FÉDÉRATION ROUENNAISE
Association internationale des Travailleurs.
(Section de Rouen.) LA GRÈVE DU CREUZOT.
« Citoyens travailleurs,
(c La Fédération rouennaise, justement émue des graves (' événements qui s'accomplissent depuis" le :21 mars au « Creuzot, croit qu'il est de son devoir de suivre l'exemple « de ses sœurs de Marseille et de Paris.
« Le capital, dans la personne de M. Schneider, vice- « roi de l'énergique et laborieuse population du Creuzot, « continue de violer les imprescriptibles lois de la justice. « Vaincu par le droit, il ose faire appel à la force maté- « l'ieile, qui ordinairement ne doit iutervenir qu'à la con- ^( dilion que la propriété ou les personnes soient mena- « cées Mais, ô contradiction des lois économiques qui « nous régissent! cette force uiatérielle est aux ordres des « oppresseui's du travail. Des milliers d'ouvriers, victimes « d'un ordre social qui viole cbaque jour la plus sainte des « propriétés, le salaire, réckuneiit, au nom de la loi des « coalitions une augmentation, de la part qu'ils apportent
(1) Ce mariifeste a été publié par le Mirabeau (numéro du 24 avril 1870) et la Marseillaise du 13 avril 1870.
'< dans la production de la richesse. Malgré la juslico cl '.( la dignité de leur demande, un seul liouinic investi de « fonctions supérieures , gérant principal d'une usine , « manipulateur de plusieurs millions, abuse de cette i)Osi- « tien, et dédaigne toute conciliation : jamais le c.ipitul ne « s'était montré plus insolent, plus arrogant et plus mé- « prisable.
« Aux femmes qui demandent avec leurs époux le droit « de vivre en 'travaillant, on oppose des escadrons de ca- <£ Valérie ; aux ouvriei's qui démontrent rimpossibililé a d'équilibrer leur budget en tra\ aillant l)caucoup, on ré- « pond par un déploiement de foices nîilitaires considé- <i râbles.
<r Ces procédés d'un autre âge révoltent la conscience « publique. Employer le fils pour forcer sa mère et son « père à se contenter de ce que veut bien leur donner le ce seigneur du lieu, parce que ce dernier se croit le droit tt de disposer des forces nationales, est une grave atteinte « au DROIT public.
Œ La masse entière, qui pense et travaille, proleste con- « tre de pareils faits.
a Proî'ondémcnt affligée de ropiniàlre résistance de l'a- « veuglc INDUSTRIEL FINANCIER qui oublic ou feint d'oublier « que ce sont les sueurs de ses victimes qui lui ont pro- « (luit ses miilioiis, la Fédér;ition ouvrière rouennaise fait a appel au généreux esprit de solidarité qui anime la-vieille « cité normande, pour seconder l'iiéroïque revendication de « nos frères et sœurs du Creuzot.
a Elle est convaincue que tous comprendront que ce « qui se passe en ce moment est la lutte suprême du Ira- « vail opprimé contre le capital oppresseur.
a Autrefois, nos pères, dans les moments solennels, « criaient aux armes! pour défendre nos libertés violées. « Nous, les pionniers de l'afirancliissement du prolétariat, « crions au secours ! pour empOclier la violation de notre « existence.
« Nous sommes convaincus que les derniers exemples « de solidarité que nous ont donnés nos frères des dépar- « tements, lors de nos grèves, ne resteront pas lettre « morte. Souvenons-nousl et n'oublions pas que la cause
< que défendent nos braves camarades du Creuzot esl celle « du prolétariat.
K Notre concours sera d'autant plus apprécié que, malct gré les continuelles atteintes portées chaque jour à dos M salaires par nos seigneurs de la filature, nos frères sau- « ront que nous nous imposons de nouveaux sacrifices « pour la défense du droit.
« A l'œuvre! citoyens, et que chacun de nous fasse son '{ devoir. Des milliers d'ouvriers, des centaines d'épouses « et de mères attendent le résultat de notre dévoueiuent « pour continuer la lutte. Leur triomphe est certain, si « nous comprenons tous qu'en les faisant triompher, nous « triomphons nous-mêmes.
a Certaine d'être entendue, la Fédération, en votre nom,. « dit à ses courageux fi'ères du Creuzot : Continuez la lutte v< jusqu'à ce que le seigneur Schneider ait fait droit à vos c justes réclamations. Persistez à exiger la gestion de vos « épargnes que le despotisme du million ne veut pas vous « rendre.
'( La Fédération rouennaise admire votre résignation et " vous adresse un salut fratoi'uel.
« Pour le Comité central :
a Le Secrétaire de correspondance, « Rouen, 7 avril 1870. E. Aubry (1).
« N. B. Les souscriptions sont reçues au siège de la Fé- « dération, rue du Bac, n" 68, et chez le secrétaire de cora respondance, rue de l'Amitié, n° 12, à Rouen. »
{La Réforme sociale.)
\1) Emile Aubry a pris une part des plus actives à rinsurreclion lu 18 mars : il esl acluellement prisonnier.