I. Marx à Sorge, 27 septembre 1877, Briefean Sorge, p. i
notable de la presse anglaise, à Vinsu de cette dernière, et une partie importante du Parlement anglais, sans que celui-ci s'en doutât. On ne saurait assez méditer ce fait : Vingérence de la Sozialdemokratie allemande dans les affaires intérieures et dans la politique extérieure des autres pays a été constante. Par là l'indépendance dans la discussion et dans la décision sur les problèmes essentiels intéressant la vie des diverses nations a été anéantie au profit de la seule Allemagne.
Ainsi Marx restait « dans la coulisse » et par là il ne risquait point d'éveiller des soupçons ou des susceptibilités qui eussent pu contrarier son œuvre de conquête. En même temps il laissait à l'Internationale, en apparence, cet aspect de terrain neutre et d'association sans doctrine qui favorisait puissamment ses desseins. Il eût été, en effet, extrêmement dangereux et maladroit d'imprimer dès le début à l'Association internationale l'étiquette allemande qui n'eût pas manqué de rebuter et d'éloigner les ouvriers anglais, français, belges. Il eût été très malhabile de dire dès l'abord que l'Internationale était marxiste, car c'eût été en écarter tous ceux, mutuellistes français et belges, trade-unionistes anglais, etc., qui n'entendaient nullement se presser aux pieds de la chaire d'un maître d'école allemand. Le (( gouvernement de la classe ouvrière de tous les pays » ne pouvait, selon l'ambition exprimée dans une lettre déjà citée de Karl Marx, (( passer entre les mains » de ce dernier, qu'à une condition : c'est que les ouvriers de toutes nations et de toutes opinions se réunissent sans défiance dans une association (( incolore », neutre au point de vue doctrinal, pour y être ensuite méthodiquement soumis à l'influence allemande.
De fait, nous l'avons vu, l'Association internationale des travailleurs n'avait point été fondée sous l'égide d'une doctrine et pour faire prévaloir une orthodoxie; elle n'était point destinée à grouper des hommes de
même opinion, mais des hommes de même condition; elle ne devait point être une église, et encore bien moins une chapelle; une école, et encore bien moins une secte; un parti, et encore bien moins une coterie. Elle se définissait par son titre même : (( l'Association des travailleurs ». C'est par une véritable usurpation, et comme un abus de confiance, que Marx prétendit faire, des hommes qui s'étaient rencontrés sous cette large bannière, les instruments de ses vues personnelles, et de sa politique pangermaniste. Son attitude était, comme le remarque Brupbacher^, en contradiction absolue avec la base sur laquelle avait été fondée l'Internationale. Mais ce qui montre bien l'astuce profonde de la politique de Marx, c'est que c'est lui-même qui avait rédigé ces statuts libéraux permettant à des hommes de toutes opinions d'entrer dans l'Internationale pour y subir, une fois entrés, l'emprise allemande. C'est ce que laisse nettement entendre Adler- : « La première proclamation de l'Internationale, par l'imprécision des principes annoncés, imprécision voulue par Marx, fit que sous ses larges ailes des hommes de toutes les nuances possibles se réunirent dans les premières années : socialdémocrates allemands et syndicalistes anglais, proudhoniens pacifiques et blanquistes, anarchistes de l'espèce la plus caractérisée et philanthropes libéraux... Mais une société si bigarrée ne put être maintenue ensemble à la longue, quand le marxisme aspira toujours plus ouvertement à régner seul. »
Cette tactique sournoise de conquêteprogressive, qui masquait ses fins pour les atteindre plus sûrement, est très précisément décrite dans une lettre de Joh. Ph. Becker, l'agent de Marx à Genève^ : <( Le développement