‹ L'intervention française au Mexique: accompagnée de documents inédits et d'un long mémoireChapitre 39 sur 41 · EN FRANCE · texte numérisé non relu

EN FRANCE

Mexico, 20 janvier 1867.

« Monsieur, les documents ci-joints vous donne* ront la correspondance échangée entre le gouvernement de Sa Majesté, et les représentants de S. M. TEmpereur des Français à sa cour, dans les circonstances suivantes :

« Daos la nuit du 15 courant, M. Marquez, généra! du second corps d'armée, fit arrêter les frères

1 . Ancien secrétaire particulier de M. le marquis de Moniholoo à la lêgalion de Mexico, et pois à celle de Washingtoe.

Pedro et Edouard Garay, ayant de bonnes raisons de croire qu'ils étaient des agents rebelles.

(c Le 1 69 le général Ugarte, chef de la police, reçut une note du général français A. de Maussion^ commandant la subdivision de Mexico, note qui Tinvitait à se rendre chez lui, à trois heures de l'après-midi. M. Ugarte y alla, fut arrêté et informé qu'on ne le relâcherait pas avant que Pedro Garay ne fût mis en liberté. On dit à M. Ugarte que Pedro Garay avait un sauf-conduit du maréchal Bazaine^ et qu^ainsi il ne pouvait être arrêté, et qu^il n'aurait pas dû Têtre.

c Gomme chef de la police y Ugarte était responsable de toutes les arrestations, et coupable de celleci. Ceci est extrait d'une lettre envoyée le 16 par Ugarte au département du gouvernement, et datée de la maison du commandant de la subdivision française, où il était retenu prisonnier. Le ministre envoya immédiatement une note au maréchal Bazaine dénonçant cet acte comme outrageux, puisque Garay n avait pas été arrêté par la police^ et que, quand bien même il l'aurait é\é, les Français n'avaient pas le droit d'intervenir pour le mettre en liberté.

a Pendant ce temps, le général Marquez envoyait au ministère de la guerre la copie d'une lettre du gé-

néral de Maussion ordonnant qu'on élâl^it immédiatement Pedro Garay et qu*on lui rendît le sanfconduit qu'on lui avait pria. M. Marquez y joignit une copie de sa réponse à M. de Maussion; il Tinformait que Pedro Garay n'avait montré aucun saufconduit du maréchal Basaine quand il avait été arrêté, et n'avait pas même dit qu*il en eût un. Le ministre de la guerre répondit que Pedro Garay et son frère seraient jugés par une cour martiale. En même temps, il demandait par dépèche confidentielle au maréchal Bazaine s*il avait donné à Pedro Garay le sauf-conduit mentionné, lui faisant renu^ quer combien il était dangereux de confier à des ennemis du gouvernement de semblables moyens de circulation. Le maréchal ne répondit pas à cette note. a Le 1 6^ le général Marquez écrivit de nouveau an ministère de la guerre, joignant à sa lettre une note du général de Maussion, qui lui parlait de Tordre qu*il avait donné d'arrêter le général Dgarte^ lui disant qu'il serait letenu jusqu'à ce que Pedro Garaj fût remis en liberté. Le ministre de la guerre l'envoya au maréchal Bazaine^ lui demandant l'élargissement du chef de la poUce avec les excuses dues à la justice et aux cordiales relations entre lesdeox

empires. Le jour suivant, le ministre de la guerre demanda à voir le maréchal Bazaine. Le général Ugarte fet remis en liberté^ Pedro Garay fut livré aui auto- i

rites françaises pour être jugé par une cour martiale mexicaine, et le maréchal Bazaine donna^ le 19, des i

explications écrites sur remprisonnemeDt d'Ugarte. a Mais en même temps, le 1 7, un autre incident se présenta. Le maréchal Bazaine envoya une note au ministère, se plaignant que le journal la Patrie avait publié, le matin même, un article insultant pour les autorités militaires françaises^ pour sa propre dignité et les intérêts de l'armée. Il avait ordonné d'emprisonner et de faire juger par la cour martiale Téditeur du journal et lauteur de l'article , et de supprimer la Patrie. Des notes furent échangées. Le maréchal affirma une seconde fois qu'il avait le droit d'agir comme il l'avait fait. Néanmoins, les deux prisonniers furent relâchés le i 8, mais le jour- \

nal resta supprimé. i

M MURPHT. »

On le voit, l'Empereur ne pouvait plus gouverner ses sujets conmie il l'entmdait.

Cette intervention du maréchal donna lieu à des

commentaires sans nombre^ dont nous n'ayons pas à nous faire l'écho. Cependant nous croyons remplir notre devoir d'historien impartial en disant que la conduite souvent provocatrice de Maximilien^ nonseulement contre le maréchal , mais encore contre la France, doit atténuer les reproches qu*on a cru devoir adresser au commandant en chef, sans, toutefois, les rendre injustes à tous égards.

En tous cas^ tous ces incidents ne faisaient que compliquer la situation.

Le mois de janvier et une partie du mois de décembre s'étaient passés en pourparlers avec les chefs libéraux. Le général Porfirio Diaz a écrit, à ce sujet, une lettre, daus laquelle se trouVe une accusation fort grave contre le maréchal. Dans cette lettre, reproduite par les journaux d'Europe, nous avons lu:

<t Le maréchal Bazaine, parrintermédiaired'aDc tierce personne, me fit l'offre de mettre entre mes mains les villes occupées par les Français, et de me livrer Maximilien, Marquez, Miramon, etc., etc., si j'acceptais une proposition que j'ai repoussée parce que je ne la trouvais pas honorable.

« Une autre proposition venant également de

rinitiative du maréchal Bazarae^ avait trait à l*acquisition de 6000 fusils et de 4 millions décapsules. Si je Tavais désiré, il m*aurait vendu aussi des canons et de la poudre, mais j'ai refusé d'accepter ces propositions.

a PORFIRIO DlAZ. »

Nous ignorons absolument ce qui s'est passé entre le maréchal et Porfirio^ pour ce qui a trait à la première proposition.

Quant à la seconde, c'est-à-dire à la vente des poudres, munitions..., nous allons raconter ce que nous avons appris à ce sujet.

Voyons d abord ce qu*a écrit là-dessus M. de Keratry :

a Sur une observation spéciale relative à la livraison de 6000 fusils, dont la commande avait été faite, d'après la demande de Maximilien, ces armes furent comprises dans le matériel qui pouvait être remis, sauf remboursement, au futur chef de l'État légalement reconnu. La propre déclaration de M. Otterbourg suffirait pour attester Tauthenticité de cette conversation dans la forme comme dans le

fond, puisque cest elle qui a donné naissanee à b fameuse lettre de Porfirio Diaz, adressée an ministre de Juarez , Roméro, et publiée réoemn^ent ptr k cabinet de Washington. La tierce personne, à laqude Porfirio a fait allusion, est précisément ee codsqI américain qui n'avait été nullement autorisé à se faire Tinterprète officieux ou officiel du quartier général français auprès de ce chef dissident, eonmie il peut rattester lui-même.

« La proposition que Porfirio entend avoir réponssée comme peu honorable a trait à la reconnaissance de la dette et des emprunts français*. Quant i la cession éventuelle de canons et de fusils, elle trouve sob explication dans le récit qui précède. Reste le dessein prêté au maréchal d*avoir voulu livrer secrètement à Porfirio des armes^ les places de l'Empire, l'Empereur et ses généraux; cette calomnie ne tardera pas à retomber sur son auteur, quel qu*il soit. Porfirio^ dont on ne peut qu'honorer Ténei^que revendication des droits de son pays, a cédé à un codseil perfide ou à un sentiment coupable^ qu'il ne peut manquer de désavouer. »

Ainsi donc, il est établi que TEmpereur Mui-

milien avait demandé la livraison de 6000 fusils. Mais on ne pouvait les Iqi accorder, à /tit\ et on les accordait déjà, en principe, au futur chef de lÉtat

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