‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 150 sur 208 · lû.,Ibid., p. 4i · texte numérisé non relu

lû.,Ibid., p. 4i

3. Cf. Edvard Benès, le Socialisme en Autriche, Revue socialiste, i5 juillet 191 1, p. 56-02 (tchèque) et, dans le sens centraliste, Die Verhandlungen der Konferenz der internationalen GeiverkschaftsorgaJiisationen Màhrens abgehalien am 3 und 4 a-pril 1910 in Briinn, Vienne, Voriuàrts, igiS.

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191 1, vingt-cinq socialistes tchèques partisans de l'autonomie syndicale furent élus contre un seul adepte du (( centralisme » pangermaniste : toutes les autres candidatures antislaves aboutirent à une déconfiture toLale. Par là, le prolétariat tchèque apportait une ferme réponse non seulement au Parti allemand, mais aussi à toute l'Internationale manœuvrée far les Allemands. En effet, voyant qu'ils n'arrivaient pas à venir, par leurs propres forces, à bout du mouvement d'émancipation des ouvriers tchèques, les socialistes pangermanistes de Vienne n'avaient pas hésité à porter la question controversée devant l'Internationale, certains d'avance qu'elle y serait résolue dans leur sens et contre les Tchèques. Ils étaient sûrs, en effet, de l'appui de la Sozialdemokratie allemande, toute-puissante dans les congrès de l'Internationale. Legien, secrétaire de l'Internationale syndicale, et lui-même pangermaniste ardent, ainsi que l'a prouvé son attitude pendant la guerre actuelle, était déjà intervenu, en 1896, contre les Tchèques au Congrès de Vienne. Sous son influence, la Conférence syndicale internationale de Stuttgart décida, en 1907, de ne reconnaître qu'une « Centrale » syndicale par pays, et refusa en conséquence de reconnaître à la Commission syndicale de Prague le droit à la délégation. Un pas de plus fut fait, en 1910, au Congrès international de Copenhague : en vain les socialistes tchèques plaidèrent leur cause et exposèrent leur point de vue touchant le conflit des nationalités au sein du Parti autrichien; Viktor Adler, naturellement appuyé par les socialistes de l'Empire allemand, obtint la condamnation des Tchèques. Ainsi la Sozialdemokratie d' Autriche, gouvernée par des chefs allemands , s^ap-pliquait à germaniser les ouvriers slaves^ et des socialistes DE TOUS LES Y kY'i, subissant servilement les directions de là Sozialdemokratie allemande, venàiefit prêter main-forte pour cette besogne peu glorieuse !

Les socialistes tchèques refusèrent d'ailleurs catégoriquement de sacrifier leurs organisations et leur tactique propres pour se plier aux volontés de l'Internationale germanisée; malgré les votes antislaves de Stuttgart et de Copenhague, ils continuèrent la lutte pour l'indépendance du mouvement ouvrier tchèque sur tous les terrains ^

Nous n'aurions pas si longuement insisté sur cette histoire des socialistes slaves d'Autriche si elle ne comportait des enseignements nombreux et importants. Elle montre, par des faits particulièrement significatifs, quelles fins étroitement nationalistes, et proprement pangermanistes, poursuit le socialisme allemand, comment il subordonne à ces fins les prétendus principes internationalistes; comment il s'efforce, sous prétexte d'unité et de solidarité ouvrières, de germaniser les prolétaires des autres pays; comment il collabore sans vergogne aux hautes œuvres des bureaucraties impériales d'Allemagne et d'Autriche. Elle montre aussi autre chose : c'est que l'Internationale, gouvernée et dirigée par la Sozialdemokratie, n'hésitait pas à aller au secours de cette dernière pour accabler, écraser et étouffer les socialistes d'une petite nation luttant pour maintenir leur nationalité en face du germanisme envahisseur. Cette histoire nous fournit enfin un grand exemple qui veut être suivi : les socialistes d'un petit peuple opprimé n'ont pas hésité à secouer le joug allemand et, lorsqu'ils ont vu que l'Internationale, au lieu de les libérer, travaillait au contraire à river plus solidement les chaînes de l'esclavage, ils n'ont pas hésité à répondre : « Non! » aux injonctions de l'Internatio-

I. Leur attitude était d'ailleurs si justifiée que, depuis le Congrès de Copenhague, les ouvriers Slovènes et les ouvriers polonais ont au Congrès autrichien d'Innsbruck, déclaré que la centralisation syndicale était également intolérable pour eux.

nale deve nue le servile instrument du pangermanisme. Sans rien abandonner de leurs convictions et de leurs revendications, et tout au contraire pour les mieux défendre et les faire prévaloir, ils ont eu le rare et magnifique courage, pauvres, isolés, sans prestige, sans grand passé, de secouer la poussière de leurs souliers sur un parti prussiûé et de rejeter l'ultimatum insolent de l'Internationale asservie. La voie que les prolétaires tchèques ont montrée avant la guerre sera sans doute suivie par tous ceux qui veulent, après la guerre, voir le socialisme libre dans le monde libéré.

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