APPEL
A toutes Jes Sections de la Fédération romande de l'Association internationale.
«■ Frères travailleurs,
« Un cri de douleur et d'indignation s'élève et l'etentit « d'un bout à l'autre de la France, notre sœur aînée. La « Sainte-Alliance du cliassepnt et du capital fait subir de « rudes épreuves au travail et aux travailleurs. Les hommes « et les femmes demandent à satisfaire tant bien que mal a leur faim au prix d'un travail excessif/ Le privilège, « par la bouche de ses exécrables créatures, telles que « Sclineider et consoits, leur répond par le fer et par la « prison : ils n'avaient pas de pain, nos frères et nos sœurs, « ils n'auront plus de toit! »
t En attendant les grands jours de la Revendication des « peuples, nous avons pour la moment un devoir pressant « à remplir, camarades. Il se trame une coahtion du pri- « vilége conti'e les peuples, pareille à la coalition de « 179:2 : elle fait ses orgies en Irlande comme en Autriche, « en Espagne comme en Italie, en Allemagne connue en a Russie.
Œ La grande Révolution fut assassinée par une coalition « semblable, faute de solidarité des peuples. Réalisons « donc cette solidarité, et non par des paroles, mais par « des actes. Veuons en aide à nos frères et sœurs du Creu- « zot. Ut'pondons par notre obole à l'appel de nos sections a inttrnationales des fédérations parisienne et l'ouennaise; « prélevons sur notre travail ce qu'il est encore possible « de prélever, ne fût-ce qu'un sou, et souvenons-nous
(1) Ce manifesle a paru dans X'EijalUé du IG avril 1870.
a toujours de cette parole véridique de notre ami Aubry « (de la fi'déraliourouennaise); n'oublions pas que la cause « que défend ntnos braves caaiaradLsduCreuzot est celle « du prolétariat tout entier. »
La souscriptiou est ouverte au Temple Unique.
Le Comité fédéral (nouveau et sortant),
GuÉTAT, Weyermaxn, H. Perret, N. Perret, Martin, Cuéinaz, Duval, Dltoit, Tellier, rossetti.
Genève, lo avriL
A la même époque, la Solidarité, autre organe des sections de la Suisse romande, publiait, elle aussi, uu manifeste, et ouvrait une souscription en leui' faveur, chez Quartier , GranJe-Hue, au Lode (uuuiéros des 16 et 23 avril 1870).
Des souscriplions étaient recueillies à Lyon (1), à Saint- Etienne, dans les bureaux de la Marseillaise ; 1> s sections intern itionales formant la Fédération romande envoj aient « leur obole fraternelle. »
La Réforme Sociale de Rouen, dans fon numéro du 24 avril 1870, annonçait que l'appel adi'cssé par elle aux corporations de son arrondissement avait été entendu, et qu'une première somme de 142 francs venait d'être recueillie en deux jours : les secours arrivaient de tous côtés; la solidarité faisait des prodiges. Les meneurs reiloublaient d'activ'té; mais leurs efforts ne pouvaient que retarder l'heure de la défaite et prolonger sans utilité une rébistance dont la gravité n'écUappaitpas à ceux qui s'en étaient faits les fauteurs. Le 14 avril, le. comité gréviste, dont le président était Assy (2;, invitait les mineurs à retourner
(Il Les souscriptions rfCiieiliies à Lyon ont aUeint le chiffre de 200 francs. La corpviralion des ai)|)rèteurs de tulles figure dans ce chiffre pour la somme de 41 fr. 10 c.
(-2) Assy, a été nommé par la Commune de Paris gouverneur de l'Hôlet de Ville.
dans les puits : le même jour, il adressait cette déclaration à toute la démocralie. Elle était reproduite dans Ylnteruationale du 24 avril, par les soins de Malon, qui la taisait suivre de quelques considérations générales sur l'adliésion des mineurs à l'Association internationale. Voici ce document :
« Le Creuzot, 15 avril 1870.
tt Forcés, après vingt-trois jours de lutte inégale, de subir « les conditions arbitraires de notre seigneur et maître « Schneider, qui, à coups de millions gagnés par nos sueurs, tt vient encore une fois de vaincre le droit, nous tenons, i£ avant de nous retirer, à remercier publiquement les dé- « mocrates qui nous sont venus en aide. jNous remercions « la coui'ageuse Mrtrse'///«ise et ses dévoués rédacteurs.
« Nous remercions aussi le jR«/jpc'/, le Progrès de Saône- « et-Luire, le Progrès de la Côte-d'Or, YEchiireur de a Saint-Etienne et le Peiiple de Marseille.
« Nous remercions encoi'c tous ceux qui nous ont aidés « de leurs souscriptions et de leurs fraternelles pai'oles : « Les citoyennes de Lyon, la loge maçonnique les Philan- « TROPHES RÉUNIS, Ics ouvricrs coupeurs en chaussures, K un groupe d'employés de la compagnie P.-L.-M., la a Ghaiiibre fédérale des ouvriers de Paris, les fédérations « de rinlernationale de Lyon, de Rouen, de Marseille, les « sections de Paris, de la Ciolat et d'Auriol.
« Nous remercions spécialement les internationaux pa- « risiens des sections de Vauiiirard, de Puteaux, de Cli- « chy, de Batignolles, du. Cercle d'études, de Belleville, « de Meudon, de l'Est (faubourg Saint-Denis), des lithoce graphes, des cordonniers, des peintres en bâtiment, tt des doi-eurs sur bois, etc., etc., ces courageux pionniers « de la Révolution sociale, et le citoyen Rochefort, ce fî- « dcle députe du peuple, de leur courageuse initiative,
a Au nom de la démocratie républicaine socialiste, ils « ont adopté les familles de nos malheureux condamnés >i du 9 avi'il. Notre cause a soulevé des sympathies unia verselles-; nou3 en sommes fiers, et, le cas échéant, a nous saui'ons, nous aussi, pratiquer la fraternité ou-
( vrière. En attendant, nous proclamons hautement notre « adhésion à la grande Association internationale des « Travailleurs, cette sublime franc-maçonnerie de tous les « prolétaires du monde, cet espoir de l'avenir d'égalité.
« A tous les démocrates qui nous sont fraternellement « venus en aide, merci!
« A tous les prolétaires, nous disons : solidarité !
« Pour le Comité de la grève du Creuzot,
« DURAN'D, POIGXOT, BOUDOT. »
(X J'enregistre ces deux lettres avec tristesse, mais avec
* espoir cependant.
« I^es prolétaires ne sont vaincus que par les millions. « Quand un §eul individu dispose sans contrôle du travail et de la richesse de tout un pays ; quand ce dépositaire ne reconnaît aucun devoir social et n'use de sa-po-
* sition exceptionnelle que pour payer des dividendes " scandaleux aux actionnaires et entasser, pour lui-même, ' millions sur millions; quand il emploie ces ressources « fabuleuses à maintenir dans la sujétion, la misère et « l'ignorance des milliers d'ouvriers réduits à attendre « de son bon plaisir le travail, c'est-à-dire la vie de cha- « que jour; quand l'armée est employée à terroriser une <c population désormais dépouillée et calomniée ; que la « justice elle-même est aux ordres de l'exploitation capi-
'« taliste, les prolétaires doivent être momentanément ré- Œ duits, mais non vaincus.
a Ils ont « revu le soleil, » comme ils disent, acquis le «- sentimcjit de la solidarité et de la liberté ; ils appartien- <i uent désormais au grand mouvement international qui ne « s'arrêtera que lorsque la revendication sociale sera « achevée. Leur droit reste entier; et, contre l'ennemi, la « revendication est éternelle.
<t Cependant M. Schneider a commencé son œuvre de « vengeance : on pai-le ce matin de plus de cent ren- « vois.
« Faites, implacable vieillard ; si vous pouvez vous van- <t ter d'avoir terrifié les ouvriers, d'avoir semé le deuil
«dans les familles, d'avoir employé les produits du tra- « vail humain à comprin)er les producteurs et à étouffer « leurs plus légitimes réclamations; si vous pouvez vous Œ glorifier d'avoir fait frapper les plus couraj-'Ciix d'entre « eux de condamnations yéiiéralemeut réprouvées, tous « n'aurez pu au moins affamer les femmes et les enfants, « que vous ayez privés de leuis soutiens ; les républicains « y ont mis bon ordre.
« Le présent est à vous, qui représentez la force; mais « nous représentons la justice et la solidarité, et l'avenir « nous appartient.
« En attendant, vous êtes démasqué (1) Malon. »
Mais la cessation de la grève ne devait pas arrêter l'envoi des fonds : il fallait secourir les familles des condamnés d'Autun. En présence de celte situation, le Conseil général belge envoyait aux bouilleurs du i^reuzot l'adresse suivante :