DE VILLE
€ Voici ce qui se passa en ce qui me concerne : t 2° J'arrivai dans la salle qui s'ouvre sur le balcon au moment où on demandait la démission d'une partie du conseil municipal, autant que je pus comprendre, car je n'étais pas à portée d'entendre distinctement.
t Immédiatement après, comme je paraissais sur le balcon, une immense clameur ratifiait les votes successifs du comité de salut publie et du conseil municipal à mon égard.
« Je le répète, je n'étais nullement au courant de la situation. Mû par l'instinct et le bon sens politique, craignant une collision si on démolissait le conseil municipal, n'ayant rien à mettre à la place, et voulant éviter des journées de juin, je demandai au peuple de respecter le seul pouvoir légalement constitué qu'il eut, son conseil étant issu du suffrage universel :
« Poussez-le on avant, surveillez-le, applanissez les obstacles « devant lui, mais soutenez-le, c'est votre devoir; quand vous aurez « renversé les obstacles qui l'entravent, au premier rang desquels c est r autorité militaire qui a tout perdu et livre en'core la France « h r étranger f alors s* il no marcha pas, vous aviserez. » « Tel est le sens exact de mes paroles entendues par des milliers
ET LE JACODINISME
ttS
j invoque les souvo-
e lëmoÏDS BUT la place des Terreaux, e nirs pour dim si les miens sont exacts.
a» Ayant Uni do jiarler, je dcscciiiiis immédlalMneat pour nlici-
à la Croix-Rousse, Mais avant, ayant rencontré sur le» morehcs
Lfe l'hfrlel de vUle un capitaine ou an commandant de rétot-major
■ de la garde nationale, dont j'ignore le nom, — nais dont voici la " n^olemeot : blond, court, yeux à fleur do tête, hoite légûmmenl
et marche appuyé sur une canne, — je le priai do faire prévenir imméUiolemenl le conseil municipal afin qu'il arrivât et re^ûl la manifestation.
• Tout se Tôt calmé ù l'iDslant môme.
« J'allai û la Croix-Rousso parce qu'on battait le rappel dans
les quartiers peu sympalhiques au peoplo et que jk cRAioNAts une
COLLISION. Arrivé à la Croix -Rousse, je demandai au peuple do
Ldeseendre en masse et sans armes. Comme ma proposition trouvait
■ nne certaine opposition de lu part du peuple, qui voulait descendre r0n armes: « N'ayez pas peur,dis-jc, si vous descendez tous, personne
( ne vous attaquera. • Mais pendant que je parlais, l'ordi'e réguliei' de descendre en armes étant venu de l'étal-major, je redescendis seul.
T ÏJES collisions n'out jamais lieu quand le peuple est en mosso t Sans armes, il est trop fort pour être attaqué et n'attaque pas
i-mtme.
1 Les collisions viennent des minorités violentes e{ en armes.
« J'entrai à l'h&tcl de ville seul. Je trouvai la cour occupée par un bataillon de la garde nationale, qui était en train de défaire des paquets de cartouches et commençait k charger.
* Ce bataillon était Irès-mal veillant timon égard et cerlainemest riit été trompé sur le rôle que je jouais. Je fiis invectivé d'abord. [ comme jo commençais û m'exptiquer, mu voix fut converte.
P'alluis me retirer, lorsqu'un membre du conseil municipal me
assage, en miîme temps qu'en capitaine de la ^rdc
Uionale me dit : « Nous tenons les chefs, retenons-les. »
> L^ commaudant Ltouchu, dans un esprit de conciliation, mo fit
saer dans le bureau do l'ctat-major. Je n'y étais pas depuis trois
:, qu"inquiet sur mou compte, le peuple «ans armes enlevait
%&lel dp ville et désarmait une partie do la garde nationale, qui
'Su reste mit la crosse en l'air do suite. Un seul coup de feu partit
et par mégnrde, je crois.
* Il me fallut aller au balcon sur la place des Terreaux me montrer au peuple; voici ce que jo dis: « Merci do m'avoir délivré, ( sans vous j*êtais prisonnier de la réaction, aidons-nous ainsi ■ toujours les uns les autres et nous serons forts. >
4 Passant à l'autre balcon sur la cour, j'eus un moment de Mlère et d'indignation, et fus bien prirs do perdre mon sang-froid :
mais je le repris en voyant un malheureux vieillard qu'on maltraitait fort; je compris que si la violence commençait, nul ne pouvait dire où elle s'arrêterait.
n Je me contentai de faire 'fermer les portes do la cour, afin d'empêcher les gardes nationaux d'aller répandre l'alarme au loin et de créer de nouvelles complications.
« A° En ce moment, le peuple était réellement en délire. J'entendais de* tous côtés : « Commandez, nous obéirons; prenez le « commandement en chef de toutes les forces.» On prononçait môme un autre mot.
« Si j'avais été le mauvais citoyen qu'on s'est plu à représenter, je pouvais, certes, être tenté. Mais je n'avais qu'une idée
fixe, ÉVITER l'effusion du SANGy ÉVITER DE NOUVELLES JOURNEES dO
juin. Pour cela, il fallait présenter quelque chose au peuple, qui. depuis midi était sur ses jambes, face à face avec le néant.
c Arrivé dans la cour, je rencontrai le citoyen Durand, adjoint au maire et membre du conseil municipal, je lui demandai de venir avec moi à la salle où siégaient les délégués du peuple, et lui dis qu'ils allaient immédiatement céder la place au conseil municipal, l'heure de sa séance approchant et l'intention du peuple étant de respecter son conseil.
t Effectivement, sur mon invitation; en présence du citoyen Durand, les délégués consentirent de la meilleure grflce du monde à s'en aller.
« A 6 heures et demie, heure régulière de la réunion du conseil municipal, celui-ci entrait en séance comme si rien ne s'était passé.
<r II n'y a donc pas eu violation des séances du conseil comme on l'a dit. Tout s'est passé entre deux séances.
« Ce résultat pacifique ne vaut-il pas mieux qu'une solution violente de quelq[uo part qu'elle vînt ? J'en appelle à tous les bons citoyens.
« Le peuple a obtenu en partie ce qu'il demandait :
« lo La remise à 3 fr. au lieu de 2 fr. 50 de son salaire journalier ;
c 2» La destitution et F arrestation de f autorité militaire:
« Il lui reste à obtenir l'organisation logique et rationnelle des volontaires.
« Voici ce qui s'est passé depuis :
a Le conseil municipal une fois en séance, je me retirai et m'en allai coucher fort fatigué.
« Le lendemain, je fus au palais de justice requérir l'arrestation de deux citoyens qui m'avaient arrêté précédemment et m'informer de. ma plainte en calomnie contre le Salut public,
t Je causai longuement avec le procureur de la République; il me dit qu'il avait refusé do signer un mandat d^ amener contre
moi parca qu'il savait ce qui s'était passé, mais qu'il y avait pour^ tant un point sur lequel des poursuites pourraient être dirigées : celui d'excitation à ï indiscipline en demandant la destitution et rarresiation des autoritèe militaires.
« Il paraît qu'en cela du moins j'étais aussi coupable Cfue le préfet, puisqu'il a fait ce que je réclamais.
c La conclusion fut que^ dans un esprit de conciliation^ je ferais bien de m'en aller à Marseille m'occuper de forganisation des volontaires. Il m'offrit même de me faire payer libéralement, ce sont ses expressions. Je refusai, disant que tant qu*il me resterait un 80U„ je ne ferais pas payer mes services à la République. Je gagne ma vie péniblement, mais enfm je me suffis et ne veux rien devoir à personne, afin d*ètre indépendant.
€ Sur ce fait, j'invoque le témoignage du citoyen Andrieux lui-môme.
« Je partis le soir môme pour Marseille, ayant reçu en sortant un télégramme d'Esquiros qui m'y appelait de suite,
« Arrivé en cette ville vendredi matin, je me présentai immédiatement à Tadministralcur supérieur des Bouches-du-Rhône, qui me reçut fort bien, et rendez- vous fut pris à 2 heures pour la réunion du comité des délégués du Midi.
« A l'heure dite et comme j'entrais chez l'administrateur supérieur, il m'apprit qu'il venait de recevoir de Tours Tordre de m'arrôter.
« 11 m'engageait ù aller attendre à quelque distance le résultat d'une plus mûre délibération de la part des hommes de Tours.
« Je fus à Ventimilla, d'où j'arrive en droite ligne, ayant patienté trois jours et n'ayant entendu parler de rien.
« Concluons.
« Je demande :
« 1° A tous les journaux qui ont publié des récits inexacts de ce qui s'est passé, de vouloir bien reproduire la vérité contenue dans ce qui précède.
« J'adresse notamment cette demande au Salut public^ qui a reproduit un récit anonyme et calomniateur.
« 2« Je demande au conseil municipal de vouloir bien faire immédiatement une enquête et constater la vérité de ce que j'avance ; je me mets à sa disposition.
« J'ai, du reste, adressé la même demande à son président, il y a quelques jours (D' Italie). C'est le droit de tout homme calomnié de demander une enquête, afin d'établir la vérité.
tt En ce qui concerne un complot insurrectionnel, ù qui ferait-on croire qu'un complot commence par la place publique ?
« S'il y avait eu complot, on aurait commencé par s'emparer de
L*INTERNATIO>rALE
nuit du préfet, des autorités militaires et civiles, puis, aa jour, on eût fait ratifier le tout par le peuple.
« Ce qui prouve qu'il n*y avait dans la pensée de personne une idée insurrectionnelle, c'est que les mesures les plus élémentaires d'une insurrection ne furent pas prises.
« Du reste, c'est à l'enquête à faire la lumière. Je l'attends avec impatience, et suis curieux de voir la part qui restera au Salut public, qui n'a fait qu'être l'organe provocateur de la réaction, et k ses amis* de Prangins.
c Agréez, etc.
« Général G. GLUSERET. »
On ne saurait mentir avec plus d'impudence ! ! /