‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 98 sur 208 · Sur le Congrès de Bruxelles, cf. les lettres précitées · texte numérisé non relu

Sur le Congrès de Bruxelles, cf. les lettres précitées

Le Congrès de Bruxelles est le premier Congrès international, depuis celui de La Haye en 1872, où le socialisme allemand impose sa loi et dicte ses ordres. L'état-major marxiste qui y assiste : Bebel, Fischer, Molkenbuhr, Singer, Liebknecht, dirige visiblement les débats. En manière de préliminaire, on exclut les anarchistes, et par là, en même temps qu'on satisfait de vieilles rancunes marxistes, on renouvelle le rite d'excommunication dont il avait été fait usage dixneuf ans auparavant contre Bakounine et James Guillaume. Puis on proclame le dogme marxiste de la lutte des classes en invoquant expressément l'autorité du maître teuton : « Pour la -première fois, s'écrie Vandervelde, les révolutionnaires et trade-unionistes se sont trouvés d'accord pour proclamer la nécessité de la lutte des classes, lly a là un fait nouveau, sans -précédent : les socialistes se sont groupés suivant la parole de Karl Marx. » Que l'on médite ces paroles : mieux que tout commentaire, elles marquent la signification et l'importance du Congrès de Bruxelles ; désormais, l'Internationale peut se reconstituer : les Allemands sont sûrs d'y être les maîtres.

L'influence de la Sozialdemokratie sur les socialistes français se marque déjà nettement à Bruxelles par un curieux débat sur le militarisme. L'Allemand Liebknecht daigne féliciter les socialistes français d'avoir abandonné toute idée de revanche contre l'Allemagne : <( V Alsace-Lorraine , déclare-t-il, n^ intéresse pas les socialistes. » Le Français Vaillant, bien oublieux alors des leçons que son maître Blanqui avait prodiguées, en 1 870, dans la Patrie ett danger, renchérit sur les paroles de Liebknecht ; il affirme son dédain et son mépris pour les discussions territoriales; et il aborde les grands problèmes de la politique internationale avec une

d'Engels; voir aussi L. de Seilhac, les Congrès ouvriers en France de 1876 à 1897, V- -'Q*

étrange partialité : « La Triple-Alliance est condamnable, dogmatise-t-il, mais il faut infliger une flétrissure aux chauvins français qui, grotesques et criminels, revenus aux traditions césariennes, par une union monstrueuse, ont prostitué la République au Tsar )>. Ainsi la Triple-Alliance est simplement « condamnable », mais l'alliance franco-russe est « monstrueuse ». La menace est « condamnable » ; mais la parade est (( monstrueuse ». Tel va être désormais le point de vue de la plupart des socialistes français quand il s'agira pour eux de juger la politique extérieure de leur pays.

Le travail continue en France. Lafargue, gendre de Marx, est candidat à la députation à Lille. Engels écrit à ce propos ^ : « Si Lafargue est élu, et si le petit groupe socialiste de huit membres — tous gens insignifiants et incapables d'initiative — reçoit par là un chef, il peut y avoir bientôt du nouveau. » Le nom de Lafargue sort des urnes; à peine élu, Lafargue parcourt toute la France, « agite tout le pays, de Lille à Toulouse "^ », et Engels constate avec satisfaction les progrès de la germanisation du mouvement ouvrier français : (( Toutes les autres fractions socialistes sont repoussées au second plan par les nôtres^. » Après les élections municipales du mois de mai 1892 et les élections législatives du mois de juillet, Engels triomphe en termes bien significatifs : (( Les Français marchent déplus en plus dans le sillage des Allemands. Le Congrès de Marseille va donner aux <( marxistes » une tout autre position que celle qu'ils avaient auparavant. . . Les choses marchent ici aussi fameusement bien : l'année prochaine on verra marcher derrière V Allemagne, non seulement

1. Engels à Sorge, Londres, 14 novembre i8gi, Briefe an Sorge, p. 3-/3.

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