont et Gaulst de Tayac auprès du général
r Baureos, u&u d'établir, si possible, une ententa révolutionnaire.
* Les dt'Iégués de la Commune :
t GASPARD BLANl; et RAYMOND. .
Sir e«iu t\hct Itill appoit
b limiir it 11 culric da
b CnU-Bow»*.
■ Anciia ilo ces ordros n'a H6 lignâ par Damontai Caolai ds Tayac. On ni! h ttQDTB leor signainra an Lias d'aacuao dei piècM éuiiUiâiH de ta conunission I . proTisoire-
• Dottmtnll jiulilieatift. pi^ce LV.
^ Ces émissaiBiff É» purent pénétrer jusqi^'^uprès du générai ; découragés sans doute par cet échec, et surtout peu désireux de rejoindre leurs frères et amis de la Croix-Rousse en pi*ésence de la mauvaise tournure que prenaient ha^ événements, ils allèrent se réfugier dans une brasserie. Mais leur présence ne tarda pas à être signalée^ et ils furent bientôt mis en état d'arrestation par le procureur de la république lui-même.
En dépit des nouvelles peu rassurantes qui leur arrivaient à chaque instant du théâtre de la lutte et de Tinsuccès des émeutiers, les autres membres de la Commune n'en continuèrent pas moins à siéger pendant toute la nuit à la mairie de la Croix- Rousse. Dans la matinée du 1*' mai, ils donnaient l'ordre de sonner le tocsin, de battre la générale et de réunir les batteries d'artillerie * ; mais personne ne répondit à leur appel. Ne se sentant plus soutenus et réduits aux abois, ils ne voulurent pas se retirer avant d'avoir tenté un suprême effort, et par deux proclamations oîi le mensonge le disputait à la violence, ils appelèrent aux armes toute la garde nationale. Voici le texte de ces deux placards pour l'impression desquels il avait fallu recourir*â un déploiement de forces^ :
COMMUNE DB LYON
« Le sang a coulé dans notre ville. Une réaction infâme a forcé les soldats à mitrailler leurs frères et les vôtres.
€ La situation actuelle des esprits fait craindre le retour de nouveaux malheurs, et la garde nationale peut seule, par le calijne et la fermeté de sa contenance, empêcher de nouveaux crimes.
« Il est nécessaire qu'une manifestation imposante de la garde nationale de Lyon montre d'une manière évidente la force et la dignité du peuple armé.
« Les gardes nationaux de la Croix-Rousse sont convoqués, en armes, aujourd'hui, à quatre heures du soir et sans attendre
1 Documenté jtuti/icatif*, pièce LVI.
> ûoeumints jusHfUalifs, pièce LVII.
l'ordre de leurs chefs ; il est certain que par leur nombre et leur attitude les soldats-citoyens imposeroat à leurs firêres de l'armée régulière les seatimeuls de rraternité qu'ils sont en droit d'attendre d'eux.
« Nous le croyons, citoyens, pas un de vous ne manquera à l'appel, et votre union sera un sûr garant qu'il n'y aura plus de ^^B eang versé.
^H . RAYMOND POGHON, BREVET,
^H G. BLANC, QUITTAT •. »
COUUUHE DE LYO».
iitoyens gardes nationaux de la Croix-Rûusse,
• Des ordres viennent d'être lus dans les quartiers de la Guiltiôre, ainsi con(;us :
< Los IB», 17% 18% 19» ei 20' baloillons sont sommés par le préfet de déposer leurs armes dans la mairie de la Guillolière. En cas de non-exécution, il fera appliquer la loi. ■
« Quelle loi? Celle qu'il professe depuis hier à coups de fusil.
« Citoyens de la Croix-Rousse, voulons-nous recevoir ce dernier soufllet? Non, levons-nous tous en masse, faisons respecter la dignité du peuple lyonnais, qui n'avait jamais été témoin d'un semblable assassinat.
€ CiTOVBMS, AUX jUtUfiS ! AUX AIUIES ! DEUACI PEUT-âlRB IL m'em SEHA PLUS lEUFS.
t Au nom de ta Commune,
< La commission oxécative. >
Ces cris désespérés furent loin de produira le résultat que 'on enaltendait; c'est à peine si quelques gardes nationaux
aq individiu, réunis ft fiomont «t Caolet de Ta^'ac, componicot la B proTisoire ûtsiallve k la tnairip de Ja Croii-RoiiBie dans la soirée in 30 nril, commisiion qui est rosiéa «n fonciioDs jasqn'aD i mai. Draret (Jean', tisseur, mn de Ix Visitation, S, soai-liBiitenaDt i la S' com-
Eln 19> batajllin, nomma par la CommmiH, dans lannii du 30 airil, u dament ia ce bataillon.
^ se rendirent à 9èt appel, héê membres de la Commune comprirent qu'il étaft impossible désormais de tenter la moindre résistance : à la vue ûe cette défection ils ne songèrent plus qu'à se soustraire par la fuite aux conséquences de leurs actes. Avmt lenr dépait et «ur l'fiigonotàM qui leur en iai fake par un détachement de «oldats, ils donnècent l'ordre écrit «de suspendre la construction des barricades et de prooéder ,bb rétablissement de la voie facrée K Quelques heures plus tard Tagitation iOvait complètement cessé dans ce quartier : les barricades avaient disparu comme par enchantement, démolies par ceux-là mêmes qui les avaient élevées. Tel fut le dénoûment de cette insurrection, dont toute la responsabilité doit retomber sur ces énergumènes aux gages de Tlnternationalc qui, durant de longs mois, s'étaient fait un jeu de surexciter par les discours les plus incendiaires et les déclamations les plus insensées une foule ignorante et crédule •. ^
En terminant le récit des faits qui se rattachent aux événements du 30 avril, nous tenons à appeler Tattention de nos lecteurs sur un document d'une certaine importance, document qui permet de mesurer l'étendue des désastres dont la ville de Lyon était menacée par les agents de la Commune de Paris. Nous voulons parler d'une lettre écrite par Ihm de ses délégués au maire de Lyon. Voici dans quels termes était conçue cette dénonciation :
' « Lyon, vândredi 19 mai i871.
c Monsieur le maire de Lyon,
€ La Commune de Paris dont je suis délégué vient, en me révoquant de mes fonctions, de m'infliger une insulte que je ne croyais pas avoir méritée. J'avais fait à Lyon pour la Commune plus que n'importe qui aurait pu faire ; mais puisque la Commune veut rompre avec moi, je la ferai périr.
« DommtnU juitifietUifi, piàoe LVUI.
< Le Cri du Peuple de Paris (5 mai 1871) indignait comme k cause véiitable de cette insnrreclioD Ja préUmiion élÊttée par le préfet de .n'admeUre ou terulin quê l$ê éleeteure inecrUs eur iee listée impèrialee {textuel)» Voir aix DoeumenU jusii/Uatife, pèce LYIil bit, le récit de l'incident Favier dam la séance da conseil de gnerre de Lyon. — 14 novemlire 1871.
c La faction socialiste de Paris comptait bhoriIêheiit buu Lyon PODR oiauiETER Versailles par des troubles imxehikurs. Elle a CRU vom ses espérances réalisées le jour des événements de LA GuiLLOTiàRE. Se voyant déçue, elle garde rancune à la ville de Lyon. Aussi je suis à même, d*après les instructions que j*ai reçues de Paris a:rant ma destitution, de vous prévenir de veiller avec le plus grand soin sur votre ville si vous ne voulez pas voir arriver des catastrophes. Mes instructions partilières c m'ordonnaient de recruter des hommes pour paire
SAUTER les gazomètres ET INCENDIER L* ARSENAL, LA PREFECTURE, LE MUSÉE, l'hôtel DE VILLE ET LA BOURSE.
« On devait m'envoyer un chimiste pour préparer du phosphore d'hydrogène liquide afin d'alUimer ces incendies.
c Puis, une fois la troupe et la population occupées à éteindre ces incendies, je devais me diriger vers les casernes et y mettre le feu à l'aida de bombes en verre remplies d'un liquide inflammable.
c C^ bombes sont à Lyon ; elles ont été apportées par le chimiste que la/Commune m'avait envoyé. C'est ce mùme chimistè'4ft-muni d'un mandat de Paris, m'a remis ma destitution. Ahlla^Ocnnmune n'est pas contente de ses serviteurs I Que ceci leur serve de leçon ! Quant à moi, je pars pour l'Italie, et quand vous recevrez cette lettre, monsieur, je serai à Marseille.
€ Veuillez agréer, citoyen, mes salutations.
. L. CREUZAT.
€ P.'S, — Le nouveau délégué de la Commune est un jeune homme imberbe, il est d'origine américaine. >
Le lendemain des événements du 30 avril, la municipalité publiait cette étrange proclamation :