‹ L'intervention française au Mexique: accompagnée de documents inédits et d'un long mémoireChapitre 13 sur 41 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Négooiations de la Ck>ny«ntion da 31 octobre. — Départ dee alliés

pour Vera-C&niz.

MM. Guttierez de Estrada, Âlmonte et autres^ comprenaient Timportance qu'il y avait de ne pas perdre le bénéfice de Tirritation produite en Europe, par les dernières mesures du gouvernement de Juarez.

L'Espagne, en particulier, avait reçu, coup sur coup , des atteintes qui l'avaient profondément blessée.

C'est elle qui devait entraîner la France.

Dans les premiers jours de septembre 1861, l'Espagne se décida tout d'un coup à agir énergiquement , seule, si besoin était , sans même attendre

32 L'iiNTEUVENTION FRANÇAISE

de la France et de TADgleterre le concours qu'elle avait réclamé.

Nous verrons combien durera cette ardeur guerrière. Pour le moment, reproduisons quelques passages de la dépèche par laquelle M. le ministre d'État espagnol en fait faire notification officielle aux cabinets de Londres et de Paris^ par les représentants de S. M. catholique auprès de ces cours.

San IldefoD&o, 6 septembre 1S61.

(c Le gouvernement de la Reine est résolu d'agir énergiquement. Il va partir un bateau à vapeur portant au capitaine général de Cuba des instructions décisives, pour agir contre Yera-Cruz ou Tampico avec toutes les forces de terre et de mer dont il pourra disposer.

<K Si TAngleterre et la France coiiviennent d'agir d'accord avec TEspagne^ les forces des trois Puissances se réuniront; tant pour obtenir la réparation de leurs injures^ que pour établir un ordre régulier et stable au Mexique.

« Si elles se séparent de TËspagne^ le gouvernement de la Reine obtiendra les satisfactions

qu'il a le droit de demander en employant ses propres forces.

M Caldbron- Collantes. »

Il n'y a plus de doutes à avoir ; qu'on remarque bien que l'Espagne parle d'établir un tn-dre régulier et stable.

On ne lardera {)as à remplacer le mot ordre par gouvernement. Bien que le sens soit le mème^ nous n*en croyons pas moins que la nuance doit être remarquée^ dans les circonstances où nous nous trouvons.

Le 1 1 septembre, M. Calderon envoie des instructions formelles au capitaine général de Cuba, et, par dépêche du 1 6^ il fait prévenir M. Seward^ par son ministre à Washington^ de la résolution prise par le gouvernement de la Reine. Gomme on peut le voir, ^lors l'Espagne entre résolument dans la question. * L'Angleterre prévoyait déjà les complications de favenir, aussi fait-elle demander à Madrid « si le gouventôment de la Reine verrait un inconvénient à compter avec le gouvernement des États-UniS| pour combiner une action collective dans les affaires du Mexique. »

Le vieil orgueil castillan avait décidément envahi les cœurs des ministres d'Isabelle. Entraîné par Taudace qu'il affichait depuis quelques jours^ le gouvernement espagnol se croyait aux beaux jours de Charles-Quint ^ rien n'était capable de Tarrêter.

Il répondait qu'il n'avait pas d'objections à faire à l'ofEre de l'Angleterre, mais il ajoutait :

23 septembre 1861.

« Qu'il ne renoncerait jamais à la pleine liberté d'action y pour traiter en la forme convenable les questions avec cette république.

« Calderon-Collahtès. »

On avait mis flambei^e au vent, on ne pouvait plus reculer.

Cette ardeur cependant ne devait pas faire manquer le but. U fallait la modérer.

Quelques jours après ^ le cabinet de Madrid en revient à demander une action en commun avec l'Angleterre et la France; et M. Calderon envoie la dépêche suivante à chacun des deux représentants espagnols accrédités auprès des cours de ces deux Puissances.

Madrid, 10 octobre 1861.

<K L'Espagne^ sans se presser, n'abandonne pas ridée, qu'elle croit très-convenable, d'un accord entre les trois gouvernements, mais cela ne doit pas se faire attendre longtemps, afin de couper court à la lutte barbare engagée au Mexique, et non pour se mêler à ses affaires intérieures.

a Nous ne repoussons pas, nous verrions avec plaisir la coopération des États-Unis , mais, la convention une fois faite entre les trois Puissances, nous devons aller à Mexico, sans attendre la résolution de l'Union. « Galdbron-Gollàntès. »

Que de changements entre le ministre d'État de 1861 et celui qui, en 1858, refusait une simple médiation, en s appuyant sur des raisons si sages et si honnêtes !

Mais il ne faut pas s'étonner de ce revirement. On en verra bien d'autres !

M. Mon les expliquait, du haut de la tribune, devant les Gortès, par ces mots :

<K Ils ont lieu, disait-il, par une de ces circonstances qui sont dans l'essence de cette question. »

Âmère critique des hommes qui Tout patronée, et des inconséquences qu'elle faisait naître forcément ! !

A la dépêche télégraphique de M. Calderon^ le ministre d'Espagne, à Paris, répondait le même jour, par la dépêche suivante :

10 octobre 1861.

a La France accepte que Ton fasse une convention ; elle n a aucun projet dynastique ou d'acquisition de territoire^ mais sans s'obliger d' avance , ignorant Vavenir.

<f Lord Gov^ley a été chai^ de Tannoncer ainsi à r Angleterre et de rédiger le projet de convention.

te L'Empereur et le Ministre des affaires étrangères désireraient une action plus efficace et plus prononcée.

(c Ils se défient de la présence des États-Unis dans la convention.

ce Mon. »

Que d'arrière-pensées contenues dans cette dé* pêche ! . . .

Il est bien certain que le gouvernement de Washington était le dernier sur le concours duquel le gouyemement espagnol pût compter.

M. Seward n'eût pas eu la sottise de convenir avec lui qu'il irait à Mexico. En tout cas, il n'eût pas consenti à Vy laisser aller seul^ et l'empire du Mexique devenait une impossibilité.

Le gouvernement des Tuileries le comprenait également^ et sa réponse le prouve clairement.

La dépêche espagnole du 1 octobre ne paraissait pas encore suffisante au Ministre des affaires étrangères de l'Empereur; voici ce que dut écrire M. Mon^ pour la compléter :

Paris, 13 novembre 1861.

N« 37 (réservée).

cc*«...

« Le lendemain^ dans la soirée, je reçus une invitation de ce ministre (M. Thôuvenel) à me rendre le 12 dans son cabinet, attendu qu'il avait une communication à me faire^ relative à ces affaires.

a M. Thouvenel a voulu me dire aussi quelque chose de la convenance qu'il régnât au Mexique un bon prince, si les Mexicains voulaient un roi ; mais nous sommes convenus que je ne connaissais à Votre Excellence d'autre intention que celle d'aller au Mexique^ pour obtenir la réparation de nos griefs.... n

Cependant M. Thouvenel n'ignorait pas la déclaration formelle faite par lord John Russeil^ le 27 septembre 1 86i , au comte Gowley^ et que nous reproduisons ci-après.

Après avoir rapporté une conversation avec M. Adams^ le représentant des États-Unis à Londres^ sur un sujet qui nous occupera plus tard, le comte Russell résume au comte Gowley la fin de sa conversation avec le ministre américain , comme il suit :

27 septembre 1861.

« Je lui dis que je craignais autant que lui de voir^ s'élever^ sur la base des sommes dues et des

dommages causés^ la prétention d'organiser un nouveau règlement an Mexique; que j'étais convaincu que, de tous les pays, le Mexique était celui où une intervention dans les affaires intérieures entraînerait le désappointement le plus sévère sur ceux qui en seraient les auteurs.

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