‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 49 sur 208 · Kropotkine, Autour d'une vie, p · texte numérisé non relu

Kropotkine, Autour d'une vie, p

Le Congrès annuel de l'Internationale devait se tenir au mois de septembre 1870 : convoqué d'abord à Paris, puis à Mayence, il n'eut pas lieu, soit que la guerre en eût rendu impossible la tenue (c'est la version marxiste) soit que Marx, craignant de subir un échec à ce Congrès, ait, comme le soutient James Guillaume, engagé les ouvriers allemands de Brunswick à en demander la suppression, que le Conseil général n'avait pas le droit de décider spontanément. Quoi qu'il en soit, le Conseil général annonça qu'il ne convoquerait point de Congres, mais remplacerait le Congrès annuel par une Conférence qui se tiendrait à Londres. Cette conférence avait à se prononcer sur un différend en lui-même assez mesquin, mais qui eût été l'occasion de grands débats dans un Congrès international.

Au mois d'août 1870, la section genevoise de l'Internationale avait, après divers litiges avec la Fédération romande, et à l'instigation du marxiste Outine, exclu Bakounine et trois de ses amis. A ce moment se trouvaient à Genève de nombreux révolutionnaires français et étrangers qui décidèrent de constituer une nouvelle (( Section de propagande et d'action révolutionnaire socialiste » : cette section déclarait <( adhérer aux statuts généraux de l'Association internationale des travailleurs, en se réservant d'ailleurs toute la liberté d'action et d'initiative qui lui était donnée comme conséquence logique du principe d' autonomie et de fédération reconnu par les statuts et les Congrès de l'Association ». Le nouveau groupement se posait donc dès l'abord en champion de V autonomie des sections de l'Internationale contre le despotisme centralisateur de Marx : parmi ses principaux membres étaient Bakounine, son ami Joukovski, et plusieurs réfugiés français qui devaient dans la suite exercer une influence

considérable sur le développement du socialisme français, notamment Benoît Malon et Jules Guesde.

Cette nouvelle section sollicita à trois reprises son admission dans l'Internationale : trois fois le Conseil général la lui refusa. Normalement, c'eût été à l'assemblée plénière de l'Internationale, au Congrès annuel, à ratifier ou à infirmer cette décision. Mais Marx ne se croyait pas encore assez fort pour obtenir d'un Congrès l'approbation d'un tel acte d'intolérance, d'autant qu'il savait que les socialistes belges, espagnols, italiens étaient partisans du « fédéralisme », c'est-à-dire de la décentralisation du mouvement ouvrier international et de l'autonomie des sections*. Une conférence était, au contraire, d'avance prête à approuver Marx, surtout si elle se tenait à Londres, car Marx en déterminerait à son gré la composition; en fait, la majorité était assurée au Conseil général, tout acquis à Marx : sur 23 membres de la conférence, il n'y eut que lo délégués des sections, contre i3 membres du Conseil général. La section nouvelle sur le sort de laquelle on devait délibérer ne fut même pas invitée à présenter sa défense et n'apprit que par des tierces personnes la tenue de cette conférence fermée : elle protesta vainement, par une lettre à la Conférence, qu' « il était contraire aux règles les plus élémentaires de l'équité de * prononcer contre une fédération sans lui avoir donné le moyen de se défendre ». Mais la Conférence n'était pas réunie pour juger impartialement; son afrêt était rédigé d'avance par Marx, et sa mission était d'imposer à toute V Internationale la direction de Marx^.

Le délégué Robin ne put même pas, en raison de la partialité de l'assemblée, essayer d'exposer la genèse et la signification du conflit suisse. D'autres délégués

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