APPEL
Le Comité fédéral romand aux sections.
« Chers camarades,
« Vous avez sans douté pris connaissance de l'appel fait « par nos camarades de Baie, inséré dans le numéro 2 de K VEgalité.
« Votre comité , comprenant le mandat que vous lui « avez confié, croit de son devoir de vous recommander (( cet appel. Il vous prie de le prendre en sérieuse considé- « ration. Vous ne voudrez pas laisser souffrir et écraser « des hommes qui ont monti'é, pendant cette crise, une at- « titude diijMie et énergique , et qui , malgré des menaces , « des provocations de la part de leurs adversaires, 5ont « restés calmes et ont méprisé les injures.
« Leur position malheureuse et leur fermeté à soutenir « les principes de l'Association internationale, nous font « un devoir impérieux de les soutenir jusqu'au bout ; leur « cause est la nôtre; en les laissant succomber, nous nous « frapperions nous-mêmes. Souvenez-vous, travailleurs, a qu'après leur tour viendra peut-être le nôtre.
a La cause est juste et légitime, montrons hautement « notre force en mettant en pratique nos principes; nous
(Ij Un rapport sur la grève de Bàle, présenté dans une assemblée générale de toutes les sections, a été publié dans VEijalité (numéro< des 23 et 30 janvier 1869).
« devons prouver ndrc solidarité envers nos frètes et vis- (i à-vis de nos ennemis. Organisez partout des secours en « leur faveur; songez à ce que doivent souffrir, dans une « pareille saison, des familles privées de secoui's. Vous « ne resterez pas sourds , nous le croyons fermeaicnt, 'à « notre appel.
« Déjà des sections ont envoyé des secours , des prêts; « d'autres se sont imposé des cotisations d'honneur pour K leur venir en aide; suivez cet élan généreux.
« Travailleurs, prouvez par vos actes que la solidarité « fraternelle n'est pas un vain mot dans vos cœurs.
« Nous vous envoyons notre saint-fraternel.
« Genève, le d"'' février 1869.
« Pour le Comité fédéral :
« F. Brosset, président ; — H. Perret, secrétaire général.»
Les sections avaient compris que l'intérêt de rAssociation internationale entière leur faisait un devoir de soutenir cette gi'ève, surtout à l'approche du Congrès qui devait avoir lieu dans cette ville et dont. on cherchait à empêcher la réunion. Il importait de prouver par l'esprit de solidarité que les travailleurs étaient forts et résolus à poursuivre leur œuvre de rénovation sociale.
Les sections de Genève envoyaient bientôt 2,000 francs; d'autres villes de la Suisse et plusieurs sections des autres pays faisaient également l'envoi de sommes importantes. Les sections d'x\nvers, de Bruxelles, de Courcelles imitaient cet exemple. La section des Dames de Genève, voulant leur donner un témoignage collectif de sympathie, votait, à l'unanimité, dans son assemblée génJ-rale du 7 février, l'envoi d'une somme de 30 francs, exprimant le regret que la section soit trop nouvelle pour posséder plus en ce moment. (Egalité, numéro du 13 février 1809. — Internationale, 28 février 18(59) (1). . .
.1) >'uiis reproduisons l'adrosso do celte seolionauv pièces annexées.
A Paris, dans une réunion publique tenue ù Belleville , le citoven Héligon, membre de l'Internat ionale, faisait une collecte dont le produit était de 133 francs; il était convenu, qu'à chaque réunion, pendant toute la durée de la grève, on recevrait des cotisations, i Internationale , 28 février, et Efialité, 13 février 1869.)
Les ouvriers parisiej:is adressaient à leurs camarades un appel en laveur de leurs ficres bâiois, et ['Egaillé {numéro du 20 mars 1869) annonçait que les ouvriers bàlois avaient reçu de ceux de Paris, en dons ou en pi'êls, une somme de plus de 3,000 francs.
Les Bâiois recevaient également de Nice la somme de 80 fraucs. (Egalité, 27 février 1869.)
A Gand, au mois de janvier 1869, les tisserands de l'usine Lujjpens se mettaient en giève. Ces ouvriers avaient recours à l'Internationale; la section gnntoise, notamment la société des tissei'ands, mettait largement sa caisse à contribution et faisait appel à la section centrale de Bruxelles: celle-ci faisait appel aux associations affiliét-s des autres sections. Des avances de fonds ari-ivaient de tous les points: grâce à ces avances , les grévistes gantois partaient pour Roubaix, où du travail leur était assuré. {Egalité, numéro du 23 janvier 1869.)
Lorsqu'il s'agit des grèves de mineurs, le triomphe est assuré d'avance : quelques setjiainesde lutte, et les patrons sont vaincus. « L'interruption du ti-avail dans les raines, « lisons-nous dans ri?i/c/'»«7/(wa/^, à propos de la grève a des mineurs de zinc d'Iserllion (Westphalie), si elle se « prolonge au delà de quatre semaines, doit avoir pour œ conséquence inévitable de ruiner complètement les bour- « geois. Les fourneaux des fonderies sont éteints, et la t cessation du travail entraîne des pertes incalculables. Les œ ouvriers n'ont qu'à tenir bon, et le succès ne peut que « antruwier leur hérv'iiiue résistance. » {Egalité, 20 féa.vrier 1869, Internationale, 28 févriei- 1869.)
Les ouvriers goûtent d'ordinaire des arguments aussi décisifs, adbèi'ent à rinternalionale, si déjà ils ne sont pas aftiliés, se partagent les secours qu'ils reçoivent, et attendent avec calait! que les bourgeois s'inclinent et ratifient leurs prétentions.
Recherchons maintenant, si, comme l'a prétendu le Gau-
lois (1), rintcrnationale est restée coraplétonient élranj,'ère à la grève du Creuzot. Les preuves de son iiuniixtion abondent : elle s'explique d'ailleurs naturellenient : « Cette « grève était trop sérieuse , écrivait Auhry de Rouen , le « 4 avril, à un de ses amis de Lyan, Louis Mtrtin, pour « ne pas attirer l'attention de tous ceux qui songent à « Vatfranc'liissemenl du prolétariat. » A ce titre, l'Internationale ne pouvait manquer d'nitervenir : un de ses correspondants, et l'un des membres les plus actifs, Malon, était l'àme des grévistes : il s'était installé au Creuzot, il soutenait de ses conseils et de ses encouragements la résistance ouvrière, faisait un appel pressant à toutes les sections, leur retraçait, avec des détails déchirants, la misère, l'état de servage et de déniiraent des opprimés creuzotains (2).
Les Fédérations ouvrières de la France et de l'Europe s'étaient émuos ; elles poussaient le cri d'alarme en publiant des matiifesti'S appelant toutes les classes ouvrières à venir au secours de leurs frères pour les aider à triompher et à faire prévaloir leurs justes réclamations. Tous ces manifestes méritent d'être reproduits :