APPEL A TOUTES LES SECTIONS
Lyon, 6 juillet 1869.
« Citoyens et citoyennes,
« En qualité de membres de l'Association internationale « des travailleurs, huit mille ouvrières ovalistes de Lyon, «c qui, depuis douze jours, soutiennent une grève pénible,
« font appel aux principes de la solidarité, qui est la base « de notre association. »
La commission des oualistes :
Le président, A. Testud ; te secrétaire, G. Battie ; le vice-président, Jouffroy, père ; le trésorier, Hyppollte Prat ; le secrétaire adjoint , Henri Champ ALBERT.
Les délégués : Auguste Giraud — Alexandre Buis — Frédéric Robin — Félix Curabet — Pichot — A. Escbalier.
La présidente : Pliilomène Rozan.
La vice-présidente : Emilie Borin.
Les déléguées : Elisa Faure — Rosalie Brillant — Froisine Faure — Froisine Clavel — Constance Dufav — Rose Falconnet.
Un appel était également adressé, le 18 juillet i869, au Cercle des études économiques de Rouen, et porté à la connaissance de tous les groupes corporatifs composant la Fédération rouennaise ; il était reproduit le 24 juillet dans VEgalité de Genève.
Les sections ne pouvaient rester sourdes à des appels si pressants ; la solidarité leur faisait un ilevoir iiiipérieux de venir au secours d'une corporation dont l'adbésion -devait être le point de départ de la réorganisation de la Section iyoniiaise.
Des secours étaient aussitôt envoyés pir les sections de Rouen, de Paris, de Marseille, de Genève et de Lontires. Le Conseil général leur adressait une somme de 100 fr., {Internationale, l^' août 1809.) Elles recevaient du Locle une autre somme de 120 francs. Paiix, leur délégué au Congrès de Bàlc, accusait réception de cet envoi au Cercle international du Locle par une lettre en date du 18 juillet
1869, reproduite dans le Progrès du 7 août 1869. De son côté, M'"" Law, membre du Conseil général, recueillait à Londres des souscriptions en leur faveur ; le citoyen Elisée Reclus était chargé de leur faire parvenir le produit d'une première souscription.
(Internationale numéro du 15 août 1869.
Progrès du. Locle du 24 juillet 1869.)
Voici la note complète des sommes reçues par les ovalistes :
14 juillet 1869, des sections romandes, 3o francs; du Locle, 120 fr. ; le 20 juillet, de Marseille, 100 fr. ; le 20 Juillet, de Rouen, 500 fr. ; le 21, de Genève, 75 fr. ; le 27, de Genève, 200 fr. ; le 8 août, de Marseille, 40 fr. 80 c. ; le 9 août, de Genève, 125 fr. ; de Londres, 62 fr. 50 ; et de Paris, 65 fr. Total 1,323 fr. 30 c. (1).
A peu près à la même époque éclatait la grève desbronziers (13 juin 1869) ; eux aussi sollicitaient des secours. Ils s'adressaient au Conseil général pour un emprunt de 12,000 fr. ; et le 9 juillet 1869, Eugène Dupont leur faisait connaître que, la multiplicité des grèves existant alors en Angleterre (mécaniciens, mouleurs, fondeurs de fer, filateurs de Preston, mineurs), ne permettait pas aux sections anglaises de venir en aide à celles du continent. Ils faisaient en même temps appel aux autres corporations similaires et fédérations diverses, et grâce aux secours qu'ils en recevaient, ils amenaient les patrons à composition. Leur corporation s'était affiliée à l'Internationale. Elle envoyait au Congrès de Bàle un délégué qui devait remettre
(1) Des articles sur celle grève ont paru dans V Internationale des 18 juillet et !«'■ août, dans le Progrès du 2i juillet, dans ïEqalité des 4, 18 et 24 juillet. Dans le nuaiéio du 18 {Internationale) on parle de la « férocité de M. Bonnardel, qui va recruter des ouvrières « en Italie, et qui se livre à des battues liabitu^les dans les cam ■ « pagnes pour y enrôler îles fdies de onze à douze ans, dont il « trompe les parents par de fallacieuses promesses. »
Ou se rappelle que son atelier fut le théâtre de scènes de violence et que toutes les vitres en furent Lrisées.
à Eugène Dupont le montant de leur cotisation. (Egalité, numéro du 14 août 1869. hitevnationale, lo août 1869.)
Le 1"' février 1870, les passementiers, dont l'adhésion à l'Internationale avait eu lieu le l*"^ août 1869, dans une assemblée générale de leur corporation tenue chez Fredouillôre, se mettaient en grève. [Internationale, 15 août 1869.) Us ne devaient pas tarder à être puissamment secourus ; la cliaml)re fédérale des sociétés ouvrières de Paris leur envoyait, le 23 mars, par l'intermédiaire de Landrin, son secrétaire, la somme de 324 francs. Les bronziers lyonnais leur prêtaient 400 francs (10 et 16 mars) ; les menuisiers, les serruriers, les boulonniers, les chapeliers venaient à leur secours,; les passementiers stépbanois et la section internationale de cette ville leur adressait des fonds. La cbainbre syndicale des chapeliers de Paris leur consentait, le 2o mars, un prêt de 30 francs ; c'était Varlin qui était chargé d'en faire l'envoi. Le 21 mars, Lacour, secrétaire des passementiers parisiens, versait à la caisse du Conseil fédéral, pour leur être transmise, la somme de 188 francs 4S centimes ; le 28 mai's, il leur adressait une nouvelle somme de 50 francs.
Le 4 mars, les passementiers lyonnais déléguaient leurs camarades à Saint-Etienne, pour édifier les ouvriers stépbanois sur la situation de la grève, dresser des listes de souscription et engager les passementiers stépbanois à ne pas venir travailler à Lyon. En même temps, les grévistes étaient dirigés sur Saint-Etienne, où leur placement dans les ateliers était fait par les soins de la section de cette ville. Uneromme de 2,000 francs était volée par le Comité fédéral de Pioims pour alimenter cette grève; cette somme, il est vrai, n'a pu être envoyée.
La grève des imprimeurs sur étoffes de Neuville (Rhône), dont l'insuccès a été complet, avait été pourtant alimentée paxTlntcrnationale: ainsi , b^ 17 février 1 870, Peiret, secrétaire général du Comité féJéral romand, rue du Cendiier, 14, à Genève, leur adressait une somme de 100 fi-ancs;un autre envoi de pareille somme leur était fait le 14 février 1870. V Egalité (numéro du 5 février 1870) annonçait que, par décision prise à l'unanimité dans l'assemblée extraordinaire de la section centrale de Genève du 10 janvier, les sociétaires avaient à payer une cotisation supplémentaire
de 30 centimes par mois, pendant la durée de la grève de Neuville.
Le Conseil général de Londres leur faisait connaître, le 22 novembre 1^62 et le 3 janvier 1870, combien il regrettait de se Ironver dans limpossibililé de les secoui'ir; des appels étaient faits à toutes les corpoiations similaires en Fuance et à l'étranger, notamment à Hilden (Prusse rbénane), des souscriptions étaient recueillies dans les ateliers de Lyon, parmi les tisseurs, etc.; une collecte était faite à leur profit, le 9 février, à la Rotonde et produisait 136 francs. Enfin les impi'imeurs sur étoffes de Paris leur faisaient un prêt de 13,000 francs; ceux d'Avignon , un autre de 100 fi-ancs. A bout de ressources, ils ont dû reprendre leur travail.
La grève des fileurs de laine d'Elbeuf (27, septembre 1860} a eu un grand retentissement. l*our la soutenir, la Fédération rouennaise s'est mise à l'œuvre et a fait appel, dans le but de seconder ses efforts, à toutes les délégations du travail. Elle adressait, b; 3 octobre 1869, un manifeste en leur faveur aux fédérations ouvrières inlern.dionales, les invitant à organiser des secours pour assurer le succès d'une grève aussi légitime que nécessaire. Ce manifeste, signé par le seci'éiaire de correspondance, Aubry, était publié dans V Internationale (numéro du 10 octobre 1869). « Si nous triomphons, écrivait Aubry à Rich.ird, le i6 oc- 1 tobre 1869, notre fédération sera l'une des plus fortes oc de l'Europe, tellement cette grève fait du bi-uit. » Les sections ont répondu à cet appel : la section de Marseille a envoyé 1,000 francs. A Lyon, des souscrijttions ont été faites en leur faveur; les ouvriers lyonnais ont fourni : les bronziers, 200 fi-ancs; les passementiers, 100 francs. Les ouvriers forgerons, menuisiers et autres coj'porations leur ont également fait pai'venir leur cotisation. — ( Egalité , numéro du 27 novembre 1869. — Féiléracion, 6 décembre 18G9. — Internationale, 21 novembre 1869. )
Le 8 octobre 1869, Variin envoyait à AubrV 800 francs; les 16, 17 et 20 octobre, envoi de nouveaux fonds (1,800 francs); le 2 novembre, envoi de 1,000 francs, par Variin; le 4 novembre, 800 francs; le 16 novembre 200 francs; le 2^ octobre, la Fédération marseillaise leur faisait parvenir l,0o0 francs.
Le Conseil général lui-même a envoyé de? sec(tnrs.
En Suisse, les mêmes procédés sont à l'ordre du jour. Nous lisons dans VArbeiier, organe de la section bàloise, que, pendant leur grève, les rubaniers, pour qui les présidents et délégués des sections de Bàle et des environs avaient fait aux: travailleurs de tous les pays un appel reproduit dans V Egalité du 30 janvier 18()9, ont reçu des secours de tous les côtés : de Suisse, d'Angleterre, d'Allemagne, de Belgique. Ce même journal ajoute : « que la (( section des menuisiers de Genève s'est distinguée par « son dévoûment, qu elle a voté par acclamation trente « centi.nes par semaine et par homme, pour tout le temps « de la durée de cette grève. » — (Efialilé , 23 janvier 1869. — Iiilernalionale, numévo du 31 janvier 1869.)
Dans le numéro de ce journal ( Internationale du 14 février), le Conseil général belge annonçait qu'il «■ venait de « prendre l'initiative d'une souscription en faveur des « ouvriers de Bâie , si indignement maltraités par leurs a patrons; il espérait que cette idée serait bien accueillie a par les sections, et il envoyait une liste de souscriptions «c à chacune d'elles. »
Quelques jours avant, VEgalité (numéro du 6 février 1869) rendait compte que la souscription en faveur de ces « grévistes se continuait avec beaucoup d'entrain dans les a sections , et que bon nombre d'enlre elles, à l'exemple a des menuisiers de Genève, avaient imposé à chacun de a leurs mCiubres une somme de 25 à 30 ccmtimes par se- « maipe , pendant la durée de la grève; elle rappelait « qu'une liste de souscription était ouverte au bui-eau du « journal. Elle priait les autres journaux de reproduire « cet avis. »
Le Coit^ité fédéral romand adressait à son tour l'appel suivant aux sections :
SUISSE