‹ L'Internationale: son origine, son but:Chapitre 51 sur 59 · XI. — ANGLETERRE · texte numérisé non relu

XI. — ANGLETERRE

L'Angleterre a été le berceau de l'Internationale : elle a vu naître cette association, dont le centre important a été toujours à Londres. C'est de cette ville que part l'impulsion : le Conseil général est comme le tronc commun auquel viennent se rattacher comme autant de ramifications toutes les sections et fédérations.

Le rapport présenté au Congres de Genève par Dupont évaluait le nombre des adhérents anglais à 25,173 ; il indiquait que dans une grande conférence dosTrades-Unions à Sheffield, les délégués présents avaient recommandé à toutes les sociétés représentées à cette réunion de s'affilier à l'Internationale, « qui formait un élément nécessaire pour « le progrès et la prospérité de toute la communauté « ouvrière. »

Les formalités à remplir pour obtenir l'adhésion de ces sociétés ouvrières demandaient beaucoup de temps : la constitution démocratique des Trades-Unions ne permet pas au Comité exécutif de prendre une décision sur une question importante, sans que toutes les branches l'aient préalablement discutée. Pour obtenir l'adhésion de l'une de ces sociétés, voici le mode à suivre : on écrit au Comité le but de la demande, le Comité fixe un jour pour recevoir une députation ; si la question est prise en considération, le Comité la soumet à ses branches, qui sont libres d'accepter ou de rejeter cette proposition. Il arrive souvent ce-

pendant que des Itranchcs adhèrent à l'Association sans la ]iarticipation du Comité,

En 1867, avaient drjà adhéré l's Sociétés anglaises suivantes :

Arbeiter Bildiings Verein, Branche française de Londrns, Section centrale des exilés polonais, Executive des ouvriers maçons, Premièi-e loge des ouvriers maçons, les ébénistes (Alliance), les ébénistes (West. End), les relieurs, les tonneliers. Comité exécutif des cordonniers, Section des cordonniers (Darlington), Section des cordonniers (Notlingliani), les cigariers de Londres, lesrubanniersdeCoventry, les coffreliers, les cordonniers de Kendal, les cordonni;':s pour dames (West. Eud), les ouvriers tailleurs de Lc'iKires, les tailleui's de Darlington, les vanniers de Londres, les imprimeurs sur étoffes du Lancasbire, les carrossiers de Londres, les terrassiers unis, les tapissiers pour carrosserie (Globe et Crown), les tisserands (tissus élastiques , les vernisseurs pour ameublement, les facteurs d'orgues, les dessinateurs et gi'aveurs sur bois, le Comité exécutif des charpentiers, les corroyeurs, les ferblantiers et les coiffeurs. (Extrait du Compte rendu du Congrès de Lausanne, page 12.)

En 1868, la réforme électorale absorbait l'attention des ouvriers qui sacritiaient leur temps et leur énergie à organiser d'imposantes manifestations; elle retardait en quelque sorte la propagande en faveur de l'Internationale.

Ceper.dant les Trades-Unions continuaient à s'affilier : à Londres, trois corporations importantes avaient adhéré : les corroyeurs, les cordonniers de la Cité et les forgerons.

En Angleterre, d'ailleurs, la liberté est assez grande pour que les ouvriers puissent développer à leur gré le droit d'association. Une seule association, celle des charpentiers, compte 230 sections et possède un capital de plus de deux millions. Qu'on juge par là de la puissance de l'Internationale en Angleterre, dont la force est encore augmentée par l'appui que lui prêtent les Trades-Unions qui sont toutes affiliées.

Les Trades-Unions (1) les i)lus puissantessont celles des

mécaniciens unis qui comptent 303 branches, dont 11 en Amérique; les charpentiers qui en ont 190; les menuisiers unis et les moulcui's en fonte, les lllateurs du Lancashire, les deux grandes Sociétés des ouvriers en fer du Straffordsliire et du nord de l'Angleterre, celle des mouleurs en fonte, des fdateurs du Lancashire, l'Association nationale des mineurs qui compte 3,500 membres. (Extrait du Mirabeau, numéro du 27 mars 1870.)

Appleg-irth, membre du Conseil général, président des Sociétés unies des charpentiers et des menuisiers, l'un des délégués au Congrès de Bâle, rendant compte à cette époque de la situation de l'Internationale en Angleterre, faisait connaître qu'il y avait 230 sections comprenant 93,000 membres, et possédant un capital de 1,700 livres sterling.

§ XIL - SUECL\.

« A fines del mes de Junio proximo tendra lugar en Sto- « kolmo un Congreso obrero. El gran niunerode socieda- « des obreras que Quenta Suecia nos hace esperar que « este Congreso estarà muy concurrido. Creemos que el « Consejo gênerai de Londres, lo mismo que el gran parte « do socialista aleman, se haran representar enél.

» Esta serra una maumitica ocasiou para estrechar mas y a mas les lazos de la solidaridad entre los trabajadores del « Norte V los del resto de Europa. » — (Solidaridad 23 avril 1870).

L'Internationale compte des adhérents en Pologne et en Danemark.

Antoine Zabizki est secrétaire correspondant pour la Pologne auprès du Conseil général; James Cohen pour le Danemark.

(1) On peut consulter avec fruit sur cette matière l'ouvrage puLlit par M. h' Coniie de Paris sar les Associations ouvrières en Angleterre {Trades-Unions).

Ajoutons que les Chinois eux-mêmes entrent dans les voies du socialisme : une vaste association, les Tinte luiy, qui s'étend à travers l'Inde et la Chine et qui a pour titre: La Société fvaterneUc du Ciel et de la Terre, vient de publier le manifeste suivant :

« La Société fraternelle du Ciel et de la Terre déclare « hautement qu'elle se croit appelée par l'Etre suprême « à faire disparaître le déplorable contraste qui existe en- « tre la richesse et la pauvreté. Les puissants de ce monde « naissent et meurent conmie leurs trères, les opprimés « les pauvres : l'Etre suprême n'a |)as voulu que des nnl- « lions d'hommes fussent condamnés à ôire les esclaves

« d'un petit nombre D'ofi vient la richesse des

« puissants? Uniquement du travail et des sueurs de la « multitude. Le soleil et ses doux rayons, le monde et ses « joies, tout cela est un bien commun quil faut enlever à « la jouissance de quelques-uns, pour que tous lesr déshé- « rites en aient leur part.

« Enfin, un jour viendra où les souffrances de l'oppresa sion cesseront.^ Pour qu'il en soit ainsi, il faut s'unir et « poursuivre sa tâche avec vigueur! L'œuvre est difficile et « grande, mais qu'on y songe : il n'y a point de victoire, « point de délivrance sans lutte ni combat.

a Des soulèvements intempestifs nuiraient à nos projets -

« Quand la grande majorité des villes et des campagnes « aura prêté serment à l'Union fraterneIL% l'anciennc^so- <£ eiété tombera en poussière, et l'on bâtira Tordre nouveau « sur les ruines de l'ancien. Les générations heureuses <t de l'avenir viendront bénir les tonjbeauxde ceux à qui « elles devront d'être délivrées des chaînes et des misèies a d'une société corrompue. {Egalité, :2:2 janvier 1870 ; em- (i. prunté à l'ouvrage du citoyen Amédée Sa^nt-Ferréol « les Proscrits français en Belgique. Réforme sociale] « numéro du 27 février 1870. — Fédéracion, numéro dii tf 30 janvier 1870).

« Ce manifeste, ajoute ce journal (Egalité), pourrait « être signé des deux mains par tous les membres de l'In- « ternatlonale. Pour que celte puissante association entre a dans le sein de rinte:nat:Onale, il ne faut qu'un hasard « heureux qui mette un de ses membres en relation avec

— nw —

« le Conseil j,'éaéral. Que ceux de nos amis qui auraient « des relations avec l'Inde ou la Chine ne négligent rien « pour tùclier d'amener cet heureux rapprochement. Bien- « tôt il n'y aura plus aucun refuge pour la réaction, pas « même en Chine. »

Nous avons ('tabli le bilan des progrès accomplis par rinlernationale, qui tend aujourd'hui à embrasser le monde entier; il ne sera pas sans intérêt de faire connaître l'appréciation du Times sur celte redoutable association : « Nous l'avouons, nous dit-il, nous nous sommes moqués « de cette étrange association. Eût-on cru, il y a quatre « ans, qu'elle" était destinée à jouer un tel rôle dans l'uni- « vers; deviné son importance future, ses progrès rapides « et inouïs? Pour assister dans l'histoire au spectacle d'une « telle organisation fonnidable et d'une propagande pa- « reille, faisant des milliers et des millions de prosélytes, « il faudrait remonter aux premiers temps, à la naissance « même du christianisme. »

« C'est le Times qui a parlé, ajoute V Internationale allai quel nous empruntons cet article; mais bientôt c'est le « monde entier qui parlera de la sorte, et nos ennemis « comprendront que la croisade qu'ils avaient entreprise « contre Vlnlernationale, est une lutte insensée, qui n'a « fait qu'accélérer leur ruine {Internationale, 2 jan- « vier 1870). »

COÎNCLUSION.

En présence d'une association aussi menaçante que l'Internationale et des dangers réels qu'elle fait courir à l'ordre social, il est temps que le gouvernement ouvre les yeux, se départisse d'une longanimité et d'une tolérance dont les effets regrellibles ont eu pour résultat la formation de sections dans tous les centres industriels, et qu'il avise à découvrir les remèdes que connnande la siliuition.

Que les patrons s'organisent ; qu'une entente basée sur la défense d'intérêts communs s'établisse entre eux ; qu'ils opposent à la coalition des ouvriers leur propre coalition.

Qu'ils iinilcnt l'exemple des pairons genevois : que l'enlrée 'le leurs ateliers soit iiii|)itoyal)Iement refusée à tous ouvriers reconnus aflîiiés à llnteriialionale : à ce prix, ils triompheront (le l'Internationale; tous ses efforts viendront se briser contre leur résistance, cL la société leur devra d'être débarrassée d'un fléau redoutable.

Page 1