Marx à Sorge, 29 novembre 1871 ; ibid., p
3. Devant qui? A qui le Conseil général eût-il pu rendre des coaptes?
4. Ce qui n'empêche pas Engels, dans la lettre déjà citée du 12-17 septembre 1874 de traiter tous les réfugiés français d'escrocs.
quins (rzi f fia jî s) , de sorte qu'une grande partie — et la plus méritante — des réfugiés, ne veut nen avoir à faire avec la la Société, mais veut être secourue direcment par le Conseil. Pour cette raison nous donnons toutes les semaines une somme à distribuer à la Société et distribuons l'autre. » Cette lettre rend tout commentaire inutile. Rappelons seulement que Marx a lui-même avoué ailleurs que cette répartition des secours aux réfugiés de la Commune n'avait, en réalité, rien à voir avec les fonctions du Conseil général; que la manière dont il opéra ou n'opéra pas la répartition de ces fonds donna lieu à ce moment même, ainsi qu'en témoigne une lettre de Marx à Sorge, à de très vives protestations ; et que Marx n'eut pas de repos avant d'avoir remis la main sur ce livre de comptes qu'Engels avait eu l'imprudence de laisser passer à New-York, siège nouveau du Conseil général après i8;2^
Nous avons montré les antagonismes nationaux qui étaient latents, dès l'origine, au sein de l'Internationale et qui étaient apparus déjà au Congrès de Genève. Mais ces antagonismes n'auraient sans doute pas amené la fin de l'Internationale si Marx n'avait prétendu imposer aux ouvriers de tous les pays un socialisme spéci-fiquement allemand : allemand dans son origine, dans son esprit et dans ses fins.
Certains essaient, aujourd'hui, de contester ce caractère spécifiquement germanique du marxisme et ils donnent comme argument que le marxisme est devenu la doctrine commune de centaines de millions d'ouvriers dans tous les pays civilisés 2, Il n'y a pas d'argu-
1. Marx à Sorge, Londres, 27 septembre 1873, Briefe an Sorge, p. 121.
2. M. Jean Longuet, petit-fils de Karl Marx, écrivait en ce sens dans V Humanité du 27 mars iQiS : « Mais ces idées [celles
ment plus pitoyable : sans doute, à la suite de mille intrigues que nous avons déjà retracées ou que nous retracerons plus loin, par son autoritarisme dans les Congrès, et surtout, comme on le verra, à cause des victoires allemandes de 1870, Marx a réussi à faire adopter sa doctrine à des socialistes de tous les pays : et les résultats de cette germanisation se sont fait assez cruellement sentir. Mais, il n'y a rien là qui puisse effacer la marque indélébile qu'imprime au marxisme la nature même des choses : la marque Made in Germany. Est-il nécessaire de faire remarquer aux irréductibles partisans du marxisme qu'un produit allemand ne cesse nullement d'être allemand parce que l'Allemagneauraréussià en imposerl'usage au mondeentier? Si le rêve du peuple allemand s'était réalisé, les Français, les Anglais, les Russes, les Serbes, les Italiens, etc., auraient été astreints à parler l'allemand, à adorer le (( vieux dieu » de Guillaume II, et, en un mot, à s'assimiler la kultiir. Cela n'aurait nullement empêché la langue allemande d'être allemande, le <( vieux dieu » d'être purement et exclusivement allemand, et la kultur de rester fort loin de l'idéal d'une civilisation universelle. Et, de même, des socialistes français, anglais, russes, ont pu se dire marxistes, parler de la « plusvalue » , de r (( infrastructure économique » , de la « négation de la négation », et delà « lutte des classes » ; cela n'empêchait nullementqu'ils ne récitassent des formules purement allemandes qui ne devenaient pas françaises, russes ou anglaises, parce qu'elles passaient par leur bouche.
« S'il est actuellement, écrit un éminent historien du socialisme, Vilfredo Pareto*, unsocialisme qui mérite le
de Marx] sont celles des socialistes du monde entier, à l'heure actuelle, qu'ils soient allemands ou japonais, français ou yankees, belges, Scandinaves ou italiens ! » Les mots soulignés par nous montrent ce que vaut cette prétendue objection. 1. Vilfredo Pareto, les Systèmes socialistes, t. II, p. 393.
nom (T Allemand^ c'est le marxisme». C'est seulement depuis la guerre que, pour sauver le marxisme de 1 grande banqueroute germanique, certains essaient u contester une vérité aussi évidente : avant la guerre, on proclamait au contraire bien haut que l'œuvre de IVjLarx était le produit le plus caractéristique de l'esprit allemand, et l'on en faisait honneur à l'esprit allemand. Marx et Engels se sont eux-mêmes fièrement donnés pour les héritiers de la philosophie classique allemande, et tous les historiens du marxisme, favorables ou hostiles, ont insisté sur la dépendance étroite de cette doctrine par rapport à l'hegélianisme : ce n'est pas ici notre tâche de reprendre cette démonstration que nous avons faite nous-même à diverses reprises^ et avant que la Sozialdemokratie marxiste attirât, par ses actes durant la guerre, l'attention générale sur la doctrine et l'œuvre de ses prophètes vénérés.
L'historien marxiste Jaeckh écrit^ : « Les ouvriers allemands sont les héritiers de la philosophie classique allemande. Alors que l'Internationale était encore en voie d'ascension, et à un moment oii l'Allemagne comptait encore à peine dans l'Internationale, Marx dit à une fête du Cercle ouvrier allemand à Londres que le prolétariat allemand était le plus capable de mener à bien une cure radicale^. » En d'autres termes, à un moment oii les ouvriers anglais et français avaient derrière eux déjà tout un glorieux passé et oii le mouvement ouvrier allemand était encore à l'état tout à fait embryonnaire, avec une remarquable partialité