Marx und Bakunin, p. io
2. G. Adler, art. Sosialdemokratie, Handw. der Staatsw. t, VII, p. 588.
3. BeckeràSorge, Genève, 21 août i^-j2>,BriefeanSorge,'^. ii8.
de l'Union générale des travailleurs suisses est tout à fait satisfaisant; seulement, four des raisons pratiques, il ne faut pas encore se presser d'avouer ouvertement les tendances internationalistes, bien que toute la direction, locale et centrale, soit aux mains des internationalistes bon teint. Il faut, d'abord, que les grandes masses, qui... sont encore trop timides, trop nationales et bêtes, soient amenées dans le mouvement et éduquées de manière à se placer au vrai point de vue. »
La méthode suivie par Marx pour absorber et germaniser l'Internationale a été exposée par son compagnon Friedrich Engels dans une lettre où il écrit * : « Quand Marx fonda l'Internationale-, il traça les règles générales de telle manière que tous les socialistes ouvriers de cette époque pussent y adhérer : proudhoniens, disciples de Pierre Leroux, et même le parti avancé dant les trade-unions anglaises, et c'est seulement par cette largeur [des statuts primitifs] que V internationale devint ce qu'elle a été, le moyen de dissoudre graduellement et d'absorber toutes ces petites sectes (It was only through this latitude that the International became what it was, the means of gradually dissolving and absorbing ail thèse minor sects.)... Si nous avions de 1864 a 1873 insisté pour collaborer seulement avec ceux qui adoptaient ouvertement notre plate-forme, oii serions-nous aujourd'hui? »
Dans toute la littérature marxiste, il y a peu de textes plus importants et plus suggestifs que celui-là. On y voit comment, par l'effet d'une ruse de guerre fort habile, des hommes furent amenés dans l'Internationale qui n'y seraient jainais entrés s'ils avaient su ce qu'on se
1. Engels à Mme Wischnewetzky, Londres, 27 janvier 1887, Briefe an S orge, p. 248.
2. Nous savons que Marx n'a nullement fondé l'Internationale, mais qu'il s'est emparé de 1' <( affaire » quand celle-ci eut, suivant sa propre expression « pris racine »
proposait de faire cette Association. On y voit aussi comment pour les prétendus <( fondateurs » et <( héros » de l'Internationale, celle-ci n'était qu'un simple instrument, un (( moyen » {a mean) pour décomposer l'une après l'autre et asservir les diverses écoles socialistes de France et d'Angleterre au bénéfice exclusif du marxisme pangermaniste.
Nous l'avons déjà montré précédemment : le Conseil général de l'Internationale n'était autre chose que le paravent qui cachait Marx. Il nous faut revenir sur ce point au moment où nous analysons quelques-uns des procédés de conquête dont se servit le socialisme allemand. En effet, bien que le Conseil n'eût en principe aucune compétence doctrinale, il ne tarda pas, sous l'inspiration de Marx, à s'en arroger une, et il joua du pouvoir ainsi acquis de la manière la plus intolérante. « L'histoire de l'Internationale a été, écrit Marx lui-même^, une lutte continuelle du Conseil général contre les sectes et tentatives d'amateurs, qui cherchaient à s'affirmer au sein de l'Internationale contre le mouvement réel de la classe ouvrière. Cette lutte fut menée dans les Congrès, mais bien plus encore dans les tractations privées du Conseil général avec les diverses sections. » Ne croirait-on pas entendre un grand inquisiteur* rappeler ses luttes contre les hérésies damnables et le mauvais esprit des novateurs? La seule différence est que les « sectes » dont parle Marx avec haine et mépris étaient d'une antiquité beaucoup plus vénérable que le marxisme et que l'Internationale ellemême; et, tandis que Iq, mission d'une inquisition était de sauvegarder la pureté de la foi, l'Internationale en général et le Conseil central en particulier n'avaient
1. Marx à F. Boite, Londres, 23 novembre 1871, Briefe an Sorge, p. 2>i. Marx recommande à son correspondant {ibid., p. 41) de ne pas publier cette lettre trop compromettante.
2. Cf. Vilfredo Pareto, ^^j- Systèmes socialistes, t. I"", p. 238.
nullement en principe pour objet de maintenir une orthodoxie quelconque.
Le Conseil général, surtout après que le Congrès de Bâle eut augmenté sa puissance, était aux mains de Marx un moyen d'action très efficace qui lui permettait d'appliquer une méthode favorite : il tenait, en effet, à introduire, dans toutes les places importantes, des hommes à lui qui dirigeraient les affaires, non point en son nom, mais dans son esprit et pour son compte : « Une fois que Von a réuni autour de soi les forces dirigeantes , disait le marxiste Becker^,et qu'on les a amenées au vrai point de vue, la masse suit d'ellemême. » Et, donnant un exemple plus précis de ce principe général, le disciple de Âlarx indiquait à l'Allemand Sorge, établi en Amérique, la méthode à suivre- : « Nos sections [de l'Internationale] doivent dans toute affaire ouvrière garder l'initiative, être l'élément qui organise et qui instruit... chaque section doit faire en sorte que ses membres les mieux doués intellectuellement soient à la tète de toutes les sociétés ouvrières. Les membres de votre club doivent entrer le plus nombreux possible dans la section et envoyer un délégué choisi parmi eux dans le Comité delà section, afin que vous restiez maîtres de la situation. » On trouve là, exposés en quelques lignes, toute une théorie oligarchique du mouvement ouvrier, et tout un plan de « gouvernement de la classe ouvrière de tous les pays » . Dans tous les pays toutes les sociétés ouvrières seront gouvernées par des membres particulièrement bien doués des sections locales de l'Internationale, lesquelles recevront leur inspiration du Conseil général, lequel obéira aux ordres de ]\Iarx.
Le Conseil général comprenait un certain nombre de secrétaires dont chacun était chargé de correspondre;