Cité par V Humanité, mercredi, 27 janvier igiS
2. M. Jean Longuet, a cru devoir, je ne sais pourquoi, contester que C. Mille ait été membre du parti socialiste roumain. Il suffit, pour constater que nous avons raison contre M. Longuet, de se reporter à l'article publié par Mille dans la Revue socialiste '^octobre iSgS, p. 454-457) sur le mouvement socialiste en Roumanie. Voir aussi Albert Prahovan, la Rouvianie en armes, Paris, Floury, ign, p. 34-36 et 42.
ministre de l'Intérieur dans le cabinet Bratiano. Constantin Mille mène dans les plus grands journaux de Bucarest, Adevend et Dimineatza , la plus vigoureuse campagne pour l'intervention de la Roumanie contre l'Autriche.
La Sozialdemokratie roumaine s'était dès l'abord prononcée pour la neutralité absolue, menaçant de déchaîner une révolution si le gouvernement suivait une autre politique. Le 3o septembre 1914, son organe, la Lupta, annonçait : <( Dimanche 21 septembre, le citoyen Siidekum a visité notre capitale; à cette occasion, il y a eu séance secrète du comité exécutif du parti. » Après le départ du député allemand, la Lupta annonçait qu'elle devenait quotidienne. En même temps se fondaient ous'installaientdans de somptueux immeubles trois journaux spécialement consacrés à la propagande allemande germanophile : Ziua, Seara et Romania muncitoare (la Roumanie laborieuse); on sait que l'Allemagne a également créé ou acheté des journaux en Italie, en Espagne, en Hollande, et que, même avant la guerre, l'argent de la Sozialdemokratie pangermaniste se trouvait au berceau de plus d'un journal socialiste.
Le Parti roumain, qui s'était toujours plaint de la pénurie de ses ressources, organisait à Bucarest et en province des conférences et de grands meetings contre l'intervention. Le 28 juin 191 5, les délégués du parti socialiste et la Commission des syndicats, réunis aux Arènes de Bucarest, après avoir entendu des discours de C. Popovici, G. Cristesco, Frimu, Petresco, votaient des félicitations à la Sozialdemokratie allemande et condamnaient les efforts patriotiques de r u Action nationale ».
Le parti eut d'abord pour objet avoué le maintien de la neutralité ; mais il attaque maintenant ouvertement la Russie et réclame l'intervention de la Roumanie
mix côtés de V Autriche. Le socialiste roumain Racowski a écrit dans Y Avanti de Rome des articles ultra-germanophiles. La Lufta du 6 novembre adressait des menaces de mort aux trois grands amis de la Triple- Entente, Takejonesco, Nicolas Filipesco et Constantin Mille. Et une brochure répandue à prof usion sous le titre significatif : In nici un chipcu Rusia (Surtout pas avec la Russie ! ), dont l'auteur est le socialiste Radu Rozetti, révèle clairement les fins poursuivies par la Sozialdemokratie roumaine et sa complicité avec le germanisme. Racovski, qui représente au Bureau socialiste international le Parti socialiste roumain, s'est, il est vrai, plaint dans une lettre à V Humanité (17 juin 191 5) que nous eussions calomnié son Parti. Ses manifestations germanophiles : mythe ! Ses rapports avec les légations germaniques à Bucarest, (( vilaine légende » ! La visite de Siidekum (( venu à Bucarest pour des affaires de pétrole» (!) rencontre accidentelle, incident sans importance ! La Lupta qui paraissait trois fois par semaine paraît maintenant six fois par semaine : simple coïncidence ! Romania Muncitoare, avant de fusionner avec la Lupta, est vendue quotidiennement sous le titre nouveau A bas la guerre \ bagatelles que tout cela !
Racowski assure qu' « il n'a jamais parlé de l'impérialisme allemand que pour le condamner, et du socialisme allemand que pour le désapprouver », et qu'il a toujours aimé la France, <( de toutes les grandes puissances de l'Europe la plus pacifique. »
Le malheur est que l'attitude des socialistes en Roumanie a fort peu de rapports avec celle qu'ils s'attribuent lorsqu'ils écrivent en France : « A beau mentir qui vient de loin ». A Bucarest, la police est obligée de réprimer leurs menées germanophiles, et Constantin Mille publie dans VAdeverul, avec preuves à l'appui, le chiffre exact des subventions que la Sozial-
demokratie roumaine a reçues du comte Czernim et de M. von Busche ^
Aux socialistes français, Racowski déclare que c( l'attitude des socialistes allemands est inexcusable», mais dans Rojnania Muncitoare du 14 août 1914 il écrit que (( dans l'armée de réserve allemande 3o p. 100 et plus sont sous l'influence du mouvement socialiste et que laSozialdemokratie ne pouvait, en refusant les crédits, porter la démoralisation dans leurs rangs » ! En revanche le vote des crédits par les socialistes français est nettement blâmé dans la Lupta du 1 1 novembre 1914, ainsi que (( la politique conquérante de la République française » {sic), a Le combat se livre entre deux groupes également oppresseurs et impérialistes », proclame la Lupta du 28 novembre. Dirat-on que c'est l'Allemagne qui a déclaré la guerre ? Romania Muncitoare du 21 août a une réponse toute prête : « La guerre était dans l'air et il est possible (!) que, si l'Allemagne et l'Autriche ne l'eussent déclarée, la France et la Russie l'auraient déclarée plus tard. » Et voilà la «guerre préventive» justifiée! Enfin, le socialisme roumain adore la France, mais le 2 septembre 1914, à la veille de la bataille de la Marne, le leader article de la Lupta chantait en ces termes la victoire allemande : « Pleurez, oppresseurs ! La France est perdue pour avoiç pactisé avec la réaction... et conspiré contre le progrès humain. » Ah ! les bons amis que nous avions là, et les bons élèves qu'ont faits Karl Marx et Sùdekum !
I. Voir encore dans le livre de M. Prahovan,cité plus haut, l'accablant chapitre : le Socialisme roumain à la solde du Kaiser, p. 34. et suiv. ,et p. 46. — Sur la décadence du socialisme, en Roumanie voir l'article de B. Librescu, ancien rédacteur du journal socialiste Lumea noua de Bucarest, Il Socialismo in Rumenia, sua vita e sua morte in II socialistno, II» année, p. 184.
En Italie, le parti socialiste » officiel », qui, au début de la guerre, reçut aussi une visite de Siidekum, a fait une opposition acharnée à l'intervention de ce pays contre les empires du Centre. Il est le seul qui ait fait tout entier campagne pour la « neutralité absolue » : les socialistes réformistes, les républicains, les radicaux, les nationalistes étaient partisans de l'intervention : les libéraux et les conservateurs étaient soit interventionnistes, soit partisans de la (( neutralité conditionnelle », telle que l'avait définie M. Salandra. Les socialistes u officiels » exigeaient le maintien de la neutralité absolue, çuoi quil arrivât, et quand bien même les intérêts de l'Italie et de la civilisation en dussent être irrémédiablement compromis. Ce parti dont l'organe est V Avânti et le chef Claudio Trêves, constitue la (( section italienne de l'Internationale ouvrière», et c'est le seul que veuille connaître et reconnaître la <( section française de l'Internationale ouvrière » ^. Une faut point confondre avec lui le Parti socialiste réformiste, qui a pour chef L. Bissolati, pour organe V A.zione socialista, et dont les sympathies actives pour la France se sont hautement affirmées dès le premier jour. Il faut aussi mettre tout. à fait à part les socialistes qui, au moment oià la guerre a éclaté, étaient membres du Parti «officiel », mais qui ont réclamé l'intervention de l'Italie contre l'Autriche et qui, pour cette raison, ont été traqués, persécutés et finalement exclus du Parti; le plus connu d'entre eux, Benito Mussolini, a fondé le Popolo cVîtalia, o\x il ne cesse de lutter « contre le militarisme prussien et le socialisme prussianisé ».
I. Jean Longuet dans VHumanité du vendredi 8 janvier iQiS : (< Le t( Socialisme officiel » demeure pour nous la seule représentation autorisée de la section italienne de l'Internationale. »
Il faut aussi noter qu'un grand nombre de syndicalistes italiens ont été au premier rang des partisans de l'intervention : au Congrès syndical de Parme, l'ordre du jour interventionniste réunissait io663 suffrages sur i3949 votants.
Le Parti « officiel» entendait maintenir l'Italie dans la neutralité, c'est-à-dire, comme le montrait le Parti socialiste réformiste dans une émouvante proclamation le i6 février 191 5, dans l'allégeance du militarisme prussien : il se trouvait que c'était également le but des efforts désespérés du prince de Biilow.Y avaitil là simple coïncidence ou heureuse collaboration? Nous nous en voudrions d'avoir un avis sur cette délicate question.
C'est aux Italiens qu'il appartient de se demander pourquoi ce Parti essayait, en novembre 1914, d'organiser des colloques entre les socialistes français et la Sozialdemokratie allemande, et pourquoi, il a, à plusieurs reprises, renouvelé cette manœuvre; pourquoi il a essayé de l'obstruction sourde et des intrigues parlementaires les plus savantes contre le ministère Saiandra, qui a la confiance unanime du Parlement italien ; pourquoi le citoyen Trêves a déclaré que l'intervention de l'Italie serait une a félonie » (sic) ; pourquoi, le 2 janvier, à Milan, les « officiels » ont applaudi un discours du citoyen Brambilla aux cris de « Vive l'Allemagne! »; pourquoi le citoyen Agostini a soutenu que l'Allemagne ne fait pas une guerre offensive et que, même en cas d'invasion de l'Italie, le prolétariat devrait rester les bras croisés ; pourquoi le citoyen Ratti a proclamé que si l'Italie intervenait, ce devrait être (( au profit des plus faibles, c'est-à-dire, de l'Allemagne et de l'Autriche » ; pourquoi enfin le Parti a menacé d.e refondre far la grève générale à la déclaratt07i de guerre contre V Autriche ?
Quelques Italiens, et non des moindres, ont répondu
à ces questions : M. Salandra a parlé à Montecitorio des « origines impures de certains mouvements » et de la nécessité de (( préserver le pays des influences étrangères ». Alceste délia Seta a donné sa démission de membre de la direction du Parti. Arnoldo Merceilino a refusé en ces termes de rester plus longtemps secrétaire de l'Union socialiste romaine : u Aujourd'hui appartenir au Parti socialiste^ cela veut dire repousser toute généreuse proposition de solidarité avec les compagnons de Belgique et de France; cela veut dire : assister indifférent à la victoire possible du militarisme et des courants réactionnaires; cela veut dire : ne pas coopérer au triomphe des nationalités libres..., faire sortir le mouvement socialiste de la vie et de l'avenir du pays. Et c'est pourquoi je comprends que pour rester socialiste, il faut sortir du Parti ». Le célèbre écrivain socialiste Giovanni Lerda a dit que ce Parti était devenu (( une bien misérable chose ». Et. le 28 janvier, à Milan, le grand orateur socialiste Turati, membre du Parti « officiel » et partisan de la neutralité, a demandé aux membres du comité directeur ^ : (( Combien le kaiser et François-Joseph vous ont-ils payés pour préconiser la grève générale en cas de guerre et contribuer ainsi à faire disparaître notre pays du rang des puissances ? » Depuis que l'Italie a déclaré la guerre à l'Autriche, le Parti socialiste officiel n'a pas changé d'attitude. L'échec de la grève générale qu'il essaya de déchaîner à la dernière minute^ pour empêcher l'intervention n'a ni découragé ni instruit ce Parti. Il continue à traquer ceux de ses membres qui s'étaient prononcés pour la