‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 23 sur 208 · I. Jseckh, Die Internationale, p · texte numérisé non relu

I. Jseckh, Die Internationale, p

du succès momentané de son usurpation sont assez simples. Doué, comme tous les Allemands, d'une volonté forte, tenace et sans scrupules, Marx poursuit sans se lasser sa victoire personnelle, tandis que ses adversaires ne songent qu'au triomphe de la cause socialiste. De même que, pendant quarante-quatre ans après 1870, l'Allemagne tout entière ne pensait qu'à préparer une nouvelle guerre, et que cela constituait pour elle un avantage considérable sur des nations dont des fins plus élevées et plus désintéressées absorbaient toute l'attention, de même l'ambition démesurée et méthodique à la fois de Marx devait triompher de l'idéalisme généreux des mutuellistes français ou de Bakounine. Tandis que Marx n'aspirait qu'à (( faire passer dans ses mains le gouvernement de la classe ouvrière », Bakounine écrivait à un ami : (( Le temps des individualités historiques et brillantes est passé, et c'est tant mieux. C'est le vrai gage du triomphe de la démocratie... Ne m'écris-tu pas que je puis devenir, si je le veux, le Garibaldi du socialisme? Je me soucie fort peu de devenir un Garibaldi... Mon cher, je mourrai et les vers me mangeront, mais je veux que mon idée triomphe. Je veux que les masses humaines soient réellement émancipées de toutes les autorités et de tous les héros présents et à venir^. » Et, au moment même 011 Marx préparait ses intrigues contre Bakounine, et chargeait Outine, son agent à Genève, de constituer un dossier contre le révolutionnaire russe, celui-ci, sans défiance, s'installait à Locarno dans le Tessin et consacrait ses loisirs... à traduire en russe le premier volume du Kapital de Marx - ! Jusqu'au moment oij il soulève contre lui l'indigna-

1. Lettre de Bakounine, 7 avril 1870, à Albert Richard, citée par celui-ci dans Bakounine et l Internationale à Lyon, in Revue de Paris, i" septembre 1896.

Page 1