LE PASTEUR DU VIGNEAU
(Mémoire lu à rassemblée générale de la Société àe VÊUtoire du Protettuntitmt françaU, en 1872).
Jacques dfr Biissac, sieur dés Loges (2), professeur de philosophie à l'académie protestante de Saumur
(t) ▼MH'efemgô que Ittfr a wnsàéré ». Marias Tfcpfo. 2) Nous ignorons s'il eiiita quelque lien de fatetté«fttr* *a fèmitte
2Ùi LE PASTEUR
en 1625, puis pasteur à Loudun, sans doute témoin de la possession des Ursulines de cette ville et du supplice d'Urbain Grandier, est le chef de la famille dont nous essayons de reconstituer la touchante et douloureuse histoire (1).
Il mourut en 1667, âgé de soixante-quinze ans, et son fils Jean de Brissac, sieur des Loges, d'abord pasteur à Lusignan, puis à Niort, lui succéda dans l'église de Loudun. Il fit preuve de zèle et de courage, et faillit être arrêté, ainsi que son collègue Fotras, pour avoir prêché à Thouars malgré la déclaration du 1 er février 1669, qui défendait aux pasteurs de célébrer le culte hors du lieu de leur résidence (France prot., art. Brissac). Il soutint ensuite, la plume à la main (2), les droits des églises de son ressort, attaqués à la fois devant les commissaires de l'édit et dans un pamphlet du jésuite Meynier. Un peu plus tard, il quittaîéglise de Loudun pour celle de Thouars, dont le temple fut démolf en vertu d'un arrêt du 30 juin 1685. Le même arrêt interdisait la prédication au sieur des Loges, dont l'énergie
e celle de Charles de Rechignevoisïn, sieur <fes Loges, dont la femme, Marie Bruneau, fut si célèbre comme écrivain dans la première moitié du dix-septième siècle, ■ la première personne de son sexe, dit Tallemant des Réaux, qui ait écrit des lettres raisonnables. »
(t) Il fut nommé secrétaire du dernier synode national (1659), qui fut tenu à Loudun, sous la présidence de Daitlé. (Bulletin, t. VIII, p. 151.)
« On a de lui un ouvrage de peu de valeur, intitulé Retponte à la lettre de M. A, Naudin, advocat au parlement demeurant à Loudun, $ur ton changement de religion, Saumur, 1651, in-8. » (Lièvre, Hitt, det Prot. du Poitou, t. III, p. 44.)
(2) Il publia un ouvrage dont le titre semble aujourd'hui bien singulier : Le Tabernacle de Dieu tous la nuée, ou l'Exercice de la religion tout la protection det édite.
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DU VIGNEAU. t&>
sembla dès lors anéantie; au lien de fuir à l'étranger, loin des convertisseurs, il faiblit et succomba, entraînant avec lui bon nombre de ses coreligionnaires.
Son frère, Benjamin de- Brissac du Vigneau, d'abord pasteur à Chàtillon-sur-Indre, .exerça le ministère à Châtellerault de 1681 à 1685; c'est le personnage qui joue le principal rôle et le moins triste dans notre récit. Moins faible que des Loges, du Viçneau n'est pas cependant un de ces héros dont l'image ne nous apparaît qu'environnée de l'auréole d'une invincible fidélité. Mais à cette époque si troublée, où les lois de l'humanité étaient si audacieusement foulées aux pieds, les grandes âmes elles-mêmes ne furent point à l'abri de toute faiblesse, et quelques-unes ne triomphèrent qu'après avoir été vaincues un instant, témoin le pasteur de Chambrun (1), le proposant Hudel (2), Gardien Givry, pasteur du Désert et martyr, etc.
Un beau-frère de des Loges et de du Vigneau, Marchand, pasteur à Loudun en 1685, eut le même sort, que le premier, celui de convertisseur salarié.-
A quiconque, serait tenté de jeter ab irato la première pierre contre ces trois pasteurs du nord-ouest du Poitou, nous devons rappeler brièvement l'état où se trouvait cette malheureuse province, qui, la première entre toutes, avait subi les dragonnades, dont Elie Benoît a tracé un si horrible tableau (3). — Grâce aux atrocités commises par les dragons du marquis de
(1) Voir les Larmeê de J. Pineton de Chfimbruu, in-19}- la {Haye,- 1638; réimprimées et annotées par Àd, Scbarfer, Paris, 1854, in-43. (S) Lièvre, JKW. de* Prêt, du Poitou, t. III, p. 184. (3) Hitt. de la Révocation de Mdildo NauU$ r t. IV»
Mt LE PASTEUR
Louvoia, ôou8 loi yeux ot & linBtigWiou de l'intendant llarillac,. toute la population avait abjuré, ou s'était enfuie dans les bois ou à l'étranger; quelques-uns * avaient perdu là raison» d'autre» s'étaient suicidés dedésespoir. Dès 1682, la plupart des temples avaient été fermés ou démolis. Mais cette conversion en masse arracaée par la terreur» fut bientôt jugée si incomplète, si insuffisance, que le 2Q août 1685, Niort, Poitierâ, Ghâtellerault (i), Loudun(2), ete* # reçurent de nouveau la terrible visite des missionnaires bottés. Avant la an de septembre^ l'intendant Foucault écrivait à Louvois qu'il ne restait plus que cent familles protestantes dans, le haut Poitou» Lorsque la Révocation fut signée, tous les pasteurs de la province quittèrent la France, à l'a», oeptkm dé trois, qui sont précisément des Loges, Marctend et iu/Vigneau, que Foucault qualifiait de « très* habiles ministres, p . .
Du Vigneau avait épousé Suzanne Gatillori, fille d'un joaillier de Paris; au mais d'oetohce 1685, sa famille se composait de six enfants, dont L'aîné n'avait que sept ans, et le plus jeune trois à quatre mois. Qui s'étonnerait de le Yûir, dans dételles circonstances, hésiter à entreprendre le long.. voyage de l'exil, au commence** ment de la saison rigoureuse, d'autant plus qu'un asile.
(I) • Au ,S4 janvier 16S6, fejrft F^ofcWt. il n'y. avait plus à.Oiâtfllerault que quatre personnes professant la religion protestante réformée, que j^aîîait râeltrë en prison, et huit, absentes, qui ont passé dans les pays étrangers. Il y avait trois ministres très-habiles. » (Mém. de Fov- <?a«tt|.p<.154»£ttri*.MBfc)
(%X >flawU* saute mût dn SO octobre, dem eottpagaici é* régineu*. d'Asfeld-dragons, «Broyées à Loudutt, y ettor(|irèreBi 1,809 âbfdMfttau. • Lièvre, Hist. du Pf^d^PoUùu^iUi. f> ISS4--
DU .VMINBAU. m
lui était ouvert à Paris, où dans sa naïveté, il espérait échapper longtemps aux Argus du lieutenant de la police, la Reynie? Pendant toute l'année 1685^ Paris* fut le refuge d'une multitude de pasteurs du Nord, de la Normandie, de toutes les provinces, et même du Languedoc. Quelques-uns d'entre eux ayant épuisé toujtes leur» ressources, étaient réduits à la dernière misère et, comme s'exprime une note de la police (1), « dans une si grande nécessité et consternation qu'on les prendrait pour des insensés i » Le commissaire Delamarre s'empressa de faire « demander les noms et les adresses des p\us pauvres, sous prétexte de les faire assister par des gens de leur religion, pourvoir,,, s'il ne serait point possible de les faire aborder par quelque endroit pour les convertir en secourant leur misère (2).
Du Vigneau alla loger chez son beau-père, et trèsprobablement aussi des Loges et Marchand; dix jours avant la Révocation, le 5 octobre, la Reynie était averti que le nommé Catillon, protestant et joaillier, sur ie quai de l'Horloge, à l'enseigne du Rubis, avait donné (Jongèà tdus ség locataires, et fèîiïpli sa iriaifeoft de P. ft. qui arrivaient.de Ghàtellerault, et qu'il disait ses parents, A peiné arrivés, le& trois pasteurs poitevins se virent épiés et commencèrent à trembler . Marchand et des Loges furent atterrés et entrèrent aussitôt en Gonfé-
(1) Note du 1« avril.
(9) Cette pièqe est du mois de mars. Une main étrangère, peut-êtr<t même celle de la Reynie, a biffé la phrase soulignée, et Ta. remplacée, par celle-ci moins grossière, mais tout aussi odieuse : Afin de les con- *ft#r*>,# P* r i**te ^81'?* VU 'ff E ttrr *f'. aborder.
rence avec les convertisseurs, notamment avec Guillaume de la Fontaine, prêtre de la communauté de . Saint-Gervais, qui reçut un très-grand nombre d'abjurations. Du Vigneau se laissa conduire à quelquesunes de ces "entrevues compromettantes, mais resta sur la défensive et ne prit aucun engagement. — Un grand combat se livrait dans son âme : fallait-il abandonner sa femme,' ses enfants, les laisser sans appui, pour aller mendier à l'étranger le pain si amer de l'exil? Pendant qu'il hésitait, un événement s'accomplit qui fit pencher la balance du côté du sacrifice.
Le 14 ou le 15 octobre, Madame Dugrenier, sœur de Madame Gatillon et tante de Madame du Vigneau (1), s'enfuit, emmenant avec elle son fils l'orfèvre Louis Ihigrenier, de la place Dauphine, sa bru Anne Martin, grosse de sept mois, sa nièce Marie Gatillon, belle-sœur de du Vigneau, deux enfants de Pierre Gatillon, neveux de du Vigneau, Anne Bourdon, fille du célèbre Sébastien Bourdon, peintre du roi et une servante catholique (2).
(1) Dans une liste des personnes sorties du royaume, nous trouvons ce renseignement : « Marguerite du Clou, veuve de Louis Dugrenier, peintre, place Dauphine. Elle n'aurait laissé dans sa chambre que pour 900 ou 9<MUirrcs de meubles. Son fils, maître orfèvre, a obtenu le don da roi de tous les effets de sa mère. » {Mt*. de la Biblioth. nation., Fr. 7050-7055. Papiers de la Reynie, t. II, p. 317.)
(9) Les fugitifs allaient atteindre les frontières des Pays-Bas lorsqu'ils furent trahis et livrés par leur guide, Dumont, garde du roi. Le 19 octobre, ils furent retenus prisonniers à Condé, vis-à-vis de Mous. Du fond de sa prison, Madame Dugrenier écrivit à sa sœur Madame Catilfoa, le 6 novembre, la lettre suivante qui est un chef-d'œuvre de 8ang*froid e de dissimulation t „ ' ** '
'« Je ne doute point, ma chère sœur, que vous n'ayez été bien surprise • quand vous n'aurez plus vu toute notre malheureuse* trotfpe, et que ved
Cet exemple donné par des femmes au ministre de l'Evangile, acheva de vaincre son irrésolution ; il quitta tout et se dirigea yers la Suisse. Pourquoi necontinuat-il pas sa route ? Le courage lui manqua-t-il, ou bien fut-il arrêté? Nous l'ignorons; nous savons seulement que, six jours après la Révocation, du Vigneau revenait de Fontainebleau à Paris. Le jour même de son retour, son beau-père l'entraîna chez le commissaire Delamarre, et promit que dès le lendemain, lui Gatillon, accompagné
aurez appris quelle grande entreprise nous avons tentée sans vous en rjen communiquer; mais j'avais cru que je ne pouvais entreprendre le voyage trop secrètement "pour le faire réussir; et, de plus, je craignais que vous ne m'en détournassiez; ce que vous n'auriez pas manqué de faire, sachant que ma pensée a toujours été' qu'on ne doit pas s'en aller; mais ma belle-fille étant sur le point à* accoucher t c'est la crainte qu'elle ne fût inquiétée pendant ses couches qui m'a fait prendre cette résolution, que je n'ai pas prise pourtant sans me faire de grandes violenceSj et ce que je n'aurais jamais entrepris sans l'assurance que notre scélérat de trompeur me donna que je n'avais que faire de craindre, et qu'il nouB promettait qu'il nous mettrait en quatre jours et demi sur les terres de Mons ; et l'on a bien raison de vous avoir dit que c'est lui qui a sollicité mon pauvre fils et ma nièce, votre fille, à venir avec nous, car sans sa pressante persuasion ils n'y seraient point du tout venus, et seraient encore dans leurs maisons et nos deux petits garçons auprès de leur mère; mais le coquin voulait emplir sa chaise et avoir plus de gens à tromper et à voler. Il ne s'est jamais vu une conduite aussi scélérate et aussi traîtresse que celle que ce malheureux de Dumont a eue envers nous, qui nous étions entièrement fiés à sa conduite... Dieu lui rende selon ses œuvres. » (Papiers de la Rcynie, t. VI.) Quand les prisonniers, ramenés à Paris, eurent obtenu la liberté au prix de l'abjuration, vers le mois d'avril (O*,30), Madame Dugrenier et Anne Bourdon ne s'empressèrent point maladroitement de se remettre en roule; elles laissèrent écouler six à sept mois, et en juillet 1686 elles arrivaient en Angleterre. ■ Ceux qui restent,- écrivait Delamarre, paraissent fort peu convertis... Il seiait bon d'engager cette famille à donner quelques sûretés • qui l'empêchassent de prendre la fuite de nouveau. (Papiers de la Reynie, t. III, p. 237.) Selon lui, Dugrenier n'attendait qu'une occasion favorable pour partir (26 novembre 1686).
de du Vigneau, de des Loges et de Marchand, « irait trouver M. de Meaux en quelque lieu qu'il fût, pour lui demander une seule conférence, et que, comme ils espéraient trouveren lui toutes les lumières nécessaires pour éclaircir leurs difficultés, ils prendraient à leur retour le parti de l'obéissance qu'ils devaient aux ordres du roi, et qu'ils seraient suivis d'un grand nombre de personnes de leur parti (I). »
Une conférence unique avec des hommes dont la frayeur avait paralysé les facultés, et qui se disaient résolus à prendre le parti de l'obéissance, ne devait pas paraître bien redoutable à Bossuet (il devait savoir en quoi avait consisté la conférence entre Henri IV et l'évêque du Perron, qui lui facilita le « saut périlleux ») ; cependant l'aigle de Meaux jugea plus prudent de ne conférer avec les pasteurs qu'après leur avoir fait signer la déclaration suivante, qu'aucun d'eux, nous aimons à le croire, n'aurait eu la lâcheté de coucher par écrit. C'était déjà trop , infiniment trop, d'y apposer sa signature.
« Déclaration donnée et signée par les sieurs du Vi-
(l ) Note de la police, du 81 octobre :
« Le sieur du Vigneau eat de retour de Fontainebleau, et, ee soir, arec ton beau-père, il a été cbei le commissaire Delamarre pour lui dire qu'il entre dans les sentiments de la famille; mais que, comme il ne le* tonnait qu$ d'aujourd'hui, il demande quelques jours pour s'éclairer et se disposer à prendre son parti en connaissance et en sûreté de conscience ; et sur ce que le commissaire Delamarre lui a représenté l'intérêt qu'ils avalent à devancer le peu de temps qu'on pourrait leur accorder, ils ont dit, en continuant leur confidence, que, de* demain, le sieur du Vigneau, le sieur des Loges, son frère, ci-devant ministre à Thouars* et leur beau-frère, ci-devant ministre à Loudun, avec Catilloa, iraient trouver M« de Meaux, en quelque lieu qu'il soit, cte, »
gneau> Marchand et des Loges, minières, & M. révoque de Meaux, avant les conférences ;
« Noua soussignés, étant dans cette pensée qu'il n'y a point de plus grand mal parmi les chrétiens que d'être désunis les uns les autres, surtout lorsque la Providence les a tous faits sujets du plus glorieux monarque du monde, comme est le nôtre, et outrés de douleur d'être obligés de sortir de son royaume, et de nous soumettre à l'autorité des étrangers, que nous ne saurions jamais regarder comme nos princes souverains et légitimes, déclarons que nous pouvons aujourd'hui promettre à M, l'évêque de Meaux que nous assisterons aux sermons et aux vêpres de l'Eglise catholique, donnant par là une preuve sensible de notre union aux archevêques, aux évêques et aux curés de France.
« Nous souhaitons même qu'on nous crpie absolument dans les sentiments des puissances supérieures, qui, conformément aux libertés de l'église gallicane, donnèrent plusieurs articles , comme les historiens le rapportent, à MM. les ambassadeurs pour le concile de Trente, et jusqu'à ce qu'ils aient été arrêtés par l'autorité du roi et signés par MM. du clergé de France, dansl'espritde l'article XII du dernier édlt (l'éditde ré» vocation)» vérifié en parlement le 22 de ce mois d'octobre.
« Nous supplierions très-humblement Sa Majesté de nous accorder la liberté de demeurer comme de simples particuliers dans son royaume, jurant de ne rien faire contre les déclarations et de retenir au contraire , par notre exemple, les peuples dans t obéissance fidèle que nous devons tous au roi et à nos supérieurs, » (Papiers de la Ret/nie, t. VI» p. 236.)
On ne sait ce qui remporte ici de l'impudeur adulatrice d'un Bossue t, faisant dire aux persécutés que leur persécuteur est le plus glorieux monarque du monde, ou de la déplorable faiblesse des victimes qui consentent à rendre à César ce qui appartient à Dieu.
1/ expiation allait commencer pour l'un des malheureux signataires. Du Vigneau ne devait pas tardera apprendre que le plus sûr moyen de triompher de tous les périls, est de suivreie droit chemin, en laissant le soin du reste au Tout-Puissant, dont le paternel amour règle nos destinées. Le premier moment de vertige passé, du Vigneau se cramponna aux bords de l'abîme au fond duquel roulèrent des Loges et Marchand, et, d'un vigoureux élan, il parvint à s'élancer hors du gouffre. Si c'est un auguste spectacle que celui du juste qui marche sans broncher au milieu des écueils, c'est, selon l'Evangile, un spectacle plus humain, et qui éveille plus de joie dans le ciel, que celui du pécheur, meurtri par sa chute, se relevant purifié par le repentir, et fortifié par le divin pardon. Du Vigneau, pleurant une heure d'égarement, rétracta hautement sa signature, et fut jeté à la Bastille, le 29 janvier 1686 (1), deux mois après sa quasi-abjuration; tandis que son frère et son beau-frère touchaient le honteux salaire promis aux ministres convertis (2).
(1) Archivée nation., Reg. du tecrét., 01 30 : Lettre à la Reynie : ■ Sa Majesté ayant veu le mauvais procédé qu'a tenu du Vigneau, ministre, m'a ordonné d'expédier les ordres que je tous envoyé pour le faire mettre à la Battille. •
(2) c Le sieur des Loges et Marchand, cy-devant ministres de la R. P. R. t •'estant convertis avec beaucoup d'édification et de sincérité ■ , ordre du 86 avril 1686, de leur payer la pension, etc. (01 80.)
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Jean Catillon avait abjuré le 2 novembre, ainsi que sa femme et huit enfants, au nombre desquels figuraient évidemment ceux de du Vigneau. Son fils, Pierre Catillon de Montoron, aussi joaillier sur le quai de l'Horloge, abjura le 21 du même mois, avec sa femme et trois enfants (1), au grand déplaisir de du Vigneau et de sa compagne. Celle-ci résista trois mois et demi aux reproches de ses parents, qui nourrissaient sa nombreuse famille, aux obsessions des convertisseurs Marchand et autres, aux menaces et aux tentatives du commissaire Delamarre et de l'agent Desgrez. Elle ne succomba que quand son mari eut été mis à la Bastille (2), et à force de s'entendre répéter qu'elle ne pouvait le sauver qu'en abjurant. Animée du même sentiment qui faisait dire à saint Paul : «Je consentirais volontiers à être moi-même séparé de Christ par l'anathème, pour le salut de mes frères , mes parents selon la chair, » la pauvre femme se dévoua par un excès d'amour. Heureux quinconque n'a jamais vu le sentier du devoir s'obscurcir et se perdre dans les ténèbres ! L'amer sacri-
(1) Yoici une note du 30 juin 1686 .qui les concerne : • Anne, Marguerite et Marie Catillon, âgées de douze, dix et' sept ans, amenées par ordre du roi aux Nouvelles Catholiques, le 31 novembre 1683. Le père, ayant mal fait ses affaires (!), s'en est allé en Angleterre, il y a déjà du temps; la mère, après avoir fait sa réunion, y est aussi passée, il y a environ six semaines. Les deux aînées demandent à apprendre un métier. • (Papiers de la Reynie, t. III, p. 168.) Quant à Marie, la plus jeune des sœurs, la police trouvait encore, le 1 er février 1687, qu'elle ne pouvait être sans danger rendue à ses parents; cependant, elle fit plus tard partie du chapitre de la communauté des Nouvelles Catholiques, dont sa sœur Marguerite fut supérieure au moins de 1751 à 1755. (Archive*, H, 4306.)
(2) Le 12 février 1686, Delamarre écrivait à la Reynie :
« Mademoiselle du Vigneau, après avoir persisté autant qu'elle a pu à
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fice accompli le 12 février par Madame dit Vigneau, n'avait plus de raison d'être ; car son mari était déjà hors dé la Bastille (1).
« Le plus glorieux monarque dii mondé, » qui ne prévoyait pas le retour d'un grand nombre des pasteurs qu'il avait bannis, ne songeait encore qu'à se débarrasser de ceux qui étaient restés en France. Par son ordre, du Vigneau avait été rélâché à condition de sortir immédiatement du foyâùffié, sans même dire un dernier adieu à sd famille, et avait gagné la Suisse, ftéfûgié a Mofgés, il adressait, lé ïï mars, à Madame Catiiion dette lettré empreinte d'une surprenante fermeté de résigriatidrtj et dont le style n'a rien de commun aveô celui de la piété lângôu* euse :
<* Je né sais, Madame et très-honorée mère, si tout lé temps que j'ai passé chez vous, dans mon dernier Voyagé de Paris, in'a assez fait connaître, et si vous avez bien pénétré la pensée dé mon cœur ; tant y a, Madame et très-»botihe mère, qu'en conservant mes sentiments religieux pour Dieti, je n'ai point eu d'autre vue que de vous édifier par mes entretiens et par mes action; Je vous demande, dans cet endroit, et à
demander du temps, a enfin signé sa soumission ; elle fera sa réunion avant buit jdurs. M. Catiiion s'est chargé d'elle et de ses eufants pendant ce temps. J'ai trouvé chez elle un Marchand, ministre converti, auquel elle a beaucoup de confiance, et qui s'est chargé à» la voir tous les jours pour l'instruire. M. Fontaine sera aussi prié de venir demain. ■ [Papiers de la Regnie, t. M, p. 77.)
(1) te li février, Tordre avait été donné de « faire saisir à Loudon, les biens et effets de du Vigneau, ci-devant ministre et gendre de Catiiion, qui s'est absenté, et de charger quelqu'un de ses parents catholiques d'un enfant de sept à huit moiâ seulement qu'il a laissé àXoudun. » [Supplem., Fr., 7044.)
MJ VtôNËAtt . HA
M. Catillon, s'il lui plait, tiil peu de réflexion tranquille, et j'espère que vous ne tnë tiendrez pas pour un païen et un infidèle..
« Je sais, Madame et très-honorée inêrè, que je me suis exposé à de très-rudeâ épreuves, et que ma condition présente est digne de vos soupirs et de Vos lar* mes; car enfin, en mille rencontrés, vous avez pu remarquer jusqu'à quel point je vous honoré, et quelle confiance j'ai eh vos avis ; et présentement, ihé voici pour toujours éloigné dé votîs, et sans espérance dé vous revoir jamais, tétais avec Une femme que iDiëil m'avait donnée selon mon coBUf , et nous avions dés enfants que je ne voyais jamais trop, et dans ce pays dé Suisse je suis privé des deux tiers de moi-même, et en* côte ce troisième est trèê-infîrnlé. Enfin j'avais de l'occUpation à OhâtèllerauH et non» y étidiis chez ifiou& ; mais ici, je suis chw lès autres et je n'ai point d'espérance d'y exereer mon ffltfligfèrë. *■* Ce changement, Madame et très-honorée mère, n'est-il pas des plus terribles ? et si, ne pouvant en être touchée, vous vous dites à vous-même que je l'ai bien voulu* au moins je vous supplie de ne me refuser pas cet aveu : que la religion où je suis né et que j'ai enseignée sans reproche, et en public et en particulier, me tient extrêmement au cœur, et que j'espère de la grâce de mon divin Maître que, s'il m'appelle encore à de plus rigoureuses souffrances, je les supporterai avec des cantiques d'actions de grâces et de reconnaissance*
« Au reste, Madame et très-honorée mère; ne m'ôtez pas votre précieuse affection et engage» M. Catillon à me réndfô fa èiéMë; je présente ffldri obêiésâhcé trés-
humble à ces deux illustres amies que vous vous êtes si justement choisies, et je vous demande à toutes trois quelques petits moments de votre souvenir; j'y engagerai aussi quelquefois Messieurs leurs maris que j'honore et que j'estime. Mademoiselle Janneton(l) ne sera pas aussi oubliée, mais je vous conjure d'être persuadée, et toute votre famille, qu'il n'y a rien au monde que je souhaite avec tant de passion, que de vous savoir dans le chemin qui vous conserve dans la grâce du Seigneur, et qui vous conduise un jour dans sa gloire. Je suis avec un respect inviolable, Madame et trèshonorée mère, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
a B. DE BrISSAC.
« Si vous voulez bien quelquefois me faire tenir de vos lettres, vous les adresserez, s'il vous plaît, à Mademoiselle Pioret, la gazetière de Genève, qui me les enverra. » (Papiers de la Reynie, t. IV, p. 96.)
Madame Gatillon fit à son gendre une réponse où l'aigreur, l'affection, l'éloquence et la théologie se mêlent étrangement ; toutefois on y sent le néophyte, qui se fait violence pour se croire sincèrement converti, pour se cacher qu'il a cédé aux attraits des biens terrestres, et non à la seule puissance de la vérité. Du reste, le catholicisme que Bôssuet, Fénelon et tous les habiles, prêchaient aux nouveaux catholiques, n'était pas le véritable , celui du moyen âge et du concile de Trente, mais un catholicisme de circonstance, biblifié,
(1) Le silence que du Vigneau garde sur sa femme prouve qu'il lui avait écrit. une lettre particulière, qui ne noua, a pas été conservée.
protestautisé, et qui reléguait au dernier plan la Vierge, les saints et toute la dogmatique romaine (1). Toutefois les. nouveaux, convertis à qui l'hypocrisie pesait, demandaient davantage encore. Un grand nombre de chefs de famille de Paris supplièrent le roi, qu'ils transformaient trop naïvement en pape libéral, de leur accorder la communion sous les deux espèces, l'autorisation de ne pas s'agenouiller devant le saint sacrement, une large interprétation de l'eucharistie, l'abolition du commerce. des messes, des indulgences, des pèlerinages, et la célébration du culte en langue vulgaire, au moins dans une église par ville. (Papiers de laReynie, t. VI, p. .274.) .
Ces détails étaient nécessaires pour mettre dans son vrai jour la lettre de la belle-mère de du Vigneau :
« Votre lettre du 22 me du passé m'a été rendue, Monsieur et très-honoré gendre, il y a trois ou quatre jours, et pour répondre à ce que vous me demandez, si dans le temps que vous avez passé chez nous je vous ai assez connu, je vous dirai de bonne foi que je croyais vous connaître un peu; mais je vois bien que je me suis trompée et que je ne vous connais point du tout. Vous me demandez que je réfléchisse sur vos entretiens et sur vos actions; c'est en y réfléchissant que je vous avoue de bonne foi que je ne vous connais point; car, enfin, demeurons d'accord d'une chose : n'est -il pas vrai, Monsieur, que lorsque vous fûtes arrivé ici, vous cherchâtes d'abord l'occasion de voir quelqu'un avec qui vous pussiez avoir quelque conférence, pour tacher de
(I) Bossuet avait ouvert cette voie dans Y Exposition de la doctrine de l'Egiùe catholique, dont la huitième édition parut en 1666, in-18.
m le PASTEtm
trouver 4 quelque accommodement ; et tout le monde sait que vous eti avez eu plusieurs datis lesquelles vous rie paraissiez pas si éloigne dé là réunion; il y a ici plusieurs personnes qui s'en souviennent fort bien, et de plus Vos éëfits (1) en font foi. Je rie vous cèlerai point qti'èii Voyant toutes vos démarchés, et tdûs vos entretiens, cela m'avait donné lieu de croire que vous pourriez prendre en conscience le parti que nous avons pris, plutôt que d'abandonner une femme et de pauvres enfants, ce qui m'a toujours paru terrible, et je vous l'ai dit à vous-même, Monsieur, que je rië pouvais comprendre là dureté de Ces pères qui abandonnent leurs enfants. Dans le temps que je vous disais cela, je vous croyais bieil éloigné d'une telle pensée.
« En vérité, plus je réfléchis sur la conversation que nous avons eue ensemble, et sur celle que je vous ai vu avoir avec M. Fontaine (2), et plus je suis étonnée que vous noùs.àyéz* ainsi abandonnés pour jamais, ûrië pau* Vré femme, la îneillëUrè créature qu'il y ait du monde» et vous dites vous-même que t)ieu vous l'avait donnée selon votre cœur, ces pauvres enfants que le même Dieu vous avait donnés, un beau^-pèfë et une bellemère qui vous aiment tendrement, et qui, avec plaisir, vous en ont donné toute leur vie des marques en ce qults ont pu, tout cela, dis^jé, ifa pu vous retenir. Quoi, èst-il possible que vous croyiez que ëe que vous avez fait soit agréable à Dieu*? Que si vous étiez resté àii ihilieû dé Votre famille, poiif lui être en édification et consolation daiis ses besoins..., je crois que vous auriez pu
(1) il S'agît de là îtéciàràiiôn éiiglë par feossùet. 2) Voir page Ôfc$.
DV VIQNEAV. m
vous réunir à l'Eglise catholique, camme nous l'avons fait avec tant d'honnêtes gen«, qui y servent ensemble le même Dieu, Père, tfils et ^n^£sprit,*veclaméme pureté que nous l'avons toujours servi, Nous avons eu la joie d'entendre, tout le carême, des sermons d'une très-grande solidité et fort édifiants* Enfin, par la grâce de Dieu, je trouve tout le contraire de ce que j'avais ouï dire bien des fois, que je n'entendrais parler que de saints et de saintes à qui on adresse des prières ; je vous assure que je suis encore à en entendre parler un seul mot» et que je vais tous les jours à Saint-Barthélémy entendre un Père de l'Oratoire, nommé le P # de la .Tour, qui nous prêche l'Evangile admirablement; nous signifiant parfaitement bien qu'il ne faut rien donner aux créatures, tout étant dû au Créateur; que nous n'obtenons rien que par le seul mérite de Jésus-Christ, et que nous ne méritons rien que par le précieux sang de notre Sauveur.
«Jugez de là, je vous prie, si nous n'avons pas lieu d'espérer que Dieu accomplira son œuvre, et que nous aurons la joie de voir une véritable et bonnejréunioirfl) ; pour moi, je la souhaite et l'espère de la miséricorde de notre bon Dieu, et qu'il nous donnera à l'avenir autant de joie et de tranquillité comme nous avons eu d' afflictions et d'amertumes. Tous ne sauriez croire, mon cher Monsieur, combien votre éloignement nous en a donné et nous en donne eneore, à mon mari et à moi ; car,
(t) Cette lettre me parut éclairer d'un jour ai nouveau lea souffrances de toute une époque, que je la copiai, il y a une douzaine d'années, sans savoir par qui elle était écrite, ni quel était le du Vigneau auquel elle était adressée.
outre la joie que nous eussions eue de vous voir rester avec votre pauvre famille et la nôtre, auxquelles vous eussiez, comme je l'ai déjà dit, été en très-grande consolation, je crains que vous n'ayez de la peine à vous accommoder dans un pays étranger, étant délicat comme vous l'êtes, et n'ayant aucune commodité. Enfin, je vous plains extrêmement, et je voudrais de tout mon cœur que, par une bonne inspiration du Saint-Esprit, vous revinssiez au milieu de nous y rapporter la joie, au lieu du trouble dans lequel vous nous avez jetés en nous abandonnant (1). » {Papiers de la Reynie, t. VI.) Cette lettre si énergique, si touchante, et au fond si
(1) On ne s'étonnera point, après cela, que Madame Catillou ait été jugée digne de recevoir dans sa maison une pensionnaire sortie des Nouvelles Catholiques : « S. M. veut que la veuve Charles soit remise eotre les mains de la dame Catillon, puisqu'elle veut bien s'en charger. • (Lettre de Seignelay à la Reynie, du 36 avril 1688; Correspond, admin., t. IV, p. 355.)
Ii s'agit sans doute ici de la sœur du célèbre prédicateur de Cbâtellerault, Jean Charles, qui avait passé en Allemagne avant la Révocation, et qui dédiait un Recueil de Sermons (Charenton, 1678, in-8) à Monsieur, Monsieur Catillon, marchand lapidaire, joaillier ordinaire, et garde des pierreries de Son Altesse Royale Mademoiselle , souveraine de Bombes, duchesse de Montpensier, Chastellerault et Saint-Far g eau, comtesse Deu, princesse et pair de France.
. « Ces sermons ont eu le bonheur d'estre favorablement receus de ce grand peuple qui s'assemble à Charenton, » dit l'auteur, et il ajoute : c Je vous les dédie, Monsieur, pour satisfaire aux loix de la justice, qui veut qu'on rende à ebacun ce qui luy est dû. Eu vérité, si j'avois eu la pensée de les donner à quelqu'autre, j'aurois cru faire un larcin, en luy offrant ce qui n'est plus à moy. lis sont à vous, Monsieur, par le droit de leur naissance; car vous sçavez qu'ils ont été composez dans votre maison, où vous m'aves traité de la manière du monde la plus tendre et la plus honneste... Je prie Dieu... qu'il récompense de ses meilleures grâces, tous les offices dont vous avez si généreusement comblé moy et les miens.,. Du 8 septembre 1677, »
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peu catholique de ton et de langage, put bien déchirer de nouveau le cœur du malheureux père, du malheureux époux; elle ne put ébranler sa résolution, parce qu'elle n'est qu'un long et déplorable sophisme de l'égoïsme; parce que Madame Gatillon semblait ignorer qu'il y a quelque chose de supérieur à ce monde, et à ses affections mêmes les plus légitimes, une puissance capable de sécher toutes les larmes, de tarir tous les désespoirs, c'est-à*dire le sens moral, la voix divine parlant au plus profond de notre être. .
Cependant du "Vigneau n'avait pas encore épuisé le calice d'amertume : après avoir subsisté quelques semaines en Suisse de l'inépuisable charité de ses coreligionnaires, il se rendit en Hollande où le même sort l'attendait (1). A la fin de l'année 1686, sa situation • .matérielle ne s'était pas encore améliorée (2) ; mais Dieu lui avait accordé une grande joie: son héroïque compagne l'avait rejoint (3), et s'était solennellement réconciliée avec l'Eglise, qu'elle n'avait feint d'abandonner que par un dévouement excessif. Avait-elle réussi à emmener quelques-uns de leurs enfants ? — Nous savons seulement que Madame Melon, venue à Paris pour en conduire deux en Hollande, fut mise à la Bastille (4), et que les biens de Madame du Vigneau
(1) U figure parmi les deux cepts pasteurs réfugiés qui assistèrent au synode de Rotterdam, le 24 avril 1686.
(2) Lettre de Delamarre, du 26 novembre.
(3) Elle était encore en France le 17 décembre 1686, mais on craignait son évasion, témoin ces lignes du registre du secrétariat {Arch.> 01 30) Ordre à la demoiselle du Vigneau de se retirer à Loudun ou à Cbâtellerault avec ses .enfants, et de ne point venir à. Paris sans permission.
(A) France prbt. y t. lï, p. 196.
t» LH PASTEUR
furent confisqués, partagée entre sa tour Marie, qui était devenue religieuse et avaitobtenu une pension de 200 livres (1), et son père, intendant des bâtiments de Monsieur, « en considération de ce qu'il était devenu bon catholique. »
Ce n'est qu'en 1688 que nous trouvons du Vigneau au nombre des trente-huit pasteurs d'Amsterdam, et prêchant près de Kerkstraat (2).
Des Loges parait avoir rompu, à son tour, les liens de l'hypocrisie, et fait un acte tardif de repentance et d'énergie : une lettre du commissaire Delamarre, en date du 26 novembre 1686, le représente comme étant sur le point de se marier à Londres (3). Marchand au-
{i) Ne pas confondre cette Marie Catillon avec sa nièce, âgée de sept ans, qui se montrait rebelle a'ix exhortations mêmes de Fénelon.
(2) 11 y publia, en 1706, deux sermons sous ce titre qui rappelle trop la seolaitiqtie protestante do l'époque i Des différent degïs* de V anéantissement et de l'exaltation de notre Rédempteur, ou sermon sur Philip. //, 7-11, tuivi de V Immutabilité de notre grand Dieu et Sauveur Jésus- Christ, oit sermon sur Hébreu» XÏH, 8, prononcé en 1693. (Voir l'article si incomplet de. la Fronts ptoU) nu Vigneau paraît avoir quitté plus tard la Hollande pour l'Angleterre, témoin cette note extraite d'un Etat de* nouveaux convertis de Châtellerault en 1699, que nous devons à l'obligeance dé l'historien des Eglises du Poitou :
« Jean Carré, avocat, a {ait passer sa fille aînée en Angleterre, qu'on croit chez le ministre Duvignault. »
(3) Madame des Loges de Ôrissac n'avait pas imité là faiblesse de son mari. Le secrétaire d'Etat donnait, le 18 mars, à l'intendant de Bexons, Tordre de la faire arrêter et mettre dans Ufl «Ouvènt : « On a advis qu'elle va de Tille en ville, et qu'elle est à présent à Blois* etaei Jouets chirurgien. Pareil ordre était envoyé à un autre intendant, pour le cas où elle serait allée à Tours. (Oi 80.)
Pour que des Loges longeât à se remarier I la fin de novembre, i fattait que sa courageuse eernpagne fût morte? mais le ootmntssairè Delamarre pouvait être inexactement renseigné sur ce point.
Des Loges a-t-il persévéré? est-il resté à Londres? — On ea peut
rait-il seul persévéré dans rimpéaitence(i)? — Espérons que quelque chercheur plus heureux découvrira des preuves de son retour à la sincérité, sans laquelle nul ne peut marcher tête levée, ni aller à Dieu, dont la souveraine justice et rMnSôrtdablô miséricorde, n'ont pu offrir aux individus, comme aux nations déchues, qtt'uft 6©»1 moyen de flfthtt : le rôièVetiietit des ftmès ptï Fassimilatien des principes êvangêliqtieè, iâ régénération de la conscience moraie et religieuse par «le progrès des lumières et par la liberté.
douter en voyant le secrétaire d'EtaMcrjre à la Reynie, le 7 février 1687 : ■ Sa Majesté accordera un arrêt de surséance. au sieur des Loges; diteslui, s. v. p., de dresser sa rèqgësle soa for m frne ttt a| projet que je vous envoyé. • (01 31.)
D'un autre côté, nous trouvons un des Loges prisonnier au château de Loches, en 1692, pour Crime d'hérésie; ee doit être le même. [France prot., pièces justif.)
Des Loges avait au moins deux filles qui passèrent èri tibllânde, témoin le codicille du 5 novembre 1755, par lequel Marguerite Catillon oblige les Nouvelles Catholique» à qui elle avait légué sa fortune,' à payer a MeidemoittUei de Bf issac, lès i dent èoiisibet germaines, demeurant à Amsterdam, 220 livres pour les deux, leur vie durant, sans en rien suprimer (sic) après le décès de Tune ou de l'autre. » [Archive», S, 4668.)
(1) Deux de ses hofrionyniesj a*è«S lesquels il né-p*iit être confondu, furent arrêtés h Amiens; en janviéf 1687 4 Pierre Marchand et son fils Girard, Parisien; mais la police jugeait qu'il ne fallait nullement compter sur leur conversion. Girard fut mis au fort l'Evêque. [Papiers de là Reynie, t. tl, p. 979* et lettres des g et 49 février.)
Nous reproduisons in «#<*»ip, d'après, sa Correspondance, publiée à Paris, 1837, en onze volumes in-8% les lettres écrites par Fénelon pendant sa mission en Saintonge, et nous imprimons en caractère italique tous les* passages supprimés parle cardinal de Bausset.
Au marquis de Seignelai.
A la Tremblade, ; ce 7 février (1686),
« Monsieur,
« Je crois devoir me hâter de vous rendre compte de la mauvaise disposition où j'ai trouvé les peuples de ce lieu. Les lettres qu'on leur écrit de Hollande leur assurent qu'on, lés y attend pour leur donner des établissements avantageux, et qu'ils seront au moins sept ans en ce pays-là sans payer aucun impôt. En même temps, quelques petits droits nouveaux qu'on a établis sur cette côte, coup sur coup, les ont fort aigris. La plupart disent assez hautement qu'ils s'en iront dès que le temps sera plus assuré pour la navigation. Je prends la liberté, Monsieur, de vous représenter qu'il me semble que la garde des lieux ou ils peuvent passer, a besoin d'être augmentée. On assure que la rivière de Bourdeaux fait encore plus de mal que les passages
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• de cette côte, puisque tous ceux qui veulent s'enfuir . vont passer par là, sous prétexte de quelque procès. 11 me semble aussi que l'autorité du roi ne doit se relâcher en rien ; car notre arrivée en <ce pays, jointe aux bruits de guerre qui viennent sans cesse de Hollande, font croire à ces peuples qu'on les craint et qu'on les ménage. Ils se persuadent qu'on verra bientôt quelque grande révolution, et^ que le grand armement des Hollandais est destiné à venir le? délivrer. Mais en même temps que l'autorité' doit être inflexible pour contenir ces esprits, que la moindre mollesse rend insolens, je croirois, Monsieur, qu'il seroit important de leur faire trouver en France quelque douceur de vie, qui leur ôtât la fantaisie d'en sortir. // est à craindre qu'il en partira un grand nombre dans les vaisseaux hollandais qui commencent à venir pour la foire de Mars à Bourdeaux. On assure que les officiers nouveaux convertis font ici mollement leur devoir. Pour M. de Blénac, il me par oit faire le sien fort exactement. Pendant que nous employons la charité et la douceur des instructions, il est important, si je ne me trompe, que les gens qui ont l'autorité la soutiennent, pour faire mieux sentir aux peuples le bonheur d'être instruits doucement.- Je crois que M. l 'intendant sera ici dans peu de jours ; cela sera très-utile, car il se fait craindre et aimer tout ensemble. Une petite visite qu'il vint nous rendre à Marennes, fit des merveilles ; il acheva d'entraîner les esprits les plus difficiles. Depuis ce temps'là, nous avons trouvé les gens plus assidus et plus dociles. 11 leur reste encore des peines sur la religion; mais d'ailleurs ils avouent presque tous
m LETTRES
• que noua leur ayons montré avec une pleine évidence qu'il faut, selon l'Ecriture, se soumettre à l'Eglise, et qu'ils n'ont aucune objection à faire contre la doctrine catholique, que nous n'ayons détruite très-clairemant. Quand nous sommes partis de Marenues, nous avons reconnu de plus en plus qu'ils sont plus touchés qu'ils n'osent le témoigner ; car alors ils n'ont pu s'empêcher de montrer beaucoup d'affliction. Gela a été si fort, que je n'ai pu leur refuser de leur laisser une partie de nos messieurs, et de leur promettre que nous retournerions tous chez eux. Pourvu' que ces bons commencemens soient soutenus par des prédicateurs doux, et qui joignent au talent d'instruire celui de s'attirer la conliance des peuples, ils seront bientôt véritablement catholiques. Je ne vois, Monsieur, que les Pères Jésuites qui puissent faire cet ouvrage; car ils sont respectés pour leur science et porçr leur vertu. Il faudra seulement choisir parmi eux ceux qui sont les plus propres à se faire aimer. Nous en avons un ici, nommé le Père Aimar, qui travaille avec nous, et qui est un ouvrier admirable ; je le dis sans exagération. Au reste , Monsieur, j'ai reçu une lettre du Père de la Chaise, qui me donne des avis fort honnêtes et fort obligeans sur ce qu'il faut, dès les premiers jours, accoutumer les nouveaux convertis aux pratiques de l'Eglise, pour l'invocation des saints et pour le culte des images. Je lui avois écrit, dès les commencemens, que nous avions cru devoir différer de quelques jours Y Ave Maria dans nos sermons, et les autres invocations des saints dans les prières publiques que nous faisions en chaire. Je lui avois rendu ce compte par
DE M&fELOft. tâ
précaution, quoique nous ne fissions en cela qtie ce que font tous les jours les curés dans leurs prônes, et les iùissionnaires dans leurs iîiétftictioTts familières. Dépuis ce tempg-ià je lui àl fendu le moitié compte de notre conduite, que j'ai déjà èli rhotraéttf de vous rendre. J'espère qte cela, joint au témoignage de M. Vévôque et de M. l'intendant, et des Pères Jésuites, ndùs justifiera pleinement.
« Je suis avec un respect et une reconnaissance parfaite, Monsieur,
« Votre trè8»humble et très-obéissant serviteur, « t/ahbé de Fènelon, »
Au même*
A la Tremblade, 26 février (1686).
« frdtis avOîis laissé Marenfiés au* Jésuites, qui commencent à y grossir lëtir communauté, selon votre projet. Après plus de deux mois d'instruction sans relâche, noiis avons cru devoir mettre en possession de Ce lieu les ouvriers qui y seront fi*és, et passer dans les autres dé cette côte, dont les besoins ne sont pas moins pressaris. Les trolfe Jésuites de Mârennes n'y seront pas inutiles avec ceux qui y viennent. Les uns tempéreront les autres ; il en faut même pour le temporel. Avant que de les quitter, j'ai tâché de faire deux choses i l'une de faire espérer au* peuples beaucoup de douceur et de consolation dé là part de ces bons
Pères, dont j'ai relevé fortement la bonne vie et le savoir; l'autre de persuader en môme temps à ces Pères qu'ils doivent en toute occasion se rendre les intercesseurs et les conseils du peuple, dans toutes les affaires qu'ils ont auprès des gens revêtus de l'autorité du Roi. N'importe que les gens qui ont l'autorité leur refusent ce qu'il ne sera pas à propos de leur accorder; mais enfin ils doivent parler le plus souvent qu'ils pourront, sans être indiscrets, pour attirer des grâces, et pour adoucir les punitions : tfest le moyen de les faire aimer, et de leur faire gagner la confiance de tout le pays; c'est ce qui déracinera le plus l'hérésie : car il s'agit bien moins du fond des controverses, que de l'habitude dans laquelle les peuples ont vieilli, de suivre extérieurement un certain culte, et de la confiance qu'ils avoient en leurs ministres. 11 faut transplanter insensiblement cette habitude et cette confiance chez les pasteurs catholiques ': par là les esprits se changeront presque sans s'en apercevoir. Dans cette vue j'ai pris soin que plusieurs petites grâces, que nous obtenions pour les habitans de Marennes, passassent extérieurement par le canal des Jésuites, et j'ai fait valoir au peuple qu'il leur en avoit l'obligation. Si ces bons Pères cultivent cela, comme je l'espère, ils se rendront peu à peu maîtres des esprits. Ces peuples sont dans une violente agitation d'esprit ; ils sentent une force dans notre religion, et une foiblesse dans la leur qui les consterne. Leur conscience est toute bouleversée, et les plus raisonnables voient bien où tout cela va naturellement; mais l'engagement du parti, la mauvaise honte, l'habitude et les lettres de Hollande qui
leur donnent des espérances horribles, tout cela les tient en suspens, et comme hors d'eux-mêmes. Une instruction douce et suivie, la chute de leurs espérances folles, et la douceur de vie qu'on leur donnera chez eux, dans un temps où l'on gardera exactement les côtes, achèvera de les calmer. Mais ils sont pauvres; le 'commerce du sel, leur unique ressource, est presque anéanti. Ils sont accoutumés à de grands soulagemens : si on ne les épargne beaucoup, la faim se joignant à la religion, ils échapperont quelque garde qu'on fasse. Les blés que vous avez fait venir si à propos, Monsieur, leur ont fait sentir la bonté du Roi ; ils m'en ont paru touchés. L'arrivée de M. Forant, que vous envoyez, servira beaucoup à retenir les matelots. Dans la situation où je vous représente les esprits, il nous seroit facile de les faire tous confesser et communier, si nous voulions les en presser, pour en faire honneur à nos missions. Mais quelle apparence de faire confesser ceux qui ne reconnoissent point encore la vraie Eglise, ni sa puissance de remettre les péchés? Gomment donner Jésus-Christ à ceux qui ne croient point le recevoir? Cependant je sais que, dans les lieux où les missionnaires et les troupes sont ensemble, les nouveaux convertis vont en foule à la communion. Ces esprits durs, opiniâtres et envenimés contre notre religion, sont pourtant lâches et intéressés. Si peu qu'on les presse, on leur fera faire des sacrilèges innombrables ; les voyant communier, on croira avoir fini l'ouvrage; mais on ne fera que les pousser par le remords de leur conscience jusqu'au désespoir, ou bien on les jettera dans une impossibilité et une indifférence de
religion qui est le comble de l'impiété, et une semence de scélérats qui se multiplie dans tout un royaume. Peur nous, Monsieur, nous croirions attirer sur nous une horrible malédiction, si nous nous contentions de faire à la hâte une œuvre superficielle, qui éblouirait de loin. Nous ne pouvons que redoubler nos instructions, qu'inviter les peuples à venir chereherles sacremens avec un coeur catholique, et que les donner 4 ceux qui viennent d'eux-mêmes les chercher après s'être soumis sans réserve. Nous sommes maintenant, Monsieur, tous rassemblés ici, et de ce lieu nous allons instruire Arvert et tous les lieux voisins, qui forment une péninsule. Nous trouvons partout les mêmes dispositions, excepté que ce canton est encore plus dur que Marennes. Permettez-moi, Monsieur, de vous témoigner notre parfaite reconnaissance sur la bonté avec laquelle vous avez parlé au Roi de mos bannes intentions dans le travail qui nous est confié. Nous ne cesserons d'y faire tous les efforts dont nous sommes capables, tant que vous nous ordonnerez de continuer, quoique nous avancions peu ici* et que nos occupations de Paris eussent un fruit plus prompt et plus sensible. J'ouhliois de vous dire, Monsieur, qu'il nous faudrait une très-grande abondance de livres, surtout de Nouveaux Testamens, et des traductions de la messe avec des explications : car on ne fait rien si on n'ôte les livres hérétiques ; et c'est mettre les gens au désespoir que de les leur ôter, si on ne donne à mesure qu'on ôte. Je suis, etc. »
DE FÉNËLON. S»l
IIÎ Au même(\).
A la Tremblade, 8 mars (1686).
« L'arrivée de M. Forant a donné de la joie aux habitans de la Tremblade. J'espère qu'il servira beaucoup à les retenir, pourvu qu'il n'exerce point ici une autorité rigoureuse qui le rendroit bientôt odieux. Il donne un fort bon exemple pour les exercices de religion, et il engage par l'amitié les autres à les suivre. 8a naissance, sa parenté avec plusieurs d'entre eux, et la religion qui hil a été commune avec tous ces gens-là, le feroient haïr plus qu'un autre, s'il vouloit user de hauteur et de sévérité pour les réduire à leur devoir. Cependant le naturel dur et indocile de ces peuples demande une autorité vigoureuse et toujours vigilante. Il ne faut point leur faire du mal; mais ils ont besoin de sentir une main toujours levée pour leur en faire s'ils résistent. Le sieur de Chatellars, subdélégué de M. Arnoul t supplée très-bien à ce que M. Forant ne pourra pas faire de ce côté-là. La douceur de l'un et la fermeté de Vautre étant jointes feront beaucoup de bien. Je n'ai pas manqué, Monsieur, de lire publiquement ici et à Marénnes ce que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire des bontés que le Roi aura pour les habitans de ce pays, s'ils t'en rendent dignes, et du zèle
(1) Cette lettre, dit le cardinal de Bausset (I, 111), • montre toujours Fénelon occupé à recommander aux agents de l'autorité qu'ils ont le droit de se faire craindre, .pour ne se terrir que du pouvoir qu'ils ont de se faire i
charitable avec lequel vous cherchez les moyens de les soulager. Les blés que vous leur avez fait venir à fort bon marché leur montrent que c'est une charité effective, et je ne doute point que la continuation de ces sortes de grâces ne retienne la plupart de& gens de cette côte. C'est la controverse la plus persuasive pour eux ; la nôtre les étonne, car on leur fait voir clairement le contraire de ce que le ministre leur avoit toujours enseigné comme incontestable, et avoué des catholiques mêmes. Nous nous servons utilement ici du ministre qui y avoit * l'entière confiance des peuples, et qui s'est converti. Nous le menons à nos conférences publiques, où nous lui faisons proposer ce qu'il disoit autrefois pour animer les peuples contre l'Eglise catholique. Cela par oit si faible et si grossier par les réponses qu'on y fait, que le peuple est indigné contre lui. La. première fois, plusieurs lui disoient, se tenant derrière lui : Pourquoi, méchant, nous as- tu trompés? Pourquoi nous disois-tu 'qu'il falloit mourir pour notre religion, toi, qui nous as abandonnés? Que ne défends- tu ce que tu nous as enseigné 1 Il a essuyé cette confusion, etfen espère beaucoup de fruit. Ceux de Marennes sont aussi dans la même indignation contre un ministre qu'ils croyaient fort habile. Il n'ètoit pas sorti du royaume parce qu'il a été mourant pendant plusieurs mois; enfin il est guéri. Aussitôt M. l'abbé de Bertier, dans un entretien particulier, le pressa pour une conférence pu* blique : le peuple la souhaita avec ardeur, et le ministre n'osa la refuser, tant ses meilleurs amis furent scandalisés de le voir reculer. Il promit donc, et marqua le jour ; les matières furent réglées par écrit.
Nous demandâmes deux personnes sûres qui écrivissent les réponses de part et d'autre, afin que le ministre ne pût disconvenir, après la conférence, de ce qu'il y auroit été forcé d'avancer. On s'engagea de mettre le ministre dans l'impuissance d'aller jusqu'à la troisième réponse, sans dire des absurdités qu'il n'oseroit laisser écrire, et que les enfans mêmes trouveroient ridicules. Tout étoit prêt ; mais le ministre, par une abjuration dont il n'a averti personne, a prévenu le jour de la conférence. Dès que nous découvrîmes sa finesse, nous allâmes chez lui avec les principaux habitons qui et oient les plus mal convertis. Il ne put éviter d'avouer qu'il avoit promis la conférence, et qu'il se dédisoit. Jugez, Messieurs, dîmes-nous sur le champ, ce qu'on doit croire dune religion dont les plus habiles pasteurs aiment mieux l'abjurer que la défendre. Chacun leva les épaules, et l'un des principaux dit en sortant : Pour moi, j'ai soutenu mes sentimens tant que j'ai pu; mais je vais songer sérieusement à ma conscience. Cette promesse n'aura peut-être pas de suites assez promptes et assez solides; mais enfin voilà V impression des peuples : ils sentent le foible de leur religion, et la force accablante de la catholique. Je ne doute point qu'on ne voie à Pâque un grand nombre de communions, peut-être même trop. Ces fondemens posés, c'est aux ouvriers fixés à élever l'édifice, et à cultiver cette disposition des esprits. Il ne faut que des prédicateurs qui expliquent tous les dimanches le texte de l'Evangile avec une autorité douce et insinuante. Les Jésuites commencent bien ; mais le plus grand besoin est d'avoir des curés édifians qui sachent instruire. Les peuples
nourris dans l'hérésie ne se gagnent que par la parole. Un curé qui saura expliquer l'Evangile affectueusement, et entrer dans la confiance des familles, fera toujours ce qu'il voudra. Bans cela, l'autorité pastorale qui est la plus naturelle et la plus efficace, demeurera toujours avilie avec scandale. Les peuplés nous disent : Vous n'êtes ici qu'en passant; c'est ce qui les empêche de s'attacher entièrement à nous. La religion, avec le pasteur qui l'enseignera, prendra insensiblement racine dans les mœurs. Les ministres n'ont été si puissans, que par la parole, et par leur adresse à entrer dans le secret des familles. N'y aura-t~il point des prêtres qui fassent pour la vérité ce que ces malheureux ont fait efficacement pour l'erreur? M. de Saintes est bien à plaindre, dans ses bonnes intentions, d'avoir un grand diocèse ou le commerce et l'hérésie font que peu de gens se destinent à être prêtre. Si on n'établit pas au plus tôt de bonnes écoles pour les deux sexes, on sera toujours à recommencer. Il faut même une autorité qui ne se relâche jamais; pour assujétir toutes les familles à y envoyer leurs enfans. Il faudrait aussi, Monsieur, répandre des Nouveaux Testamens avec profusion; mais le caractère gros est nécessaire; ils ne sauraient lire dans les menus. 11 ne faut pas espérer qu'ils achètent des livres catholiques ; c'est beaucoup qu'ils lisent ceux qui ne coûtent rien : le plus grand nombre ne peut môme en acheter. Si on" leur ôte leurs livres sans leur en donner , ils diront que les ministres leur avaient bien dit que nous ne voulions pas laisser lire la Bible, de peur qu'on ne vit la condamnation de nos superstitions et de nos idolâtries, et ils se-
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ront au désespoir. Enfin, Monsieur, si on joint toujours exactement à ces secours la vigilance des gardes pour empêcher les désertions, et la rigueur des peines contre les déserteurs, il ne restera plus que de faire trouver aux peuples autant de douceur à demeurer dans le royaume, que de péril é entreprendre dïen sortir. C'est, Monsieur, ce que vous avez commencé, et que je prie Dieu que vous puissiez achever selon toute détendue de votre zèle. Les Jésuites sont maintenant à Marennes en assez grand nombre pour instruire de suite tous les dimanches les principaux lieux de cette côte, Ainsi il ne nous reste qu'à leur préparer les voies en chaque lieu. Nous avons accoutumé les peuples à «n tendre les vérités qui les condamnent le plus fortement, sans êtres irrités contre nous. Au contraire, ils nous aiment, et nous regrettent quand nous les quittons. S'ils ne sont pas pleinement convertis, du moins ils sont accablés, et en défiance de toutes leurs anciennes opinions. 11 faut que le temps et la confiance en ceux qui les instruiront de suite, fasse le reste (i). Je ne prends, Monsieur, la liberté de vous représenter tout cela, qu'afin de recevoir vos ordres sur notre séjour en ce pays, et de les exécuter avec une parfaite soumission.
«J'ai eu sept ou huit longues conversations avec M. de Sainte-Hermine, à Rocbefort, où j'ai été le cher-
(1) Le cardinal de Bausset insère ici, à l'aide d'une transition de son eru, une phrase accusatrice qu'il Tient de supprimer : t/l faut tendre autti à faire trouver aux peuples autant de douceur à demeurer dans le royaume, que de péril à entreprendre d'en sortir ; c'est Monsieur, ce que je prie Dieu que torts puissiez acheter selon toute l'étendue de totre zèle. »
cher. Il entend bien ce qu'on lui dit, il n'a rien a y répondre ; mais il ne prend aucun parti. M. l'abbé de Langeron et moi, nous avons fait devant lui des conférences assez fortes l'un contre l'autre. Je faisois le protestant, et je disois tout ce que les ministres peuvent dire de plus spécieux. M. de Sainte-Hermine sentoit fort bien la foiblesse de mes raisons, quelque tour que je leur donnasse : celles de M. l'abbé de Lange ron lui paroissoient décisives, et quelquefois il répondoit de luimême ce qu'il falloit répondre contre. moi. Après cela, j'attendois qu'il seroit ébranlé ; mais rien ne s'est remué en lui, du moins au dehors. Je ne sais s'il ne tient point à sa religion par quelque raison secrète de famille. Je serois retourné encore à Rochefort pour lui parler selon vos ordres, si M. Arnoul ne m'avoit mandé qu'il est ailé en Poitou. Dès qu'il en sera revenu, j'irai à Rochefort, et je vous rendrai compte, Monsieur, de ce que j'aurai fait.
« Je suis avec toute la reconnoissance et tout le respect possible, etc. »
A Bos$uet(V).
A la Trembltde, 8 mars 16S6.
« Quoique je n'aie rien de nouveau à vous dire, Monseigneur, je ne me puis abstenir de vous écrire : c'est
(1) i On y remarquera, dit le cardinal de Bausset, la manière dont Fénelon s'exprime au sujet des avis que M. de Seignelay lui avait transmis, et qui ne permet pas de douter que Fénelon n'ait toujours agi de concert avec Bossuet dans le système de conduite qu'il avait suivi avec * les nouveaux convertis, »
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DE PÉNELON. 297
ma consolation en ce pays (1) ; il faut me permettre de la prendre. Nos convertis vont un peu mieux; mais le progrès est bien lent : ce n'est pas une petite affaire de changer les sentimens de tout un peuple. Quelle difficulté devaient trouver les apôtres pour changer la face de l'univers, pour renverser le sens humain, vaincre toutes les passions, et établir une doctrine jusqu'alors inouïe; puisque nous ne saurions persuader des ignQrans par des passages clairs et formels, qu'ils lisoient tous les jours, en faveur de la religion de leurs •ancêtres, et que l'autorité même du Roi remue toutes les passions pour nous rendre la persuasion plus facile l Mais si cette expérience montre combien l'efficace des discours des apôtres étoit un grand miracle, la foiblesse des Huguenots ne fait pas moins voir combien la force des martyrs étoit divine.
. a Les Huguenots mal convertis sont attachés à leur religion jusqu'au plus horrible excès d'opiniâtreté ; mais dès que la rigueur des peines paroît, toute leur force les abandonne. Au lieu que les martyrs étoient humbles, dociles, intrépides et incapables de dissimulation ; ceux-ci sont lâches contre la force, opiniâtres contre la vérité, et prêts à toute sorte d'hypocrisie. Les restes de cette secte vont tomber peu à peu dans une indifférence de religion pour tous les exercices extérieurs, qui
doit faire trembler. Si on vouloit leur faire abjurer le
(1) Ici le cardinal insère en note l'éloge du ministre tpostat Marin, Groteste, seigneur dès Mahis, par Fénelon, qni le mit en guise de préface en tête de l'ouvrage antiprotestant, publié par des Mahis. Fénelon y déclare avoir • travaillé autrefois à l'instruction de .nos frères prétendus réformés, • avec le pasteur converti. (V, Grotette, Fr. pr.)
m LETTRES
christianisme, et suivre l'Alcoran, il n'y auroit qu'à leur montrer des dragons. Pourvu qu'ils s'assemblent la nuit, et qu'ils réçistent à toute instruction, ils croient avoir assez fait. C'est un redoutable levain dans une nation. Ils ont tellement violé par leurs parjures les choses les plus saintes, qu'il reste peu de marques auxquelles on puisse reconnoître ceux qui sont sincères dans leur conversion. Il n'y a qu'à prier Dieu pour eux, et qu'à ne se rebuter point de les instruire.
« Mais le grand chancelier (l'Oraison funèbre de Michel Letellier , prononcée le 25 janvier 1686), quand le verrons-nous, Monseigneur ? Il seroit bien temps qu'il vint charmer nos ennuis dans notre solitude, après avoir confondu au milieu de Paris les critiques téméraires. Je prie M. Gramoisy (l'imprimeur) de nous regarder en pitié : O utinam!...
M. l'abbé de Gordemoi n'attend pas avec moins d'impatience des nouvelles de son placet, que vous avez eu la bonté de vouloir présenter au Roi. Vous savez, Monseigneur, qu'il a le double titre du mérite et du besoin. Je souhaite que celui de votre protection fasse faire justice aux deux autres. Son absence, approuvée par le Roi, bien loin de lui nuire, doit lui servir, surtout de- * puis que nous sommes catholiques, authentiquement reconnus par les Ave Maria dont nous remplissons toutes nos conférences. En songeant à sa pension avec M. le contrôleur général, de grâce, Monseigneur, n'oubliez pas notre retour avec M. de Seignelai ; mais parlez uniquement de votre chef. S'il nous tient trop longtemps ici, loin de vous, nous supprimerons encore Y Ave Maria ; et peut-être irons-nous jusqu'à quelque grosse
hérésie, pour obtenir une heureuse disgrâce qui nous ramène à Germigny : ce seroit un coup de vent qui nous feroit faire un joli naufrage. Honorez toujours de vos bontés, Monseigneur, notre troupe, et particulièrement celui qui vous .est déi&ué avçc l'attachement le plus respectueux. »
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