GUET-APENS TENDU
« en conséquence le procureur fiscal envoya dire au « sieur Syntier de porter son enfant à l'église. Le lente demain le sieur Syntier opposa au curé une lettre, de « M. l'évéque. Elle était du 18 novembre 1754, conçue « en ces termes : J'ai des raisons essentielles, Mon- « sieur, pour souhaiter que Von ne presse pas le sieur « de Syntier votre paroissien, de porter son enfant à « V église pour y recevoir le baptême. Je vous prie donc « de ne faire aucune démarche d'ici à trois semaines. « Si V enfant venait d'ici+là en danger, foi des per- « sonnes de confiance qui y veillent et qui auront soin « de faire anticiper le temps pour éviter les accidents. « J'ai l'honneur t etc* Sur cette lettre le curé resta tran- « quille. Peu de jour» après, M. Syntier fit baptiser son « enfant par un ministre. 11 pria ce ministre à dîner « pour le lendemain. Mais les protestants commente çaient à soupçonner M. Syntier. Ils lui voyaient taire « de fréquents voyages à Saintes. Le ministre refusa « de dîner chez lui. Dans la nuit, M. Syntier avait en- « voyé avertir les cavaliers de la maréchaussée de Saint- « Genis par une espèce de soldat qu'on disait son beau- « frère, et qui demeurait chez lui depuis environ deux « mois* Les cavaliers arrivèrent de grand matin à « l'auberge du petit Saint- Jean, préside la croix de « Saint- Vivien. Un instant après, le minisire passa à « cheval accompagné de deux personnes. Les cavaliers « montèrent promptement à cheval et coururent après « le ministre. Ils l'atteignirent au carrefour qui conduit « à Chardon, Ceux qui accompagnaient le ministre se « mirent en défense; ils tirèrent sur les cavaliers, et « ceux-ci en tuèrent un qui était gentilhomme d'auprès
PAR UN BVÊQUE. 311
« de Sainte-Foy ; ils en prirent un autre, mais dès le
« commencement du combat le ministre se sauva au
« galop, et il ne fut pas possible de le reprendre. Les
« cavaliers chargèrent le mort sur son cheval et garrot-
« tèrent l'autre qui était diacre; ils les passèrent par
« Goudenne et le champ de foire pour les conduire à
« Saintes. M. Syntier et son beau-frère allèrent pour le
« reconnaître. Les cavaliers firent semblant de les
« éloigner, mais les protestants ne prirent point le
« change; ils prirent Byntier comme un espion et ils
« lui auraient fait un mauvais parti. Sur-le-champ
« M. Syntier se retira avec son beau-frère, et ils ne
« parurent plus à Pons. Quelques jours après, Madame
« Syntier » en alla aussi escortée par les cavaliers de la
« maréchaussée. On a dit qu'ils se retirèrent à la Ro-
« chelle et qu'ils y firent baptiser leur enfant.
« Pour mieux donner le change aux Huguenots, quel-
« ques jours avant cette scène les cavaliers étaient ve-
« nus chez M. Syntier, ils y avaient paru faire une re-
« cherche exacte pour trouver l'enfant et le porter à
« l'église, mais il ne s'y trouva pas. On savait sans
« doute le temps de la visite. On avait mis l'enfant
« dans le voisinage et les cavaliers n'y cherchèrent
« point. »
Signé au registre : Fortet.
■ Curé de Saint-Martin de Pons. »
« Cet odieux attentat ne découragea ni le pasteur* ni le troupeau. Au commencement de 1755, Louis Gibert reparut à Pons et rassembla les membres épargnés de cette ancienne Eglise au bois de Merlet, paroisse de Tanzac. Cette réunion fut fatale à quelques-uns des