RAL PARISIEN, SE REND AU CREUZOT. PROCLAMATION DE LA
COMMUNE PAR DUMAY. — RÉCIT DES FAITS ACCOMPUS DANS LA JOURNÉE DU 26 MARS.
Il importe de rappeler que la population ouvrière du Creuzot avait été, longtemps avant le 4 septembre, travaillée par les doctrines socialistes, et qu'une forte section de l'Internationale y avak été. organisée pai* Malon, au mois d'avril 1870. A la tête de cette section se trouvait un certain. Dumay, ouvrier tourneur sur métaux, chassé quelques jours plus tard de l'usine Schneider * et qui avait ctù, avec Assi, l'un des principaux instigateurs de la grève.
« Consulter la lettre écrite par Duijiay àVarlin, le 12 avril 1870, tome I«', Doeuments justificatifs, pièce T, el les autres lettres reproduites ù. la un 'de ce volume, pièce LXI. — Dumay (Jcan-Hapiislc), né au Creuzot le 10 septembre 18il, était entré dans l'u^ino Sihneider le 19 mars 1855. Renvoyé une première fois le 17 janvier 1870, il en fut délinitivement expulsé le 11 mai tnivant. Candidat au\ élections du conseil d'arrondissement contre M. Henri Schneider, il n'avait obtenu que 4J0 voix sur 3,SU0 votants.
C'est à cet individu taré que les hommes du 4 septembre s'empressèrent de confier les fonctions d'administrateur du Creuzot. Le département de Saône- et-Loire avait l'honneur à ce moment-là d'avoir pour préfet Frédéric Morin *.
A peine installé dans ses nouvelles fonctions, Dumay s'entoura des hommes réputés les plus dangereux par leurs opinions ultra-révolutionnaires, la plupart adeptes de l'Internationale, et dont les antécédents étaient des moins recommandables. Parmi ses dignes acolytes, nous trouvons : Supplissy, ancien sousofflcier d'artillerie, horloger tombé en déconfiture en 1869, acclamé d'abord colonel de la garde nationale et plus tard commissaire de police ; les officiers de paix Lavoillotte, Gaffiot et NiGAULT, condamnés pour avoir, au mois d'août 1870, promené le drapeau rouge dajis les rues du Creuzot et proféré les cris les plus anti-patriotiques; le secrétaire de la mairie Pillet; le cafetier Maître, acclamé commandant de la garde nationale; le brasseur Alemanus fils, qui avait lui aussi figuré dans le procès des grévistes du Creuzot ; et autres socialistes de la même valeur. La plupart de ces fonctionnaires avaient été renvoyés de l'usine pour des motifs peu avouables. On s'explique sans peine à quels excès devaient se porter de pareils énergumènes. Hâtonsnous de le dire, ces fonctionnaires furent les fauteurs les plus actifs et les véritables instigateurs des mouvements insurrectionnels qui se produisirent au Creuzot. Ils avaient compris qu'ils ne pourraient se maintenir que par la violence, aussi pendant prés de huit mois cette malheureuse ville fut-elle chaque jour sous le coup des menaces les plus sinistres.
La bande Dumay, qui entendait à sa façon l'éducation des classes ouvrières, mit tout en œuvre pour augmenter l'agitation des esprits et soulever les mauvaises passions. Son but était d'amener un boulevei'sement social, et elle ne profita du pouvoir dont la révolution venait de l'investir que pour travailler à la propagande des théories les plus subversives.
t Frédéric Morin, professeur de philosophie» en 1849, au collège de MAcon. Un des considérants de l'arrêté de nomination de Dumay, portait : « Comidé* rant que le citoyen Dumay a été persécuté pour tet opinions démocratiques sous le régime déchu et qu'il a souffert pour la république »
pnei
18 novembre', des clubs élnient organisions à l'instigation et BOUS le patronage de cette administration, recrutée parnii '!« fine lleur do l'Internationale. Sous le prétexte fallacieux do raviver la défense nationale et de prôcher l'amoup de la Réiiullîque, des attaques incessantes contre les personnes, la famille, la propriété, les lois constitutionelles, et des appels réiéléi-ésà la guerre livQe s'y produisaient. La liipjidation Bociale, la iiampieroute, le ige, l'assassinat, tels étaient les thèmes favoris développés .*vec emportement par les orateurs. Ces réunions, qui étaient le théâtre des scènes les plus violentes et des discours les plus anarchiques, étaient tenues le plus souvent en présence du maire et quelquefois sous sa présidence *. A chacune d'elle assistaient qualité d'assesseurs ou de secrétaires le commissaire et les snts de police, les employés delà mairie et le commandant de gni'de nationnle. Parfois le sous-préfot rt'Aulun, le citoyen larais, se rendait dans ces clubs et y prenait même la parole, s'associait hautement à tout ce qui s'y disait et semblait encou- !r par son attitude les mesures violentes réclamées par ses nistrés. Il n'est pas sans intérêt de rapporter ici quelquesdes discours prononcés dans ces clubs : on jugera par là de la gravité exceptionnelle de la situation qui fut faite au Creuzot durant de longs mois et du cynisme de langage auquel en étaient arrivés les agents de l'administration septembriste.
< IJn avii publié en jaur-Iâ il.iris lc« rues annoncaîl i l.i pnpiilalion. qu'aiK n arrdtô munidpal, ilod ululis ullaioiil éire «uveria. Les haliiUinls bienl inTilés à venir y assister as.iiJdmuiiI,
* Dans Isa pnmïera jours du mois il> ~aeplanibre (17 seplemlircl, Diifflaj 1 déclaration, aiisoz signScaiive, i l'eudroit do M. Scbimider : lî Un ciraj^ (orriblf gronde sur i« Cmuxal. Ci^t urag? usi amis^â pur 1iA sëacn. Ici MiuUmatt las iaslilulioai impériales sont encore debout part» que t, républicains, nuçs avons passé notre temps i cbercber el à propnger des norens de caOcilialion. Une rêunioa publique a lieu ce soir; j'y prononferai ■n dùconrs calme, pacifique, mais ËxeNcioui. Si Ici hommes qui, jusqu'ici, I l'Empire el relardé l'arinemenl de la République prétendent ir du caiacljïnie le nom du Srhneider, ili sont en Dagrant délit avec la M entière. Fions abundonnons l'homme à sa dsilinée, mais il (aal dite :. Au nom de la patrie en d3]i;:er, nous vaaloD> éviter la conflit i H prépare : nous serions désespérés d'avoir recuurs i la furcc, co qu'il ' it qu'à nous de faire, a II a>ons entendu ratronler que dans une réunion, au mois de novembre, I Bons-prélel aurait lenu ce langage : " /( faut ■« dèharraittr par loui Ut tpftm poitibifs dr Schatider. Quand il itra parti. Véitiit prendra ruiin* M eomple tt voui lerez entièrement hfuriuz. Tapix dtuui. ■
Le 26 novembre, dans une réunion composée principalement de femmes et où assista le sous-préfet d'Autun, les propos les plus outrageants étaient tenus contre la religion et le clergé, ses membres étaient traités de canailles et de Prussiens. « Pour se débarrasser des caîotins, disait un orateur, le remède le plus efficace consiste à s'emparer de leurs écuries {les églises) et a en faire des écoles pour nos enfants. Autrefois le Paganisme admettait une foule de dieux plus ou moins malpropres. L'un d'eux, plus adroit que les autres, est demeuré : C'est le soidisant xlésuSy qui, sa vie durant, s'entoura de canailles {les apôtres). Il eut pour mère une prostituée, mère de six enfants, et c'est elle qu'on présente à nos homn\ages. Femmes qui m'écoutez, ne rougissez- vous d'une religion qui a un pareil fondateur? » Les attaques contre les riches et contre M. Schneider n'étaient pas moins violentes.
« Nous partirons, s'écriait un de ces énergumènes, mais avant nous irons chez ceux cjui possèdent, qui ont do l'argent : et malheur à eux ! Nous irons chez ce tyi*an qui a ramassé des millions au prix de nos sueurs. — Il faut faire au Creuzot comme à Lyon, ajoutait un autre, chasser les communautés religieuses, abohr les impôts, l'octroi, la gendarmerie, la pohce, chasser tous les surveillants de l'usine. Ceux qui ne marcheront pas, nous les écraserons... »
Le lendemain, dans une des salles de la mairie, on parlait de boire du sanj et do manger du Schneider. L international Dumay, qui ne lui pardonnait pas de Tavoii* renvoyé, ajoutait : L'usine no se relèvera Jamais do cette guerre : que les Prussiens viennent ou ne viennent pasy j'ai là dix-huit barils de poudre pour la faire sauter *.
Un mois plus tard, les agents de police Laupretre et Nigault tenaient dans l'un des clubs municipaux les propos suivants : a Le ciloyeu Gaiiiljctta fait arrêter nos frères à Lyon (les assas*
* Ko-iis t.^nons d'un témoin oculaire qiio le jour inômc où l.-s Prussiens occurrùrent, j)(»ur la preiniin^ fois, la vil!.^ d Dijon, touîcs les n.>t.ibilités ?év-lv.iionii;iirc; de i'cfi.lroit iui ni c..hV(,(jiu'es :i la mairie du Cr.-u/ol. U fut coîi\.;n:i q .' \'^ai .troli.'crdil d^ 1.: j'aniqui' iu\)duile par l'approche d-'s Pnis- •iens pour a-^s.:. !:> -i le; |;rii;> i[.;i:iv «niploy'S de ru>ino. Les div-huil lïak:i!> t.- p.»u.lre oni cid iruiv.'^ [}.v> i^nl au do.MÎcilo du brxsscur Âietnanns, oà se trotivcicut c^^aleiaeut iiuU caisses de caxt;ackc9.
sias d Arnaud). C'est un traître, qui veut vendre la France aux Prussiens. Le préfet Morin est aussi un traître, c'est le souspréfet d'Autun qui l'a dit... Le gouvernement de la défense nationale est composé de traîtres... Il faut donner l'exemple de la révolution, qui, commencée au Greuzbt, se répandra dans toute la France. Terrassons d'abord les calotins, démolissons leurs écuries ; puis viendra le tour des réactionnaires, des gros autrement dits. Plus d'octroi, plus d'impôt sur l'ouvrier. A bas les
chefs! ou plutôt ne marchons qu'avec Cluseretet Gaiûbaldi Si
le préfet ne fait pas nos volontés, nous le tuerons... » D'autres joutaient : « Nous n'avons que deux cents fusils ; c'est bien peu contre la réaction. — Nous nous en procurerons, répliquait un troisième, nous irons chez les riches et nous les ferons payer. S'ils ne veulent pas, nous leur ferons couit. » Malheur à 'celui qui aurait osé hasarder la moindre protestation ! on se précipitait sur lui et on menaçait de lui faire un mauvais parti. D'auLi*es fois on en venait aux coups. Nous en voulons poui' preuve le quasi-assassinat dont fut victime dans la réunion du 25 décembre (salle Goby) un mallieureux employé de l'octroi, un certain Roy. Il s'agissait de décider de quelle manière auraient lieu les obsèques d'un garibaldien. Roy s*étant permis une observation en faveur de l'enterrement religieux et une protestation coiu*ageuse contre les doctrines subversives développées par Laupretre et Nigault, fut renversé à terre et fotilé aux pieds, sous les yeux du commissaire de police; il eut le corps labouré à coui)s de lalon et la figure affreusement meurtrie : il succombait quelques jours après, des suites de ses blessures. Voilà deciuello singulière façon la bande Dumay entendait la hberté do discussion !
Nous arrivons au club du 21 février. Jamais les viol(^ncos de langage n'avaient été aussi accjutuées (|ue dans celte réunion, présidée par Itî secrétaire du conmiandant (1(^ la j.'ard^ n.ilionale et co!ivoquée pai* voie iraflichcs. L( s dv''clainalion;: les j'iu.s odieuses et les plus inc. ndi.iir;'.-; s'y i»:-{Khjisi:'.'Tit.. Ci va îîouvoir ju;:zer des niuiisiruosiié.-^ (jui y furent dé' ii 'ê.'. .s')us ia îktelle des agents de l'aulorité, tous ^îrusejiîs li la séanœ :
« Une faut pas se faire un monstre de la guerre civile^ il n'y A QUE LE PREMIER COUP DE FUSIL QUI COUTE, proclamait le président, UNE FOIS QU'UN CADAVRE EST ÉTENDU DANS LA RUE, le reste devient facile. Plus de ménagements pour nos ADVERSAIRES POLITIQUES : IL FAUT SANS MARCHANDER