Marx à Engels, 2 novembre 1867; ibid., t. III, p
sition par Emilio Castelar, par Nino Bixio, par le général Tiirr, par Nefftzer, s'endormait dans la plus trompeuse sécurité. La guerre était si peu une « édition amendée du coup d'État du 2 décembre » que personne à Paris ne la croyait possible; que quinze jours avant les hostilités, la Chambre des députés abaissait à quatre-vingt-dix mille hommes lecontingent annuel des recrues ; que le ministre de la Guerre, Lebœuf , déclarait consentir à cet abaissement en raison des dispositions pacifiques du ministère, et qu'Emile Ollivier déclarait le maintien de la paix plus assuré que jamais. Le marxiste Bebel lui-même déclare nettement dans ses Mémoires que la guerre était voulue par Bismarck qui avait joué Napoléon en 1 870 comme en 1 864 et en 1 866, et que la France ne s'était point armée pour une guerre dont elle ne prévoyait même pas l'éventualité'.
Marx ne se contenta pas de représenter, contrairement à la vérité, l'Allemagne comme pacifique et provoquée à la guerre par le gouvernement français et d'imposer cette imposture à toute l'Internationale comme parole d'évangile. Il usa en outre de toute son influence dans l'Internationale, de tout l'ascendant qu'il pouvait avoir sur les ouvriers français pour les détourner de participer à l'œuvre de la défense nationale contre les Allemands envahisseurs. Déjà, dans les derniers mois qui précédèrent la guerre de 1870, l'Internationale germanisée avait travaillé à désorganiser la vie française par des émeutes et des grèves : lorsque l'ouvrier français Fribourg, dans son petit livre sur V Association internationale des travailleurs''-, arrive à l'année 1870, il s'écrie : « Des grèves, toujours des grèves, et encore des grèves; plus d'études, ni rien qui y ressemble...
1. Bebel, Aus nieinem Leben, t. II, Stuttgart, Dietz, 191 j, 166, 172 sqq.
2. Fribourg, l'Association internationale des travailleurs. Paris, Le Chevalier, 1871, p. 141.
Les internationaux de V étranger , fuaîires du terrain, appuient le mouvement, fondent des journaux violents \ une épidémie de troubles sévit sur la France et paralyse la production. » Ces manœuvres d'avant-guerre sont d'autant plus remarquable que, dans les années i865, 1866 et 1867, alors que les fondateurs français de l'Internationale ne recevaient pas encore le mot d'ordre allemand, ils avaient réussi, dans l'intérêt des ouvriers comme de l'économie nationale tout entière, à faire avorter plusieurs tentatives de grève, notamment dans l'industrie du bâtiment *.
Une fois la guerre déchaînée, « Marx et Engels abusent de leur situation pour essayer, au nom du Conseil général de l'Internationale, de dissuader le prolétariat français de lutter contre les envahisseurs;... leur attitude à ce moment a été une véritable trahison envers l'Internationale au profit des intérêts pangermanistes-». Dans un second manifeste publié au nom du Conseil général le 9 septembre, c'est-à-dire cinq jours après la proclamation de la République à Paris, Marx écrit : « // ne faut pas que les ouvriers français se laissent entraîner par les souvenirs de 1792, comme les paysans français se sont précédemment laissé duper par les souvenirs du premier Empire. Ils n'ont pas à recommencer le passé, mais à édifier l'avenir », et il leur conseille le « calme et la sagesse » : ainsi, alors que tout le peuple allemand est uni sous les armes pour continuer contre la République française la guerre commencée contre l'Empire, Marx dissuade les ouvriers français de (( se laisser entraîner par les souvenirs de 1792 », c'est-à-dire de battre les Prussiens, et il les invite à garder une sage neutralité entre leur patrie envahie et l'Allemagne conquérante.