‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 39 sur 208 · Marx à Sorge, 19 octobre 1877, Briefe an Sorge, p. iSq · texte numérisé non relu

Marx à Sorge, 19 octobre 1877, Briefe an Sorge, p. iSq

déclare catégoriquement que ce sont ces efforts qui ont « donné aux ouvriers allemands la suprématie théorique, ET PAR LA AUSSI LA SUPRÉMATIE PRATIQUE, SUT les Français et les Anglais » .

On comprend dès lors que le bloc germanique ait tout fait dans l'Internationale pour imposer la théorie marxiste aux socialistes latins, slaves et anglais. Et l'on comprend aussi qu'en luttant contre ces efforts de germanisation intellectuelle, les socialistes groupés autour de Bakounine combattaient, ni plus ni moins, pour l'indépendance de leurs pays et des prolétaires de leurs patries contre la conquête allemande. Telle est la réalité profonde qui se cachait souvent derrière des chicanes juridiques sur la constitution de l'Internationale et des controverses scolastiques sur l'organisation de la société de l'avenir. La même lutte qui se mène aujourd'hui encore sur les champs de bataille contre le germanisme envahisseur se joua, il y a quarante ans, dans les sections et les congrès de l'Association internationale des travailleurs.

La guerre de 1870 fut l'occasion qui, en incitant Marx à dévoiler ouvertement son pangermanisme et à mettre l'organisation même de l'Internationale au service de l'Allemagne, révéla aux socialistes de tous les pays non germaniques le danger de la dictature marxiste. Elle précipita en même temps la crise de l'Internationale, parce que Marx, voyant dans les victoires allemandes la confirmation absolue de la supériorité germanique, ne se crut plus désormais tenu à aucun ménagement envers les socialistes appartenant à des pays qu'il jugeait désormais incapables de contester à l'Allemagne le premier rang : il identifia résolument le marxisme avec le germanisme, et après Sedan crut

le moment venu de planter décidément le drapeau allemand sur l'Internationale conquise. La guerre de 1870 marque donc la date fatale dans l'histoire de la première Internationale.

C'est là un point sur lequel l'accord est fait aujourd'hui : l'Internationale a certes subsisté pendant la guerre et les terribles événements de 1870 n'interrompirent même pas les intrigues de Marx contre Bakouninei ; mais la fissure date de 1870 qui devait faire craquer l'édifice en 1872.

Nous avons dit ailleurs quelle fut l'attitude de Marx et d'Engels pendant la guerre de 1870'-; pensant et ayant dit à la veille de la guerre que « les Français avaient besoin d'être rossés » {Die Franzosen branchen Priigel) 3 ils se réjouirent hautement, nous l'avons montré par de nombreux textes empruntés à leur correspondance, des défaites de la France. Mais ce n'est pas ici de leurs sentiments personnels qu'il va être question, mais bien de la politique qu'ils imposèrent à l'Internationale. Que Marx et Engels fussent des chauvins et des pangermanistes, c'était leur droit; mais ils profitèrent de leur suprématie dans V Internationale pour faire de celle-ci Vinsirunient de la politique allemande.

L'Internationale n'avait, il faut le redire ici une fois de plus, nullement pour objet d'intervenir ni dans la vie politique intérieure des nations ni dans les rapports des nations entre elles : et, conformément à l'esprit qui avait présidé à sa fondation, le Congrès de Genève avait refusé d'émettre un vote sur la question polonaise. En iSyo Marx fait prendre parti à V Internationale comme telle : et, naturellement, il lui fait prendre ^^-àxti pour

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