AUX TRAVAILLEURS DE PARIS
« Compagnons,
ce Auiourd'hui qu'un véritable esprit de fraternité anime les tra- « vaUleur" du monde entier; aujourd'hui qu'ils ont mis en commun « «fursdouleurs et leurs joies; leurs craintes et leurs espérances « înesl plus d'événement dont le retentissement vienne expirer a a « frontière il n'est plus de mamfestation qui puisse se restremdre :: au^ îimites étroites de la nationalité ; il n'est plus de grand a^te «populaire dont les autres peuples puissent rejeter la so idari e a Au^si chaque fois qu'un peuple fait entendre sa voix, il e=,t cm l de^oi; de -tous les travailleurs parqués dans les diftererj^es nation « d'élever la vois à leur tour, pour ramener leurs frère, dans le
Ml V(Ssinier est l'auteur de vaixloire du Nouveau César {Mirahcuu, n avrUyèTdes xN^.7. de Sainl-Cloud. Il a pris une part des plus actives à nnsuirection du I8 mars : il éiail membre de la Commune.
(2r(:è maniLte a été reproduit par la Marseillaise (numéro du 24 janvier 1870).
K droit chemin s'ils s'en sont ocartûs, pour les applaudir et s'associti « à leur œuvre s'ils ont bien mérité de la cause.
K Eli bien ! travailleurs de Paris, nous le disons hautement, votre ce attitude de ces derniers jours a été admirable !
« Nous n'avons pas à vous louer d'avoir protesté contre l'odieux « assassinat commis par un Bonaparte; d'avoir quitté vos ateliers « pour venir, à deux cent mille, conduire la victime à sa dernière « demeure, et consterner un despote par le spectacle de votre for- « midable unanimité. Ces élans généreux so«t l'apanage du peuple, « et nul despotisme ne peut les comprimer.
« Ce dont nous avon« à vous louer, ce qui vous vaudra notre a reconnaissance éternelle, c'est cette force de caractère dont vous « avez fait preuve, en comprimant votre cœur, qui vous criait ven- « geance, et en sacrifiant la passion si légitime du moment à l'avenir « de la Révolution.
« Vous avez compris qu'il ne s'agit pas d'organiser V insurrection, « mais de préparer la Révolution. Vous avez compris qu'il suffit de a laisser le despotisme en téte-à-tùte avec lui-même, en vous reli- « rant de lui, pour qu'il succombe. Quand l'heure de la Révolution «c a sonné, la Révolution se fait d'elle-même.
« Laissez dire ceux qui crient : « Vous avez laissé passer l'occa- « sion ! »
a ils se trompent! Le peuple n'est pas un être faible et indécis, « qu'il faut prendre au bon moment, car demain, il aura chan;;c « d'avis. La Révolution n'est pas un coup de main; elb ne se joue « pas à pile ou face. Entre l'oppression et la misère, la revemuca- « TioN EST ÉTERNELLE : demain, on l'entendra sélever plus forle- « ment encore qu'aujourd'hui.
a Du moment où le peuple a repris conscience de lui-même, plus « il retardera la lutte, plus la victoire sera définitive.
« Car le renversement n'est rien; le despotisme est miné à sa « base : ce n'est que le moindre côté de l'œuvre. L'important, c'est a la réédiflcation.
oc Portez donc toute votre énergie sur l'étude des questions sociales, « tout en suivant d'un œil attentif les progrès de la décomposition <c de l'empire.
« Ne lui fournissez pas l'occasion de finir d'une façon que les gens « de guerre disent honorable, c'est-à-dire dans un bain de sang.
« Il faut qu'il finisse dans le ridicule, et que sa fin, an lieu de « rappeler le 2 Décembre, rappelle plutôt l'épisode burlesque de l'aigle K et du morceau de lard- « Qu'il Unisse comme Héliogabale !
" Cet empereur romain sentant son trône chanceler voulut s'as- « surer une mort aussi luxueiis':' que sa vie. Il conservait du poison a dans des flacons du plus graml prix ; il avait soos la main des « cordes d'or pour s'élran^leV au besoin ; enfin, il avait fait faire œ un pavé de pierres précieuses pour y briser son précieux crâne ; « illusion du sort! il fut tvÉ dans les latrines!
« Nous prions nos amis des ciiambreg syndicales d'èlre les inter- « prèles (le nos sentiments auprès de la famille du malheureux « Victor Noir, assassine à la fleur de l'âge, au moment où tout sem- « blait lui promettre un avenir heureux. Une pensée au moins doit
a afioncir leurs regrets, c'est que la mort rie cet enfant du peuple « n'aura pas été infructueuse pour la cause du peuple.
« Qu'ils présentent à Hocliofort nos sincères félicitations sur sa « courageuse attitude, ainsi que sur la nouvelle distinction dont « vient de l'honorer le gouvernement français, en jugeant ses col- « lèanex indi(]nes de sù'ijer à côté de lui.
a 'Enûn, qu'ils engagent les travailleurs français, et en particulier « ceux de Paris, à persister dans leur attitude énergique et calme à « la fois ; à résister à des entraînements prématurés, tout en se « tenant prêts à revendiquer leurs droits au moment favorable. Tout <( vient à point à qui sait attendre. Le jour n'est pas loin, espé- « rons-nous, où le peuple prendra sa revanche, et si nous lui con- « sellions d'attendre encore, c'est que nous voulons que la revanche « soit définitive.
a Salut et fraternité.
« Adopté en séance extraordinaire le 19 janvier 1870.
« Pour la commission admiimlralive de la Fédération, section bruxelloise « de l'Association iiilernationale des Travailleurs,
« Croisier, peintre ; — Staxdaert, gantier; — Ernest, tapissier; a — Tys, doreur;— Heureboudt, relieur; — Mercier, mécaa nicien ; — Verraghex , typographe ; — Vanmewhuyzen, a doreur.
« Pour le Conseil gcncràl helgc de l'Association internationale des Tra- « vailleurs,
« E. HiNs, E, Steexs, Alp. Vandexhouten, G. Dk Paepe, « L. Verrycken, L. Caluwaert, g. Brasseur, D. Brismée. »
Le journal V Internationale faisait précéder ce manifeste de ces réflexions :
« Ce meurtre n'a étonné personne ; comme l'a fort bien dit Rochece fort , c'est chose ordinaire dans la famille Bonaparte.
« Mais ce qui a étonné et consterné le pouvoir, c'est la manière « dont le peuple de Paris a répondu à ce nouvel outrage à la a justice.
« Deux à trois cent mille personnes ont suivi le convoi de la vica lime. Les ouvriers ont quitté les ateliers et il n'est plus resté a. dans Paris que les repus, les mouchards, les soldats: de sorte a que, si, dans ce mome^it-là Paris s'était englouti, il n'y aurait a pas eu grande perte.
« Des révolutionnaires sincères, mais peu réfléchis, voulaient à « toute force que l'on traversât Paris...
« C'était engager la lutto dans des conditions déplorables.
ce Le citoyen Rochefort a joué à cette occasion un rôle d'autant « plus beau, qu'il devait être douloureux pour une nature comme la « sienne de devoir prêcher aux autres le calme.
ce Encore une ou deux manifestations de ce genre, le pouvoir ne ce pourra plus compter sur la troupe.
ce Alors, en avant! Mais jusque-là, pas d'imprudence.»
Pièce C
Lellre écrite par Varlin, de Paris, à Aubnj, de Rouen. a Paris, le 19 janvier 1870.
« Mon clier Aubry,
« Je réponds à votre leltre da 17 courant. Vous êtes dans Terreur << lorsque vous pensez que l'influence de noire fédération a probable- « ment contribué à crapèclier que la manifestation du 12 janvier ne « se transforme en insurrection. Les délégués de la Chambre fédé- « raie ne s'étaient réunis ni concertés à l'avance, et tous se sont a rencontrés, avec la plupart des memjjres des sociétés ouvrières, à « l'enterrement de Noir; et je puis vous affirmer que la majeure a partie d'entre eux étaient disjjosés à agir si llochcfort avait dit : a A Paris ! »
« Rocliefort était maitre du mouvement. 11 a été assez intelligent « et raisonnable pour ne pas donner un ordre funeste et envoyer au « massacre les meilleurs soldats de la Révolution.
« C'e.sl à lui seul que nous devons savoir gré du dénouement de « la journée. Quant au peuple, s'il n'a pas pris l'offensive de lui- « même, c'c>t que d'abord il manquait d'armes, et que, de plus, il « comprenait que la position slralé^ique était des plus mauvaises,
« Les délégués de la Chambre fédérale se sont émus du danger « qu'il y a pour la cause populaire à abandonner ainsi la direction « à un ou à quebines hommes.
« Des circonstances semblaliles à celles du 12 peuvent se présenter. « 11 ne faut pas que la population omrièreet socialiste soit exposée « à ce que le mot d'ordre soit, dans un quartier « combat, » et, « dans un autre « situation [sic] ». Pour éMler tout malentendu « compromettant et aussi pour empocher que quelques indiNidus ne o s'emparent du mouvement, nous avons déeidé que désormais nous « suivrions attentivement le mouvement poli.lique, et que dans toutes « occasions nous nous consulterions sur ce qu'il y aurait à faire, a Les esprits sont montés; la révolution s'avance; il ne faut pas « nous laisser déborder.
'< Je ne crois pas que mainlcnanl les partis bourgeois mullicolorcs .. désirent la révolution. Les idées ont marché depuis un an, et ils « craignent lu socialisme, qu'ils voient grandir. Sans doute, une « énu'utt' vaincue les satisferait, car ce serait une occasion de pros- « cripliou c.nlro nous : mais nous serons d'autant i)lus prudents >• que nous nous sentons seuls. Nous devrons du même coup abattre .1 toutes les lètes de l'hydre; mais il ne faut pas que nous les " niaïKjiiions, et c'est pourquoi nous hésitons.
« Si. cependant, comme \ous le dites, on jiorte atteinte aux droils '• reslieints dont nous jouissons; si, par exemple, on arrache Roche- « fort îi son banc pour le jeter dans une prison, que devrons-nous - faire ?. . .
<■ Signé : Vaiîhx. »
Pièce D.
huiciremcHl ■ie i iclor ISoir. — Aililuiie des rcuoluliounaircs et dupetqilc pari-iien. — liaspail (1), Jiochefort et aalres apprécies pur les membres de l'Interuatioiialc.
^Correspondance luoimaise.)
Lyoïi, le 17 janvier 1870.
« La corporation des ouvriers tuUisles de Lyon qui se conslituc « en société de résistance a adliéié à 1', Association Ii.tLrnationale. « Ctlte adhésionimporlante a eu lieu à la .suite de deux réunions « générales dj la corporalion où plusfeur.^ niemLies de la sectiou « lyonnaise ont exposé les principes, le but et les moyens d'action « de noire association, aux applaudissements de l'assemblée.
.' Une autre société de jegnes gens, fondée dans le but d'étudier
<< les qucsiions politiques et sociales, et qui rompie déjà plus de
•*. a deux cents luembres. sera bienlôl d'un {jrand secours à n(jiro sec-
M) Piiispail s'est constitué lo délénseur de « l'humanitaire Inlernationalo » : il a interpellé à ce sujet io t;(juveriienieul:. Il importe de lui faire Connaître la mauiére dont ses sei vices et ses opinions politiques sont appréciés par les leendjrcs de cette association.
« lion, cir plusieurs de ses membres ont déjà adliérô à l'Inlerna- « lionate et s'emploient activement à faire adhérer les autres.
« Les JEINES GKNS, voilà ce qui nous a manqué jusqu'à présont. « Ce précieux élément a été corrompu dans son germe par le mi- « lieu infect où nous a placé la boursreoisie ;ictuelle.
« Eh bien, cotte jeunesse se réveille, l'agitation révolutionnaire
la gagne. Et comme ces jeunes cerveaux ne sont pas obstinés par « les vieux systèmes ot les vieilles routines ; comme les amis exclu - « sifs de la liberté politique, qui sont presque tous des amis de l'ot;- « DRE, montrent enfin le bout de l'oraillo ; comme le socialisme a « ]jien définitivement et bien résolument planté le drapeau danslou- « tes les grandes villes de France, c'est à lui que viendra la jeu- « nesse enthousiaste et généreuse, et c'est par lui seulement que le « peuple se lèvera une dernière fois pour balayer le despolisnie.
« A ce sujet, qu'on nous permette une digression. Beaucoup do « révolutionnaires sincères et résolus ont regretté qu'à la suite de « l'enterrement de l'infortuné Victor Noir, les Parisiens n'aient pas « fait une révoluticn. Eh bien, nous aurons le courage de dire, « nous, que nous ne le regrettons pas. En effet, qu'aurait été cette (c révolution ? Une révolution contre l'empire, purement et simplece ment ; une révolution qui aurait f;italoment amené au pouvoir a I.edru-Rollin et ses amis, et probablemeiit aussi, Liancel, Gambotta « et autres. Admettons que Rochefort et Ilaspail en eussent aussi fait « partie. (|u'auraient-ils pu faire pour les travailleurs ?
« Ces deuv hommes dont nous ne suspectons ni le dévouement, « ni la bonne foi, en sont ils bien réellement arrivés à la concop- « tion socialiste de l'idée du droit ? Savent-ils bien où marchent ins- « tinclivement et irrésistiblement les masses populaires? Ont-Us « trouvé la solution scientifique du problème qu'a donné à deviner « à tant de générations qu'il a ensuite dévorées, le sphynx révoluce tionnaire ? C'est ]>lus que douteux.
ce Kaspail et Rochefovl si radicaux qu'ils soient et si riibles quo « les trouve une majorité d'abrutis, ne savent que le premier mol ce de la révolution à la(iuolle nous marchons. Ils n'ont [las même ce de programme socialiste. Quand ils ont parle d'abolir les armées ce permanentes, de décentraliser l'administration et d'établir l'imcc pot progressif, ils croient avoir tout dit. Mais c'est beaucoup tout ce cela, nous dira-t-on ! Evidemment ; c'est beaucoup, mais ce n'est <e qu'un programme libéral déjà réalisé, à part l'impôt progressif, (c aux Etats-Unis d'Amérique, où la misère fait de remarquables <e progrès. Quanta l'impôt progressif lui-même, ce n'est, dans un ce programme libéral qu'une simple fleur de rhétorique, car dans <e toute société où le travail est asservi au capital, l'imiiôt ne peut <e pas ctro progressif, puisque le capital impose le travail à snn gré c< cl lui fait ainsi payor toutes les charges sociales, sans que les ca- « pitatistes se soient foulés le moins du monde.
« Raspail et Rocbefort voudraient être socialistes, mais ils ne le « peuvent jias, parce que à l'instar de tous ces démocralos bourgeois, « ils partent d'un |)oint do vno absidumont faux qui osl celui de la « liberté individnidio. C'est par cette liberté individuollo que \'\u- <e glctorre et l'Amérique grandissent et prosiièrent, au milieu d'une a lutte incessante des intérêts économiques, où l'égoisine et l'exclu-
. « sivisme condamnent an.plns dur dos esclavages, à des privations «et à des humilialions continuelles, des millions d'êtres humains... «. ,..'.. ..,•.••.■■• •
a La solidarité économique, voilà noire but à nous autres socia- « listes, et voilà pourquoi nous ne donnerons jamais la main aux et révolutionnaires qui ne l'ont pas dans leur proi^ramme. Quant « à ceux qui nous disent que la liberté doit précéder la solidarité, « parce que la solidarité ne doit pas être imposée, ceux-là .sont des « lâches et des hypocrites.
« La solidarité, c'est la liberté, l'égalité et la fraternité résumées ; c « les travailleurs qui ne le comprennent pas encore le conipren- «■ dronl bientôt, et ce n'est certainement pas à eux qu'on aura be- « soin d'imposer la solidarité. On ne l'imposera qu'à ceux qui l'em- «t pèchent de s'établir, en détenant toute la richesse sociale dans ses u sources et dans ses pariifs. Ou ne l'imposera qu'à la minorité « exploitante, et voilà ce ([ue messieurs les démocrates libéraux, ra- « dicaux et ultra-radicaux ne veulent pas. Eh bien, nous le voulons, <c nous. Et nous ne ffron» la révolution que pour atteindre ce but. « Et si vous pouvez la faire sans nous, messieurs les radicaux, il « faudra que -vous sôvez malin>;. Car, nous sommes une f/rcc lou- « jours grandissante, et nous comptons déjà dans les grandes villes « de France nos adhérents par dizaines de mille.
« Et puis, vous êtes di\isés, vous ; vous vous méfiez les Tins des « autres. Et nous, de Paris, de Lyon, de Marseille, pour ne pas <i parler des antres pays, nous nous estimons, nous nous aimons, « nous sommes fatalomeiU et indissolublement unis. Si vous avez « un prestige qui nous manque : nous avons en revanche deux quai< lités dimt vous êtes totalement dépourvus, la jeunesse et l'axdace.
« Pour en revevdr à la supposition que nous faisions tout à « l'heure du triomphe de la révolution, lors de la dernière agita- « tion parisienne, il nous reste , pour justifier la satisfaction que « nous cause le non-avénement de cette révolution, à réfuter cette « objection qui consiste à dire que le peuple parisien ne se serait a pas laissé gouverner complètement par ses nouveaux chefs et « qu'il aurait bientôt fait surgir l'idée socialiste. Ceci n'est qu'une « plaisanterie.
« U est de toute évidence que le peuple parisien pris en masse « n'a pas le sens de la révolution nouvelle. Son esprit n'est point .< dominé par l'idée féconde et régénératrice qui doit être l'âme de « celte révolution. Le peuple parisien est républicain, et voilà tout. « Son républicanisme est même très-peu farouche, puisque dès « qu'il a l'occasion de s'affirmer en votmt pour des hommes comme « Félix Pyat, Barbés, Ledru-Rollin, Blanqui, il se place gentiment K dans lalégalité et envoie au Corps législatif des Crémieux et des « Emmanuel Arago.
« Et ce puple pari=ien, dont les tendances d-'mocratiques sont « fuusitéei^, dont les idées sont dénaturées, dont les principes sont « sophistiqués, ce peuple parisien qui est trop savant pour être « socialiste d'instinct et qui iw l'est pas assez pour être socialiste « par la science, deviendrait socialiste aussitôt après avoir fait une « révolution aussi incomplète et aussi insuffisance ? Ce n'est pas « possible.
<< Il deviendrait socialiste, oui, mais quand il ne serait plus temps, c'est-à-dire quand la Ijourgeoisie se serait emparée par la force et la ruse de tout l'organisme social, quand à l'aide d'instilutions mixtes inucmbrahles et de déclamations contai/ienses, elle aurait endormi la vitalité sociale et inoculé l'égoïsme jusque dans la niocllo de nos i;énération>.
<i Nous avons échappé à ce malheur, et il est à peu près certain que nous sommes niainlenaiit hors de danger. « Ajoutons en passant que sous l'impulsion inlelli^jente el énergique de notre ami Baslelica, «la section de Marseille a pris un prodigieux développement.. On y compte vingt-cinq corporations organisées en sociétés de résistance cl adhérentes à rinlernationale. D'autres sections sont en voie de formation à Aix et à la Ciutat. A Vienne (Isère^, la section de rinternationale est en train do se réorganiser. « Albert RICHARD. »
(Internationale, 23 janvier 1870).
« En 1848, la réaction apparue le 16 mars, déjà forte le 16 avril, « dominante après le 15 mai, redouble d'audace. On put alors « contempler ce spectacle où le jésuitisme le disputa à l'infamie : « les véritables répubhcains de la grande nation républicaine, suc- « cessivement frappés par les tartuffes politiques ({ue l'histoire « traînera confondus aux géaionies, si elle prononce les noms <■ impurs de Lainarlinc, Marie, Créuiicux, Garnier-Patjès, Monta- « lembert, Arronnd Marrast, de Faltotix, Léon Faucher, Tliiers, " Jules Favre, Dafaure, Emile Ollivier, Cavaiànac, Bonaparte, « îîiirochc, Roulier. lîillaalt, Maupas, Saint-Arnaud, Magnan, a etc., ctc
« Nous exceptons avec plaisir Flocon, Louis Blanc et Albert . »
•^Eijalilé, 'il février 18GP. — Correspondance de Paris.) ^
Pièce E.
Apinccialion du verdict du haut jury dans l'affaire du meurtr: d'Auleuil.
CORRESIMNDA.NCE DE PARIS,
Paris, -2G mars 1870.
« Vous savez sans doute déjà que le Bonaparie est acquitté. J' a. ne veux pas répéter sur ce procès des vérités devenues banales i
« force d'avoir été redites ; je veux seulement faire une remarque ft quf je serais heureux de voir sitrnalor &mis V Internationale.
« Quelque scéléiato et iniinuicnte que soit la hando Bonaparte, « elle l'est beaucoup moins que la liante bourgeoisie qui soutient « Vordre actuel. Los serviteurs fayés do l'empire, président et « procureur général, n'avaient pas osé rêver au-delà de la condam- « nation avec « diminution de peine dans une proportion énorme, » Œ grâce à la provocation violente, selon eux, re^ue par le prince. « Le verdict de légitime défense leur paraissait si peu probable, « qu'ils n'osaient pas même le supposer dans leurs cinq ([uestions « au jury. La l'<' et la i", demandant s'il y a eu meurtre et ten « talive de meurtre volontaires, sont posées de mapière à ce que » le Haut Jury réponde : oui. Les autres ont pour but de faire » admettre la provocation.
ce Pauvres domestiques ! Vous ne gagnez pas votre argent : 36 « jurés, élus du suffrage universel, ont été plus vils que vous. Ils « ont répondu non à vos deux questions importantes et ont par « suite annulé les autres.
< N'oublions pas que les 89 hauts jurés sont tirés au sort parmi a les 12 à lyoUO conseillers généraux des départements, en général gros propriétaires, Unanciers, ii dustriels, élus par le suffrage «' universel, si habilement dirigé dans les campagnes ; que parmi « eux on a encore tiré au sort les 36 qui devaient siéger ; que les « récusations ne doublent pas ce nombre ; qu'on peut donc admettre avec une excessive probabilité que s'ils avaient tous siégé, le « verdict eût été le même ; qu'il eût été le même encore si le sort eût a désigné 89 autres conseillers généraux quelconques ; qu'il eût été M le même enlin avec un immense jury formé de tous les conseillers « généraux de France.
« Ceci furliûe en moi celte opinion, que bien d'autres exemples « ont fait nailre tant ici que dans d'autres pays : que l'on ne trou- « verait peut-être pas, dans chaque famille royale ou impériale, « un homme ayant l'aplomb nécessaire pour assassiner lui-même, « de sa propre main ; mais que dans toutes les bourgeoisies, on i< trouvera à foison des gens disposés à justifier et à applaudir « l'assassinat, pour peu qu'ils y soient même très-indirectement ce intéressés.
(' Les Internationaux ne s'attacheront donc pas à cette lutte mesquine, qui n'a pour objectif que le délrônement de quelques a familles, produits nécessaires d'un milieu pourrij mais ils pour- K suivront sans relâche, la rénovation complète de ce milieu, la '.< transformation radicale de cette classe, leur seule ennemie : la « haute bourgeoisie.
Il nier nationale, 3 avril 1870.)
Pièce F.
Les correspondants du journal V lulcrnalionale el des aolres feuillede celte associarion ont l'iiabiludo de dénaturer les faits : le pas safro suivant est de nature à nous édifier sur l'exactitude des récilpuhliés par ces journaux.
(Gorresponrlance particulière de VErialilé;.
Lyon, 28 juin 1869.
« A propos des événements de la Ricamarie, j'ai deux faits d'au- « tant plus intéressants à vous raconter, qu'il a été forniellomenl « interdit à la presse française d'en toucher un seul mol. Los truis « compagnies du i» de ligne qui ont arrêté les mineurs et ont en- « suite tiré sur des femmes et des enfants, avaient rlé enivrées uapa- « ravant avec soixniile bouteilles d'eau de-vie qu'on leur avait disa tribudes. Je vous garantis ce fait. Le conseil municipal de Saint- « Etienne, ne voulant accepter aucune e-péce de solidarité avec dns « assassins, a donné sa démission. Le 4^ de ligne, dont la situation « à Saint-Etienne est devenue intolérable, est arrivé à Lyon ; il a « été reçu aux cris de : A bas les cfjorfjeurs !
« Voici un autre fait plus honorable pour l'armée. Le soirdumas- « sacre île la lîicamarie, une femme au désespoir réclamait à la porte « d'un poste militaire son mari prisonnier. L'oflicier commandant « le poste essayait de la faire retirer et n'y pouvait parvenir. Me- « naees, i.ijonciions, tout était inutile. 11 se mit à la brutaliser, « mais elle s'accrocha après lui, en cri.intplus fort que jamais, j/of- « ficier se dégagea vivement et d'un geste brusijue la renversa jiar « terre. Aussitôt un mineur témoin "de celle scène s'avance par der- « rière, lire son couteau et le ]donge tout entier entre les côtes de « l'ofticier. La foule qui grossissait crie bravo et se prépare à sou- « tenir le courageux défenseur de la faiblessp el du droit.
a Pendant qu'on emporte l'officier mourant, le sous-chef du poste « fait sortir tous les soMats el au milieu de l'exasjjération bruj'ante « du peuple les fait ranger sur deux lignes el commande le feu.. Mais « les soldats se souvinrent alors qu'ils étaient eux aussi les fils de
« la Révolution ei RESTÈnENT impassibles. Le commandement fut « réitéré; môme impa-;sibililé. Un ealiiousiasme immense jaillit de « toutes les poitrines ; les cvis de ]"ivii la lUjne ! retentirent partout a et des cris do Vice la RèpnbUqiie ! vinrent encore s'y mêler. »
(Extrait de VEijalité du 3 juillet 1869. — Cet article a été reproduit dans V Internationale du 11 juillet 1869.)
Pièce G.
Manifeste de la Fédémlion lyonnaise à propos du jiKjemsnt dWutun. — Association internationale des Travailleurs. — Fédération ouvrière lyonnaise (1).
K A la nouvelle du jugement d'Autun, la commission fédéraio ou- « vrierc lyonnaise a été unanime dans la pensée do venir en aide >< aux familles des ouvriers emprisonnés, et sa première idée a été « d'assurer auK malheureuses et héroïques victimes la continuation « de leur salaire pendant toute la durée de leur' détention. Cela pa- » raissait à la commission une application immédiate du principe de « S(didarilé qui doit unir tous les travailleurs, et lui paraissait, en a outre, éviter cet autre principe dit de charité, si préconisé par « les bourgeois, et qui n'est en défmitive que la consécration des « inégalités sociales.
oc Mais devant cet acte tout spontané de l'adoption par les sections « parisiennes de l'Internationale des familles privées de leur sou- « tien en vertu d'un arrêt qu'elle s'abstient de qualifier, la Fédé- « ration lyonnaise n'a pu qu'applaudir, et pour parliciper à cette « adoption, elle a ouvert immédiatement dans son sein une sous- « cription en faveur des grévistes du Creuzot et des familles des a ouvriers emprisonnés.
a Un premier envoi s'élevant à 93 francs a. été fait hier au citoyen a Revillot et toutes les semaines un envoi des fonds recueillis par a la souscription sera effectué.
« Salut et égalité.
« Pour la Commission fédérale :
« L'un des secrétaires,
ce Gaspard 15la.\c. »
i) Ce manifeste a été reproduit dans la Marseillaise du 23 avril ta'O.
Pièce H.
liésolutions votées par le Congrès romand, le 4 avril 1870.
ATTITUDE DE L'iXTERNATIONALE VIS-A-VIS DES GOUVERNEMEMS (1)
« Considérant que l'émancipation définitive du travail ne Tpeut « avoir lieu que par la transformation de la société politique fondée « sur le privilé^'e et l'autorité en société économique fondée sur « l'égalité et la liberté ;
« Que tout gouvernement ou Etat politique n'est rien autre chose « que l'organisation do rexploilaiion bourgeoise, exploitation dont « la formule s'appelle le droit juridique;
« Que toute participation de la classe ouvrière à la poiitiqxie bour- « geoise gouvernementale ne peut avoir d'autres résultats que la « consolidalion de l'ordre de choses existant, ce qui paralyserait « l'action révolutionnaire socialiste ihi prolétariat; '
« Le Congrès romand recommande à toute les sections de l'Asso- " dation internationale des travailleurs de renoncer à toute action « avant pour but d'opérer la transformation au moyen des réformes « politiques nationales et de porter toute leur activité sur la coji- « stitulion fédérative des corps de métiers, seul moyen d'assurer le '< succès de la révolution sociale. Celte fédération est la véritable « représentation du travail, qui doit avoir lieu absolument en dehors « des gouvernements politiques. »
(Extrait do la Solidarité, numéro du 11 avril 1870.)
(l) Nous avons déjà reproduit, ^l'après VÉfialilé, les résolutions votées sur cette question: comme cette réduction diffère essentiellement de celle donnée par la SUidarilc, organe de la minorité scissioùnairc, nous croyons utile de reproduire cette dernière.
Pièce I.
Lettre écrite par Variin à Bastdica.
« Mon cher Bastelica,
• J'accepte d'autant plus volontiers le poste que vous m'indiquez,
qu'il fait partie de mes attributions de secrétaire correspondant
le la Chambre fédérale.
Ici aussi nous avons été pris au dépounu, mais depuis nous « avons pris nos mesures pour ne plus nous trouver dans une situaic tion au-si fausse. La Chambre fédérale, à peine constituée (à vrai « dire, elle ne l'est pas encore définitivement), ne s'était pas encore « occupée de sa contenance, ou même de son action en cas de mou- « vement politique. Or, il est arrivé que tons les délégués à la « Chambre fédérale se sont rencontrés à l'enterrement de Victor « Noir sans s'être donné le mot à l'avance, et les uns voulaient veo nir à Paris, c'est-à-dire livrer batuilic ; les autres, plus circon- ■< spects, voulaient maintenir à la manifestation son caractère paci^ « fique ; c'est du reste, les deux sentiments qui, toute la journée, « ont divisé la foule. Je dois ajouter que la plupart des membres « de nos sociétés se trouvaiejit aussi à l'enterrement sans qu'il y ait « eu entente préalable, et, par conséquent, subissaient la même « division de vues que les autres citoyens.
« Cette situation nous a émus, et le lendemain, la séance de la « Chambre fédérale a été complètement emploj-ée à la discussion a de ce qu'il y aurait à faire en pareille occasion; et les occasions ce se reproduisant, il ne faut pas nous exposer à ce que, dans une « circonslnnce semblable, quelques-uns d'entre nous livrent bataille « sur un point et se fassent massacrer, tai.dis qu'ailleurs on ne Sj)n- (c l'crait pas à la lutte.
« Désofmais nous nous consulterons et nous agirons ensemble. « De pliis, nous nous sommes mis en rapport avec Rocbefort, qui, « de son côté, ne provoquera rien sans s'èlre entendu avec nous ; « de cette fnçon i.ous ]iourrons cum'pter sur l'unité d'action si né- « ctssaire en pareil cas.
« Le concours de la province pourra nous être très-utile pour
« faire diversion et déconcerter le gouvernement. Je prends donc « acte de votre proposition avec joie, et je vais m'assuror du con- « cours des autres centres : Lyon, Rouen, Roubaix, etc. « Salut et fraternité.
« E. Varli.x. »
(Extrait du Journal officiel, du 4 mai 1870.)
Pièce J.
Déclaration de Varlin, Malon et Combault au sujet de l'arrestatioii de liochefort.
« C'était inévitable ; la logique a ses droits. Le parlemantarism.a impérial vient de frapper le député révolutionnaire de Paris, ipn; a dcuK cent mille républicains acclamaient dans la journée hisloi 1- « ([ue du 12 janvier. Rocbeforf, en effet, a commis un crime impar- « donnable ; il a accepté le mandat imiiéralif et a tenu à y rester « liilèle. Devant ce iléii insolent du néo-libéralisme jeté à la "face du ce peuple, devant cet outrage au suffrage universel, que devons-nous « faire ?
« Si nous n'écoutions que nos impatiences, nous n'aurions qu'à « nous ressouvenir des mâles résolutions qui guidaient nos pères, « lorsque violemment ils renversaient le despotisme.
« Que les réactionnaires ne s'y trompent pas ; s'il ne s'agissait « que de présenter nos poitrines aux. halles, nous n'hésiterions pas à « répondre à leurs incessantes provocations.
« Mais ce qu'il importe avant tout, c'est d'assurer le succès de la « révolution, et, tout en ayant conscience de notre force, nous a nous recueillons. La coupe est pleine, elle ne tardera pas à dé- « border.
a A la révolution de choisir son heure !
« Signé : E. Varux, B. Malox et A. Combaclt,
« Membres de V Association internationale des Travailleurs. « (Extrait du Réreil du M février 1870.)
Pièce K.
(Extrait d'une communication privée faite par le Conseil général de l'Internationale de Londres au Conseil fédéral de la Suisse romande.) — Résolutions votées dans la séance du Conseil général du l^'- janvier 1870 (1).
«... Quoique l'initiative révolutionnaire doive partir de la <£ France, l'Angleterre seule peut servir de levier pour une révolu- « tion sérieusement économique.
« C'est le seul pays où il n'y ait plus de paysans et où la pro- M priété foncière est concentrée en peu de mains; c'est le seul pays K où la forme capitaliste, c'est-à-dire le travail combiné sur une a grande écliellc — sous des maîtres capitalistes — s'est emparée de « toute la production; c'est le seul pays où la grande majorité de « la population consiste en ouvriers salariés (Wagers laboureri), « c'est le seul pays où la lutte des classes et l'organisation de la « classe ouvrière par les Trades-unions ont acquis un certain de- « gré de maturité et d'universalité à cause de sa domination sur et le marché du monde; c'est le seul pays où chaque changement « dans les faits économiqu^^s doit immédiatement réagir sur tout le « monde. Si le landlordisme et le capitalisme ont leur siège dans ce « pays, par contre-coup les conditions matérielles de leur destruc- « tion y sont plus mûries. Le Conseil général étant placé dans la « position heureuse d'ayotc la main sur ce grand levier de la vévo- « lution prolétaire, quelle folie, nous dirions presque quel crime, « de le laisser tomber entre des mains purement anglaises! Les An- ■ « glais ont toute la matière nécessaire à la révolution sociale, (?e « qui leur manque c'est l'esprit généralisateur et la passion révo- « tionnaire ; c'e^t seulement le Conseil général qui peut y suppléer, a qui peut ainsi accélérer le mouvement vraiment révolutionnaire a. dans ce pays, et par conséquent partout. Les grands effets que a nous avons déjà produits dans ce sens sont attestés par les jour-
(1) C'est de ces résolutions que parle Dupont dans ?a lettre ù Murât, le 7 janvier 1870, {Gazelle des Tribunaux, 2i juin \^-o].
« naux les plus inielligonls el les plus accrédités auprès des classas
« dominantes Ils nous accusent publiquement d'avoir empoi-
« sonné et presque éteint l'esprit anglais de la classe ouvrière et de
« l'avoir poussée dans le socialisme réooliilionnaire Si l'on
« séparait le Conseil général d'avec le Conseil régional pour l'AnfîIc- « gleterre, le Conseil régional n'aurait aucune utilité et le Conseil « général perdrait le maniement du yand levier. Si à l'action « sérieuse et sou' err aine nous eussions substitué l'éclat des tréteaux, a nous aurions peut-être commis la faute de répondre à la question
« que nous pose V Egalité relativement à cette séparation Le
« seul point où l'on puisse frapper le grand coup contre l'Angl - « terre officielle, c'est l'Irlande. En Irlande, l'opération est cent fui « plus facile parce que la lulle économique y est concentrée um- « quement sur la propriété foncière et parce que le peuple y e-\ a plus révolutionnaire et plus exaspéré qu'en Angleterre
« La position de l'Association internationale vis-à-vis de la qties- « tion irlandaise est très-neite; noire premier besoin est de pousser a la révolution en Angleterre, à cet effet il faut frapper le grand « coup en Irlande.
« Par ordre du Conseil général de l'Association internationale des « Travailleurs.
« Le secrétaire correspondant pour la France ce Eugène Dopoxt. »
Londres, 1" janvier 1870. {Communication privée.)
Pièce L.
Copie d'un mandat adressé de Genève à Albert Jiiehard, di Lyon.
a Citoyen;
« Nous lo donnons pleins pouvoirs pour organiser partout en « France l'Alliance internationale du socialis7tie révolutionnaire
« Signé : Kalifol. »
Genève, 24 juin 1869.
Pièce M
1" Adresse des ouvriers de Lyon au sujet des événements de Seraing.
« Aux membres du Conseil général des sections belges de l'Asso- ": ciation internationale des Travailleurs.
« Citoyens,
« Nous n'avons reçu que très-tard, par l'Egalité de Genève, des « renseifrnements précis sur les abominables attentats dont nos frères « de Seraing et du Borinage ont été victimes.
« Solidaires avec vous et avec eux , puisque nous sommes tous « des membres d'un même corps, nous nous sommes sentis frap- « pés par les coups qu'on leur a portés.
« Et nous venons unir notre voix à la vôtre, à celle des travail - « leurs de l'Europe entière, pour mettre au ban de la civilisation « dont nous sommes les véritables représentants, non pas les ins- « iruments insouciants qui ont stupidement dirigé leurs baïonnettes « sur des poitrines inoffensives, mais les affameurs, qui, non con- « tents de ce rôle assez remarquable cependant, ont voulu y joindre « celui d'égorgeurs.
« Toutefois, hommes et choses, ce ne sont \à que des effets. 'i Comme vous, nous ne p.erdons pas de vue les causes, qui gisent « dans les profondeurs de l'organisation sociale actuelle.
a La Belgique est libre', nous dit-on.
« Nous connaissons cette liberté. C'est en son nom qu'on fusillait « les ouvriers lyonnais en 1832 et en 1834, et les ouvriers paria siens en 1848. C'est la liberté du gouvernement bourgeois.
« Les travailleurs ne s'y laisseront plus prendre, car désormais « ils savent tous que le gouvernement bourgeois est en grand ce « que l'homme hypocrite est en petit. C'est-à-dire qu'il a tous les « vices des autres, plus le sien.
« Donc, pas de liberlé, pas do fraternité, pas de paix possibles « sans l'extirpation de, racines mêmes du mal social, sans l'éla- « b)issement de la solidarité humaine dans l'égalité économique.
a Du reste, nous nous rallions complètement aux idées qiie vous « avez exprimées clans votre adresse aux ouvriers de Seraiug. « Uecevez, compagnons, notre salut fraternel.
« Pour la section hjonnaise de l'Associalion inlernaiionale des « Travailleurs,
a Albert Richard, Ch. 3Iomes, H. Riciivrd, Virginie Barbet, Bret, « RosET, Jules Be.niez, André, Henry, Dupuis, Beniez. »
(Extrait du numéro de V Internationale du 2 mai 1869.)
2" Adresse du Comité fédéral de la Suisse romande aux ouvriers belges au sujet des événements et troubles de Seraing.
ASSOCIATIOM IXTERNATIONALÇ DES TRAVAILLEURS.
Adresse des sections romandes aux sections belges.
« Frères,
« Nous avons ressenti une profonde douleur au récit des tristes « événements survenus dans les cliarbonuages de Seraing et du « Borinage.
« Nous remplissons un devoir en vous exprimant toute notre « indignation des massacres organisés par votre bourgeoisie, ainsi « que contre les persécutions dont quelques-uns de vous sont « l'ùbjel.
« La presse mensongère répand, comme toujours, à propos de ce ces événements , ses calomnies sur notre Association inti-rnatio- « nalc, qu'elle accuse de provoquer et d'organiser les grèves; les « mêmes mensonges se sont produits à Genève, à Bàle et chez « vous. Toujours le même esprit de haine contre les travailleurs ol « leurs tendances égalitaires.
« Nous approuvons vivement la conduite ferme et inlelligenle de « votre Conseil général dans les graves circonstances où vous vous « trouvez; comme lui, frères belges, nous vous disons: Soyez c;d- « mes, méprisez les injures et les provocations de vos ennemis; m- « vous laissez pas entraîner dans les pièges que l'on vous teud « pour vous faire sortir de voire attituile ferme et digne, et vous « pousser à des moj'ens violents. Ne compromettons pas, dans un « moment de désespoir, le fruit de quatre années de travail et de « lutte pour notre association.
« Organisez-vous d une manière puissante, groupez autour de vous « les travailleurs qui, comme vous, ont souffert des attaques de la « bourgeoisie; marchons avec" résolution vers cet avenir que nous a poursuivons : notre cmancipalion complète.
a Frères, faites taire encore la colère qui gronde au fond de vos o cœurs, mais, souvenez-vous 1 <r Genève, le 3 mai 1869.
« Le Comité fédéral romand, »
[Egalité, numéro du 8 mai 1869.) (Internationale, numéro du IS mai 1869.)
3° Adresse du Conseil général belge aux ouvriers de Seraing et des environs.
Compagnons,
« De tout temps, la douleur et la misère ont été la destinée du oc travailleur; de tout temps, le peuple a gémi devant la joie de ses a maîtres, a eu faim devant la satiété de ses exploiteurs.
« Mais riiomme est ainsi fait qu'il s'habitue à tout, même aux a plus dures privations. La chaîne continue à lui peser, mais il la a porte sans murmurer; il a perdu jusqu'au sentiment de la haine; <c alors il est vraiment esclave, car il ne sent plus l'opprobre de « son esclavage.
« Voilà, compagnons, l'état malheureux où beaucoup d'ouvriers a sont réduits ai:tuellement, c'est celte inertie qui fait la force de « nos tyrans. Mais voiUà que, poussés à bout, les malheureux qui « jusqu'alors avaient souffert sans murmurer, font entendre des ré- « clamalions. Leurs maîtres s'étonnent de tant d'audace, ils trema bleiit que l'esprit d'indépendance ne se propage parmi la classe a ouvrière, et pour étouffer ce monslre au berceau, ils sabrent, ils « fusillent, ils mitraillent.
« Mais alors, il arrive ce que ces gens sans cœur n'avaient pu préa voir ; il arrive qu'au lieu du profond silence qu'ils croyaient dece \oir succéder au massacre, des clameurs indignées s'élèvent de « tous cùlés : que la haine se réveille au comr du peuple, et qu'il « est là, debout, frémissant, prêt à secouer ses chaînes.
€ Gompaguiins de Seraing, que durant trois nuits entières la sol- « datesijue a sabrés et embrochés, souvent sans provocation aucune, « nous l'avons poussé, ce cri d'indignation, lorsque nous avons ap- « pris l'iHendue de vos maux : nous avons senti la haine nous -cn- « \ahir, et certes, si l'action suivait la pensée, dans le premier mott ment nous aurions souhaité la destruction de vos barbares extero ininaleurs.
« Mais, compagnons, lorsque la réflexion vient succéder à ce prête mier mouvement d'indignation si légitime, on se trouve plongé « dans un tout autre couraiit d'idées. Que de fois les ouvriers, poussés « à bout, unt juré la ruine de leuis oppresseurs, et après un triom- « plie passager sont tombés plus que jamais dans l'esclavage. C'est « qu'il ne suflit pas de détruire, il faut encore édifier, et l'on n'édifie a pas en un jour.
« Donc, compagnons, comprimez un moment vos lé.ï^ilimes colère> " et no répondez pas auv provocartons de l'armée.
« Songez que vos maîlrcs ne demanderaient pas mieux que de « voir répondre à la violence par la violence, pour avoir le prétexte « d'une répression plus sanguinaire encore.
« Songez que vos Irures des autres parties du pays n'ont pas cn- « core tous compris la nécessité de secouer leurs chaînes, et qu'une « série de soulèvements succossifs; ne pourrait amener qu'unH série « d'éciiecs successifs.
« Songez, que lors même cpie tous les ouvriers belges s'enten- « draient pour faire triompher leur cause, ils seraient impuissants « aussi longlem]is que dans les grands Etats de l'Europe le despo- « tisme trônera triomphant sur les cadavres de ses viclimes.
« Songez enfin que l'émeute ne conduit à rien; qu'il faut que la « révolution soit préparée , qu'il faut que, du jour où elle sera « triomphante, elle puisse, presque sans secousse, substituer un « nouvel ordre de choses aux heu et place de l'ancien ordre qui n'est « plus que du désordre.
« Ainsi, compagnons, du calme : maintenez vos prétentions légia times, mais ne \ous laissez pas entraîner à la violence. Sachez « attendre! votre jour viendra.
« Entrez en masse dans l' Association internationale des Travail - « leurs : là, vous apprendrez vos droits, et les moyens que vous dc- « vez employer pour les faire triompher; là, vous vous unirez à vos a frères de toutes les parties du pays et dû monde entier. Et lorsque '< toutes les forces ouvrières seront unies et instruites de ce qu'elles ont " à faire, ce jour-là, de tous les points du monde- à la fois, les tra- « vailleurs feront entendre leur voi'v qui fera crouler l'iniquité ri oc inaugurera la justice. Ce jour-là, compagnons, nous no vous diri)ns « plus : Soyez calmes ; nous vous crierons : En avant !
« Jusque-là, soyez patients, et attendez votre heure.
a Bruxelles, le 13 avril 1869.
• Le Conseil général belge :
E. HiNS, A. Vandenholtex, Ch. M.vete.\s, G. de Paepe, H. Robix. J.-A. Uelvai;x, P. Calewaert, A. Deplanxke, II. Lf.rtce, K. Steens. D. Brismée, g. Brasseur, Xebier, Debrouwer, L. Vei:-
RYKEN et STA>'DVf:RT.