Cf. Brupbacher, Marx und Bakunin, p
tion et la révolte générales, 1' <( autoritarisme » est incontestablement une force puissante. Or, Marx était essentiellement autoritaire. Suivant la juste remarque de Bakounine, il n'avait à aucun degré le goût et l'instinct de la liberté, et, en cela aussi, il était bien un Prusssien. Très orgueilleux et jaloux de son autorité, il combattit avec un acharnement farouche et presque fanatique tout ce qui pouvait s'opposer à sa mainmise sur l'Internationale : « Marx, disait déjà Lassalle^ est le Marat de notre Révolution. Jamais il ne se tramera nulle part une trahison entre le ciel et la terre qu'il ne se trouve le premier à l'avoir flairée. Et il en flairera plus d'une que personne n'aura même jamais songé à tramer. » De tels hommes, dans une association quelconque, prennent toujours aisément avantage sur les rêveurs et les penseurs désintéressés.
{( La première période de l'Internationale, écrit un historien-, apparaît sous le jour le plus sympathique. On y voit l'éclosion d'un mouvement où les intérêts personnels ne cherchent pas à dominer. Il faut arriver à la direction assez agressive de Marx pour trouver un autoritarisme engendrant la discorde ». Mais c'est peut-être là aussi ce qui explique que la première période de l'Internationale ait été si courte. Le royaume des cieux est promis par l'Évangile aux pacifiques, mais celui de la terre paraît depuis l'origine des temps abandonné aux jeux de la force et de l'intrigue.
Décidé à vaincre et à régner, Marx n'hésita devant aucun procédé pour triompher; tous les moyens lui parurent bons, comme les méthodes de guerre les plus
1. Atis dem litterarischen Nachlassvon Karl Marx, Friedrich Engels und Ferdinand Lassalle, herausgegeben, von Franz Mehring, vol. IV, p. 225.
2. Puech, le Proudhonisme dans V Association internationale, p. 23o.
cruelles et les plus infâmes paraissent aujourd'hui à l'armée allemande d'avance justifiées par le but à atteindre : le triomphe de l'Allemagne. Il y aurait sans doute quelque pédantisme à décrire par le menu les divers procédés que le socialiste prussien mit en œuvre pour arriver à ses fins. Il suffira d'en indiquer quelques-uns.
La méthode constante de Marx, jusqu'au jour oii il se crut assuré du triomphe, fut d'agir par des <( hommes de paille » en se tenant autant que possible dans l'obscurité. Par là, si ses manœuvres échouaient, il était sûr d'en sortir personnellement indemne et de pouvoir reprendre sans difficultés le travail de sape commencé. C'est pour cette raison qu'en dépit de l'influence considérable qu'il exerça sur les Congrès de l'Internationale, iln'assistapourtant à aucund'entre eux jusqu'en 1872 ; il ne fut présent ni à Genève, ni à Lausanne, ni à Bruxelles, ni à Bâle, mais seulement à La Haye, lorsqu'il fut maître de la situation et en état d'obtenir l'exclusion de ses adversaires. Marx a indiqué luimême la raison de cette tactique dans sa lettre à Engels en date du 23 avril 1866, oii il écrit : « Je me suis décidé à ne pas aller au Congrès de Genève : je me soustrais de cette façon à toute responsabilité -personnelle. »
Il n'en était pas moins actif, au contraire, mais infiniment moins exposé. Il eut constamment des agents qui transmettaient ses mots d'ordre ou allaient au-devant de ses désirs ; et des « compères » qui mettaient les questions au point 'pour lui permettre de donner au moment voulu le coup décisif: ainsi Eccarius, dont un expédient habile permit, comme nous l'avons vu, à Marx de rédiger seul les statuts et l'adresse inaugurale de l'Internationale; ainsi Cremer qui participa à cette première manœuvre, et qui, au Congrès de Genève, fit en outre écarter, en citant le nom de Marx, la motion
française sur les conditions nécessaires pour être élu délégué ; ainsi Dupont, qui fut dans la première Internationale le grand agent de Marx auprès des socialistes français; ainsi Sorge et Engels, et dix autres dont on verra paraître les noms dans la suite de cette étude.
Marx, lui, préfère rester tapi comme l'araignée au centre de la toile. Tout aboutit à lui et tout part de lui; mais il évite de trahir, autant que possible, ses desseins de domination, dont l'avenir eût été compromis s'il les eût prématurément révélés. <( J'ai arrangé diplomatiquement toute la chose, écrit-il avant le Congrès de Bruxelles, je ne voulais pas paraître en personne avant que mon livre fût publié et que l'Association eût pris racine'. » Après le Congrès de Genève, il dit au sujet des délégués français : (( Sous main, dans le compte rendu, je leur donnerai sur les doigts'^. » « Ici se montre, dit-il triomphalement, la différence entre ce qu'on obtient par la méthode qui consiste à agir derrière les coulisses, en restant caché aux yeux du public, et le procédé des démocrates, qui se donnent des airs d'importance devant la galerie, mais qui ne font rien^. »
Une méthode qu'il affectionne particulièrement est celle qui consiste à agir sur l'opinion par la presse, en laissant ignorer V origine des articles ou des informations parus, et en s'arrangeant même pour qu'elle ne puisse être soupçonnée. Sans doute, il s'intéresse à la presse de l'Internationale et il en décrit avec complaisance les progrès; il dit à Kugelmann en 1866* qu'il dispose déjà deplusieurs organes, le VJorkmansAdvocateàç.l^onà.rt's,, la Tribune du peuple de Bruxelles, le Journal de V Association internationale des travailleurs de Genève, le Vor-