I. Jaurès, l'Actioft socialiste, p
rès de 18S7, ne croyaient pas de (( dialogue » possible, et encore moins d'entente loyale et durable, entre la France mutilée et l'Allemagne tyrannique ?
C'est l'influence de la Sozialdemokratie, son prestige usurpé qui donnent la clef du mystère. Tant que le socialisme français suivit en toute indépendance ses voies propres, sans subir le contact ou la pression de la Sozialdemokratie, il resta irrédentiste. Mais un jour vint oii l'amitié de la Sozialdemokratie lui parut avant tout précieuse, oia il tint avant tout à nouer avec elle des liens solides dans l'Internationale reconstituée : dès lors, il devait abandonner la revendication des provinces perdues, car l'amitié — la fausse amitié — des socialistes du Kaiser était à ce prix ; il fallait choisir entre Berlin et Strasbourg ; pour que l'Internationale fût, on choisit Berlin.
Et, il faut le dire à l'honneur des socialistes français, on crut -pouvoir choisir Berlin sans sacrifier Strasbourg, et par conséquent en sûreté de conscience, à cause de la confiance aveugle que la Sozialdemokratie sut inspirer. On se ûgura que si, par égard pour elle, on renonçait définitivement et sans espoir de retour aux provinces perdues, à coup sûr elles ne reviendraient pas à la France, mais elles jouiraient d'une douce et enviable « autonomie » sous l'égide de la Sozialdemokratie en attendant que celle-ci fût en mesure de les constituer en État absolument indépendant qui ferait en quelque sorte le pont entre la France et l'AIle-
I. Voir par exemple la réponse envoyée par M. Compère- Morel, député socialiste unifié du Gard, à une enquête de la revue la Renaissance, le 20 juillet 19 14 : (( Le rapprochement iranco-allemani devant être le but de notre action diplomatique, . .. nous ne devons rien négliger pour le hâter. — La question de l'Alsace- Lorraine est appeléeà jouerun grand rôle dans ce rapprochement... Le meilleur moyen de précipiter le rapprochement d'abord, l'entente ensuite et l'union après, c'est
Que l'illusion fût palpable, énorme, funeste, nous le savons du reste. Attendre des socialistes du Kaiser la libération de l'Alsace-Lorraine, attendre de la Sozialdemokratie germanisatrice et pangermaniste la revision du traité de Francfort, c'était espérer que le loup protégerait les brebis. Compter, pour affranchir les Alsaciens-Lorrains du joug allemand, sur un Parti dont le Comité directeur proclame qu'il ne saurait admettre, en aucun cas, et sous aucune former que l'Alsace-Lorraine sorte de l'Allemagne, c'était à coup sûr une chimère. Mais, sur ce point comme sur d'autres, la chimère, savamment entretenue par la Sozialdemokratie dont elle favorisait à merveille les desseins, détermina en France toute la politique d'un grand parti.
« Nous saurons, écrivait M. Gustave Hervé après le Congrès de Bâle, régler à l'amiable avec la Sozialdemokratie allemande la question d'Alsace-Lorraine* ». On sait maintenant combien cet espoir d'un règlement amiable était vain : car la Sozialdemokratie exige la u renonciation définitive de la France à l'Alsace-Lorraine » et espère imposer cette renonciation à la France par la force des armes, unter dem Zwangsgesetz des Krieges'^. Pour complaire à la Sozialdemokratie on déclara la guerre à l'idée de revanche ^ et aux « patriotards » de France et d'Alsace. On soutint que a ce que demande l'Alsace-Lorraine suppose seulement un large développement de démocratie dans l'Empire allemand* », alors que la Sozialdemokratie se montre
d'agir dans le sens indiqué par le Congrès socialiste d'Iéna. Qu'on donne à l'Alsace-Lorraine la pleine et entière autonomie en lui permettant de se gouverner démocratiquement dans le cadre de V Empire allemand. »