Fribourgj of. cit., p
2. James Guillaume, Karl Marx fan germaniste, p. lil; cf. Engels à Marx, 12 sept. 1870, t. IV, p. 336.
Il faut assurer et consolider la victoire allemande par la prise de Paris, et un mouvement national du prolétariat français se levant, comme l'en adjure Blanqui,aunomet ausecoars delà ((Patrie en danger», un tel mouvement compromettrait d'une manière peutêtre irrémédiable les plans de Bismarck. Aussi Engels est-il particulièrement pressant dans sa lettre à Marx en date du 12 septembre 1870^ : (( Si Von pouvait faire quelque chose à Paris, \\ faudrait empêcher un déclanchement des ouvriers avant la paix; Bismarck sera bientôt en état de la conclure, soit par la prise de Paris, soit parce que la situation européenne l'obligera à mettre fin à la guerre : de quelque façon que la chose se termine, il faut qu'elle soit réglée avant que les ouvriers puissent rien faire. »
Marx déploie en ce sens une activité fébrile ; il envoie au nom du Conseil général des instructions officielles aux ouvriers français; il dépêche en France un émissaire, Serraillier, avec mission de prêcher le mot d'ordre : (( abstention de l'Internationale en France jusqu'à ce que la paix soit faite » ; il indique sur le mode impératif aux ouvriers français, par l'intermédiaire d'un membre du Conseil général à sa dévotion, Dupont, la conduite qu'ils vont avoir à tenir. Il travaille également les neutres. (( J'ai écrit aujourd'hui en Belgique, en Suisse et aux États-Unis j!)<?z^r donner des instructions détaillées^-), mande-t-il le 14 septembre à Engels. Le 16, il écrit encore à Engels ce billet très important : <( Dis à Dupont de répondre aux Marseillais, (ci-inclus leur manifeste et leur lettre) au nom du Conseil général et de leur laver la tète. Qu'il leur envoie en
I. Engels à Marx, la septembre 1870, Briefwechsel, t. IV, p. 335. Sur tous ces points, et sur l'attitude de Marx dans la question d'Alsace-Lorraine cf. les Socialistes du Kaiser, p. 61 sqq. et Guillaume, l'Internationale. Documents et Souvenirs, t. II, p. 99 sqq.
même temps notre manifeste; je lui en ferai parvenir s'il en a besoin. » Pendant toute cette période les membres dirigeants de l'Internationale en France, Charvet, Richard, Bastelica, reçoivent constamment les ordres de Marx*. On voit que lorsque aujourd'hui, pendant la guerre de 1914, la Sozialdemokratie pangermaniste envoie ses agents, les Liebknecht, les Siidekum, les Fischer, les Noske, les Koster, les Parvus, etc., faire chez les neutres, et même chez les adversaires de V Allemagne, de la propagande germanophile, et lorsqu'elle expédie dans le monde entier ses manifestes captieux, elle se borne à appliquer sur une échelle, plus vaste, les procédés qu'avaient déjà mis en œuvre Marx et Engels pendant la guerre franco-allemande de 1870-1871. A quarante-quatre ans de distance l'Internationale sert de nouveau de véhiculée l'intrigue allemande.
Au reste tout l'odieux de la conduite de Marx n'apparaît que si on la compare à celle d'autres socialistes ses contemporains. Laissons de côté le grand révolutionnaire Blanqui dont il faudrait citer ici la belle proclamation publiée en tête du premier numéro de la Patrie en danger (6 septembre 1870) et qui adressait aux peuples latins ce suprême appel contre la barbarie germanique : « Oh vous! la grande race de la Méditerranée, la race aux formes fines, délicates, l'idéal de notre espèce, vous qui avez couvé, fait éclore et triompher toutes les grandes pensées, toutes les généreuses aspirations ; debout pour le dernier combat, debout four exterminer les hordes bestiales de la nuit, les tribus zélandaises qui viennent s'accroupir et digérer sur les ruines de l'humanité. » On peut récuser Blanqui, comme Français, et même, si l'on veut, comme « chauvin ».
I. Cf. Bebel et Bernstein, introd. au t. IV du Briefwechsel de Marx et Engels, p. x; Briefi^-echsel, t. IV, p. 332.
Mais on sait, par une lettre même de Marx, que l'ouvrier anglais Oswald, membre du Conseil général, dans une proclamation qu'il avait préparée dès le début delà guerre, n'avait nullement affirmé le caractère défensif de la guerre du côté allemand, et que c'est Marx qui exigea impérieusement que le manifeste de l'Internationale contînt cette affirmation^.
D'autre part, ce n'est pas aujourd'hui seulement que l'on découvre la direction -pangermaniste que Marx imprima à l'Internationale. Au moment même où se produisaient Les événements que nous avons décrits l'accusation était portée de tous côtés contre Marx et le Conseil général d'avoir fait de l'Internationale l'instrument du pangermanisme. Au commencement du mois d'août 1870, Châtelain, membre de la section française de l'Internationale à Londres, proclame hautement que Marx est un agent de Bismarck -. Dans le journal parisien la Commune, Félix Pyat répète sans se lasser et prouve que Marx est le bras droit de Bismarck^. Marx écrit à Boite en 1871 : « Le mot d'ordre est que dans le Conseil général règne le pangermanisme, c'est-à-dire le bismarckisme'^.)) D'une lettre du marxiste Beckerà Jung"* il résulte que dés 1871 la connivence de Marx avec Bismarck, et le pangermanisme du Conseil général étaient l'objet dans l'Internationale des jugements les plus sévères. Il n'est donc pas exact de dire que, si la Sozialdemokratie allemande met aujourd'hui au service du Kaiser son prestige et ses relations dans l'Internationale, elle abandonne les traditions de ses fondateurs : elle y reste au contraire absolument fidèle;