‹ L'intervention française au Mexique: accompagnée de documents inédits et d'un long mémoireChapitre 40 sur 41 · LÉGALEMENT RECONNU · texte numérisé non relu

LÉGALEMENT RECONNU

Maximilien n'était donc plus à cette époque^^on pas seulement moralement, mais eqçore de fait, le chef de TÉtat légalement reconnu!

C'est ce qui ressort évidemment de la conversation avouée qui eut lieu entre le général et M. Otterbourg.

Est-il admissible que le maréchal ait pu tenir un pareil langage, sans avoir reçu des ordres en conséquence ?

Et maintenant voici ce qu'on nous a raconté :

Porfirio Diaz avait envoyé à Mexico un certain Thiel, pour traiter de l'échange des prisonniers.

Ce personnage était Tintermédiaire entre le maréchal et le général mexicain.

Les dépèches de Thiel étaient expédiées aux commandants des avant-postes français qui les faisaient parvenir aux avant-postes ennnemis, lesquels les envoyaient à destination.

Thiel n avait pas intérêt, sans doute, à laisser ses démarches absolument secrètes. Il avait intérêt

peut-être à les faire connattre , entièrement dénaturées. Porfirio avait, d'un autre côté^ des amis j indiscrets à Mexico. Or voici ce qui s*y disait tout * haut : a Thiel avait écrit à Porfirio une dépèdie chiffrée dans laquelle il était question des offres da maréchal^ au sujet de la livraison des 6000 fusils et d'autres munitions.

a Dans cette dépêche» Thiel dévoilait Tétat exact des forces de Marquez, ce qui est extrêmement H grave ; il expliquait comment on pourrait facilement battre le général impérialiste, v

On nous a affirmé de la façon la plus catégorique que cette dépêche a passé par les avant- postes français. Si cela est vrai, ce dont nous ne pouvons que douter, nous avons la conviction que le maréchal ignore ces détails. S*ils sont faux, il est du devoir du général Porfirjo Diaz de les démentir publiquej ment, dès qu'il en aura eu connaissance.

Comme Jt les journaux étrangers ont-ils pu impunément publier les récits les plus accusateurs contre un maréchal de France? Comment le journal le Nord y a-t il pu publier les articles suivants sous la rubrique : Régénération du Meœiqtie ?

ce G*est8urtout dans l'armée qu*on est impatient de lire le mémoire du maréchal Bazaine. On est curieux de voir comment le maréchal expliquera divers ordres donnés par lui^ et notamment Tordre aux généraux et chefs de détachements de ne pas étendre leur action au delà d'un certain rayon autour de leur cantonnement. On prétend qu*à Tépoque où cet ordre a été donné les juaristes n'étaient pas organisés, et que Tinaction de nos troupes a permis à leurs bandes de se recruter et de circuler librement entre nos divers postes, sans être inquiétées. On annonce qu'alors, le brave général Douay, condamné à Timmobilité dans le nord, avait des forces plus que sufGsantes pour s'opposer à la jonction des diverses bandes.

ce On se demande comment il est possible de justifier Tordre donné au moment de l'évacuation de Mexico, de noyer 1 4 millions de cartouches^ de briser les obus à coups de pioches, d'enclouer les canons, alors que le courageux et infortuné Maximilien avait si grand besoin de munitions de toute espèce.

(c Et les chevaux de notre cavalerie, n'était-il pas naturel de les laisser à Tallié que nous abandonnions à ses seules forces» au lieu de les vendre à vil

prix à des acheteurs qu'on devinait aisément opérer pour le compte de Juarez? »

Le même journal, sans avoir été contredit^ ajoute ce qui suit :

a Je sais de source certaine^ par exemple, que la famille de la maréchale Bazaine n*a jamais douté on seul instant que ce mariage ne dût donner à la jeune fille qui se décidait à épouser un étranger quatre fois plus âgé qu^elle un fauteuil présidentiel^ voire même une couronne impériale. Ces espérances étaient dites et redites par tous ses parents, lesquels appartenaient, on le sait, au parti le plus opposé à la France.

a On ne comprend pas aujourd'hui comment le gouvernement français a pu être assez mal renseigné pour autoriser un maréchal de France à épouser une Mexicaine du parti ennemi du nôtre. »

Il est vraiment regrettable que pareilles choses puissent être dites en vain.

Quant à nous, si nous les reproduisons, c'est pour leur faire donner un éclatant démenti.

AU MEXIQUB. 311^

Lorsqu'il se rendait à Vera-Cruz, le maréchal a conyoqué, à Orizaba, les généraux et officiers qui se trouvaient dans cette place, et il leur a lu des fragments de dépêches de l'Empereur Napoléon , de ses ministres et même des généraux placés sous ses ordres, pour faire cesser des calomnies que Tannée avaient accueillies sur son compte.

Ce ne sont pas des fragments de dépêches^ ce sont les dépêches entières qui doivent être communiquées au public tout entier.

Ce qu'il a fait en petit à Orizaba, que le maréchal le fasse complètement à la face du monde entier.

Et le monde entier fera retomber sur qui de droit la responsabilité des actes commis.

H n'est pas admissible que celui dont le fils a eu \ ^ pour parrain l'Empereur du Mexique, et pour marraine l'impératrice Charlotte, sa femme, que celui qui a été comblé de leurs bienfaits puisse être taxé de la plus noire ingratitude.

Pourquoi s'estil séparé de Maximilien sans lui laisser même les moyens de se défendre? Il avait évidemment des ordres pour agir de la sorte.

A Puebla, le préfet avait voulu élever des barri-

cades pour se mettre à l'abri des attaques de Porfirio, après le départ des Français.

Défense formelle a été faite à ce préfet, M. Esteva, d'élever des défenses^ et Puebla a été enlevée focilement, le 2 avril, par Porfirio.

Quant au matériel, on a refusé de le vendre au gouvernement mexicain, a sous prétexte d'insolvabilité ».

Les cartouches furent brisées, le plomb fut vendu à vil prix, les poudres noyées, et rontillage de guerre qui avait coûté des sommes énormes^ vendu au poids. Les eiïef s d'hôpital et de campement fnrent vendus à la criée.

Pendant plusieurs jours, les lâagasina de rarmée française se transformèrent en hôtels Bouillon.

Tout était vendu à vil prix.

Le Trésor français encaissa, il est vrai, quelques piastres.

Ce que Porfirio Diaz avait fait, à Paso del Macho, pour les chevaux de la cavalerie, qui y furent vendus, les généraux mexicains le répétèrent, le 21 juin, à leur entrée à Mexico. Ils décidèrent que tout le matériel laissé par Tarmée française leur serait livré, « attendu que cette armée ayant été obligée d*aban-

donner ses magasins, ceux-ci élaient déclarés de bonne prise par Tarmée libérale. »

Nous le demandons encore : Ne valait-il pas mieux laisser le tout à Maximilien, quitte à perdre quelques piastres, lors même qu'en agissant ainsi en lui eût laissé un excédant de moyens de défense?

Que le maréchal nous permette de le lui dire : il a eu un grand tort de se laisser aller à de mauvaises passions, quelque prétexte qu'il puisse avoir pour les expliquer^ en interdisant à l'Empereur rentrée de la citadelle de Mexico. 11 y avait là une question de convenance^ dont nous ne parlerons pas^ et qu'il n aurait jamais dû oublier.

En somme, cette citadelle appartenait, ce nous l

semble^ à l'Empereur. ^

Il était bien encore assez le souverain du Mexique 1

vis-à-vis du maréchal pour ne pas être considéré comme un ennemi^ et pour pouvoir se rendre compte de ce qui se passait chez lui.

Ces antagonismes entre le commandement fran* rais et le gouvernement mexicain ne sont-ils pas désolants? Veut-on savoir ce qu'ils ont produit?

Le maréchal en était arrivé à craindre, à la Piedad, le lendemain de sa sortie de Mexico, presque à la

porte de la capitale^ des attaques que proToquerait le cabiDet de Maximiliea, et il prenait des dispositions en conséqueDcell C'est inouï 1 I N*est-ce pas à cause de ces craintes, que la nuit

qui a précédé le départ des troupes, il fit enlever les pièces de dessus les affûts, et transporter secrc- \ tement les écouvillons et refouloirs dans des maga- ! sins de la ville?

Mais achevons au plus tôt le récit de ce drame funèbre.

Le général Castelnau était parti.

Le maréchal le suivait de près. Il abandonnait, à Paso del Macho, les bagages de TEmpereur i la merci des bandits qui occupèrent ce village aussitôt après le départ des Français.

Enfin, après avoir noyé tant de poudres, on en vendait à M. Bureau, à Yera-Cruz, pour une somme de 150 000 francs, qui n a jamais été payée sans doute. Ce fut le dernier acte du commandement français au Mexique !

i Le 1 2 mars 1 867, le vaisseau le Souverain emportait en Europe le maréchal Bazaineet sa famille. Mal ac- - cueilli à son débarquement en France, le maréchal

I reste encore aujourd'hui sous le coup d'accusations

ou tragean tes, sans avoir la consolation de trouvei" le moindre appui auprès du gouvernement^ des œuvres duquel il n'a été cependant^ en grande partie, que Texécuteur. En agissant de la sorte, le gouvernement veut-il faire comprendre qu'il en laisse toute la responsabilité au commandant en chef qui, par les

rapports qu'il lu i adressait, et dans lesquels^ vu les distances, on devait avoib une foi aveucle. au-

^ ^^-1 II--- ■ 1^ — ""^rfii iiwftMi-r-—

raît provoqué tous les ordres qui ont été envoyés

à M exico?

Peut-être.

Le ministre de France, lui, était resté à Mexico^ où il terminait ses affaires de mariage.

On sait à la suite de quelle trahison Maximilien, après une lutte héroïque, tombait à Queretaro entre les mains jle Juarez, avec les généraux Mendez, Miramon et Mejia, pendant que Mexico luttait encore, assiégée par Porfirio Diaz.

Mendez fut fusillé sur-le-champ. Les libéraux vengeaient ainsi la mort d*Arteaga et de Salazar.

Quant à Maximilien et à ses généraux Miramon et Mejia, il fut décidé qu'ils seraient traduits devant un conseil de guerre.

L'acte d'accusation dressé par Mejia, ministre de la guerre de Juarez, était ainsi conçu.

San-Luis-Potosi, 21 mai 1867.

<f Citoyen général Mariano Escobedo, commandant en chef de l'armée du Nord à Queretaro, après aïoir pris Queretaro par la force des armes» tous avez informé ce ministère que huit mille soldats avaient été faits prisonniers^ ainsi que quatre cents officiers ennemis, et dans ce dernier nombre, Ferdinand- Maximilien de Hapsbourg, soi-disant empereur du Mexique.

a Avant de publier aucun ordre relativement à ceâ prisonniers, le gouvernement a voulu peser la question avec tout le calme et toute la maturité que demandait sa gravité. Il a fait abstraction de tout ressentiment qu'aurait pu lui inspirer une guerre aussi prolongée^ et s est efforcé de n'écouter que la voix de ses grands devoirs envers le peuple mexicain. Il a considéré^ non-seulement Tesprit de justice dans lequel les lois doivent être appliquées^ mais encore la nécessité même de les faire exécuter. II s'est demandé jusqu'où pouvaient aller la clémence et la magnanimité, et quelles

AU M£XIQUE. 321

étaient les limites que la justice et la stricte uécessité d assurer la paix, de protéger les intérêts légitimes et de préserver les droits et la future prospérité de la république, ne permettaient pas de franchir.

« Après cinquante ans de maux et de souffrances infligés au Mexique par la guerre civile, le pays était enfin arrivé à son but, il était parvenu à faire prévaloir le respect de ses lois et de sa Constitution; il avait réduit à Timpuissance certaines classes corrompues de citoyens qui, pour la satisfaction de leurs intérêts privés, sacrifiaient tous les autres intérêts, ainsi que les droits mêmes de la société; la paix et la tranquillité étaient en voie de rétablissement conformément à la volonté du peuple, et malgré ceux qui aspiraient à le subjuguer. Ce fut ce moment que choisirent les plus misérables restes de ces classes abattues pour appeler l'étranger, espérant avec son aide assouvir leur cupidité et leur désir de vengeance. Ils se mirent à Toeuvre, excitant l'ambition d'un monarque étranger, et une intervention étrangère iniquement liguée avec la trahison, déborda sur la république.

(c L'archiduc Ferdmand*Maximilien de Hapsbourg se prêta comme instrument principal à l'œuvre d'iniquité qui, pendant cinq ans, a affligé la république de toutes sortes de crimes et de calamités. Il vint pour opprimer le peuple, prétaidant détruire sa Constitution et ses lois, sans autre titre que quelques votes dénués de valeur, puisqu^ib furent imposés par la présence et la force des baïonnettes étrangères. Il vint ici, et assuma volontairement la responsabilité la plus sérieuse, par une attitude condamnée par les lois de toutes les nations, qu'avaient prévue et à laquelle avaient pou^ vu diverses lois antérieures de la république, dont la dernière était celle du 25 janvier 1 862, d^nissant les crimes contre l'indépendance et la sûreté de la nation, contre la loi des nations, contre les droits individuels, la paix publique et Tordre.

a Les actes notoires de la carrière de Maiimilien tombent sous la plupart des responsabilités spécifiées dans cette loi. Non seulement il se fit l'instrument de l'intervention étrangère, mais encore, en vue de poursuivre pour son propre compte une guerre de flibustiers, il amena ici d'autres étrangers, Autrichiens et Belges, sujets de puissances

étrangères qui n'étaient pas en guerre avec la république. Il entreprit de renverser pour toujours les institutions politiques et le gouvernement que la nation s'était librement donnés, prétendant que le pouvoir suprême avait été frappé de déchéance par le simple vote de quelques individus nommés et délégués par Tenvahisseur étranger, ou contraints par la présence et les menaces d'une soldatesque étrangère II disposa par la force, et sans aucun titre légal, des vieS; des droits et des intérêts des Mexicains. Il promulgua un décret contenant des prescriptions barbares pour l'assassinat des Mexicains qui défendaient, ou qui refusaient de dénoncer ceux qui défendaient Tindépendance et les institutions de leur pays.

<c II fut la cause de nombre de sanglantes exécutions faites en vertu de ce cruel décret^ qu'il fit appliquer tout d*abord à des Mexicains distingués, qui, d'après toutes les présomptions, ne pouvaient pas même connaître encore le fait de sa promulgation. Il ordonna à ses propres soldats, ou tput au moins il permit, sous le faux titre de chef de la na-^ tion, aux soldats de l'envahisseur étranger de hr^y 1er ou de détruire des villes entières d'un .boy t. à

Tautre du sol mexicain, notamment dans les États du Michoacan, de Sinaloa, de Chihuahua et du Nouveau-Léon ; il ordonna à ses propres agents ou per mit aux agents des étrangers d'assassiner des milliers de Mexicains^ auxquels on faisait uta crime de défendre leur patrie. Et lorsque les armées de ii puissance étrangère se retirèrent, et qu'il vit la république tout entière soulevée contre lui, il rassembla autour de sa personne les plus coupables fauteurs de notre guerre civile et employa tous les moyens de violence, de déprédation, de mort et de dévastation pour soutenir jusqu'au bout ce faui titre^ qu'il ne pouvait encore se résoudre à abandonner et qu'il n'abandonna, malgré lui, que lorsqu'il y fut contraint par la force.

a Parmi ceux qui s'efforcèrent de le soutenir jusqu'à la fin, et qui ce craignirent point d'encourir toutes les conséquences de leur trahison, figurent au premier rang les généraux don Miguel Miramon et don Thomas Mejia. Tous deux avaient été élevés à une position éminente, à Querefaro^ comme généraux en chef commandant des corps de l'armée de Maximilien. Toutefois^ bien longtemps avant, ces deux généraux avaient déjà encouru de graves res-

AU MBXIQUE. 3?5

ponsabilités pour avoir, pendant plusieurs années, entretenu la guerre civile, sans jamais reculer devant les actes les plus criminels, et pour avoir été de tout temps un obstacle et une menace constante pour la paix et la solidité des institutions républicaines.

« L'article 28 de la loi mentionnée ci-dessus dispose que le châtiment dont elle frappe les coupables peut leur être infligé sur la simple constatation de leur identité^ lorsqu'ils sont pris flagrante delicto ou dans un engagement de guerre. Gomme, dans le cas présent, se rencontrent ces deux circonstances à la fois^ la notoriété des faits suffirait pour nous donner le droit d'agir conformément à cet article de la loi. Néanmoins, Tintention du gouvernement étant d'user de ses grands pouvoirs de manière à ce que^ dans le cas actuel, il ne puisse s'élever aucua doute sur la légalité et l'équité de la procédure, il a été résolu qu'on suivrait le marche indiquée pour d'autres cas par cette loi, qu'on entendrait dans le procès tout ce que les accusés pourraient avoir à dire «pour leur défense, et que la sentence serait prononcée en conséquence, et d'après toutes les règles de la justice. A cet effet, le citoyen président de la repu-

326 L'JNTËRVENTION FRANÇAISE

blique a décidé que vous prendriez des mesures pour faire juger Ferdinand-Maiimiliea de Habsbourg et sesdits généraux Miguel Miramon et Thomas Mejia^ et que le procès serait poursuivi conformém^t aux articles (de 6 à 1 1 } de la loi du 25 janvier 1862 qui traitent des formes de la procédure.

<c Quant aux autres officiers ou fonctionnaires faits prisonniers à Queretaro, vous en enverrez la liste au gouveroement^ spécifiant leurs fonctions oa grades dans l'armée ennemie^ afin qu*on puisse prendre à leur égard des résolutions en accord av^ les circonstances de leurs cas respectifs.

« Indépendance et liberté. « Mejia. >

PROCÈS DE L'EMPEREUR MAXIMIUExN.

Deux célèbres avocats de Mexico, MM. Mariano Riva Palacio et Rafaël Martinez de la Torre, viennent de publier un long mémoire sur le procès de Tempereur du Mexique^ dont ils ont été les défenseurS; avec don Eulalio Maria Ort^a et don Jésus Maria Vasquez. ,

Ce mémoire^ joint à la publication officielle du procès lui-même^ faite par ordre du gouvernement

mexicain^ est la pièce historique la plus complète et la plus irrécusable qui puisse être présentée au publicy pour bien juger des éyénements qui se sont passés au Mexique^ depuis la prise de Queretaro jusqu'à la mort de l'empereur Maximilien.

Nous extrayons quelques passages intéressants de cette publication importante :

« Maximilien s'était rendu^ à Queretaro^ à la discrétion du général Escobedo, le 1 5 mai dans la matinée^ et de ce jour ii était devenu son prisonnier.

<c La ville de Mexico comprit^ aux démonstrations de joie que les assiégeants faisaient éclater dans la petite ville de Guadelupé, que Tarmée impériale avait succombé à Queretaro. Le jour suivant, la nouvelle qui, le 1 5, n'était qu'une conjecture devint une réalité, et^ dans les grenades qu'ils lançaient sur la ville, les assiégeants enfermaient la dépèche suivante:

Guadalnpe-HidalgOy 15 mai 1867.

Télégramme parti de San-Juan del Rio, à 5 h. 20 m. soir.

(c Général Diaz^ M La place de Queretaro est tombée en notre pouvoir ce matin à six heures. Je vous enverrai des

détails. MaximilieD^ avec les forces qu*il commandait^ et avec les chefe^ s*est rendu à discrétioD. Les armeS; les munitions et toute Tartillerie sont égal^ ment entre nos maios.

«Alcereeca. »

c La première impression causée par cette noufelie fut une grande joie chez les républicains et une stupeur égale chez les partisans de l'Empire.

« Au milieu de cette incertitude, on reçut, également imprimée^ la dépêche du général Escobedo confirmant celle de M. Alcerreca.

tf Le 19 mai, à deux heures de Taprès-midi, (Hi reçut, en outre, à Mexico le nouvel ùnprimé suiyant:

a La Victoire. — Second supplément au n* 5.

Tolaea, 17 mai.

« Par un express, le gouvernement suprême fait savoir ce qui suit au colonel German Contreras :

Hacienda de Garretas, 15 mai 1867.

o Mon cher German^ a Queretaro est en notre pouvoir. La fortune a couronné nos efforts. A trois heuâ*es du matin la

Cruz a été surprise par une colonne de la deuxième division du Nord....

(c  dix heures^ nous avons fait prisonniers Maximilien, Mlramon, Mejia^ Castillo, Reyes et une foule d'autres chefs....

<c ViCENTE Riva Palacio. »

ff Copie de cette lettre fut envoyée à la femme du général Riva Palacio par des personnes de Toluca.... Peu d'heures après, cette copie circulait par toute la capitale^ et la sensation qu'elle produisit fut telle, qu'un employé du ministère de Tintérieur fît réclamer au père du général Palacio la lettre de son fils. Il ne put en présenter qu'une copie.

« Le ministre de l'intérieur, ne voyant pas la signature originale, nia l'authenticité de la nouvelle.

a Un ami du général Palacio, qui avait pu s'échapper de Mexico, apprit à ce dernier Tobstination qu'on mettait dans la capitale à nier la prise de Queretaro et la captivité de Maximilien. Il s'empressa d'écrire alors à sa femme.

« 11 espérait ainsi détruire tous les doutes que le ministre de Tintérieur pouvait avoir.

330 L'INTERVKNTION FRANÇAISE

Iztapalapa, 25 mai 1867.

c Ma très-chère Joséphine,

<c Je t'ai écrit deux fois déjà depuis que j*ai quitté Queretaro. Je ne sais quel sort ont eu mes lettres. Je croyais te voir bien vite ; mais je suis peiné de la mauvaise foi des personnes dans lesquelles Maximilien a placé sa confiance.

« Lui-même m'a dit, à moi, qu'en partant pour sa malheureuse expédition il a laissé son abdication en règle entre les mains de Lacunza^ qui s'était engagé à la publier dès l'instant qu'il le saurait oa mort ou prisonnier.

a Ils savent^ à n'en plus douter, que l'archiduc eât prisonnier^ qu'il ne vit que grac6 à la générosité des républicains^ et ils continuent à faire une guerre qui n'a aucun drapeau.

a Bonne chance donc 1 Sur eux doit retomber tout le sang qui sera versé.

« Adieu ; nous nous reverrons bientôt.

«I ViCENTB. »

« Cette lettre fut apportée à M. Irribarren luimême par le père du général.

« L'entrevue fut franche, et pour arriver au bon résultat désiré, M. Irribarren exigea que M. Riva Palacio présentât cet écrit à M. Lacunza. Quelque pénible que fût pour lui cette démarche, M. Palacio la fit.

(c M. Irribarren assista à Teiitrevue.

<c M. Lacunza manifesta mille doutes sur le triomphe de Queretaro. Il déclara posséder l'acte d'abdication^ et après Tavoir lu, pour donner à M. Palacio une preuve delà confiance qu'il avait en lui, il dit :

« L'Empereur exige, pour que je publie son abdication, que je sois informé d'une manière évidente qu'il est prisonnier. Cette lettre établit -elle à mes yeux une preuve suffisante ? Me donne-t-elle l'évidence dont j'ai besoin? A cette lettre, digne de foi, en raison de la personne qui l'a signée, il doit, pour ma conscience, s'ajouter encore une autre preuve quelconque qui lui donne la valeur de l'évidence.

« La lettre d'un fils, dont la probité était reconnue, à son père, méritait les honneurs d'une confiance due à la vérité même, d

A la fin de l'entrevue, on décida que M. Riva

Palacio irait causer avec son propre fils. Le 28 mai il sortit de Mexico, et le matin même son fils lui communiqua la dépèche télégraphique suivante :

LËMPEREUR MÂXIMIUEN au baron Magnus, ministre de Prusse.

De san-Jiubi del Rio, 25 mai 1867.' Reçue à Guadalupe-Hidalgo à 9 h. 12 m. matîo.

a Ayez la bonté de venir me trouver le plus lot «c possible avec les avocats Don Mariano Riva Pa- « lacio et Don Rafaël Martinez de la Torre» ou autre a que vous jugerez bon pour la défense de ma ce cause. Je désire que vous veniez immédiatement. « Il n'y a pas de temps à perdre. N'oubliez pas les flc documents nécessaires.

cr MAXiMiLifaif. »

Laissons maintenant les deux avocats faire le récit des difficultés qu'ils eurent à vaincre, pour se rendre à l'invitation de leur infortuné client.

« Le jour suivant, au retour de Riva Palacio, nous fûmes instruits de la dépèche précédente et

du motif qui nous faisait mander à Queretaro avec le baron Magnus.

a Une entrevue fut décidée pour six heures du Boir^ pour aviser aux moyens de partir.

a La personne, qui devait nous faciliter tous los moyens d arriver jusqu'à l'Empereur, était le P. Fisher^ son secrétaire particulier.

M Nous espérions voir tout prêt pour le jour suivant, à onze heures. Nous avions rendez- vous chez le baron Magnus avec ledit padre, qui nous dit:

a 11 y a environ huit jours, quand j*ai soupçonné « que la captivité de TEmpereur était réelle, je con- « sultai un ami pour m*enquérir d'*un défenseur; « il me répondit en me recommandant le licencié « Eulalio Ortega. »

c( G est- avec grand plaisir que nous acceptâmes le concours d*un avocat aussi intelligent.

« Le père Fisher ne pouvait obtenir de passeport. Tout était arrangé cependant pour le lendemain^ et à quatre heures après midi nous devions partir. Le général Diaz avait lait cesser le feu.

(K A une heure de l'après-midi, le général en chef

Marquez nous &t savoir, par un ordre verbal que nous communiqua le colonel Ârrieta, que nous ne pouvions pas partir ce jour-là.

« M. Arrieta^ le père Fisher et le ministre de Prusse allèrent trouver le général Taberà pour obtenir de lui les passe-ports pour le lendemain. Le général promit d'en référer au général Marquez, qui avait le titre de lieutenant général de l'empire, et qui avait donné Tordre de suspendre le départ

<c A cinq heures, on nous prévint que le baron Magnus pourrait partir avec les défenseurs dans la matinée du jour suivant.

<r Nous ne savons comment cette nouvelle se répandit; mais^ à notre arrivée aux fortifications, i sept heures et demie, nous trouvâmes.plus de deux mille personnes, soit à cheval, soit en voiture, qui voulaient partir avec nous.

a Parmi elles étaient le ministre de Bel^que et le ministre d'Autriche.

« Dans la multitude, le ministre de Belgique put sortir^ mais le baron Lago ne put réussir à cause des obstacles que lui firent les chefs impérialistes.

a Cependant Porfirio Diaz fut fort étonné de ces résistances, car il croyait qu^il avait reçu la commu-

AU MËXIQUB. 335

nication par laquelle Escobedo permettait sa sortie ainsi que celle des autres ministres résidents^ pour se rendre à Queretaro^ suivant le désir de l'Empereur. »

On a peine à croire à la conduite de Marquez et de Lacunza.

Nous verrons, plus loin, combien tous les retards causés par l'incrédulité vraie ou simulée de eesdeux personnages Turent nuisibles à TEmpereur.

Un fait inouï nous a surpris après IsC lecture de cette intéressante publication : c*est que nous n'y avons .pas vu figurer une seule fois le nom du ministre de France» et que pas une seule démarche de lui, en faveur de Maximilien, n'y est meniionnée. Or, tous les ministres résidents étrangers, excepté lui, se sont rendus à Queretaro.

Il est vrai que M. Dano était nouvellement marié, et goûtait à Mexico les douceurs d'une chaîne trèsdorée.

Mais continuons notre récit :

Les deux défenseurs de l'empereur Maxim ilien et le baron Magnus arrivèrent à Queretaro dans la nuit du 4 au 5 juin^ à minuit et demi.

L'Empereur avait déjà fait appelcar M* VasqiMi, avocat de Qiaftreiaro. JMM. Palacio et de la Torre k virent le lendemaio, 5^ de très-bonne heure. Os apprirent par lui que le prince Ferdinand-^Maiîmi lien serait jugé par un conseil de guerre ordinaire^ conformément à la loi du 25 janvier

Si Ton ne pourrait obtenir rincompélence d*uo pareil tribunal, incompétence reconnue^ du reste, par les avocats de rEmpereur^ la fin tragique da procès ne laissait aucun doute dans Tesprit de ceux-ci .

Avant devoir TEmpereur^ ils se rendirent.auprès d^Escobedo, afin de réclamer de lui le tenips bien nécessaire pour préparer la défense d*une caose aussi sérieuse.

Le général déclara avoir reçu des ordres^ dont il ne dévierait en rien^ et, en vertu de ces ordres, il accorda vingt-quatre heures à la défense.

Voilà le résultat des relards causés par Marques et Lacunza!

Il y avait déjà vingt jours que Maximilien était prisonnier, et il y en avait onze qu'il avait demandé par téléj^raphe le baron Magnus et ses défenseurs,

AU MËXIQUB. 337

sans qu'ils pussent sortir de Mexico. (La dépêche de âaximilien est du 25 mai .) ^ 'f . Après Tenf revue qu'ils eurent avec Escobedo, les défenseurs se rendirent au couvent de las Capu« chinas^ qui servait de prison à Maxîmilien.

Nous reproduisons textuellement le récit de celte entrevue, fait par M. Palacia :

« Dans notre première entrev-^e, qui eut lieu le 5, à. dix heures du matin, avec l'archiduc^ il ne vit pas l'augoisse de ceux qui, appelés à le défendre, pressentaient sa mort prochaine.

« Il nous accueillit avec émotion, mais sans s'occuper de sa situation. Il s'informa tout d'abord de personnes qui étaient dans la capitale et en dehors.

« 11 ne comprenait pas^ et qu'on n'eût pas publié son abdication et que Mexico se défendît encore.

« Nous fûmes obligés d'interrompre cette conversation vague et si inutile dans ces moments solennels, pour établir quelques points de la défense. »

M. Riva Palacio envoya immédiatement un télégramme à San-Luis pour réclamer du ministre Lerdo de Tejada la faveur d'un délai. Le jour même,

dSS L'ntTERVXHTION FRAMCAI8B

i sept heure» du soir, la réponse du ministre de Juarez accordait un délai définitif de trois Jours.

Gela ne remplissait pas le but déeiré par les défenseurs.

Ils se décidèrent à se séparer.

Deux d'entre eux^ MM. Vasques et Ortega, devaient rester à Queretaro^ pendant que MM. Palado et de la Terre se rendraient à San-Luia^ auprès do gouyemement. Ces derniers allaient plaider d'abord Tincompétence du tribunal^ et, au besoin, dans le cas où leurs efforts seraient inutiles, ils seraient plus à portée du président pour obtenir la grftce de leur client.

Ces résolutionë plurent beaucoup à Maiimiliai» qui les considéra comme la seule planche de salut qui lui restât encore.

Après avoir pris les dernières instructions da prince, MM. Riva Palacio et de la Torre partirent pour San-Luis, où ils arrivèrent dans la matinée du 8. Leur arrivée y avait été annoncée.

L'esprit de la population y était favorable à Tindulgence. La première entrevue qu'eurent les défenseurs avec le ministre Lerdo de Tejada dura plus de trois heures. Des liens de grande et ancienne amitié

unissaient le ministre de Juarez avec ces deux messieurs.

Ceux-ci plaidèrent la nécessité d'épargner la vie de leur client et d'avoir recours^ pour le juger^ i un autre tribunal que celui qu'instituait la loi du 25 janvier 1862.

Le ministre ne donna par ses répobses aucune espérance à ses deux amis. Il leur offrit de les introduire auprès du président Juarez.

M. Palacio raconte ainsi son audience avec Juarez :

« Les mêmes raisonnements, qui nous avaient été faits par M. Lerdo, nous furent répétés par le président^ avec le même calme. Les paroles seules étaient différentes ; il ne proféra pas un seul mot de haine ni de vengeance; — mais au fond de ses réponses perçait une résolution inébranlable qui augmentait nos terreurs. — Bref, il termina en nous disant que tout ce que nous lui avions dit serait débattu en conseil des ministres, afin que les décisions prises fussent empreintes du senti* ment de la plus stricte équité, n

Il était déjà tard quand MM. Palacio et de la Torre sortirent de chez le président. Ils ne crurent

340 L*lNT£RyEMTION FRANÇAISE

pas prudent d'aller déranger les deux autres ministres^ Iglesias et Mejia, à pareil moment.

Les espérances qu'ils avaient eues de sauver b vie de l'Empereur s'étaient presque entièrement dissipées.

Le général Mejia et le ministre Iglesias étaient d*avis que le conseil de guerre était parfaitement compétent.

A midi^ le 9, les deux avocats se présentèrent au palais du président. Celui-ci leur fit dire de revenir à trois heures, afin de prendre connaissance de la décision des ministres qui étaient réunis en conseil.

Ils ne songeaient plus guère qu'au recours en grâce, a En effets dit M. Palacio, cette loi du 25 janvier 1862, comme toutes celles données dans un but d'intimidation, n'est qu'un instrument de guerre qui coupe la tète de l'ennemi partout où il le rencontre. M Ils se décidèrent i faire part de leur projet à leurs collègues de Queretaro par un télégramme :

Aux licenciés Eulalio Ortega et Jestis Viisquez.

San-Lois Potosi, 9 juin 1867.

fi Malgré tous nos efforts auprès du président et

de 868 ministres pour avoir un délai d'un mois, nous recevons en ce moment^ trois heures et demie de raprès-midi, la réponse qu'aucun délai ne sera accordé.

« Dussions«nous voyager toute la nuit^ nous n*arriverions pas à temps pour aider à la défense que vous avez préparée déjà^ et que vous devez présenter dans quelques heures.

«c Nous avons perdu tout espoir. Cependant faites tous vos efforts pour que, si la sentence est un arrêt de mort, le président en ait connaissance avant l'exécution.

a Riva Palacio.

ce Martinez de la Torrb. »

Pour donner une chance de plus à leur client, ils allèrent réclamer l'appui du jeune général Trevino, très-influent auprès du conseil. Mais que pouvait cet officier général en présence d'une situation aussi terrible, et dont les conséquences avaient été l'objet de mûres réflexions de la part du président et de ses ministres?

Avant de préparer le recours en grâce, ils allèrent encore une foi^ exposer à MM. Iglesias et

34S L'INTERVENTION FRANCÂISB

Lerdo tout ce que la loi du 25 janvier 1 862 avaii de monstrueux.

M. Lerdo leur répondit :

<c Cette loi est une loi préeiistante* Sea sévères arrêts étaient connus de rarchiduc avant son arrivée au Mexique.

« Un agent du gouverDement constitationnel réputé pour son intelligence et sa probité^ M. Jésus Teran , avait été à Miramar et y avait démontré à Tarchiduc les dangers de son entreprise....

a A la suite de son entrevue avec M. Teran, Farchiduc avait dû envisager sa fausse situation et prévoir les conséquences qui pourraient en résulter. >

M. Lerdo achevait en leur disant « qu'il était absolument nécessaire d'appliquer les lois dans toute leur rigueur dans les moments de grande pertarbation. n

Le président, de même que les ministres^ donna aux défenseurs toutes les entrevues qu'ils réclamèrent de lui; mais il ne leur répondit jamais que de façon à leur £ure prévoir la fin tragique de Tempire.

Il disait :

<c Le pardon de Maximilien serait la justification des cruautés commises, en son nom, par Tinteryention française ; ce serait la grâce d*une foule de gens qui, à Tabri de ce qu'ils appelaient le gouvernement de la nation, firent couler le sang, déyastèrent le pays, commirent mille déprédations, etc . , etc . ; ce serait Tabsolution de cette atteinte terrible portée à la société par la loi du 3 octobre 1865.

« Du reste , il fallait attendre la sentence avant d'examiner s'il y avait lieu à être indulgent. »

A toutes ces raisons MM. Palacio et de la Torre répondirent :

f* Que jamais Maximilien n'avait accepté le rôle d'être l'instrument des Français, dont il avait sans cesse combattu les injustes exigences. ...

« Que, quant à la loi du 3 oc^bre, Muimilien leur aurait affirmé , qu'indépen4amment des grâces fréquentes qu'il avait accordées, dans les applications qu'on avait eu à en faire, lui et son ministère avaient cru fermement que le gouvernement républicain avait abandonné le pays. »

346 L'INTBRVBNTION FRANÇAISB

Sur ces entrefaites, le représentant de Prasse, M. le baron Magnus, arriva à San-Luis. Il venait, an nom de rAutriche, de la Belgique, de l'Italie^ et, 9Q besoin, de TEurope entière, demander 1« grâce de l'empereur Maiimilien.

Le 1 3 il se présenta à MM. Lerdo et Iglesias.

Les réponses qu'obtint le baron Magaus furent celles qu'avait faites précédemment le ministre de Juarez.

Le président lui-même» qui reçut le plénipotentiaire prussien, fut très-peu explicite sur le sort qd était réservé à Tarchiduc.

C'est alors que M* Magnvs écrivit dans la nuit une lettre par laquelle, au non^ de rbumanité, an nom du roi de Rrusse, k qui sera heureux d*aid^ le plus possible le gouvernement de Mexico à s établir et à obtenir la paix, » il réclame I9, grâce de Tarchiduc.

Le lendemain il reçut la réponse à sa lettre^ et nous en extrayons le passage suivant :

« Les personnes qui composent le gouvernement de la république ont pesé mûrementet pèseront justement, en considération de tout ce que vous leur

traire aux lois dans la coi^^uite adoptée par le gouvernement ; que le régime constitutionnel était suspendu par le fait même de la guerre quk soutenait ENCORE LA NATION. ( Marqûez défendait encore Mexico ! ! )

c La loi du 25 janvier 1862 devait donc avoir son cours. »

Il ne restait plus qu'une chose à faire : implorer la clémence du président de la république.

Une pétition fut faite par les avocats de Maximilien pour demander sa grâce. Elle était fort longue. Elle expliquait comment le prince était venu au Mexique^ comment il avait toujours fait respecter les idées libérales, combien il avait la conviction de remplir une mission juste^ indispensable au bonheur du Mexique. Elle concluait par des considérations politiques et humanitaires^ en faveur du condamné.

A cela, le général Mejia répondit que : « la sentence n*étant pas prononcée^ il n'y avait pas encore lieu de faire connaître les décisions suprêmes du gouvernement. »

indulgence qai la laisserait exposée aux dangers d'une nouvelle agitation.

«r Qui pourrait croire qu ils resteront tranquilles, ces hommes intraitables, pour qui le progrès, ses institutions, sont un péché qui les blesse et qui les porte à prêcher la révolution ?

« Quelles garanties les souverains de TEurope peuvent-ils nous donner que nous n'aurons pas une nouvelle invasion pour soutenir Tempire?

c< Et les gouvernements d*Europe^ sous

le prétexte de nous moraliser, foulant aux pieds euxmêmes la morale la plus pure^ pourraient armer de nouvelles légions qui, bien qu'étrangères, porteraient le drapeau mexicain pour refonder le pouToir de celui qu'ils appelèrent empereur

et G*est maintenant ou jamais que la république doit se consolider. »

M. Riva Palacio^ tout en disant qu'il ne peut se rappeler exactement tout ce que leur exprima le ministre pour défendre la politique du président et de son ministère, affirme cependant avoir parfaitement retenu la conclusion suivante :

a Le gouvernement^ qui a lutté pour la république

avec une foi aveugle dans son avenir^ ne compromettra aujourd'hui aucun de ses grands intérêts par la résolution précipitée du pardon de Maximilien. Ijc gouyemement procédera à un examen sérieux de tout ce que vous lui avez exposé, et sa résolution dernière sera Fexpression d'une conscience exempte de passion. »

Le 1 6^ à onze heures quarante-cinq minutes du matin, les avocats Yasquez et Ortega envoyèrent à leurs collègues le télégramme suivant :

<c En ce moment, onze heures et demie^ le général en chef fait notifier la sentence. L'exécution aura lieu a six heures de l'après midi.

« Ortega.

« Yasquez. »

Le baron Magnus partit immédiatement avec les deux défenseurs pour tenter un dernier effort auprès du président.

En chemin ils rencontrèrent l'employé du télégraphe, qui leur apprit que la sentence serait exécutée à trois heures, au lieu de l'être à six heures.

M. Lerdo alla chez le président porter leur do^ nière sappliqae. Après trois qoarts d'heure , k ministre revint^ et leur fit lire la d<^pèche adressée par Mejia à Escobedo, par laquelle le ministre de h guerre fiadsait connaître au général « que le goovemement confirmait la sentence prononcée contre Maximilien^ Miramon et Mejia, mais que le président en fixait lexécution dans la matinée du 1 9 du mois courant. »

Puis, quelques instants après, les défensenrs reçurent^ adressée à eux-mêmes^ la réponse officielle suivante du même ministre :

ce Après avoir examiné votre demande de gr&ee dernière et celles que vous avez présentées précédemment^ dans le même but^ le président de la république a décidé qu*il ne pouvait leur faire une réponse favorable, attendu que cet acte de clémeoœ serait en opposition avec les grates considératioiis de la justice et de la nécessité d'assurer la paix de la naticm. "^

Un morne silence suivit la lecture de cette fihée ;

c'était le dernier adieu à une espérance qui s'envolait.

Le ministre Lerdo, après avoir donné Tordre d'expédier le télégramnie adressé à EscobedO| revint^ et dit aux défenseurs consternés :

a Le gouvernement a éprouvé un chagrin inexprimable en prenant une décision de laquelle il fait dépendre la paix pour Tavenir. La justice et la convenance publique l'exigeaient. Si le gouvernement commet une erreur, elle ne sera le résultat d^aucune passion; nous l'aurons commise avec une conscience tranquille. C'est là ce qui nous* a dicté notre pénible refus à vos suppliques. »

I^ funeste destin de Tarchiduc allait s'accomplir.

MM. Palacio et de la Torre se demandèrent immédiatement ce qu'ils devaient faire.

Le devoir leur commandait-il de se rendre auprès du condamné ? Plus de deux cents lieues les séparaient de lui !

Ils prirent pour arbitre le baron Magnus. Dans la nuil;, le minlÉtre leur fit conns^tre qu'il avait résolu de partir, et il les engageait à rester à San-Luis,

352 L'INTBRTBMTION FRANÇAISB

pour ne pas perdre la chance la plos petite qû pourrait s^offrir à eux de sauver la vie de Maximilien.

Us envoyèrent cependant le télégramme suifant à Queretaro :

A Messieurs Ortega et Vasquez.

16 juin 1867.

« Nos efforts ont été infructueux : la grâce est refusée. La sentence sera exécutée mercredi. Nous vous avons écrit ce matin.

<c M. Riva pAuiao.

« R. Martuiez de ul Torre. »

L*exécution devait régulièrement avoir lieu le dimanche 16. Dès que les avocats de Queretaro connurent le délai, ils envoyèrent^ de leur côté; à San-Luis , le télégramme suivant , qui y arriva à huit heures treize minutes du soir, le 16 juin :

A Messieurs Riva Palacio et Martinez de la Tant.

« Les trois accusés s'étaient confessés et avaient communié^ quand Tordre de suspendre TexécutioB

est arrivé. Ils étaient donc morts moralement^ au moment où il est arrivé^ car ils allaient marcher au supplice. II serait horrible de leur infliger une seconde mort mercredi, après celle qu*on vient de leur infliger aujourd'hui. « Ortegà.

(cYasquez. »

Ce qui frappait au-dessus de tout les défenseurs du prince^ cétait le silence des hommes d'État d'Europe. Cela est seulement utile dans la vie publique, de savoir agir avec opportunité»

Ce silence leur faisait se demander si le câble sous-marin était rompu.

Ils attendaient à chaque instant les efforts des cours d'Europe qui viendraient se joindre aux leurs.

Vaine fut leur espérance !

L'Europe et les États-Ui^is restaient muets !

Pas une note^ pas un seul message n'arrivaient! Tout paraît sombre quand Tinexorable destin est sur le point de s'accomplir !

A minuit, le baron Magnus partit pour Queretaro,

avec une recommandation spéciale pour Escobedo^

qui avaitjugé convenable de renvoyer les ministres

d'Autriche, de Belgique et d'Italie.

354 L'INTBRVnmÛN FRANÇAISE

Le lohdi et le màrtti; les défeosMirs dé MfjiiM de Miramon arrivèrent à San-Liiié {k>ur dèmaildeir It grâce de leurs clients. Ils étaient {iorteors d*ttiie pétition signée par lès daines de Qûéretàto^ auxquelles se joignirent celles db San-LuiB.

Parmi eut^ le licencié Prosper Vega, défenseur de Mejia, avait conservé encore Tespérance de sauver le brave général. Il se rendit auprès d^Iglesias âvee uh de seà àbiis. Jaiiiais supplique nié fut pirés'etitée avec pibs de chaleur et d*énergie^ jani&i^ rinflexibilité ne se trouva à plus l*ude épreuve.

Tout était devenu iïiutîlé^ biettqûé^ jusqù^aa dernier moment, tous les efforts eiiisent été fiàits pour obtenir la clémence du gôUtetnenient.

Maximilien, lui, désespérait. Il fit une demièit tentative pour sauver la vie dé ses cotiipagnobs d'infortune^ et il envoya à Juare2 le télégraoïine suivant :

16 jam 1867.

<c Je désiiierais que vous fissiez gi-toe de il tiè i don Miguel Miramon et don Thomas M^ià, qui ont souffert avant-hléir toutes' lès angoissés et toutes les amertumes de la mort^ àftU tfùB, 'tonime je Tai e&-

primé ^ftd jô Wd suis idonétitufi pdéonttfét*, je fusse seul victime.

Mais les convictions arrêtées du gouvernement avaient impitoyablement banni tout espoir d'indul gence .

MM^ PaUcio et de la Torre le firent connaître à leurs collègues par dépèdie télégraphique à Queretaro :

<c Amisy tout est inutile. Nous le regrettons de toute notre âme. Le baron Màghiis s^esï cKàrge d'expnmer à celui que nous avons défendu notre profonde peine.

« Riva Palagio.

a M. DB LA TORRB. »

Dàâs la nuit du mardi au méféiredi la temttt db MiramUh HrHVà, it(56Amj[>a^Qée d'tme vingtaiiié dis dames. Elle demanda aux àtXit avtobats : « ftesttt^ tril quelque espérance de sautéir ta vie de ntiguel ? » Lst ^ponÀe fbt : «cil n*eû reète aucune, i»

Elle suppliait à geîfioux. Ses paroles étaiebt v%gnes^ inbôhérentesy pleines d^ààgoisses.

354 L'INTERVSNTIOil FRANÇAISE

Le lundi et le tnàrdi, les déFenfiMirs dé McjliM de Miramon arrivèrent à San-Lûié jiour dbmaiidblr H. girftce de leurs clients. Ils étaient jfk^rteùrs d*u)ie pétition sigûée par les dames de QUëretiLtro^ attiquelles se Joignirent celles db San-Luis.

Parmi euk^ le licencié Prosper Vega, défenseur de Mejia, avait conservé encore Tespérance de sauver le brave général. Il se rendit auprès d^Iglesias avec uh de seâ àldlis. Jadlais supplique nié fut pirésètttée avec pibs de chAlèur et d*éner^e^ janiiBd^ TinBexibilité ne se trouva à plus l*ude épreuve.

T6tlt était devenu inutile, biett i]ûé^ jusqu'au dernier moment, tous les efforts eufeent été fidts pDor obtenir la clébience du gôttvetnénlent.

Maiimilien, lui, désespérait. Il fit une dernière tentative pour sauver la vie de ses cotnpagnofas d*infortune^ et il envoya à Juaret le téiégrainme suivant t

lé j«m 1867.

« le désirerais que vous fissièx griee de là vie à don Miguel Miramon et don Thomas Yk^ià, qui ont ^oufTorl av;int-hier toutes; les ansrmsses et toutes les ;ftm<Nnum«s de la mort, afin tpe^ comme je Tai a-

AU MEXIQUE. 3b7

que je vous adresse. Que Tavenir du Mexique ne soit pas assombri par le sang de ses fils. Que ceux qui ont été égarés ne payent pas leur égarement de leur vie, car le deuil des familles serait pour les vainqueurs le noir reproche que pourrait leur adresser la liberté triomphante. y>

Juarez répondit alors :

«En accomplissant votre mandat de défenseur^ vous avez dû souffrir cruellement de Tinflexibilité du gouvernement. On n*en peut comprendre aujourd'hui la nécessité^ pas plus que la justice qui la dicte. Le temps se chargera de ce soin. La loi et la sentence sont en ce moment inexorables , parce qu'ainsi Texige le salut public. »

Tout était fini ! Le président confiait à l'ayenir le soin de juger sa conduite !

Les avocats quittèrent San-Luis le jour suivant, à six heures du matin, au moment mdme où Maximilieu se rendait au Cerro de la Campana, d'où il donnait des ordres pendant le siège, où il s'était constitué prisonnier, et où, ce jour mème^ il allait finir en héros ! !

^g L'IMTERVVMTIOV Ff^ÇAlBB

Ayi^qf d'aller à la mort^ MaxîniUi^i^ 4|Ylût ^it à 1^. Riva Palacio, de U Tqro^ Oirtégllj Vvgfwi. ^wi qu'à Juar^

Noa9 dcmnomi U traductipp teitucUle 4e «gtte derni^ce lettre :

A MONSIEUR BENITO lUA^EZ.

« Près de mourir pçur avoir voulu tenter si, par de nouvelles institutions politiques, je pourrais qnettre 6n à la guerre civile sanglante qpi ruine depuis bien des années cet infortuné pays, j^ forais

avec bonheur le sacrifice de ma vie. si ce sacrifice

pouvait contribuer à la paix et à la prospérité de ma nouvelle patrie.

« Intimemwt convaincu que rieii de solide ne peut se fonder sur un sol arrosé de gang et agité par des secousse» violeptes, je vqu9 OQiyure de la C^on la p|q8 solennelle, et ayec uqq sinc^té que {n'inspirent les derniers moments qui me restent à viyre, de ne pas faire couler d'uutre sang que le mien. Je vous conjure aus^i d'employer ce(ta pec^évéïapce que j*ai su reconnaître et louer au i|ii)ieii 4^ k

AU IfBXIQUE. 359

prQ^péHtés 9t ItTPP laquelle vous ^vffz défendu une çau9« qui triomph» f^yjourd'hHi, ^ 1{^ çioble %;lie

de réconcilier leô esprit^^ ^Afi dç poi^yoir (bçidfr

d-une manière ^t^le et dm:fd)le la ps^^;: et la Iranquillité dans ce malheu:^u]( pays.

'|i*archi4)]|(; sigiia cet(f| )ç^re pie^qi^e^ ^u dernier moment.

(.'iclée c^e ^ mort ne Teff^^p pa^^ un seyl ini^taut.

On lui ^y^it appris 1^ mor^ de la princesse €3^9^ lotte^ \^ ]ov((* prpçédept. Cetfç nouyellç }v^ arracha de^ If^^ç- Cependant il rQmercj|i pii^u 4e \\x} avoir donné ajnsi une uou|elle %Ç9 po^^ affiponter le supplice.

Avant de mourir, il donna une once d*or à chaque 9oldat, ^ e^raç^ 908 malheiir^ux çopipagnfinç d^i^fprtune^ ^t il 4^t d*\:\pe yoix sonQVfi :

a Je vais mourir pour une cause juste : c^Ue de Tindépendance et de la liberté du Mexique. Que mon sang termine le3 inalhefirs 4e ma nouvelle patrie, yiye le ||exiquel... b

MM. Palacio et de la Torre nient toutes les autres paroles qu*on a attribuées depuis à rinfortoné archiduc, à ce moment suprême.

Ne peut-on pas dire aujourd'hui : La république seule est possible au Mexique?

En 1824, le 19 juillet, Iturbide mourait pour avoir voulu relever le trône de Montezuma; Tar-

chiduc Maximilien d'Autriche subissait le même sort^ pour la même cause, le 1 9 juin i 867 !

La défense présentée par le licencié Ortéga avait été pleine d'une éloquence telle, que les Meiîcains ont cru devoir la mettre en parallèle avec rélovjuence de Mirabeau. Sans partager cet enthousiasme^ bien excusable, nous pensons qu*il ne sera pas sans intérêt de faire connaître les points principaux de cette célèbre défense.

Tout d'abord^ M* Ort^ plaida Tincompétence do tribunal, puis il aborda les trois chefs d'accusation qui pesaient sur la tête de son auguste client.

C'était :

1*" Celui d'avoir été un flibustier;

2^ D'avoir été l'instrument des Français;

S'^D'avoir été Fauteur du décret du3 octobre 1865. Nous traduisons :

f( Le flibustier, dans le sens qu'on donne aujourd'hui à ce mot, est celui qui^ sans aucun caractère public, de sa propre autorité, avec une force armée, envahit un pays dans le seul but d'y commettre des actes de vandalisme. Or^ l'archiduc Maximilien n*est pas venu au Mexique sans aucun caractère public, mais en vertu d'un vote qui, bien qu arraché par la pression de t armée française^ devait avoir, aux yeux d'un étranger, le caractère de généralité, de liberté et de spontanéité nécessaires pour légitimer son entreprise.

a II est venu sans force armée. Il n'a envahi le territoire, ni de sa propre autorité, ni au nom d'un État quelconque. Son but, en débarquant sur la plage du Mexique, n'était pas de dévaster le pays; il était celui d'établir une organisation monarchique qu'il croyait désirée par la nation....

« Dans une déclamation on peut l'appeler flibustier, parce que ces licences sont permises à ceux qui déclament, comme elles le sont aux poètes; mais, devant la justice^ cette qualification ne peut

MM. Palacio et de la Torre nient toutes les autres paroles qu*on a attribuées depuis à l'infortuné archiduc, à ce moment suprême.

Ne peut-on pas dire aujourd'hui : La république seule est possible au Mexique?

En 1824, le 19 juillet, Iturbide mourait pour avoir voulu relever le trône de Montezuma; Tarchiduc Maximilien d'Autriche subissait le même sort^ pour la même cause, le 1 9 juin 1 867 !

La défense présentée par le licencié Ortéga avait été pleine d'une éloquence telle, que les Mexicains ont cru devoir la mettre en parallèle avec Télo^uence de Mirabeau. Sans partager cet enthousiasme, bien excusable, nous pensons qu'il ne sera pas sans intérêt de faire connaître les points principaux de cette célèbre défense.

Tout d'abord, M* Ort^ plaida Tincompétence do tribunal, puis il aborda les trois chefs d'accusation qui pesaient sur la tête de son auguste client.

C'était :

r Celui d'avoir été un flibustier;

2* D'avoir été Tinstrument des Français;

avait eue pour les prisonniers eKJlés de Puebl^. Il raeonte qu'une des principales causes qui l'ont fait revenir d'Orizaba^ au ipoment où il avait projeté de quitter le Mexique^ c'est qu'on lui aiuiit assuré qu*il existait un traité entre la France et tes États^Unis^ pour étâi^lir au Mexique un gQumemement çoptnwe à U volonté de la nation. Puis il reprend :

a Comme nous l'avoQs dit. bien souveiit les çi^oonstances inhérentes à sa position Tobligèrent à faire malgré lui des concessions à ^autorité française.

« Vune d'elles fut la pron^ulgaiion de la loi d^ 3 octobre 1865, dans laquelle se trouvent DES articles rédigés par le maréchal Bazaine. Cette loi pe fut faite d'ailleurs que par suite des renseignements donnés pfir les Francis ^yx-^èmes^ ^^4 le président Juarez avait abandonné le pays.

«c Pour un gouvernement qui^ à tort ou à raison, se croit légitime, pourvoir à sa conservation et à sa sécurité n'est pas seulement un droite mais un strict devoir. »

Nous arrêtons là notre récit.

a«2 L'INT£RV£NTION F{IANÇÂJSE

souffrir le ipoindre eis^men ; elle est ^surd^ en (ous points.

ce II n'est pas moins faux qu'il ait été Tinstrupient des Frang^f^.

a Lçuis-Ns^poléoii exigeait que^ dans le traité ^ Mirs^nar^ il f A( i^trfldwt ub a^rticle p^ar lequel U serait stipulé que tou3 les actes de la régence sèment ^^iQé9* V objet 4e cette stipukuion était de faire tat\ffiX ^^ traitié conclu entr$ le ministre fsançaif et ladite régence, par lequel la nation faisait cessûvk au jl^ûf/M^nemeni français de l,a So^orOi. VqrçhiduCj bien quil eut accepté ^ couronne] déclara quH refuserait d'aU^ qu Mexique plutôt que de signev pareille chose. Par suite^ le traité de Miramar fut rédigé ^a^s cçt article. A peine arrii^é à Mexico^ uq de ses premiers ac^es fut de destitua don 4ps^ Miguel Ârrc^o, qui 8*était prêté à signer pareil traité avec le naipistre de France.

« A la suite de cette destitution, notre client àyX avoir des discussions fort désagréables ^vec M. de Montholon, ce qui lui aliéna complètement la bonne whnté des Français. »

Ici Taroca^ r^pellt Tindolgence que Maxîmilien

et le parti juaiiste, le véritable caractère sous lequel elle doit être envisagée : c^est la guerre de la barbarie contre la civilisation.

«Le 18 juin 1865, Arteaga attaque Uruapan, s'empare de la ville après une lutte' de trente heures^ et, loin d'honorer la bravoure des défenseurs, fusille impitoyablement le commandant Lemus, le sous-préfet Isidro Paz et un des notables de la ville, qui avaient pris les armes pour la cause de Tordre.

<c Le 7 juillet, Antonio Ferez assassine de sa propre main le capitaine Kurzrochf blessé et transporté par ses hussards après le combat d'Ahuacatlan.

« Le r' septembre, Ugalde, surprenant à San- Felipe et Obraje un détachement de la garde municipale de Mexico, fait fusiller ses of&ciers.

a Enfin, le 7 octobre courant, les bandes réunies dans les Terres-Chaudes de Yera-Cruz attaquent le train du chemin de fer à la Roy a de Piedra, s'emparent du lieutenant du génie colonial Friquet, du garde d'artillerie Loubet et de sept hommes de troupe. Les neuf cadavres ont été retrouvés, le lendemain , horriblement mutilés.

« En présence de ces actes sauvages, les représailles deviennent une nécessité et un devoir. Tous ces

9W L*INTERV8Mtt6ll FRANÇAISS

bandits, y coti&pris leun ehefe^ ont été mis hots k loi, par le déèret impérial da 3 octobre 1865.

«c Je vous invite à faire Sltv6ir ani troupeft Moâ iràe ordres que je n'admets ^às qû'(Aï fasM dés prisenniers. Tout individu, quoiqu'il soit, qui flara{rifi8 les armes à la main, sérft mis à itooH. Ancoh échange de prisonniers ne se fera à l'aretiir. U faut que nos soldats sachent bien qu'ils ti^ daivent pas rendre les armes à de pareils adversaiires.

c C'est une guerre à mort^ une iuttb à outnfice entre la barbarie et la civilisation qui s engage aujourd'hui.

(V Des deux côtés il faut tuer 6u se fai^ tMt.

a Le maréchal commandant en chef|

a Signé : Bazainb. »

« Nota. — Cette eireulaire.ne sera pas copiée sur les livres d'ordres ; elle sera donnée en connaissaace à MM. les officiers seulement. »

Ne semble-t-il pas^ en lisanl les considérants de cetle circulaire y que ces considérants même ont dû inspirer le décret? En tout cas, il est une chose

AU MÉ^IQim. 3^t

évidente, c'îdst qu'au lieu de proté^Mi* bbntre lui, le maréchal lui donnait son entière ap^bàtibn, en i^oknmandatit de l*lappiiquer.

On à reproché au ikiinistlre de Fratice d'atoir été le seul des ministres étratigers qui n*ait pas été à Quéretarb. DâUd une pt-eniièi^ dépêche , M. Lago dit : « que M. Dano craignait ^6ût TàiHbassade française et qu'il envoyait aùpir^ de Tempereur M. Forest, ex -consul de Mazatlan^ pour le représenter. »

Quelié craintô pouvait-il avoir autre que cblleB qu*a valent sek collègue? Crainte pour (^ûi> ^ur quoi?Nou]3 le therchohs en vain. Cette résolùtioh nous paraît au tnoins fâcheuse. Il semblé que le ihinistre de France aurait dû, plus que tout autre, se trouver à Qtkbretaro. Toutefois ^ nous devons dire que M. La^o> dans une dépêche adressée au gouvernement autrichien^ en date du ^25 juillet^ disait :

a Je profite de cette occasion pour assurer Yotre Excellence que M. Dano^ le ministre français, a fait, de son côté^ tout ce qu*il était possible pour sauver la vie de Tempëreur. »

Le gouvernement français a<t-il été fort aise de ce bon point donné à son ministre?

Gela n'empêcha pas le gouvernement de Juarez de lui faire des difficultés pour le laisser revenir en Europe. Il le fit prisonnier.

Le Messager franco-américain du 2 août nous apporta Texplication de la captivité de M. Dano. Voici ce que disait ce journal :

« On sait aujourd'hui en France, dit-il, que M. Dano, ministre à Mexico, est retenu dans cette ville par le gouvernement de Juarez. Mais, s'il faui en croire les journaux de Paris, Tafiaire, quoique grave, n*aurait pas le caractère qu'on lui a prêté. Il s'agirait tout simplement de la revendicatioD

d'une somme de G millions (1200000 piastres) venant des mines d'argent de Real del Monte et envoyée, il y a quelque temps, en Europe par le ministre français, nonobstant la loi mexicaine, qui défend l'exportation des espèces et métaux précieux par les étrangers. Cette somme de six millions a été apportée en dot à M. Dano par une Mexicaine qu'il avait é[H>usée^ à Texemple du maréchal Bazaine^ de M. Dubois de SaUgny et autres. M. Dano aurait

AU MESLIQUE. 369

le choix entre la naturalisation et la restitution des six millions, qui lui permettrait de garder son poste. »

Pendant que le ministre de France s'occupait de ses intérêts personnels, Maximilien expiait à Mexico la faute d'avoir cru aux promesses du gouvernement français.

Il appartient à l'histoire de juger l'acte sévère et tout au moins inutile commis par Juarez et son ministère, en faisant exécuter l'empereur vaincu et trahi.

Avant de clore ce récit, nous pensons qu'il ne sera pas peut-être sans intérêt de publier une lettre écrite, à ce sujet, par le général américain Cluseret. Nous ne voulons pas, par cette publication, déclarer que nous; partageons les opinions de ce général. Mais cette pièce donnera une idée des influences qui, en Aménque, poussaient le gouvernement de Juarez à la ri|gueur •

Voilà ce qui s'est répété sous toutes les formes , dit le général Cluseret :

« L'Am6rique du Nord est indignée de la mort de Maximilie n ;

3W L'iNTBRVfefrtroW FRANCAISB

te veflgèr;

ce La mort de Maximilien est un crime de lèsemajesté ;

« L'Amérique doit s'eMp'ai^ du Mëiicjfdé.

c Puis viemient lé&^ pallîsitifs :

« Juarez a agi sous la pression d'Esr'^ôfiédb ;

<r Seward of'auraiii pas été obéi pai* CàâttileÀ et aurait menacé le Bfexîqticf ië Ik' éûVèfe des ËCtt»- UniS; 8*il pa^âait ohott^e. m

« Autant d'errcmrs que d'assartitort^ië^ * dâelait le général Quseret :

« J'affirme, continuât-il, qu'il if*y a pas un seul de mes ands politiques, et leur mnnJ bre est légion, qui ne voie dans la condamnatioti et Texéè^ution de Maximili^i un acte de haute pc »Uti^e corn* mande par la situation. Et par sitnatii on, j^entenâs non-seulement la situation intéri^rer . du Mexique, mais surtout cetUe de rAmêrique et âk . Mexique en particulier vis-à-vis de TEurope.

« De quoi s a^ssttt-il, en efifet? Dr ^k4 ^ TAmérique triomi^haiHie. jeune et forte, de s'inn 'ten^ dfe-

AU msXKtOE. 371

vaht rBitfôpè iidiânliée et bttttoe ; d'adisisriei' te» institatfons américaines Borties plus TÎgoureuB^ qtiè jamais de la phis gfande latte comme de la pltifc grande épreave des temps modernes, devant lefc institutions européennes scqôurd^hiïi jugées par k» résultats. En an mxA, de soamettre le principe de la souveraineté populdre, pivot de la société améri* caine^ à eettii du droit divin, avec on sans aec6tnpagnement de volonté nalionale , base des gtkivernements eniropéeiis.

(c Eh bien ! le gant jeté par TEardpè à TÂmM^ a été relevé^ les menaces Hdicali^ées et lès attentes punies.

« Maximiiien^ coopable du crime de lèse-nlajesté populaire^ a été pttni en Amériqne comtne aimiil été ptit en Eoropé un bomme eoi^ablè dn ërime de lèse-majesté purement divine dti divinement pd* ptdaite.

« Rien de pins simple et de plus àatnrel. Et et apA m*étdnne c'est c^n'on s en étonne.

<c le sais qu'au point de vue philosc^Mque, nknn^ bre de philanthropes Inen connus des deux mendes, Victor Hugo en tète^ ont réclamé au nom dé Tbumanité en faveur de Maximilien.

372 L'INTBRVEIÏTION FRANÇAISE

ce Selon euX| la peine de mort doit être abolie. Ceci est matière à discussion, mais ce qui me semble ne Têtre pas, c'est que tant que cette peine existera^ elle soit applicable et appliquée à ceux qui la maintiennent et l'appliquent.

<r J'ajoute qu'en politique comme en aflEûres le sentiment est au moins superflu.

« Des principes passons aux faits^ aux intérêts.

« Maximilien gracié, c*était l'aveu de la faiblesse de TAmérique et de son manque de foi en elle-même et ses institutions;

« C'était Miramar transformé en foyer d'intrigues perpétuelles ;

« C'était Tépée de Damoclès constamment suspendue sur la tête de T Amérique;

« C'était une porte ouverte à toutes les ambitions comme à toutes les convoitises européennes;

« C'était la civilisation usée, décrépite, rachitique de la vieille Europe, galvanisée p^ur un succès inespéré^ se redressant, toussant fort^ criant haut, serrant les ciHides et marchant au pas de charge sur la vigoureuse sociélé américaine ;

« C'était le passé défonçant l'avenir.

« Soulemont^ oeU était tdlement prévu, que la

AU MBXIQUB, 378

lettre de M. Romero^ ministre de Juarez à Washingtoiii en réponse à l'intervention de M. Seward en faveur de Maximilien, contient ces considérations et bien d'antres.

« La condamnation de Maximilien n'est donc pas un fait isolé et imposé par Teffervescence populaire. C'est un acte politique mûrement conçu et froidement accompli.

c< J'ajoute : avec Papprobation du parti républicain des États-Unis tout entier.

« Dès la fin de 1 866 et au commencement de 1867^ il n'était question que de la capture probable de Maximilien et du sort qui l'attendait. J'ai toujours entendu émettre à New -York, Washington, Philadelphie et Boston, parmi les membres du parti, que si Maximilien était pris il serait fusillé.

« Or, le parti républicain, c'est le parti qui a la majorité et qui est au pouvoir.

« Que MM. Johnson et Seward aient abandonné le parti républicain, cela ne change en rien les formes respectives des partis en présence, ni ne déplace la majorité. Or, c'est le congrès seul qui décide en matière d'affaires étrangères. M. Seward a beau

s'agiter, le peuple le mène et le mènera où bon lui semble.

« Qu'on vienne donc ensuite parler d'interveotioD collective contre le Mexique! La grande république d'Amérique s unissant aux monarchies d'Europe contre une république américaine 1 C'est boofifon.

« La situation doit se résumer en trois mots : Aléa jacta est.

<K La tète de MaximiKen est au nouveau monde ce que fut celle de Louis XVI à l'ancien....

M Les Bourbons ne se sont jamais relevés en France, la monarchie ne se relèvera jamais en Amérique.

« Si l'Europe n'en est pas convaincue^ qu'elle essaye de nouveau. We are ready.

« Général Gluseeet. »

PP?P1B w

a Hurtt o B d« l'BmpiM mMdoain cpata la départ tfa Vamifa fir«pde la rApabUqoe est timUllé à Ifeidoo.

Nous fiommes cA^ligé de retenir eu arrière^ pour raconter 1^ scànea vraiment émouvanteB de la dernière partie de cette lugubre histoire.

Le 5 février 1 867, le maréchal Bazaine avak quitté Mexico^ à la tète des derAières troupes firançaises.

Une partie des contingentai helgef et autrichiens étaient partis. Ik avaient été licenciés par ordre de Tempereur. Une lettre du P. Fischer^ ^dressée» de Puebla, au colonel Eodolisch^ commandant le corps autnchien, bit voir comment il fut procédé à ce licenciement.

AU COLONEL KODOUSCH-

Paebla, S4 décembre 1866.

u Cher monsieur,

c Sa Majesté l'empereur me charge de vous faire connaître qu'il importe d'exécuter au plus tôt l'ordre qui concerne la dissolution du corps austrobelge. J'écris aujourd'hui même au ministre de la guerre, en lui envoyant communication de la présente lettre, pour lui donner Tordre, de la part de l'empereur, d'interroger individuellement chacun des officiers qui font partie de Tétat-major, afin de savoir s'ils veulent passer dans les rangs de l'armée mexicaine, ou s'ils veulent se retirer.

<c En mftme temps je vous fois part que Sa Majesté désire que vous preniez toutes les mesures convenables pour que le prochain samedi, 29 courant^ les autres officiers et les soldats soient mis en mesure de se prononcer définitivement.

« Allei Toir le ministre de la guerre et mettezvous d'accord avec lui pour que les prescriptions de Sa Majtsié soient obserrées.

« Recevez les assurances de mon estime particulière.

ce Le secrétaire de Tempereur,

<K Fischer. »

Ceux qui restaient en février étaient donc les fidèles!

Le 6 février^ les habitants de Mexico se réveillèrent tout surpris de la tranquillité qui régnait dans la ville.

Le général Marquez venait d'être nommé gouverneur de la capitale. Dans la soirée du 5, il avait fait aCGcher deux arrêtés :

Par le premier^ il annonçait sa nomination.

Par le second^ il prévenait les esprits inquiets qu'il userait de tous les moyens de rigueur dont il pouvait disposer. « Vous me connaissezi disait-il^ je crois que cet avis vous suffira, ji

On le connaissait^ en effet. L'avis suffit. Personne ne bougea.

Les Autrichiens rentrèrent en ville. Ils venaient de San Ângel pour occuper le palais.

Ces troupes se composaient d'un régiment de cavalerie et d'un régiment d'infanterie, le 1 8*.

 leur tète était placé le colonel KodoUsç|i. Il avait été en 1 859 chef d'état-major de la divi^iqn de cavalerie du général Mensdorff, et; il avait fadt partie également des états-majors du prince de Hesse et de Tarchiduc Albert. Officier fort distingué et d'un noble caractère, il a reodu 4e gran4^ ^rvices, pendant le siège, et après le siège de Mexico.

Apx:ès le départ de Tarmée française^ voici quelle était la situation, au Mexique, des deux camps epnemis :

Npus avQPa àx\, que presque spqt; 1^ j^ux des epntingents 0'ançs(|s, pendant que ceux-ci se i^^tiraient, les libéraux avaient occupé U pUl9 gç^4!^ partie du pays.

En QfTet, Porfirio Diaz était à Oajaca- Le§ bandes qui lui obéissaient couvraient tout je pays depuis Cordova jusqu'aux portes de Mexico. )1 n'occupait pas cependant encore Puebla. Régulés était maître de tout le Michoaçan, excepté de ^orejia, sa capitale. Riva Palacio était à Toluca^ à dix-buit lieues (}e HeqdcQ. Enfin Escobedo était à San-Luis, couvrant toutes les provinces du nord.

Le chiffre total de ces troupe était de 30 000 hoomi^, chiffre qui devait ètrje bientôt doublé.

Le moral de cette armée était excelltot, on ne cessait de l'exalter^ en lui disant qu*ciUe a'Yait cdiasaQ les premiers soldats du monde.

Quant à l'armée impériale^ elle était démoralisée.

Elle occupait :

La Yera-Cruz défendue par 500 hommes ; Puebla qui en comptait iSOQ, Mexico ÔOpO, Morelia 3000, Queretaro 2000.

Total : 1 2 000 hommes disséminés de la mer à la Sierra-Gorda.

Les partisans de l'empire étfûent découragés.

MaximiUen airait prévu cela. Aussi, avant même que les Français aient quitté la capitale, il avait chargé Miramon d'une mission que, seul, ce général pouvait mener à bien.

n s'agissait, par une course hardie, d'entamer les hostilités, de surprendre l'ennemi et de rassurer les esprits.

Hiramon avait déjà maintes fois étonné ses concitoyens par son audace. U partit de Mexico avec une simple escorte. Arrivé à Quertearo, il y forma un régiment, et se présenta toujours courant devant Zacatécas où il espérait surprendre le président

380 L^INTERVBNTION FRANÇAIBB

Juarez. Mais le président qui eat rent de sa mvdie put lui échapper.

Ainsi, pendant que l'armée française oocopiit encore Mexico, Miramon enhardi par ses snocès, après avoir fait une marche de cent soixante lieues, après avoir traversé Guanajuato et Leon^ jetait de Zacatécas un défi aux ennemis de l'empire.

n n'en fallait pas davantage pour rassurer les esprits.

L'espoir revenait.

On avait perdu Tappui de la France^ mais on avait recouvré l'indépendance. Le trésor français était fermée mais les agents français étaient partis emportant leurs exigences.

Il fallait surtout empêcher Tennemi de se concentrer. Ce que se proposa de faire l'empereur.

Le 1 3 février^ il partit de nuit à la tète de 2000 hommes, ayant avec lui le général Marquez qui loi servait de chef d'état-major.

11 laissait à Mexico les troupes européennes. Cétait une bonne réserve^ en cas d'insuccès.

Maximilien se dirigeait sur Queretaro.

On s'est beaucoup demandé pourquoi l'empereur chercha un refuge dans cette ville qui est loin d'être

une place forte, et qui est même dominée par des hauteurs voisines.

La raison en est fort naturelle.

Queretaro est la clef de la vallée de Mexico. Elle est comme une sentinelle avancée pour toute armée Tenant du nord. De plus^ les Indiens de la Sierra- Gorda, au pied de laquelle elle se trouve^ étaient tout dévoués à Mejia. Mandez reçut donc Tordre de se . replier de Morelia sur Queretaro. Miramon reçut également l'ordre de rallier l'empereur.

Ce prince avait ainsi sous ses ordres environ 8000 hommes de bonnes troupes, commandées par les généraux jouissant au Mexique de la meilleure réputation militaire.

Le mois de février s'acheva sans événements ex-traordinaires.

Les troupes libérales s'étaient donné rendez-vous à Queretaro. Elles étaient en mouvement.

Pendant que tous ces mouvements s'opéraient dans le nord, Porfirio Diaz marchait toujours à petites journées de Oajaca sur Puebla.

Enfin, on répandit à Mexico la nouvelle que, le 14 mars, Tempereur avait remporté un grand succès sous les murs de Queretaro 1

Left eéptitB comtnencérent à se litrer à toutes sortes de coojectures.

Où s'attendait chaque jour à voir arriver Tempereur triomphant. Soudain, le 24, on apprit que Marquez était aux environs de la capitale avec la brigade de cavalerie du (x>lonel Qniroga, forte d'environ 900 hommes.

Il fit son entrée à Mexico, le lendemain ^5 mars.

n fltrrivait, invei^i des pouvoirs les plus éiendos, avec le titre de Keutenant-géùéral de Fempire.

Deux hommes énergiques étaient nommés ministres : Irribtiren avec le portefeuille de l'intérieur et Vidaurri avec la ][]lrésidence du conseil et les xlépartements des finances et de la justice.

Il régna immédiatement une grande activité dans Texpédition des affaires. On frappa un impôt de 1 pour 100 sur le capital. On habilla, on équipa, on arma les troupes qui en avaient grand besoin et, le 30 mars. Marquez quittait Mexico à la tête de 4000 hommes.

Il marchait sur Poebla.

Deux routes conduisent de là capitale à cette ville.

L'one dXles, qui est la plus courte et qui compte viiiglHieuf lieues, traverse la montagne du Rio Frio.

Atf lÊÈXKJlOÈ. 983

Ife& âéJSlës diffidles en pouyaibnt rendre lé passage dangereux, é'H était défendu par les libéraux, comme on devait s'y attendre.

L'autre, faiisànt un plus grand détour, tourne la montagne et traverse les plaines d*Apan^ où là bonne cavalerie de Marquez pouvait profiter de ses avantages.

11 fut donc résofhi qu oh prendrait par Ids Lllîn&è de Âpan.

Le soir^ l'année coucha à San Gristoba!^ et bien que les dignes des lacs eussent été rdmpues pour entraver sa marche, elle put passer outre. On mar* chait doucement^ trop doucement^ sàiis se douter que les événements se précipitaient à Puebla.

Le 6^ on était seulement en marche sur fiùamantla.

Les troupes de Marquez étaient presque arrivées à retape^ quand elles furent attaquées par Tavànt-^ garde de Porfirio Diaz. Une brillante charge des gendàrihes. impériaux r^oussa Tattaque. Marquez s'arrêta néanmoins. Â trois heures^ toute la cava^ lerie Kbérale^ forte de 6000 hommes^ tentait d'enlever le camp impérial. Les hussards autrichiens répoussôrent le choc. La cavalerie ennemie se re-

tira. Mais, au moment où Ton s'apprêtait a se réjouir du triomphe, on apprit que^ le 2, Puebla s'était rendue et que, le 4, les forts avaient capitulé.

On reste confondu, quand on"" songe que la défense de cette ville importante avait été confiée à un homme aussi incapable à tous égards que l'était le général Noriega. C'était le plus détestable militaire, en même temps que c'était l'homme le plus pusillanime.

On avait perdu un temps précieux !

11 s'agissait de prendre un parti énergique. Fallait-il livrer la capitale au sort d'une bataille, ou retourner bien vite dans les murs et s'y enfermer pour la défendre?

C'est à ce dernier parti que s'arrêta Marquez.

La retraite était périlleuse.

Le 7, le mouvement commença. Porfirio était rentré à Puebla pour y escorter ses nombreux blessés de la veille.

I^ 8, le général libéral Lalanne résolut d'arrfrter Tarmée de Marquez en l'attaquant de front, afin de donner à Porfirio Diaz le temps d'arriver pour tomber sur son arrière-garde.

Il avait environ 1000 hommes d'infanterie. Il fut

culbuté, et| vers deux heures , Marquez arriva à San Lorenzo où il prit position.

L'Hacienda de San Lorenzo est bâtie à l'extrémité d'une immense plaine^ à l'embranchement de deux routes qui , toutes deux , conduisent à Mexico : celle de gauche par San Gristobal^ c'était la route qu'on avait déjà siiivie; celle de droite par Texcoeo, cette dernière très-mauvaise et traversant un pays trèsaccidenté.

Vers quatre heures, lennemi parut. Mais il n y eut pas d'engagement sérieux. Pendant la nuit du 8 au 9, toute Tarmée de Porfîrio arriva. Elle se mit immédiatement en ligne. Elle occupa une trop grande étendue par le nombre d'hommes qu'elle engageait. Porfirio cherchait évidemment ainsi a couper les deux routes à l'armée impériale. Mais^ en se déployant de la sorte, il avait affaibli considérablement son centre.

Marquez ne déploya en cette circonstance aucune des qualités énergiques dont il avait toujours fait preuve. Il ne prit aucune disposition. 11 ne tira aucun parti des fautes de Tennomi.

Il resta immobile jusqu'au soir, et il proûta de l'obscurité pour battre en retraite.

886 L'INTERVENTION FHàNCAIBE

11 68t évident quHl voulait^ coAte que coftte, m pas livrer bataille et arriver à Meiica^ le moitf a£EEdbli qu'il le pourrait.

On avait essayé de prendre la route de San On»tobal. L'ennemi avait coupé le pont qui se trouTah bâti sur une « barranca • très^profonde.

A trois heures du matin, Marques se décida i prendre la route de Texcoco.

Gomme Tennemi s*était tout d'abord posté sur ii route de San Gristobal, il n'inquiéta pas la première partie de la marche de l'armée impériale. Mais s'apercevant bien vite de la nouvelle marche de Tarmée impériale, il occupa tous les points pour lui barrer le passive.

La Conduite de la petite armée impériale, au dire des libéraux eux-mêmes, fut admirable , pendant cette nuit.

Elle parvint à vaincre tous les obstacles, et k matin elle entrait à Texcoco.

On était à dix lieues de Mexico. Il y avait quinze heures qu'on marchait et que Ton se battait !

Marquez continua son mouvement de retraite. Il arriva le soir ^ onze heures à Mexico. Il y iMnécédait son armée qui fit son entrée , le lendemain à boit

AU MRZIQOB. 38Î

heures^ harassée de JEattigue, mais on peut le dire^ couverte de gloire.

Ce grave échec avait sufii pour assombrir singulièrement rhorizon de Tempire, qui paraissait si brillant^ il y avait à peine quelques jours.

Mille bruits sinistres circulaient par la ville.

On s'attendait à voir 24[)paraître larmée libérale^ et rien n'était préparé pour la défiBUSe.

Le découragement était à son comble. Il fidlait obéir à Marquez.

Il était le lieutenant général de lempire I. Et pourtant il était invisible.

Cet homme avait cependant joui jusqu'à ce jouir d'une réputation de, courage justement méritée .

Il était resté pauvre dans toute l'acception du mot^ après avoir occupé les positions les plus élevées.

Cruel par instinct et surtout par obéissance, il avait été toujours plutôt le valet du bourreau que le bourreau lui-même.

Sa conduite était une énigme.

On dut forcément agir tout d'abord, en dehors de lui.

Les ministres se réunirent. Us ne purent s^entendre. Yidaurri se retira.

La question de rabandon de la ville avait été agitée au coDseil des ministres.

Le général Tabera fit afficher une proclamation pour démentir ce bruit.

Marquez enfin revenu de sa première stupeur, avait repris son commandement. Il s'était décidé à se renfermer absolument dans Tenceinte de la ville, et, le 13^ il faisait évacuer les deux positions de Guadalupe et de Chapultepec.

L'abandon de ces positions dominanteé donnait à l'ennemi d*eicellents points d'appui pour faire sa ligne de circonvallation dont il allait envelopper Mexico.

Le 1 4, Porfirio établissait son quartier général à Guadalupe. Si Marquez commit des fautes^ Porfirio Diaz ne lui céda en rien.

Ce dernier avait perdu quatre jours. Au lieu de poursuivre sans relâche une armée fort amoindrie par les pertes, et en partie démoralisée par les échecs, il s*était arrêté^ après ses succès.

Dès qu'il fut à Guadalupe^ il s'occupa activement d'investir la place. Le chemin de fer lui apportait de Puebla un énorme matériel. Les assiégés ne bougeaient pas 1 1

AU MEXIQUB. 380

Tout semblait réussir à Porfirio Diaz depuis quelque temps.

Ihétait devenu le personnage militaire le plus important du Mexique.

La prise de Mexico devait décupler son importance. II le comprenait. Il sentait bien que le moyen de résistance que formaient les troupes européennes serait le plus terrible à vaincre. Il fit sonder les colonels autrichiens. Il promettait tous les avantages possibles aux troupes étrangères ; mais les colonels ne répondirent pas. Les vivres commençaient à manquer. On fit du pain de mais. Mais les fourrages firent défaut. Il fallait faire des sorties pour s'en procurer. Le 18, on tenta la première et on revint chaîné de butin. Chaque brin d'herbe coûtait une goutte de sang !

Le lendemain 19, il y eut grande fête au camp des libéraux.

Elle donna lieu, dans la place > à une foule de versions.

Les uns disaient que Queretaro était tombé au pouvoir des libéraux, et que T empereur était prisonnier. D'autres prétendaient que Porfirio Diaz avait été nommé président par son armée.

390 L'INTERVENTION FRANÇAISB

Enfin^ d'autres encore pensaient que la sortie de la veille avait été transformée en triomphe par les assiégeants^ et qu'ils célébraient leur victoire.

Tout d'abord^ personne ne crut réellement i, h première version.

A partir de ce moment^ à chaque heure on fabriqua les nouvelles les plus contradictoires '•

Tantôt l'empereur était complètement victorieux, tantôt il s'était réfugié dans la Sierra avec Mejia.

Le matin il marchait triompbiilement au secours de la capitale^ le soir il était prisonnier.

Le baron Magnus qui avait été appelé à QueretarD, avait promis aux colonels autrichiens de leur donner des nouvelles exactes.

Jamais ses lettres ne sont parvenues à Mexico.

Marquez arrêtait tout, et il faisait tous les efforts pour cacher la vérité.

Voici quelques échantillons des nouvelles qu on publiait a Mexico.

« Neuf heures. Puebla s'est prononcé pour l'empire.

1 . Après la lecture du document de MM. Riva Palado et de la Torre, cette nouvelle narration dq àége qui nous a été

AU MBXIQUB.' 391

<r Diœ heures. Porfirio Diaz eat p^rti précipitamment par le chemin de fer.

«c Onze heures. La moitié de Tarmée assiégeante est partie avec Porfirio Diaz. On va reprendre Fuebla.

« Midi. Vicario s'est emparé de Cuernavaca et a nommé des autorités impériaU9te9,

a Une heure. Riva Palacio est rentré à Toluca^ avec les débris de la division détruite devant Queretaro. »

C'est par ce système de mensonges que Marquez réussissait à prolonger la résistance.

Porfirio Diaz fit refaire des offres aux coloqels autrichiens. Mais ceux-ci n'osaient se prononcer.

Ils attendaient les nouvel^s promises par \e baron Magnns 1 1

Le haut commerce de Mexico envoyi^ une députation au colonel Kodolisch, pour lui dire qye Queretaro était tombé le 15 mai; qu'il ét^it humain de préserver la capitale des horreurs de i'assaut« Le sentiment de Thopiieur militaire empêcha cet officier

faite par on officier supérieur ayant pris part à*la défense, ne manquera paa que d'intéresser infidiment.

392 L'INTRRVBNTION FRANÇAISE

de prendre une déciaioD, jusqu^à plus ample reoseignement qu'il attendait chaque jour.

La famine était arrivée à son comble. Des malheureux mouraient de faim. Les chevaux tombaient dans les rues pour ne plus se relever^ et une foule affamée se disputait leurs cadavres.

Il était évident qu'une catastrophe était imminente.

Le 8 juin, une émeute dut être réprimée.

Le 9^ on tenta une sortie. Elle fut repoussée.

Le soir, Marquez fit répandre le bruit qa*il raviit tentée pour essayer de donner la main à Tempereur qui approchait ! Maximilien avait, disait-il, culbuté un corps de cinq mille lihéraux qui avait voulu lui barrer le passage, et sous peu de jours, il serait aux portes de Mexico !

Pareille fourberie est inouïe! Mais elle n'était pas encore arrivée à son apogée.

Du 10 au 13^ la nouvelle répandue dans la soirée du 9 prit de la consistance.

Beaucoup croyaient que l'armée impériale n'avançait lentement, que parce qu'elle escortait un nombreux convoi de blessés.

On avait répandu le bruit qu'on avait arrêté un

AU MBXIQUE. 393

espion, porteur d'une lettre de Porfirio Diaz! ! Le général assiégeant conjurait les affîdés de soulever le peuple le plus tôt possible, car il allait être obligé de lever le siège.

Enfin, le 14, une nouvelle splendide fut mise en circulation. Le général d'artillerie Don Arellano Ramirez était entré la veille au soir à Mexico, déguisé en charbonnier.

Il avait, disait-on, laissé l'empereur àMaravatio. L*armée impériale triomphante avait évacué Queretaro. faute de vivres. Escobedo avait été battu et mis en déroute.

L'empereur avançait lentement avec un convoi de blessés, et il envoyait le général en avant, pour rassurer la fidèle capitale, et annoncer son arrivée prochaine.

Le lendemain, 15, le JoraNAt oFlPicnsL db l'ehpiu annonçait Tarrivée du général Arellano Ramirez,*''

ENVOYÉ PAR l'empereur.

Toutes les rumeurs de la veille étaient confirmées.

Qui pouvait douter? Op avait vu l'envoyé. On avait entendu ses assurances formelles.

La joie fut immense parmi les impérialistes. Les

cloches BonnèreDt à toutes volées. On lança des pé* tards, on se livra à des manifestatiOBs les plus broyantes. L*enneini crut à une insurrection dam la ville. Voulant en profiter, il s'avança tout près des fortifications, sans trop de défiance.

Il fut accueilli par la mitraille qui le balaya.

La journée du lendemain fut calme. £!nfiii^ le 17, le colonel de Eheyenhuller reçut une letUe du baron Lago, chargé d'afiEaires d'Autriche ^ qui était parti le 2 juin pour Queretaro.

Il était de retour à Tacubaya, depuis la veille.

Voici ce que disait cette lettre :

« Cher Comte,

« Je vous apprends officiellen^ent que Tempereur Maximilien se trouve en captivité à Queretaro, d*où je viens d*arriver ce soir. Il a été fskit prisonnier, le 1 5, avec toute son armée et tous ses généraux.

(( J ai entretenu personnel^ment ^ Majesté à plusieurs reprises dans sa prison^ au couvent de las Capuchinas. Sans doute, le général Marquez aura détourné une lettre autographe de Sa Majesté, que M. Magnus vous à envoyée,

a Dans cette lettre, Sa Majesté vous ordonne, ainsi

qu'aux autres officiers de nationalité autricliiennç, d'éviter désormais toute effusion de saug.

« Je me permets donc de vous le communiquer, en ma qualité de chargé d'affaires d'Autriche, en vous déclarant responsable^ vous et les autres ofQciers de la dite nationalité, du sang de chaque Autrichien versé dès àr présent pour une cause perdue, et cela, vis-à-vis de S. M. I. R. apostolique.

« Recevez, monsieur le Comte, l'expression de ma parfaite considération.

(( Baron de Làgo. »

Tacubaya, le IÇ jain 1867.

Cette lettre terrifia les colonels autrichiens. Ils se réunirent et, après s'être concertés, ils écrivirent au général Marquez que, conformément aux ordres de l'empereur, ils étaient décidés à mettre bas les armes.

Marquez ne répondit pas.

Ces messieurs avaient, en même temps, écrit au baron Lago. Ils }e priaient de faire accepter par Porfirio Diaz les conditions, qu'ils lui envoyaient de leur capitulation immédiate.

Le 1 9, le baron Lago répondit que leurs conditions étaient acceptées. (]ette honorable capitulation, faite

396 L'iirrBRVSNTION FRANÇAISB

par cette poignée de braves, capitulation qu'ont reproduite tous les journaux d'Europe, leur fût k plus grand honneur.

En donnant connaissance de l'acceptation de œlto convention à ses compatriotes^ le baron Lago leur écrivait :

tt En vous communiquant cette convention, j'at" tends votre décision définitive^ en réponse^ parle porteur de cette dépèche officielle^ croyant de moo devoir d*ajouter à ma lettre ofGcielle du 1 6, dont je maintiens le contenu^ que S. M. l'empereur Htxi* milieu m'a déclaré à plusieurs reprises à Qoeretaro que Marquez est le plus grand traître. »

(c Baron de Lago. »

Le même jour^ les colonels répondirent au baron^ pour lui annoncer qu'ils sortiraient de Mexico et seraient rendus à Tacubaya^ le 21 au matin.

Pendant ces pourparlers, Marquez avait disparu, et Tabera avait pris le commandement en chef.

Ce dernier envoya des parlementaires à Porfirio Diaz.

A six heures du soir^ un parlementaire de ^a^

mée libérale arriva à Mexico » et l'on conclut un aronstice de vingt-quatre heures.

Le général Porfirio fit immédiatement connaître tous ces événements à Queretaro ; on lui répondit par télégraphe, qu'aucune condition de capitulation ne pouvait être acceptée par le gouvernement libéral. La ville devait donc se livrer à la merci des vainqueurs !

Cependant le consul américain^ M. Otterburg, fut chargé de faire connaître aux colonels 'autrichiens^ que s'ils se réunissaient au palais avec leurs troupes^ et s*ils hissaient le pavillon parlementaire , le général Diaz leur garantissait la vie sauve et leur libre marche jusqu'à Yera-Cruz^ aux frais du gouvernement républicain et sous escorte.

De plus^ il serait alors laissé aux officiers^ les armes et les chevaux y qui étaient leur propriété personnelle. Toutes les autres armes et tous les autres chevaux devaient être remis au général en chef.

Le drapeau fut hissé.

Tabera capitula dans la nuit.

Le 21 y au point du jour^ les avant-gardes libérales entraient en ville^ en silence et dans le plus grand ordre.

Le bat de Texpédilioii firançaise était manqiiél

Juarez triomphait partout !

L'empire av»t vécu !

Aucune exaction ne fut commise^ aucune persécution exercée sur les étrangers .

Ceux qui voulurent quitter le Mexique le pulrent sans difficultés.

Le colonel Kodolisch se chargea de faire toutes les démarches nécessaires pour leur en faciliter les moyens.

Il rencontra néanmoins bien des difBcultés.

M. Davidson y banquier de Mexico, où il représente la maison de Rothschild^ se conduisit dans cette circonstance avec la plus grande générosité.

II n'hésita pas à Eure une avance de 1 5 000 piastres.

Nous citerons seulement un passage d'une lettre que lui adressait le colonel Kodolisch :

Pueblâ, 17 juillet 1867.

a Mon cher ami ^

a La nouvelle que vous bous donnez du départ de Lago et celle que vous prenez nos affaires en vos

AU MBXIQUB. 399

mains a rempli toute la coloime du plus yif conten* tement. Il n'y a pas un homme qui n'ait prononcé votre nom avec la plus profonde reconnaissance. •

« Vous vous êtes chargé d*une joUe corvée^ mon cher ami. — Mais patience.

(c 11 y a parmi nous en tout vingt -neuf étrangers qui, n'ayant servi ni dans le ci-devant corps autrichien , ni dans ces derniers temps sous nos ordres directs^ sont exclus du rapatriement^ d'après les ordres sévères (?) de M. Lago.

« Il y a quatorze Français , neuf Belges y trois Espagnols^ un Anglais, un Prussien et un Suisse.

a J*ai déjà écrit aux représentants de ces nations. Ils n'ont pas répondu. Je vous prie de tacher d'obtenir de ces messieurs qu'ils fassent quelque chose pour le rapatriement de leurs compatriotes^ à moins que M. Dano ne persiste à déclarer les officiers et soldats français qui sont passés au service de S. M. l'empereur Maximilien, avec le consentement du maréchal Bazaine^ et qui n*ont pas reçu à temps la nouvelle du retrait de ce consentement, vu les points éloignés sur lesquels ils se trouvaient, vu le départ un peu précipité de l'armée française.

à moins que M. Dano^ dis-je, ne persiste à oonsid^' rer ces militaires comme déserteurs^ comme il me Fa ^ déclaré à moi-même.

<c Moi je n'abandonnerai pas ces fidèles serYÎteiirs de l'empereur, — ni vous non plus, n'est-ce pas? a Je vous serre la main.

« KODOLISCH. »

C'est grâce à ces généreux efforts que tOHs-^ei *

malheui^ux ont pu retourner en Europe. . . *<

Juarez vient d'être réélu président de la népuMif

que mexicaine. La France le reconnaîtra-t-elletl ^'

«ili.OlépsîaiijOQis la conscience d'avoir mis dans notre

cfiMkt toute la modération et toute Fimpartialité . .pombles. Le sentiment qu'il nous laisse est un

eWDtimeiit de tristesse profonde.

1 C'est .celui, qu il laissera à tous ceux qui le liront san^ parti pris^ sans passion.

. >^ : Le principe de l'intervention française au Mexi-

.%ie^ a. été une injustice. Sa fin a été un désastre. . Qui portera devant l'histoire le poids de la resi :paB8abilitédeoetaçte?

• .r.,G^ respoiiaabilité sera partagée.

:r iSet|p,intei!Vie!9tiou restera, néanmoins, inscrite sur

ul^IMgRSidja rJ^ae de Napoléon LU. .

^ViMa&a les noms, de Gabriac, Saligny d'abord, et r. «f^BcBwaine ensuite, figureront principalement, au ^>;iiiiM^u;d -autres noms qui seront mis plus tard en

40i CONCLUSION.

lumière^ pour remplir cette triste page de Y de ce siècle.

L*empereur Napoléon a été trompé par des agents sinon infidèles^ au moins parfaitement inintelligents.

Il a été entraîné par des intrigues de cour, par des séductions perfides.

Il se laissa aller^ pour ainsi dire, à une pensée qu'il crajait généreuse et qu'il iq>pela iâ plus grande panBée de son règne. H oublia ainsi le principe de non intervention qu'il mvtdt si Muvent prodamé.

11 commit la grande hâxtm d'afier ne mâhr i(es affairée intériewres d'un peuple, Bouvendn juge de ses destinées.

Mal servi plus tard dans son entroprise par les agents qu'il employa^ il la payée du sang des soldats et de l'argent de la France.

Quel avantage en a-t-il retiré?

11 faut l'avouer^ du reste, le goavesnette&t ttoçais ne sut pas avoir une Ttrfonté ferme, u&e ligne de conduite bien précise dans Teiécutiim de M ptu imprudent.

11 comptait sur une guerre prolongée entre les États du Nord d'Amérique et les États du Swl .

GONGLDilON. 403

il cMiptatt sur La tgiomfbe àe eeux-ieî, triomphe qui lui était indkpenaabla pour U iwn propre .

Bt pourtant il n'oea pas leur prêter cuver teflijaQ t son concours. U leur prodigua^ au contr^ice# fiée f»^pathîae aiiMÎ dangerousee qu'elle éiêimi ^ti^lies.

Il jetia tout le suKK^èe de aoa Oànjf» m^t «n oo^^f) de <lé; sur le sort problématique d'iitoe ^ueiye inégale.

U es ûOBdamna aiuû k marcher j» t^Uoas.

Il vécut d'espiérauce. La déaiUusioo m lut pus longue à venir. Elle (fit cruelle.

Le sort de la guerre a été favorahle au^ Etat» du Nord.

Le cabiuet die Washington n'a pas tardé s. Caire payer (dier jau gouvernement fnançsis £es aympathies pour ses ennemis. M. Seward a pu» .^VQc rnutoffitédtt vainqueur^ liai rappeler les d^uigers qu'il avait fait «ntievoir lors de la sigxiature du traité de léOndres. ^ec^cette même autoritéi il a demandé à les conjurer sans retard. U pro&tait impltoyahle- Ment^ à son tour, des embarras qui assombrissaient rhorizon politique de l'ancira continrat* Force a été «a cabinet des Tuileries de se soumettre à «es isy onctions parfois brutales*

Pour démontrer toute la témérité de cette entreprise, nous allons admettre un instant que le gouvernement français ait pu parvenir à voir tous m désirs réalisés :

Les États du Sud, protégés par la France, sont séparés des États du Nord. Ils forment une r^ublique indépendante. L'empire du Mexique est constitué sous le sceptre de Maximilien.

Admettrons-nous^ pour cela, que cet état de dioses laborieusement construit, chèrement payé, sans aucun doute, pûl être de longue durée ?

Bien loin de nous est pareille illusion.

L'empire du Mexique et la nouvelle r^ublique auraient en effet trouvé, un moment^ un motif d'alliance dans une protection conunune que li France leur aurait accordée.

Mais ce qu'on paraît ignorer^ en Europe^ c'est que les institutions républicaines sont les institutions vers lesquelles tendent toutes les aspirations des peuples du nouveau monde.

Ces institutions sont au moins aussi chères aui sudistes qu'on a appelés les représentants de la race latine, qu'elles le sont aux nordistes qu'on a appelés les représentants de la race anglo-saxonne.

Par .coDBéqttent^ un gouverneinent monarchiqae mexicain ne pouvait avoir longtemps les sympathies de la république voisine. Avait il profondément celles des Mexicains eux-mêmes ? Nous nous garderons de l'affirmer avec les émigrés mexicains.

Donc^ il est certain que le jour n'aurait pas été éloigné où le Mexique aurait repris pour son gouyemement la forme républicaine.

Sur le fauteuil présidentiel^ on n'aurait pas tardé à revoir apparaître un président mexicain.

Haximilien était fatalement destiné à revenir en Europe, grossir le nombre des monarques en disponibilité. Mais^ au moins^ dans l'hypothèse que nous venons de discuter^ dans l'hypothèse d'un succès momentané, l'empereur Napoléon n'aurait pas eu la douleur de voir des bataillons français surpris^ avec leurs aigles compromises, sur une terre lointaine qu'ils ont évacuée un peu à la hftte.

Le second Empire n*aurait pas eu le second chapitre de la campagne d'Espagne.

Nous avons été obligé de parler^ dans cet ouvrage, un peu plus que nous ne l'aurions voulu du maréchal Bazaine.

La choée était inévitable. On a lancé contre lui

406 covcœmm.

raoathème fyar des écrrtê accnsateun d'une trèsgrande gravité.

C'est pourquoi nous croyons de notre devoir àt prétenir nos lecteurs que nous ne noua associons pas aux auteurs de ces écrits.

Le maréchal doit^ il est vrai^ porter à Juste titre une très-grande part de la responsabilité du désastre que nous avons raconté ; mais il ne faut loi donner que la part qui lui revient.

Nous n avons pas mission pour le défendre; noai n'accepterions pas celle de l'accuser.

Il a été accusé^ cependant. Nous avons même reproduit des accusations faites publiquement contre lui.

Notre but^ nous l'avons dit, a été de provoquer des rectifications devenues de jour en jour plus nécessaires.

Il ne nous appartient pas de chercher les motifs du silence obstiné du gouvernement français.

Nous ne dirons que quelques mots pour préciser exactement notre opinion. Nous espérons ne pas dépasser la mesure que nous commande une tidie aussi délicate é

Nous avons eu occasion de le dire dans notre oo-

▼nge^ l*#inperear Maximilien a sa part de torts dans la lutte qui^ pendant deux ans ! a duré entre lui et le maréchal^ à la connaissance du gouoemement français.

Ce malheureux prince n'avait rien de ce qu'il fallfdt pour mener à bonne fin une entreprise de la taille de celle qu'on lui avait confiée. »

Trop accessible à tout ce qui pouvait exalter son esprit^ mal conseillé, facile à convaincre, il se laissa malheureusement persuader bien vite que le concours de la France lui était inutile# Bien plus^ certains de ses ministres, M. Ramirez entre aatfSB, ne cessaient de lui répéter que le jour où les bataillons français auraient quitté le Mexique 9 Tempire mexicain serait véritablement fort.

Cette ccmvîetioii pénétra d'autant plus facilement dans son eq>rity qu*il sentait int^ieurement eom» bien était faueee sa poeîtioo de monarque étranfçr^r, élu, sinon imposé par la ibree des baïonm^ttes étrangàres. Ansaî soo premier soin fo(-il Hi^ bian montrer aux Meiicains qu'il avait adopté leur na^ tionaliié.

D frà leoia hibîtiidesf el if il servir leiiiv iMto ;

408 GONGLOSION.

il assista i toutes leurs fêtes, et se vêtit comme eux.

11 voulait se faire pardonner; il voulait fmit oublier son origine.

n fit trop, n ne comprit pas qu'il valait mieux pour lui, jusqu'à nouvel ordre au moins^ jusqu^à ce que Texpérience lui eût démontré la possibilité de la durée de sa tentative, il ne comprit pas, disons-nous, qu'il valait mieux rester le premier des étrangers. En changeant de rôle, il devenait le dernier des Mexicains.

Animé des sentiments que nous venons de dépeindre, il ne pouvait tarder de d^laire au commandant en chef.

Il eut, du reste, bien vite, une antipathie réelle pour lui.

Il ne sut pas dissimuler ce sentiment, et loi donna malheureusement un trop libre cours.

y Ses ennemis en profitèrent. Us ne manquèrent pas d'attribuer à Maximilien, contre le gouvernement français, un sentiment qu'il n'avait, ea somme, que contre le maréchal.

Us l'accusèrent bien haut d'ingratitude.

Cependuit le maréchal ne put se néprmkt

GONGLimiON. 409

longtemps sur les sentiments de l'Empereor à son ^ard.

Son Gonrronx n*en fat que plus grand et par suite plus dangereux.

La lutte s'établit.

Le maréchal l'accepta.

Il se retrancha derrière son titre de représentant de l'empereur Napoléon. Il se prévalut de celui de commandant en chef de l'armée franco-mexicaine.

L'empereur Haximilien demandait son rappel.

Le maréchal resta malgré ce souverain.

Pour pouvoir afiEronter les dangers d'une situation pareille^ il eût fallu le génie, au commandant en chef.

Le maréchal apporta^ au contraire, dans la lutte, toutes les passions, toutes les faiblesses humaines. Il eut l'impatience et la hauteur. Nous ne dirons pas comme tant d'autres 1 l'ambition. Il croyait avoir ainsi de la dignité !

Il prit l'entêtement pour la fermeté ; il oublia trop souvent, hélas! que la bonne entente entre l'empereur et le commandant en chef était la seule manière de ne pas trop précipiter un désastre sans cesse inmiinent.

Les conséquQficeft de eelte conduita du maiédal ne pouvaient être que funestes.

En etki, quel était le rôle du commandairt en chef français au Mexique ?

Ce rôle ne pouvait être que celui d'un proctoeteur qui devait apporter, vis-à-vis de Tempefeer, dans la protection dont il disposait, autant de soumission^ de respect, et, en même tempe^ d'habileté^ qu'il devait déployer d'énei^ie et de aévérité fNTudentes envers les ennemis de Tempire. Cette tâche était délicate, nous en convenons. Elle n'était pas sans présenter de grandes difBcultés.

Pour la remplir^ le maréchal avait besoin de la confiance et des sympathies de son royal protégé.

Or^ cette confiance, ces sympathies , il ne les avait pas.

Maximilien ne cessait de demander epn rappel.

Le gouvernement français se fit sourd^ au début, à toutes les demandes.

Plus tard, cependant, il donna au maréchal la faculté de revenir. Celui-ci ne voulut pas en profiter.

En restant quand mème^ en a'impoeant de la sorte à Maximilien, le commandant ea ditf e^ei*

posait à derenir, ou tout au moins^ à paraître Taotagoniste ou l'ennemi du souverain.

Le souverain était, dès lors^ fatalement entraîné à s'entourer de gens qui partageaient ses sentiments à regard du maréchal^ et qui, cédant à leurs passions personnelles, ne pouvaient que le mal conseiller.

C'est le propre des antagonismes de produire les plus pitoyables et fâcheux résultats.

Les fautes de Maximilien ne sont-elles pas maintenant expliquées ?

Le maréchal, de son côté^ ne s'est-il pas, de sa propre initiative^ ^^g^gé ^^^^ une voie funese qui devait le conduire à commettre des fautes fort graves ?

Certes, Maximilien eût mieux fait de céder la place et de se retirer dignement.

Mais, en somme, si, pour des raisons que nous n'avons pas à rechercher ici, il ne crut pas devoir le faire, il nous semble que le maréchal devait se démettre de ses fonctions et se retirer.

En restant, le maréchal se rendait responsable des conséquences de sa décision inexplicable.

Si donc une justification éclatante ne Ten pré-

serve, il portera devant l'histoire une grande part de la responsabilité du drame dont il a été l'an des principanx acteurs.

Et maintenant pour terminer le récit de Tintervention française au Mexique, et la retraite précipitée des troupes, rappelons les paroles de TEmpereur^ dans son discours du trône de 1 863 :

(c Les expéditions lointaines^ objet de tant de critiques^ n*ont pas été YeœécutUm d'un plan prémédiU^ la force des choses les a amenées, et CEPENDANT ELLES NE SONT POINT A REGRETTER. •

Que les Français qui ont encore des intérêts an Mexique et dans les deux Amériques^ que les porteurs de titres des emprunts mexicains et tant d'autres encore, méditent ces paroles.

Qu'ils nous disent si cette force des choses n'est pas pour eux^ comme elle Test pour nous, la causa de bien des regrets ! !

Que ne lui a-tK>n opposé^ que ne lui oppose-t-on toujours la force de la raison et de la logique ?

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