Cf. Krapotkine, Autour d^une vie, p
pagne par Farga-Pelicer, etc. Le Congrès publia un manifeste aux ouvriers oii la scission dans l'Internationale était exactement représentée comme la lutte entre le principe d'autorité et le principe de l'autonomie. Répétons, à propos de ce Congrès, que l'Internationale autonomiste n'était comme telle nullement anarchiste; s'il s'y rencontrait, parmi les Espagnols, les Italiens et les Jurassiens des fédéralistes, adversaires de 1' u État ouvrier » et qui trouvaient le despotisme économique rêvé par les communistes infiniment plus dangereux pour la liberté humaine que n'importe quel despotisme politique, il y avait, au contraire, parmi les Hollandais, les Anglais et les Américains des partisans convaincus de l'idée de 1' « Etat ouvrier » : mais ce qui les avait tous réunis, c'était la révolte contre la dictature du socialisme allemand, c'était l'idée qu'il était impossible et inadmissible de prétendre imposer à toutes les branches de l'Internationale une doctrine et une tactique uniformes, la doctrine et la tactique de la Sozialdemokratie pangermaniste. A l'unanimité, le Congrès de Bruxelles décida qu'il serait loisible à chaque Fédération et au parti socialiste de chaque pays de déterminer, en toute liberté, sa ligne politique^
En même temps se créait une Fédération autonomiste en France, ainsi que des sections au Portugal, en Grèce, au Canada, au Mexique, dans l'Uruguay.
Au Congrès de Berne, qui se tint du 26 au 3o octobre 1876, participèrent la Fédération belge représentée par César de Paepe, V espagnole (délégués : Vinas sous le pseudonyme de Sanchez et Soriano sous le pseudonyme de Portillo), la française (délégués : Brousse et Pindy),
1. Coynpte rendu officiel du septième Congrès général de l'Association internationale des travailleurs tnu à Bruxelles du 7 an iZsept. 1874, Verviers, 1874; cf. Guillaume, l'Internationale, t. III, p. 210 sqq. ; Stieklow, Die Bakunistische Internationale , p. 31 sqq.
Vitalienne par quatre délégués, dont Cafiero et Malatesta, la jurassienne par Guillaume, Spichiger et seize autres délégués, et diverses sections par Joukovsky, Ferrari, Dumartheray^.
Il y eut encore deux Congrès de la première Internationale, l'un qui se tint à Gand, en 1877, l'autre qui se réunit à Londres, en 1878. On trouvera pourtant le résumé des débats de ces Congrès seulement dans le chapitre suivant consacré à la seconde Internationale. La raison en est que la fondation de la seconde Internationale a été préparée par toute une suite de manœuvres de Marx et de la Sozialdemokratie allemande, manœuvres dont les plus anciennes remontent environ à l'année 1874. Comme nous l'avons vu, au moment même où le Conseil général de New-York proclamait dissoute l'Internationale, Marx s'attachait à nouer des relations avec les socialistes les plus influents dans les divers pays qui avaient refusé d'adhérer aux décisions de La Haye; il commençait déjà à désorganiser et désagréger par un travail souterrain les Fédérations autonomistes qui avaient échappé jusque-là à l'emprise allemande, et, après avoir tracé le plan d'une nouvelle Internationale pureinent marxiste et entièrement germanisée^ il se mettait aussitôt ûèvreusement au travail pour réaliser ce plan. Déjà, au Congrès de Gand, les résultats se font sentir nettement. Aussi est-il naturel et nécessaire de rattacher à la préhistoire de la seconde Internationale le récit de ces événements.
On verra plus loin pourquoi l'hégémonie allemande s'imposa avec tant de force dans la seconde Internationale. Mais on peut dire, dès 'maintenant, que dans une Europe politiquement etintellectuellement asservie à l'Allemagne, un mouvement ouvrier indépendant
I. Compte rendu officiel du huitième Congrès, etc. ; cf. Guillaume, lac. cit., t. IVj p. 91 sqq. ; Stieklow, loc. cit., p. ^o sqq.
du germanisme, comme celui représenté par l'Internationale autonomiste, était une anomalie qui ne pouvait longtemps subsister. Mais c'est assez qu'il ait existé, c'est assez qu'il ait survécu pendant quelques années à l'Internationale prussifiée de Karl Marx, pour prouver, par le témoignage irrécusable des faits, la possibilité d^une action socialiste qui ne devrait rien à V Allemagne , la -possibilité d'un mouvejnent ouvrier entièrement affranchi de la tutelle et des influences germaniques. Voilà pourquoi, bien que la fleur brillante éclose dans les neiges du Jura n'ait pu vivre longtemps dans l'atmosphère irrespirable créée par les victoires prussiennes de 1870, l'œuvre des socialistes réunis à Saint-Imier garde la valeur d'un enseignement durable dont l'Europe, affranchie du joug allemand par la guerre de 1914, peut et doit enfin s'inspirer.