Ibid., p. io
6. Michels, Zur Sosiologie des Parteiwesens in der modernen Demokratie, Leipzig, Klinkhardt, p. ib^sqq. : nous résumons,
ture; ses prérogatives étaient à peu près illimitées. Il défendait bien aux groupes subordonnés d'élire des présidents, et cela au nom du principe démocratique. {Compte rendu du /F' Congres international tenu à Bâte en septembre 1869, Bruxelles, D. Brismée, 1869, p. 172}. Mais il se vantait lui-même d'être pour la classe ouvrière (( un organe directeur ». {U Alliance de la détnocratie socialiste et V Association internationale des travailleurs, Londres, 1873, p. 23.) Incontestablement le Conseil général, subissait, dans ses manifestations théoriques et pratiques les plus importantes, la volonté de fer d'un seul homme, Karl Marx. Michels n'hésite pas à dire que le gouvernement de l'Internationale a été une monarchie de fait. Il se rencontre sur ce point avec Dùhring qui déûnit ce gouvernement la (( Marxothéocratie ».
De fait c'est Marx qui rédigea les principales publications de l'Internationale, les proclamations, les adresses, les instructions données aux agents de l'Internationale dans les divers pays européens ^ « Marx, écrit son biographe allemand Gross-, était incontestablement le conducteur et le chef spirituel de Vînternationale, bien qu'il n'apparût normalement au Conseil général que comme secrétaire correspondant pour l'Allemagne... En vertu des statuts le pouvoir du Conseil général, c'est-à-dire de Marx, sur l'Internationale toujours grandissante était à peu près illimité... Les Congrès n'avaient point en réalité autre chose à faire que de ratifier les décisions du Conseil général... [Après 1872] Marx resta le centre véritable de tout le mouvement prolétarien auquel il avait longtemps assigné sa
dans les termes mêmes de l'auteur, en incorporant dans le texte les citations et les références qu'il donne en note.
1. Cf. Stegmann et Hugo, Handbiich des Sozialismus, Zurich, Schœbelitz, 1897, p. 5oo ; Michels, op. cit., p. i65.
2. Gross, Art. Marx, Allgemeine Deutsche Biographie, t. XX, p. 545-6.
direction ». » La direction de l'Internationale était assurée à Marx », dit Frédéric Engels ^.
Les marxistes eux-mêmes ont reconnu la servitude intellectuelle où les réduisait l'ascendant qu'avait su prendre Marx dans l'Internationale. Dans le petit livre qu'il a consacré à la gloire de Marx^, Wilhelm Liebknecht reproduit une lettre d'un de ses anciens compagnons devenu journaliste en Amérique : « Ici tuserais un homme libre. Tu pourrais agir utilement et avec indépendance. Là-bas tu es un ballon qu'on se renvoie de l'un à l'autre, un âne à qui on fait porter les paquets et qu'on raille derrière son dos. Examinons votre prétendu royaume de Dieu. Tout en haut trône T omniscient ^ le sage -par excellence, votre Balai-Lama, Marx. Puis, longtemps, longtemps, plus rien. Et alors vient Engels. Puis de nouveau pendant longtemps, longtemps plus rien. Alors vient Wolff. Puis, longtemps, longtemps plus rien. Et alors vient... Liebknecht. » Les expressions les plus humbles se pressent sous la plume des adeptes de Marx : Joseph Dietzgen écrit à un ami de New- York en 1869^ : « Un événement qui m'a ému et auquel tu prendras part, c'est la visite que m'a faite il y a environ quinze jours notre vénéré héros Karl Marx (sic). »
Un fait qui montre, d'une manière probante, que Marx considérait l'Internationale comme sa chose, comme sa propriété privée, c'est que, lorsqu'en 1872 le Conseil général de l'Association fut transféré à New- York, tous les papiers, toutes les archives de l'Internationale restèrent entre les mains de Marx. Celui-ci se ût
1. Art. Marx, Handw'ôrterbuch der Staatswissenschaften, t. VI, p. 602.
2. W. Liebknecht, Karl Marx. Zum Gedàchtniss, Nuremberg, 1896.
3. Lettre datée de Siegburg, 25 septembre 1869 : Bricfe an Sorge, p. 17; Cf. Dietzgen à Sorge, Chicago, i3 mai 1887, p. 266.
envoyer par son ûdèle Sorge une procuration pour (( prendre possession de tous [souligné dans le texte] les papiers appartenant à l'Internationale et à l'ancien Conseil général, et notamment des procès-verbaux des séances^ ». Une seule pièce de tout l'inventaire de l'ancien Conseil était parvenue entre les mains du nouveau Conseil général : c'était le livre de comptes concernant les secours accordés aux réfugiés de la Commune à Londres, livre qu'Engels avait remis à Sorge : Marx estima que ce livre (( n'aurait jamais dû quitter ses mains » et il n'eut pas de cesse qu'il ne l'eût rattrapé^. Engels se réjouit dans la suite d'avoir gardé les procès-verbaux des séances du Conseil général de l'Internationale 3. Pourtant, confisquer les archives de l'Internationale, alors surtout qu'à partir de 1872 Marx ne fait plus partie du Conseil général, c'était avouer que l'Internationale n'était pas un mouvement indépendant, mais qu'elle était devenue le bien propre de Marx.
La démonstration de l'absorption complète de l'Internationale par le grand prophète de la Sozialdemokratie paraîtra peut-être déjà suffisante : mais elle importe tellement à notre objet que nous entendons la corroborer et la rendre irrésistible parles témoignages mêmes de Marx et d'Engels.
Nous avons déjà cité cette phrase cynique de la lettre de Marx à Engels en date du 1 1 septembre 1 867 * : (( Les choses marchent. Et à la prochaine révolution, qui est peut être plus proche qu'il ne semble, nous {c'est-à-dire toi et moi) aurons ce puissant instrument