I. Vorivàrts, 19 novembre igiS
nommé Jansson, Gustave Steffen a multiplié les manifestations d'une germanophilie suraiguë par oii il dépasse Sven Hedin lui-même : par des conférences faites à Stockholm et à Gothembourg, par ses articles de la Yossische Zèitiing et par un ouvrage en deux volumes, Krïg og Kîdiur, où il chante les louanges de l'Allemagne et de la Sozialdemokratie impériales, il a bien mérité de laGermanie. Il a d'autre part collaboré, avec deux autres socialistes notoires, le docteur Yngve Larsson et Otto Jaerte, à un livre anonyme où est ouvertement prêchée la guerre contre les Russes. Mais sous l'influence du leader du Parti, Hjalmar Branting, qui a nettement condamné la violation de la neutralité belge, et sévèrement jugé dans le Socialdemokraten de Stockholm les socialistes allemands, la direction du Parti suédois a prononcé la suspension des trois M activistes », manifestant ainsi sa réprobation pour la propagande pangermaniste.
L'attitude des socialistes de la Suisse allemande, si l'on met à part un certain nombre d'exceptions heureuses, a été, dans l'ensemble, déplorable. On ne saurait 9-'en étonner si l'on songe que les organisations socialistes de la Suisse allemande ne sont guère que des appendices de la Sozialdemokratie teutonne à laquelle elles décidèrent même en 1869 d'adhérer formellement. D'une lettre de Marx à Jung, en date du 17 janvier 1871 *, il résulte qu'en 1870 les Arbeiterbildungsvereine de, laSuisseallemande se prononçaient par leur organe, le Felleisen, pour V annexion de VAlsace-Lorraine\ Le <( vénéré doyen du socialisme suisse», qui présidait naguère la conférence socialiste internationale de Bâle, Hermann Greulich, était déjà dans la première Internationale l'âme damnée de Karl Marx : prs de la mort de Bakounine,son journal, la Jagwachi
I. Publiée par Jasckh, Die Internationale, Leipzig, 1904, p. 235.
de Zurich, se livra à de basses insultes contre le grand révolutionnaire russe, et le Bulletin de la Fédération jurassienne (n" du lo septembre 1876) dut protester contre cette attitude.
Les journaux socialdémocrates suisses, Volksrecht de Ziirich, dont les relations sont intimes avec la prétendue minorité socialdémocrate allemande, et Tagwacht de Berne, ont condamné comme (( chauvine » l'attitude des socialistes français qui proclament la nécessité de continuer la guerre jusqu'à la libération de la France, de la Belgique et de l'Alsace-Lorraine et se refusent à accepter la paix allemande.
Plus triste encore, parce que moins explicable, est l'attitude des socialistes de la Suisse française : <( Ils ont, dit un vaillant journal du Jura bernois ^, à l'étonnement général, pris dans le conflit européen la seule attitude que nous ne puissions ni comprendre ni expliquer. Ils s& sont solidarisés avec le socialisme boche, avec le marxisme à outrance au point de ne pas voir que l'avenir du socialisme mondial est dans l'écrasement total et définitif du régime impérial teuton... Sans se déclarer nettement hostiles aux violateurs du droit, aux égorgeursde petits peuples, aux ennemis de la justice, du progrès et de l'humanité, ils ne se sont pas non plus déclarés favorables aux alliés ; ils n'y a rien eu de net, rien de franc, rien d'honnête dans leur attitude, ou plutôt ils ont osé qualifier de « chauvinisme » le courage français, l'héroïsme belge ; ils n'ont pas eu ce sursaut d'indignation qui nous a tous secoués à l'ouïe des atrocités boches. Ils ont osé dire que le peuple belge a eu tort de se défendre, ce qui est dire que les massacreurs boches ont eu raison de massacrer^. »
1. Le Jura bernois, 16 novembre] 191 5, citant la Feuille d'avis de la Chaux-de-Fonds. '' -"-^*^>VJ^^.r^i^^^
2. Au Congrès d'Aarau (191 5) les socialistes suisses ont pro-
Ce n'est pas sans une grande tristesse que l'on voit dans tous les pays, en dépit des actes monstrueux qui ont déshonoré le peuple allemand tout entier, des socialistes se faire les avocats de la plus mauvaise des causes, et s'instituer les protecteurs patentés des idées et des choses d'Allemagne. Ce n'est pas sans honte que l'on voit des hommes qui prétendaient apporter à l'univers un idéal nouveau et représenter une moralité supérieure, faire le panégyrique du crime, ou chercher à procurer l'impunité à des actes que la moralité moyenne des honnêtes gens a partout réprouvés. Voilà les fruits de l'intoxication allemande ; voilà ce que des socialistes, dans le monde entier, sont allés apprendre à l'école du socialisme prussien. Dénoncer cette déchéance morale, ce n'est pas, comme certains voudraient le faire croire par une misérable équivoque, ruiner le socialisme ; c'est essayer de le guérir. Lutter contre le phylloxéra, c'est sauver la vigne.
Après tout, le socialisme n'a pas toujours été ce qu'en a fait l'Allemagne. II est né bien avant qu'un nourrisson de l'Université de Berlin enrobât de jargon hégélien des statistiques sincères comme les bulletins de l'agence Wolff ^.11 n'a pas attendu pour exister Knatschke de Konigsberg et Karl Marx de Trêves.
clamé leurs sympathies pour les résolutions de la Conférence de Zimmerwald ; ils ont, par 258 voix contre 41, engagé le prolétariat des pays belligérants à mettre fin à la guerre par une action révolutionnaire. Ils ont exclu l'Association du Griitli » qui, en face du socialisme germanisé, représentait une nuance de socialisme national et autonome. Peu après, Greulich demandait au gouvernement helvétique de s'entremettre pour la paix. — L'Union suisse des Sociétés coopératives de consommation a souscrit pour 720000 francs au deuxième emprunt de guerre allemand. {H Humanité, 9 avril 1916.)
I. Un compatriote de Marx, l'économiste Julius Wolf, a dans son livre. Socialis>nus itnd kapitalistische Gesellschaftsordniing, péremptoirement établi que les matériaux statistiques dont s'estservi Marx étaient défectueux, et en tout cas ne corroboraient pas sa théorie ; que les statistiques de la mortalité, de la criminalité, du paupérisme, de l'épargne. des héritages, de
Certains demandent, non sans impatience : <( Pourquoi surveiller ainsi tous les faits et gestes de la Sozialdemokratie ? Pourquoi sans cesse parler de Siidekum, de Heine et de Bernstein ?» A cette question ingénue, le Pierrot de Molière a répondu d'avance : <( Je dis toujou la même chose, parce que c'est toujou la même chose, et si ce n'était pas toujou la même chose, je ne dirais pas toujou la même chose. » Ce n'est pas notre faute si l'intrigue socialdémocrate change constamment de moyens sans changer de but, et si chaque jour apporte des manifestations inédites de son inlassable activité. Vaut-il mieux que L'opinion publique française soit avertie du danger ou qu elle Vignore ? Sur ce point, il sera bien permis de ne pas être de l'avis de certains critiques un peu trop intéressés en la matière.
Dès le début de la guerre, les socialistes allemands se sont efforcés d'empêcher l'intervention de la Bulgarie et de la Roumanie aux côtés des alliés. Des « envoyés spéciaux » furent expédiés dans les Balkans avec mission d'y faire servir les partis ouvriers aux plans de la Weltpolitik pangermaniste. Ils y réussirent d'ailleurs parfaitement, car,au début de septembre 191 5, le Comité exécutif du Bureau socialiste interbalkanique publiait une proclamation à tous les peuples des Balkans pour les « mettre en garde contre toutes les puissances étrangères et leur demander, au nom du (( socia-
la consommation et des revenus montrent combien il est faux de prétendre que la pauvreté augmente, quela classe moyenne disparaisse, et que la richesse aille en se concentrant toujours plus. Le socialdémocrate allemand Bernstein a reconnu à son tour les erreurs de l'économie marxiste.
lisme international » de a demeurer neutres en dépit de toutes les coalitions )>. Cette proclamation, qui servait puissamment à ce moment la politique des empires du Centre, a été publiée par la Berner Tagwacht et résumée par /'//?^w<7;zz7^ du 9 septembre 191 5. Ce succès allemand avait été préparé par toute une série de manœuvres.
Ainsi que l'a annoncé l'agence Wolff, (de socialdémocrate allemand Parvus » prononça à Soûa un discours où il déclarait que (( la victoire de l'Allemagne serait la victoire de la démocratie » ! Ce qu'il y a de piquant, c'est que ce Parvus, qui a joué en effet un rôle notable dans la Sozialdemokratie, n'est point d'origine allemande et qu'il fut jadis expulsé sans politesse, comme étranger indésirable, de la Prusse (( démocratique » !
En Roumanie, c'est l'illustre Siidekum qui opéra lui-même, « au nom et comme agent de l'administration de l'Empire». On a pu lire dans \e Bulletin officiel delà section socialiste de Stuttgart : « Nous portons à la connaissance des camarades que Siidekum, membre du groupe socialiste au Reichstag, est parti en Roumanie, chargé d'une mission du gouvernement de femfire allemand, a&n d'y influencer le parti, les autorités et l'opinion, dans le sens de la mission qui lui avait été con&ée'. » Siidekum arriva à Bucarest les poches pleines d'arguments irrésistibles...
Le Parti socialiste roumain a perdu tout prestige et beaucoup de son influence le jour oii deux hommes de haute valeur, Constantin Mille et Vasile Mortzun, l'ont quitté, écœurés ^. M. Mortzun est actuellement