‹ L'intolerance de Fénelon; études historiques d'après des documents pour le plupart inéditsChapitre 1 sur 25 · RUE DE SEINE ET RUE DES SAINTS-PERES · texte numérisé non relu

RUE DE SEINE ET RUE DES SAINTS-PERES

Tous droits «serrés.

/t/ù, CPdr./jr.

NOUVELLE PRÉFACE

Paris, 13 novembre 1874.

Nous essayions, il y a deux ans, de faire voir que la tolérance de Fénelon n'est qu'une pure légende, qui s'évanouit dès qu'on la met en regard des écrits et de la vie de l'illustre prélat ; que, loin d'être supérieur à son siècle, il partagea les sentiments et les erreurs de tous ses collègues, sur l'obéissance illimitée que les rois exigent des peuples, sur l'emploi de la force en matière religieuse; qu'il ignora les droits de la conscience individuelle et méconnut l'inviolabilité de l'âme hu» maine. Nos efforts n'ont pas été vains : L'Intolérance de Fénelon a produit quelque impression dans la presse française et étrangère; car dix-huit journaux ou revues (sans parler de ceux dont les articles ne nous sont pas parvenus) lui ont fait l'accueil le plus sympathique, et dix-neuf (1) (le Journal de Genève du 27 octobre 1872, — le Progrès des Communes du 31 , — le Siècle du 5 novembre, — la Renaissance du 9 (et du 5 septembre 1874),

(1) Bien qu'il ait jugé le livre avec une partialité et un mauvais vouloir évidents, le correspondant de l'orthodoxe Journal de Genève en a cependant accepté les conclusions.

vi NOUVELLE PRÉFACE.

— le Disciple de Jésus-Christ du 10, — X Avenir du 24,

— le Rappel du 26, — le Progrès religieux du 30, — la Independencia du 10 décembre, — XEvangèliste du 12 (1), — le Bulletin de la Société d'hist. du prot. franc, du 1 er janvier 1873, — la Critique philosophique du 30, — la Revue des Deux Mondes du 1 er février,

— la Bibliographie contemporaine du 1 er mars, — le Temps du 27, — le Havre du 4 juillet, — le Glaneur de Saint-Quentin du 31, — The Christian Quarterly de Cincinnati, n os de juillet et d'octobre, — la Revue anglo -française du 1 er février 1874) ont pleinement reconnu que le supérieur de la maison des Nouvelles Catholiques de Paris et le chef de la mission d' Aunis et de Saintonge, s'est montré conséquent aux maximes d'intolérance et de persécution qu'il a semées dans ses ouvrages.

Le résultat espéré était atteint, puisqu'une thèse qui contredisait ouvertement l'opinion presque universelle, avait obtenu l'adhésion des esprits éclairés et sans parti pris, les seuls dont le suffrage vaille la peine d'être ambitionné; cependant il eût peut-être manqué quelque chose à la démonstration, si l'on n'avait pu constater, en même temps, l'inanité des subterfuges par lesquels les très-rares défenseurs de la tradition essaient de soutenir l'idole qui tombe de son piédestal.

Le Moniteur du 1 er janvier 1873 s'empressa d'affirmer purement et simplement que les faits qui venaient

(1) On remarquera dans cette liste l'absence des feuilles protestantes la Revue chrétienne et le Chrùlianitme au nx e tiède, qui, pour des motifs sans doute différent», ne se sont pas occupées de l'ouvrage*

NOUVELLE PRÉFACE. vu

d'être révélés au public, n'avaient ni portée ni signification. Il feignit, à l'imitation des historiens jésuites, de ne voir dans la maison des Nouvelles Catholiques qu'un établissement religieux d'instruction, ou un lieu de retraite, et nullement une prison, — et dans le supérieur de la maison qu'un directeur spirituel qui se bornait à enseigner le dogme catholique. Cette double feinte renferme un aveu ; car l'écrivain du Moniteur ne se serait pas amusé à nier, contre toute évidence, la responsabilité du supérieur, s'il avait pu établir que les pensionnaires entraient librement dans la maison, et non contraintes par des lettres de cachet, et conduites par des agents de police.

L'Echo de la Dordogne des 14 et 15 avril 1873 partage les mêmes illusions, et s'imagine pouvoir lutter contre des pièces authentiques par des affirmations où l'on cherche vainement l'ombre d'une preuve. Avec plus de sérieux que le Moniteur y il se laisse égarer par une fiction légale, c'est-à-dire par l'expression mensongère de nouveaux catholiques ou nouveaux convertis, qui désignait tous les protestants, même ceux qui n'avaient jamais abjuré. « Fénelon fut chargé, dit-il, de maintenir dans la foi les Nouvelles Catholiques : c'était une congrégation de protestantes converties. » — Qu'est-ce que des protestantes converties, à qui l'ordonnance du 8 avril 1686 donne quinze jours, à dater de leur entrée dans la maison, pour faire leur réunion, c'est-à-dire leur abjuration? Qu'est-ce que maintenir dans la foi catholique des personnes que les listes officielles, remises à la police, mentionnent

vui NOUVELLE PRÉFACE.

comme encore protestantes, ne voulant même pas entendre parler de religion, et qu'on envoie à l'hôpital général parce qu'on n'en peut rien obtenir?

Cependant M. Albert Dujaric, l'auteur de ces articles qu'il a réunis et donnés, sous forme de brochure, pour une Réponse au livre de M. 0. Douen sur Vintolèrance de Fénelon, Périgueux, Dupont et Comp., 1874, in-8°, n'a pas le parti pris de tout nier comme le Moniteur : « Qu'il y ait eu des actes rigoureux envers les Nouvelles Catholiques, nous ne le contestons pas, dit-il, mais ce que nous contestons, c'est que Fénelon y ait pris la moindre part; car il ne se départit jamais, dans l'éducation des jeunes filles confiées à ses soins, d'une charitable sollicitude et d'une douceur toute paternelle. » — Admettons, je le veux bien, que Fénelon n'eut aucune part à ces actes rigoureux, qu'il fut la douceur même; ne voyez-vous pas que plus sa douceur sera grande, plus sa conduite deviendra inexplicable ? Voilà un homme d'une douceur infinie, et il reste dans une maison où l'on tourmente de pauvres jeunes filles confiées à sa direction, dans une maison où il n'a qu'à parler pour être obéi, puisqu'il en est le chef; et il ne parle pas ! Et au lieu de la quitter, il y reste plus de dix ans ! Et cette maison ne lui suffit pas, il accepte encore la responsabilité d'une autre : celle de la Madeiaine du Tresnel, qui fut aussi sous sa dépendance! Que voulez-vous que j'y fasse? Je n'y puis rien ; mais il faut bien que cette douceur ne soit qu'un mythe.

En ce qui concerne le missionnaire, M. Dujaric a recours à une argumentation plus boiteuse encore. J'ai

NOUVELLE PRÉFACER ix

écrit que Fénelon n'a « point suivi l'exemple de la plu* part des missionnaires, qui conduisaient hommes, femmes et enfants an confessionnal et à la communion, à coups de crosse de fusil, » qu'il pratiqua « la persécution sous toutes ses formes, excepté la plus brutale. » Or que demande M. Dujaric pour croire à l'intolérance de Fénelon : — Que je lui prouve que Fénelon a fait ce que je déclare qu'il n'a pas fait : « Que M. Douen nous fournisse, par exemple, des documents où Fénelon, à l'instar de quelques missionnaires, ait conduit hommes, femmes et enfants au confessionnel et à la communion, à coups de crosse de fusil. » — L'auteur de cette phrase peu grammaticale ignore donc qu'il y a des degrés dans la persécution, comme en toute chose; que l'on peut entreprendre de convertir des populations terrifiées par la dragonnade, engager l'autorité à garder les passages, dénoncer ceux qui veulent s'enfuir, faire condamner à l'amende ou à pis ceux qui n'assistent pas aux prônes et à la messe, envoyer en prison ou en exil les consciences inflexibles, sans pourtant vouloir se rendre coupable des communions forcées.

M. Dujaric avoue que « dans une de ses lettres, Fénelon, inquiet de l'émigration nombreuse des protestants des côtes, exprime le désir de voir l'autorité ouvrir un œil sévère pour garder les passages qui servent à la fuite des réformés, » et cependant il affirme que le missionnaire « ne connut et n'employa d'autre arme que le glaive de la parole. » — Serait-ce, par hasard, que l'on gardât les passages avec le glaive de la parole, ou que l'appel au bras séculier soit le plus bel usage

que l'on puisse faire du glaive de la parole?

z NOUVELLE PRÉFACE.

Puis il cite les lignes célèbres où Ramsay recommande à Jacques III d' « accorder à tous la tolérance civile, » et persiste à les attribuer à Fénelon, comme si la lumière n'était pas faite sur ce point (v. ci-dessous* p* 48). Autant Vaudrait soutenir que lé traité de Bayle sur la tolérance a été composé par le rédacteur du Syllabus.

Viennent ensuite quelques aménités à l'adresse de mon « aveugle fureur, » et de l'opuscule détesté, qui n'est pas « l'œuvre d'un historien érudit et convaincu, >J mais « un pamphlet dicté par l'esprit de parti. »

Enfin la Réponse se termine par cette péroraison d'un comique véhément : « Qu'il nous soit permis d'ajouter que, du jour où la mémoire de Fénelon perdrait parmi nous son prestige, nous ne serions plus dignes d'être Français. »

On le voit, la Réponse est naïve, candide^ elle S' efforce vainement d'être méchante, et si elle ne relève guère le prestige de la tolérance de Fénelon, elle relève du moins celui de l'histoire telle que la concevaient le P. Daniel et le P. Loriquet : on n'est plus digne d'être Français (lisez : ultramontain, ce qui est tout autre chose), du moment que l'on cesse de révérer les bourdes jésuitiques.

Plus récemment la Revue des questions historiques, créée, me dit-on, pour battre en brèche le Bulletin de l'histoire du protestantisme, a fait une charge à fond de train contre L'Intolérance de Fénelon. Cette fois, je crus devoir répondre. La Revue répliqua. Satisfait d'avoir mis sous les yeux de ses lecteurs les faits en

NOUVELLE PRÉFACE. Sx

litige, je me taisais et n'aurais pas repris la plume, si l'apparition dés Lettres inédites de F melon publiées par l'abbé V. Verlaque, Paris, V. Palmé, 1874, in-8», et la critique qu'en ont faite les journaux, n'avaient remis la question à l'ordre du jour. C'était le moment d'adresser à la Revue une réplique, qu'on trouvera à la fin de cette préface.

Les Lettres inédites se divisent en deux parties. La seconde n'offre qu'un médiocre intérêt et n'a d'ailleurs aucun rapport avec notre sujet; il en est tout autrement de la première, exclusivement consacrée à la mission de Fénelon en Sain ton ge. Elle comprend trente lettres : seize de Fénelon (dont deux adressées à Madame de Beauvilliers, et quatorze au secrétaire d'Etat Seignelay) et quatorze de Seignelay adressées à Fénelon.

Les deux lettres à Madame de Beauvilliers — et celle à Seignelay du 26 mai 1687, — étaient déjà connues en partie par les extraits qu'en a donnés ,Rulhières; les autres, qui n'avaient pas encore été imprimées, sont pour nous un véritable trésor. Elles donnent, à quelques jours près, la date du départ des missionnaires que nous n'avions pu établir que d'une manière approximative (note de la p. 120), et nous instruisent sur la durée de la mission qui fut de près de deux ans, et non d'environ six mois, comme nous l'avions conclu de documents incomplets. Elles renferment les plus précieux détails sur les dispositions relativement douces et bienveillantes que Fénelon porta en Saintonge, et qui se transformèrent en délation et en actes de persé-

xii NOUVELLE PRÉFACE.

cution proprement dits, à mesure que l'insuccès de sa prédication le fatiguait et l'irritait; sur les familles qui abjurèrent, sur les quelques pasteurs qui combattirent leur ancienne foi san6 toucher leur pension, de peur que leur nouveau ministère ne parût pas entièrement désintéressé, mais à qui Fénélon demandait qu'on la remit en temps opportun ; sur l'inflexible énergie de la plus grande partie de la population, surtout de la classe la moins aisée ; sur l'espèce de rivalité qui s'établit entre Fénelon et les missionnaires des autres provinces qui, au lieu d'arriver comme lui après les dragons, s'en faisaient accompagner; sur les moyens qu'il employait pour s'insinuer dans l'esprit des populations et obtenir la faveur du ministre, celle du roi et du confesseur; sur la part directe, personnelle, qu'il prit aux emprisonnements et aux exils ; sur le calme effrayant avec lequel il envisageait les dragonnades et l'exécution exécrable des cadavres traînés sur la claie.

Au point de vue littéraire, ces lettres sont un fleuron de plus ajouté à sa couronne; au point de vue historique, elles achèvent de ruiner sa réputation de tolérance et de douceur. Entre sa manière de mettre la force au service des conversions et celle de Bossuet, il ne reste guère qu'une seule différence : Bossuet agit et parle au grand jour, — lui, dans l'ombre et en secret.

Nous devons donc la plus vive reconnaissance à à M. l'abbé Verlaque, qui a fait connaître des documents d'une telle importance. Malheureusement la publication en a été faite d'une façon déplorable ; nous ne parlons pas de l'orthographe modernisée, ce n'est

NOUVELLE PRÉFACE. xm

qu'un détail, mais d'une multitude de fautes de tout genre: mots omis, changés, ajoutés; pages pour folios, passages incompréhensibles et dénués de sens par suite d'altérations, phrases abrégées qui rappellent le style de Fénelon comme le jour ressemble à la nuit, paragraphes supprimés et même une page entière.

Voici quelques exemples des altérations les moins graves (on verra les autres à la fin du volume) : Dans la première lettre à Madamo de Beauvilliers , Fénelon s'exprime ainsi : a Vous auriez du plaisir de nous voir embrasser ces marchands. . . Les applaudissements qu'ils nous donnent... ne nous font point de mal. » M. l'abbé Verlaque lui fait dire: « du plaisir à nous voir» et : « ne nous font point mal. » — Fénelon parle de l'intendant deRochefort, qui instruit les protestants d'une manière fort insinuante; M. l'abbé a mis : intéressante. Or l'écriture de Fénelon est fort belle et trèslisible. — En terminant cette première lettre, l'auteur écrit : « Je salue toute votre église domestique, qui est dans la maison de César ; » M. l'abbé supprime : dans et prête ainsi une absurdité à Fénelon, qui n'en écrivait guère.

Dans ,1a seconde lettre à Madame de Beauvilliers, Fénelon dit : « le curé de Marennes, qui est le principal lieu du pays ; » M. l'abbé supprime : lieu. Plus loin, Fénelon écrit : « Si on donne à cette côte des prédicateurs qui gagnent peu à peu l'estime et la confiance des peuples; » au lieu de : côte, M. l'abbé met : affaire. — Ailleurs, Fénelon parle d'un protestant qu'il aurait fallu exiler; M. l'abbé a lu : exciter] etc. — Ainsi, sous le rapport de l'exactitude, ces lettres ne méritent aucune

«▼ NOUVELLE PRÉFACE

confiance, ainsi que Ta fort bien montré M. A. Gazier dans la. Revue politique et littéraire au 31 octobre 1874, et l'on ne peut s'en servir avec sécurité qu'après avoir corrigé son exemplaire sur le manuscrit original.

Enfin, la pièce qui est peut-être la plus importante de tout le manuscrit, a échappé à M. l'abbé Verlaque , ou ne lui a pas paru de nature à pouvoir être publiée. Il s'agit du mémoire, demandé par Seignelay le 15 juillet 1687, et rédigé peu après par Fénelon, sur les moyens propres à « maintenir les esprits des nouveaux convertis dans de bonnes dispositions à l'égard de la religion. » Heureusement, cette lacune a été signalée et comblée par M. Gazier; le. numéro du 31 octobre 1874 de la Revue politique et littéraire est donc le complément indispensable des Lettres inédites. M. l'abbé Verlaque ayant imprimé la lettre qui précède ce mémoire et celle qui le suit, il est fort difficile d'admettre qu'il n'ait point vu, dans un recueil de 5t folios, une pièce qui va du folio 45 au folio 51 ; il ne peut se rabattre sur la question d'authenticité, puisque le mémoire, non signé, il est vrai, est tout entier de la main de Fénelon, et que son contenu est en parfait accord avec celui des lettres de la môme date.

Notre première pensée, dès que nous eûmes connaissance des Lettres inédites, fut de le? mettre aussitôt en œuvre dans une seconde édition, refondue et complétée, de L'Intolérance de Fénelon. U fallut y renoncer, au moins pour le présent; un obstacle matériel s'y opposait: la promiOie édilion, pourquoi ne le dirionsnous pas? n'est point épuisée. Un obstacle d'un autre

NOUVELLE PRÉFACE. xr

ordre s'y opposait également: le respect quo nous portons à la critique.

Si le fond du livre a été déclaré inattaquable par la presse libérale , il n'en est pas absolument de même de la forme. On a fait sur ce point des réserves ; plu? sieurs de nos amis (nous les en remercions sincèrement) ont mêlé quelques reproches à l'éloge. Ils nous accusent d'avoir été trop vif, même acerbe, d'avoir eu la main trop lourde (I), d'avoir écrit un plaidoyer, an réquisitoire (2), plutôt qu'une étude calme et philosophique, de nous être vengé sur Fénelon de la fausseté de la réputation qu'on lui a faite (3), de ne pas lui avoir accordé le bénéfice des circonstances atténuantes, d'a-

(1) « On serait tenté de dire à fauteur du Télémaque :

Je vous plaine de tomber dans cet mains redoutables, Monseigneur. •

(A. Oquerel fils, Renaissance du 9 novembre 1873.)

(2) < Elle est finie la légende de Fénelon 1 Le réquisitoire si vigoureux et si probant de M. Douen a désormais fait justice de la réputation de tolérance universelle, de mansuétude exquise, si gratuitement attribuée au persécuteur des jeunes protestantes, à l'évêque qui, sur le bord de la tombe avait osé conseiller de traiter les hérétiques comme « des loups. • Essayer de le justifier ou d'atténuer l'odieux de sa conduite, eh alléguant qu'il a écrit des pages charmantes, plumes d'urbanité et de giâce, serait agir exactement comme celui qui prétendait que Néron n'était pas cruel, car il avait une jolie voix ; que Madame La large était excusable, puisqu'elle empoisonnait son mari avec des gâteaux ; que M. de Mo m y n'était pas méchant, puisqu'il a composé de joyeux vaudevilles.

« Cela est ridicule, u'est-il pas vrai, et pourtant c'est aiusi que jugent la plupart des hommes, et c'est en vertu de ce procédé, qu'on a créé la légende de Fénelon. C'est à l'amour de la rhétorique que nous sommes redevables de ce nouveau saint, etc. » {Fénelon et la princesse palatine t par A. f.oquerel fils, Renaissance du 5 septembre 1874J.

(3) Th. Bost, Disciple de Jésus-Christ du 10 novembre 1873.

< Ce n'est pas la faute de Fénelon, dit M. B«st, si on lui a attribué une tolérance qu'il n'eut jamais et que, par principe, il considère toujours

xvi NOUVELLE PRÉFACE.

voir mis une sorte d'acharnement à lui arracher son auréole de mansuétude. Pour un peu, on nous eût comparé à ce huguenot iconoclaste, qui, en train de saccager une église, et menacé d'un coup d'arquebuse par le prince de Gondé> lui répondit du haut de son échelle : « Monseigneur, laissez-moi seulement abattre encore cette idole, vous me tuerez ensuite si vous voulez. »

11 y a nécessairement quelque chose de fondé dans ces critiques, qui, vernies de divers côtés à la fois, ne peuvent avoir pour unique cause le désagrément qu'on éprouve à voir tomber une illusion, et qu'une dame nous exprimait ainsi : « Vous m'avez gâté mon Fénelon. »

Maintenant que le procès ou la bataille est gagnée, je ne demande pas mieux que d'envisager le sujet sous un aspect moins militant, de laisser parler les faits et d'employer des couleurs moins vives ; mais on ne change pas ainsi de point de vue du jour au lendemain. C'est un livre tout nouveau à faire; rien n'y sera changé, adouci, quant au fond, au .contraire, puisque les Lettres inédites accentuent plus que les autres l'intolérance du missionnaire ; mais la forme en devra être mitigée et moins énergique. Ce livre, je le ferai, si Dieu me prête vie; j'ai déjà recueilli dans ce but de nouveaux documents, dont un, qui ne manque pas de

comme mauvaise. » — Nous ne saurions être entièrement de cet avis. Sans doute, Fénelon qui fut ultra mon tain alors que Bossuet était gallican, eût repoussé, comme une injure, la qualification de prêtre tolérant, mais, et c'est là ce qui a aidé à tromper la postérité, il élève si fréquemment de telles prétentions à la douceur, qu'on est bfen excusable d'y avoir cru et d'avoir confondu avec la tolérance, cette soi-disant douceur qui n'est qu'une apparence, ou, comme s'exprime Massillon, qu'une « douceur empruntée, où la politesse et les manières ont plus de part que le sentiment. »

NOUVELLE PRÉFACE. xvii

gravité, sur les dernières années de l'archevêque de Gambray. Mais un tel travail ne s'improvise pas, et . j'avoue que je ne puis encore voir sans irritation ce mélange de ruse, de duplicité, d'ambition et surtout de prétention à la douceur et de persécution froide et raisonnée, qu'on retrouve à un si haut degré dans les Lettres inédites.

Une seconde édition n'étant pas possible en ce moment, l'auteur et l'éditeur de la première ont considéré comme un devoir de la compléter autant qu'on le pouvait sans la remanier de fond en comble. Ils y ont donc ajouté, outre ces lignes :

1° (Appendice VII) le sommaire inédit d'une lettre de Seignelày à Fénelon, .relative aux accusations que les jésuites avaient fait parvenir au roi, contre le catholicisme édulcoré prêché par le missionnaire, à son arrivée en Saintonge;

2° (Appendice VIII) huit lettres extraites de la publication de M. l'abbé Yerlaque (mais corrigées sur le ms. original), savoir cinq de Fénelon et trois de Seignelày;

3° (Appendice IX) le mémoire de Fénelon, dont nous avons parlé ci-dessus, avec son orthographe primitive ;

4° (Appendice X) une lettre inédite de 1598, dans laquelle le père Aymar prie l'abbé de Gordemoy de faire expédier promptement un ordre général, qui oblige tous les protestants de Saintonge à faire profession du catholicisme.

Cest donc un portrait de Fénelon retouché par lui-

xvm NOUVELLE PRÉFACE.

même, que nous offrons ici an public. Et, afin de n'être pas accusé de passer sous silence ce que l'on a écrit de plus fort, de plus habile ou de plus vif, pour justifier sa réputation de douceur et de chrétienne mansuétude, nous terminerons cette préface par la reproduction intégrale de notre débat avec la Revue des questions historiques.

REVUE DES QUESTIONS HISTORIQUES Du 1 er avril 1874.

L'Intolérance de Fénelon, études historiques d'après des documents pour la plupart inédits, par 0. DOUEN. Paris, Sandoz et* Fischbacher, 1872,in-12.

Réponse au livre de M. O. Douen sur l'intolérance de Fénelon, par Albert DUJARIG, licencié en droit. Périgueux, imprimerie Dupont, 1873, in-8° de 15 p. (Extrait de VEcko de la Dordogne, des 14 -15. avril

L'Intolérance de Fénelon I En choisissant un titre semblable, M. Douen a-t-il voulu spéculer sur cette espèce de curiosité malsaine qui recherche les paradoxes scandaleux? Son livre, ou plutôt son libelle, est-il, au contraire, inspiré par une de ces aveugles convictions qu'enfante parfois un misérable esprit de parti? Quoi qu'il en soit, L'Intolérance de Fénelon est un défi audacieusement jeté à l'opinion de tout le monde, à l'opinion de philosophes aussi peu suspects que Voltaire et

NOUVELLE PRÉFACE. xix

Dalembert, comme à l'opinion de protestants aussi zélés que M. Charles Coquerei (Histoire des églises du dAsert, 4841) et M. Napoléon Peyrat {Histoire des pasteurs du désert, 1842). Ce défi, pourquoi le relever? 11 n'y a rien à répondre à M. Douen, parce que M. Douen n'a rien avancé de sérieux, Qu'il s'occupe du supérieur de? nouvelles catholiques ([). 5-102) ou du Missionnaire en Saintonge (p. 103-200), il est réduit à entasser de vagues généralités, de creuses déclamations. Parmi les documents qu'il cite, on n'en trouve pas un qui soit un document accusateur. Du reste, M. Depping, qui avait examiné tant de pièces relatives à cette époque, n'avaitil pas déclaré, avec l'autorité du plus compétent des juges (Correspondance administrative sous Louis XIV, t. II, p. 9 et 35), que Fénélon s'était montré le prélat le plus doux y le meilleur des hommes? M. Douen, ne tenant aucun compte de cette appréciation d'un aussi consciencieux critique, a mieux aimé s'appuyer (p. 3) atar un livre qui est l'objet d'un mépris universel, la Chronique de l'ŒU-de-Bœuf, par Touchard-Lafosse ! Qu'attendre d'un historien qui suit respectueusement un guide aussi mal famé? Embarrassé, écrasé par le sujet qu'il a eu le malheur de vouloir traiter, et, pour ainsi dire, châtié de ses propres mains, M. Douen s'agite péniblement dans le vide, obligé de remplacer les faits par les phrases, les preuves par les injures ! Ne va-fc-il pas jusqu'à transformer le plus spiritualiste des métaphysiciens en un matérialiste? De peur que l'on ne me soupçonne d'avoir mal compris, je reproduis l'étrange assertion (p. 165) : « Bien qu'il ait essayé de naviguer à la remorque de Madame Guy on sur l'océan éthéré du

xx NOUVELLE PRÉFACE.

pur amour, Fénelon était passablement matérialiste (1). » Mais, malgré tant d'assurance, l'ancien pasteur sent si bien le terrain se dérober sous ses pas, que, renonçant à son impossible thèse, il se jette à corps perdu dans les hors-d'œuvre, et remplit presque la moitié de son volume de choses étrangères à Fénelon, par exemple de mémoires lus autrefois à la Société de l'histoire du protestantisme français sur les remontrances du clergé et la révocation de l'Edit de Nantes, sur Deux épisodes de la révocation de ÏEdit de Nantes, le pasteur du désert Givry et le pasteur du Vigneau, et de morceaux empruntés à des coreligionnaires, comme le Guet-apens tendu par un évêque à un pasteur proscrit (extrait d'un livre de M. Crottet, ou tiré de son propre porte* feuille), comme les Tentatives de fusion du catholicisme et du protestantisme. Si la mémoire de Fénelon avait eu besoin de quelque réhabilitation, cette réhabilitation résulterait de l'impuissance même de l'écrivain qui s'est érigé en adversaire de celui dont Saint-Simon — lequel est loin pourtant de lui être favorable — a dit, forcé de rendre hommage à la vérité, qu'il fut « uniforme dans la douceur de sa conduite et dans sa passion de se faire aimer. »

La Réponse de M. Albert Dujaric est pleine jd'une verve indignée. Le jeune auteur trouve de fortes et justes paroles pour défendre, contre les attaques passionnées de l'historien delà Société biblique protestante de Paris, « Fénelon, ce modèle de toutes les vertus et

(1) M. de Larroque n'a garde de citer le reste du passage, qui explique le sens de notre assertion et en prouve la vérité. Ceci ressemble, à s'y méprendre, à une citation tronquée.

NOUVELLE PRÉFACE

de tous les talents. » M. Dujaric termine son excellent opuscule en citant ces paroles de M. Henri Martin, qu retombent de tout leur poids sur le triste pamphlet de M. Douen : a Aucune secte, aucun parti n'a jamais eu le courage d'être hostile au souvenir de Fénelon. Cette noble et touchante figure est Tune des plus pures et des plus aimées qui soient restées gravées dans le cœur de la France. »

T. deL.

Page 1