PAR UN ÉVÈQUE
mation qui leur en fut faite par eux, et c'est alors que les balles des cavaliers vinrent frapper l'infortuné gentilhomme qui montait le cheval qui leur avait été désigné comme celui du ministre. »
SOMMAIRE DE LA RÉPONSE DE SEI6NELAT A LA LETTRE DE FÉNELON A M me DE BEAUVILLIERS DU 28 DÉ- CEMBRE 1685 (i).
J'ay rendu compte au roy du fruit de la mission don t il est chargé, je suis bien aise de l'avertir qu'on a écrit qu'ils se rendoient trop faciles avec les nouveaux convertis sur l'invocation des saints et des images, et qu'on a prétendu qu'ils disoient que le culte des images estoit inutile et qu'on pourrait croire la même chose de l'invocation des saints. Bien que je connoisse la fausseté de ces discours, je ne laisse pas de luy escrire, affin que je puisse faire voir au roy à qui on en a parlé la réponse qu'ils me fera (2) sur ce sujet»
Luy donner part des ordres donnés pour les bleds.
(1) Bibl. nat., ms. fr., nouv. acq , 507, f° 4. Ces lignes écrites de la main de Seignelay sont à la marge d'une analyse de la lettre de Fénclon. (3) Seignelay avait d'abord mis le pluriel qu'il a biffé.
vin
EXTRAITS DES LETTRES INEDITES DE FÉNELON, PUBLIÉES PAR L'ABBÉ V. VERLAQUE.
Paris, Victor Palmé, 1874? fa-*S ?
Fànelon à Seignelay ( l) ,
À la Rochelle, le 91 avril 1086.
Je ne douta pas que M. l'abbé de Cordemoy ne vous ait rendu compta, comme je l'en ai prié, des bonnes dispositions où Arvert et la Tremblade parois sent enfin ; j'ai toujours espéré de ces deux lieux plus que de Marennes. D'ailleurs, M. Forant, qui a donné bon exemple, et le ministre Papin, quia parlé comme nous avons voulu, nous ont beaucoup aidés. Enfin, nos Messieurs que nous y avons laissés, quand nous en sommes partis, ont continué à travailler avec une grande persévérance «Cette expérience, jointe à plusieurs autres, me confirme dans une pensée que j'ai eu l'honneur de vqus écrire, c'est que ces pauvres gens cachent le trouble de conscience où nous les jetons, et s'efforcent de s'endurcir lorsqu'ils se sentent prêts à se rendre, Il se fait maintenant, Monsieur, un dernier effort de tout le parti qui nous fait sentir une résistance incroyable*
(1) Bibl, Q«t., roi fr., douv. acq. t 5ûf, f« îSi
Il ne faut pas que les avis de rigueur paroissent venir de nous ; car ce seroifc ruiner l'œuvre dont nous sommes chargés. Mais je ne puis, Monsieur, m* empêcher de vous dire en secret que, pour finir, il faudroit choisir en chaque lieu certains esprits envenimés et contagieux qui retiennent tout le reste, tantôt par mauvaise honte, tantôt par séduction, et les exiler dans le cœur du royaume où il n'y a eu guère de huguenots ; on pourroit sacrifier à cet exemple ceux dont l'absence ne nuiroit à ces côtes ni pour la marine ni pour le commerce. Dans cet exil ils serviroient d'otages pour leurs familles qui ne pourroient déserter. Les autres deviendroient dociles, et on romproit ce reste de cabale. On ne «auroit s'imaginer à quelles épreuves ceux qui sont endurcis mettent les autres qui sont ébranlés, et combien il y en a qui n'ont pas assez de courage pour oser paroître bons catholiques.
On a fait depuis quelques jours dans l'île de Ré un exemple qui a troublé et irrité les peuples. Je crois que cette exécution produira, avec le temps, de bons effets ; car c'est un homme mort sans sacremens qu'on a traîné sur la claie, et cette rigueur servira à vaincre la mauvaise honte. Mais l'impression présente est fâcheuse. .Elle réveille un violent désir de sortir du royaume. J'en crains un autre inconvénient, c'est que chacun recevra les sacrements en hypocrite pour sauver la voirie. Il me paroîtrpit plus utile d'employer l'autorité à écarter les gens indociles, et à rendre les autres assidus aux instructions de l'Eglise. Sans recourir à des remèdes plus forts, l'ouvrage s'achèvera solidement, avec un peu de patience. Mais enfin, Monsieur, l'émo-
tion de l'île de Ré est venue jusqu'ici, et nous a fait conclure que nous devions nous réserver pour des temps plus tranquilles ; en même temps il a paru qu'on souhaitoit de nous retenir ici; nous ne pouvons vous répondre de rien de précis ; mais, si les apparences ne sont point trompeuses, les fruits seront abondants en cette ville ; nous allons de maison en maison rendre des visites, où nous passons assez souvent quatre à cinq heures à raisonner. Les familles s'assemblent, les voisins viennent aussi, chacun dit ses difficultés ; surtout les femmes paraissent fort agitées ; plusieurs des plus considérables d'entre elles commencent à se déclarer, se préparent aux sacremëns et songent à gagner leurs maris. Cependant nous faisons fréquemment des sermons, et tous les nouveaux convertis, sans en être sollicités, y (1) viennent en foule assidûment; si nous pouvons gagner la Rochelle, cette ville entraînera tout le pays. L'île de Ré ne peut manquer de suivre, car les habitants sont presque tous dépendants des gros marchands d'ici, J'ai formé une liaison avec un ministre nommé Bernon, qui est très-mal converti, mais qui est très-bon homme: j'espère qu'il sera bientôt aussi zélé pour l'Eglise qu'il a été préoccupé contre elle, et par lui nous ramènerons une bonne partie des religionnaires qui sont ses parents ou ses amis, et qui ont une entière confiance en lui sur la religion, 11 demande un grand secret, car, outre que son instruction n'est pas achevée, de plus il deviendroit absolument inutile à nos desseins sur le moindre soupçon qu'on auroit de son
(1) M. l'abbé Verlaque a omis ce pronom.
commerce avec moi. Nous allons, Monsieur, travailler ici sans relâche et sans laisser prendre haleine à ces pauvres égarés* Dès qu'on les laisse deux jours à euxmêmes» ils gâtent entre eux tout ce qu'on a fait pendant plusieurs mois. M. l'abbé de Langëron ayant appris que Madame de Larigeron se porte mieux, je l'ai retenu ici et fort à propos i car il a fait depuis ce temps*» là plusieurs bonnes conversions, et il nous en prépare d'autres.
Ayez la bonté, Monsieur, de faire dire ou écrire un mot à M. Pirot pour faire prolonger sa dispense de Sorbonne sur la licence jusqu'à la fin de notre séjour en ce pays. Je dis jusqu'à la fin de notre séjour, ne sachant pas combien il durera, et ne voulant point le savoir que quand il vous plaira me l'apprendre. Je suis* avec tout le zèle et tout le respect possible, Monsieur, votre etc. ( I ).
Seignelay à fabbé de Fénelon (2)«
A Tenailles, le» mil 1SS6,
J'ai reçu Vos deux lettres des 27 mars et 7 de ce mois. Il ne se peut rien de mieux que la conduite que vous avez tenue dans la mission que vous avez faite sur les côtes de Saintortge. Le roi, à qui j'en ai rendu compte, en est très-satisfait, et Sa Majesté est persuadée que vous continuerez avec le même zèle et la même
(1) M. l'abbé Verlaque a supprimé ce paragraphe rétabli par H. A. Gaiier dam la Revutpoliliq. et littér. du 31 octobre 1871. (8) Ministère de la marine. Jttyfe/r» «MwrtiKMI ïnnnfi 4M6, f>. SU.
LETTRÉS INÉDITES DÉ FÊtfÈLON. 3I&
application dans le pays d' Aunis où vous êtes à présent.
Je vous ai fait savoir que j'avois écrit à M. l'évoque de Saintes et à M. Arnoul, qu'il étoit à propos d'employer le ministre Mariocheau ailleurs qu'à Marennes, pour avoir prétexte de l'en retirer, m' ayant paru, par ce que vous m'avez écrit sur son sujet, qu'il est important d'empêcher qu'il ne reste parmi les gens de ce lieu qui ne sont pas encore bien revenus de leur erreur.
Je suis persuadé comme vous, qu'il n'y a pas de meilleur parti que celui de la douceur (1) pour faire revenir ces gens, et j'ai toujours recommandé audit sieur Arnoul de ne se servir de rigueur qu'à l'extrémité; et je lui écris même par cet ordinaire, en lui envoyant des ordres pour mettre en prison six des principaux habitants de la Trenlblade et de Marennes, qui retiennent les nouveaux convertis dans leur mauvaise volonté, de rie les faire exécuter qu'après les avoir exhortés de changer de conduite, et avoir connu qu'il n'y aura point d'autre moyen pour en venir à bout.
J'explique aussi audit sieur Arnoul, que l'intention de Sa Majesté est qu'il oblige les ministres convertis de son département, de faire des déclarations publiques dé leur fbi et qu'il Fasse observer s'ils Vont à la messe et s'ils font les fonctions de bons catholiques.
J'ai fait savoir à Tévêque de Saintes, que Sa Majesté n'A pas l'intention de forcer les nouveaux convertis à se confésBer et communier, et je trois que M. de là Rochelle est dans le même sentiment; et ce seroit une
(1) Quelle douceur que celle qui emprisonne, et oblige Ut miaïftrei protestants d'aller a la messe ! C'est bien la douceur de Fénelon.
chose sujette à de grands inconvénients de les obliger à s'approcher des sacremens sans préparation.
Fénelon à Seignelay (1).
À la Rochelle, 11 mai 1686.
pavois eu l'honneur de vous écrire, il y a deux jours, qu'un fou avoit voulu parler trop librement dans notre conférence et que nous l'avions d'abord fait taire avec une pleine autorité. Mais la folie croissant de jour en jour, il est venu dans la conférence que nous avons faite aujourd'hui pour parler encore. Je l'ai d'abord arrêté, et je lui ai dit : La chaleur et la présomption avec laquelle vous parlâtes la dernière fois, est si contraire à la docilité et à la modération d'un homme qui cherche à s'instruire, que nous ne devrions plus vous (2) écouter. Cependant, comme nous sommes ici en esprit de charité pour instruire tous ceux qui nous proposeront leurs difficultés, afin de s'éclaircir et de se confirmer dans la religion catholique, nous serons bien aises que vous déclariez que vous ne proposez vos difficultés que pour vous affermir dans la vraie foi, et en (3) ce cas, nous vous donnerons avec plaisir, comme à tous les autres, une pleine instruction; mais, si vous n'imitez pas leur modestie et si vous parlez en homme déterminé à l'hérésie, vous n'êtes plus du nombre de ceux que nous
(1) Bibl. nat., ms. fr., nour. acq., 507, f° 27. (9) M. l'abbé Verlaque a omis : vous»
(3) H. Tabbé Verlaque écrit : dans.
sommes chargés d'instruire, et vous n'avez qu'à vous retirer. Ces conférences ne sont que pour ceux qui cherchent la vérité, et non pas pour ceux qui s'obstinent dans l'erreur. En même temps il m'a déclaré qu'il abjuroit la religion romaine, et qu'il n'étoit là que pour nous faire sentir la vérité de la religion protestante. A ces paroles, je l'ai fait sortir doucement, et quoique l'assemblée fût assez grande, tout cela s'est fini sans bruit. A peine a-t-il été dehors, que d'autres, plus instruits que lui, ont proposé leurs difficultés avec docilité et modestie. Cependant M. Milet (1) l'a envoyé arrêter chez lui, et l'a fait mettre dans la tour. Vous remarquerez, monsieur, que ce malheureux étoit converti depuis six ans et paraissoit bon catholique ; mais il nous a déclaré, par un écrit signé de lui, qu'il y a un an qu'il est dans les sentiments où il paroit à cette heure. J'ai cet écrit fait de sa propre main, et je le garde soigneusement. De plus il a avoué à M. le grand vicaire de la Rochelle ce matin, qu'il n'avoit jamais été catholique dans le cœur, et qu'il n'en avoit fait profession que dans l'espérance de quelque avantage temporel. Il y a déjà plus de huit mois que beaucoup de gens, qui en rendent témoignage, l'ont entendu parler souvent en huguenot; enfin, c'étoit un hypocrite, mais hypocrite fou, connu de tout temps pour tel par les gens des deux religions. Notre porte étant ouverte au public pour la conférence, on ne pouvoit l'empêcher
(I) M. l'abbé Verlaque, écrit : Millet, et met ici eette note : • Guillaume Millet de Jeun, fut successivement sous-gouTerneur de Monsieur et du Dauphiu. Louis XIY l'envoya dans l'A unis en 1683, comme lieutenant-général ; il y mourut le 24 février 1690. >
Ml LETTRES INÉDITE38 DÉ FÊNELON.
d'entrer ni prévoir même certainement s'il viendrait. D'ailleurs, nous avions Heu d'espérer que ses amis lui raccommoderaient un peu la tète pour l'engager à venir proposer ses doutes sur le pied d'un catholique qui cherche- à s'affermir; cehrattfoit réparé le premier scandale et fait une bonne impression ; mais une saillie Ta pris, et, s'il n'eût (ait la déclaration dans la conférence, il l'aurait faite dans la place publique. Il sera important que M. l'Intendant, qui sera ici demain de bon matin, l'ôte de la tour pour l'envoyer loin; car cet objet réveillerait le peuple pour son ancienne religion. Je suis avec un très-grand respect, Monsieur,...
Fêneton à Seignelay (1).
M juillet îwo.
Monsieur,
En partant de cette ville no\is reconnaissons plus que jamais que l'ouvrage des conversions s'avance par des voies insensibles, plus qu'il ne paraît. Gomme nous avons tâché dans cette fin de les attendrir, nous avons vu les moins persuadés nous venir dire adieu les larmes aux yeux, et, en nous avouant qu'ils n'étoient pas encore ca* tholiques dans le cœur ajouter qu'avec un peu de temps ils le deviendront. 11 ne faut pourtant pas, monsieur, se fier à ces bonnes dispositions, car elles s'évanouissent en deux jours, si on les abandonne à eux-mêmes.
(lï filbl. net., iris, fr., bout, àeq., 307, f° 43. («. Pâbbé Vértaqin écrit : p. 40.)
LBÎTRiSS INÉDITES DE FÊNËLOft. 323
Mais on doit conclure, Ce me semble, que si (1) des prêtres qui aient le talent de prêcher affectueusement, de se faire aimer, les instruisentde suite, tout viendra assez promptement* Deux bons (2) curés achèveront l'œuvre ; pour inoi* monsieur, je 6erois ravi de revenir voir ces bonnes gens quand l'ouvrage sera plus mûr. Je crois que dans uh an et demi ou deux arts au plus, on pourra effacer dans la Rochelle tous les restes de l'hérésie, si on entretient ces bons commencemens. M. de Romains (3), qui est un très-bon nouveau converti, s'est rendu fort utile à plusieurs des principaux pour les détromper. Il ne faut pas les presser de s'approcher des sacremens ; mais aussi, comme plusieurs n'en demeurent éloignés que par une mauvaise honte et par irrésolution, je crois qu'il seroit utile que M. l'Intendant pût donner • de petites distinctions à ceux qui donnent cette dernière marque de persuasion, comme de les observer moins que les autres, de leur confier plus qu'aux autres l'iaetructiQn de leurs enfants, de leur demander quelquefois* leur (4) avis sur certaines choses qui regarderont (5) les autres, et de leur faire tous les petits plaisirs qu'il pourra (6). L'application de M. l'Intendant, qui est trèsgrande sur ces matières, lui donnera assez de moyens
(1) M. l'abbé Verlaqué a complètement défiguré cette phrase, et prêté ce nob-sens a Féacton : Que des préires qui aient h talent de prêcher affectueusement, de te faire aimer t de continuer tes instruction* de suite, tout le resté viendra.
(9) H, l'abbé Verlaqoe omet -.bons,
(8) M. l'abbé Verlaqué écrit : Romain.
(h) Mot supprimé par M. Verlaqué.
(5) M. l'abbé Verlaqué écrit : regarderaient.
(6) M. l'abbé Verlaqué écrit : leur plaira.
de leur accorder (1) de petites douceurs qui ne tirent pas à conséquence. Je pars, monsieur, pour aller à Sarlatvoir mon oncle (2); mais en attendant que j'aille vous rendre compte de no.tre mission, M. l'abbé Fleury, qui y a travaillé plus que moi aura l'honneur de vous en dire tout ce que nous en savons.
Je suis avec un très-grand respect, etc. (3).
Fénelon à Seignelay (4).
Paris, 28 février 1687.
Monsieur,
J'obéis à l'ordre que vous m'avez donné de vous* rendre compte par écrit de ce qui regarde notre mission de la Rochelle. Nous aurons : MM, les abbés de Bertier, des Marais, deLangeron, Fleury, Bitaut et deux bons ecclésiastiques de la paroisse (5) Saint-Sulpice. M. l'abbé Mil'on, qu'on a fort goûté à la Rochelle et qu'on y reverra avec plaisir, n'ose s'engager à y retourner à cause de son quartier qui commence au mois de
(1) M. l'abbé Vcrlaque écrit : pour leur donner,
(2) Mort le 1 er mai 1688, âgé de quatre-vingt-trois ans. 11 avait, sept ans auparavant, donné à son neveu le prieuré de Carénac situé dans son diocèse. (Note de M. Verlaque.)
(3) M. l'abbé Vcrlaque estropie ainsi celte fin : Je part pour Sarlat voir mon oncle. En attendant le plaisir de vous voir, M. l'abbe' Fleury, qui a travaille' plus que moi, vous donnera des renseignement.
(h) Bibl. nat., ms. fr., nouv. acq., 507, f° 34. (5) H. Verlaque ajoute : de.
juillet, à moins que Sa Majesté n'ait la bonté d'agréer qu'il fasse ce voyage, supposé que la mission dure encore en ce temps-là; un de ses collègues pourroit servir en sa place, et cet abbé nous seroit d'un grand secours. J'ai déjà pris la liberté, Monsieur, de vous parler du ministre Bernon, dont la conversion sincère et éclairée fait de grands biens à la Rochelle. Le désir de se rendre utile à ceux qui ont besoin d'instruction, et qui ont une singulière confiance en lui, l'a empêché de recevoir la pension que le roi donne aux ministres convertis. 11 a cru ce désintéressement nécessaire pour éviter les soupçons qui pourroient l'empêcher d'être écouté avec fruit. Il me parait fort à souhaiter, monsieur, qu'une conduite si (1) édifiante ne le prive pas des libéralités du roi, et que la pension lui soit gardée pour la recevoir, quand ces raisons de charité cesseront.
Je suis avec un zèle très-respectueux, etc.
Seignelay à Vàbbê de Fénelon (2).
A Yenaillei, le S5 juin 1W7.
J'ai rendu compte au roi de ce que vous avez pris la peine de m' écrire sur l'endurcissement des nouveaux convertis de la Rochelle. Il est fâcheux qu'il y ait aussi peu de disposition dans cette ville à suivre la vérité;
(1) M. Yerlaque écrit : austi.
(S; Miniitère de la marine Regittre concernant Vannée 1687, p, 43t.
3*6 LEtTItES INÉDITES DE ÉÊNELON. *
cependant la résolution dans laquelle ils paraissent è'tre, de laisser élever leurs enfants dans la religion catholique, fêta tin bon effet un jour; et c'est la chose à laquelle dn doit s'appliquer avec le plus de soin, comme celle dont on doit attendre le plus de fruit.
A l'égard des opiniâtres que vous serie2 d'avis d'éloigner, j'ai envoyé à M. Àrtidul des ordres, le nom en blanc, pour envoyer dans d'autres provinces ceux qu'il estimeroit â propos j et il sera nécessaire que Vous pre* niez la peine de vous entendre avec lui sur ce sujet.
Je suis, Monsieur, absolument à Vous.
vn
Fèmlon à Beignelay (t)«
A U Bochelle, 14 juiUtt t«87.
.... Mais ce que nous avons fait de meilleur, c'est la nombreuse famille des Bernon, avec leurs alliances qui sont fort étendues. Le ministre de cette famille est enfin un très-zélé catholique, la ferveur de sa piété égale la fermeté de sa foi ; comme sa parenté a une entière confiance en lui, il les gagne tous ; il a entre autres un cousin nommé Saignette, apothicaire célèbre dans son art, par i'invention de plusieurs remèdes connus de toute la France, qui est parfaitement converti avec toute sa famille. G'étoit un des principaux anciens du consistoire et un des chefs du parti hugue-
(I) Blbl. *fct., mi: fe, «ou*, itq., 501 , fo 40.
LETTRES INÉDITES M Fë&ÈLON. 9ST7
not, en sotte que nous le comptions, il y a trois mois, pour un des premiers qu'il faudroit exiler (1). J'espère qu'il fera dans la suite autant de bien qu'il a fait de mal. Pour le ministre Berndn, il n'a pas voulu recevoir la pension que 0a Majesté donne aux ministres convertie ; ce n'est ni bizarrerie, ni affectation ; mais il a cru devoir donner à ses parents et à ses amis cette marque de désintéressement, pour être mieux en étàt de les persuader; quand il les verra affermis, il demandera, dit-il, comme un autre, ce bienfait du toi; en effet, cette conduite éloigne tout soupçon, et lui attire la confiance de beaucoup de gens qui votit tous lëB jours lui demander en secret s'il a éclairci quelque chose dans les longues conférences qu'il a eues avec nous ; il leur montre les cahiers où il a mis toutes les objections que les protestants ont coutume de faire, avec les réponses que nous lui avons données à la marge ; par Ift, 11 leur fait voir qu'il n'a rien omis pour la défense de la cause commune, et qu'il ne s'est rendu qu'à l'extrémité.
Enfin, Monsieur, cet homme fait ici beauooup plus de bien que nous, et j'espère qu'avec le temps il eh fera encore davantage ; moins il cherche les grâces*, plus il les mérite. Pour nous* je persiste à croire que nous devons enfin laisser reposer les esprits. Il est certain que la moisson n'est pas encore mûre et qu'il ne faut pas vouloir la forcer de mûrir à la hâté. Les esprits n'ont pas assez de force pour revenir tout à coup. La coutume et la confiance avec la lassitude de leur état présent feront plus que les meilleures raisons. Les instructions de longue haleine les fatiguent et les trou- Ci) M. l'abbé Verlaqiîè écrit : exciter, ce qui n*a aucun sens.
blent; ce qui causera le plus de désertions est la pensée où ils sont qu'ils n'ont aucune trêve à espérer jusqu'à ce qu'ils soient parfaits catholiques.
Au contraire, ce qui peut les retenir, c'est de leur faire goûter quelque douceur de vie après tant d agitations, et de leur montrer qu'on veut bien les attendre avec patience. Quoiqu'ils soient de mauvaise foi lorsqu'ils demandent du temps, il est pourtant vrai qu'ils en ont besoin et que le temps fera sur eux plus qu'ils ne s'imaginent. Pourvu qu'on les oblige d'assister aux instructions communes des pasteurs, quon veille pour les empêcher de s'assembler secrètement, que leurs en" fants soient exactement instruits, la coutume fera le reste peu à peu* Je vois que dans les lieux où l'on veut faire aller l'ouvrage plus vite, il y a beaucoup d'ostentation de la part des ouvriers, et peu de conversions solides de la part des peuples. On verra, si je ne me trompe, dans deux ans, que les lieux où Von est allé si vite, seront les plus reculés. Dans les autres, où tout est libre, on est au moins assuré qu'on ne fait. aucun pas qui n'approche du véritable but. Pour tous les pauvres, ils viendront facilement si on leur fait les mêmes aumônes qu'Us recevaient chaque mois du consistoire. Cela se faisait avec beaucoup d ordre, de dis* cernement et d'économie. En observant la même règle, cette dépense n'irait pas loin. On ne donnerait qu'à ceux qui feraient bien leur devoir. Il me semble, Monsieur, qu'il faut autant qu'on peut rendre les grâces moins générales pour tous les convertis, parce qu'il y en a beaucoup qui en jouissent indignement, et les ' réserver pour ceux qui les méritent. Les fonds des con-
sistoires ou les biens confisqués des fugitifs pourraient fournir à ces aumônes que je propose (1). Nous partirons d'ici, Monsieur, dans cinq ou six jours pour Paris, selon votre proposition. Je suis avec respect.
Seigneîay à Yabbê de Fénelon (2).
À Versailles, le 15 juillet 1687.
La proposition que vous faites de ne pas continuer les missions pendant la moisson est très-raisonnable, et Sa Majesté trouve bon que vous reveniez ici. Je vous prie de vouloir bien, avant votre départ, faire un mémoire de tout ce que vous croyez devoir être observé, pendant votre absence, pour maintenir les esprits des nouveaux convertis dans de bonnes dispositions à Fégard de la religion, et de me l'envoyer afin que je tienne la main à son exécution. J'ai informé Sa Majesté de ce que vous m'écrivez au sujet des séditieux qui sont parmi les nouveaux convertis. Elle seroitbien aise d'être informée, s'il y en a un grand nombre ; veuillez me le dire pour que je lui en rende compte.
(1) Tout le passage imprimé eu italique a été omis par M. l'abbé Verlaque et rétablj par M. Gfzier.
(S) Miuistère de la marine : Registre concernant Vannée, 1867, p. S7,
MÉMOIRE DE FÉNELON, ItÉDIGÉ A LÀ DEMANDE DE SEIGNELAY, SUR LES MOTENS DE « MAINTENIR LES ESPRITS DES NOUVEAUX CONVERTIS DANS DE BONNES
dispositions a l'égard de la religion» (i).
[Fin juillet ou août 1687.]
Le vrai état des nouueaux conuertis de (2) la Rochelle est difficile à réprésenter. Gomme ils' sont fort agitez, ils changent souuent, et chacun a ses pensées fort différentes de celles des autres. Les familles sont diuisées, et ils sont en deffiance mutuelle. Les plus sages se tournent vers l'Église Catholique. Mais comme ceux la sont encore un peu flottants, les autres, qui sont ardents et opiniâtres, les retiennent. Il y en a peu qui ayent une persuasion assez viue pour se déclarer. Ceux qui résistent sont ou des visionnaires qui crôyent sentir le ëaiiit Esprit (3), ou des politiques sans religion qui (4) se soucient peu de leur reforme, mais qui haïssent et qui craignent l'Eglise catholique. Ils ne peuuent se résoudre a laisser tomber un parti dont ils etoient les
(1) Bibl. nat ms. fr., nouv. acq., 507, f° 45-51. Cette pièce e§t écrite en entier de la main de Fénelon, mais elle ne porte pas de signature. Elle parait cependant complète. M. l'abbé Verlaque Ta omise, et l'on en doit la publication à M. Gazier (Revue politiq. et liltér. du H cet, i874). Nous reproduisons l'orthographe du manuscrit.
(9) Féuelon a écrit : cette, et Ta barré ensuite.
(3) Après Saint-Esprit, Fénelon trait d'abord écrit : qui leur explique VEerilure. Il a biffé ces mots,
(4) Ne, barré.
MÉMOÎRfe DE FÉNELON. . 331
chefs, et à n'être plus rien. Ub fie forment des espérances chimériques et les sèment parmi le peuple* Sans eux le peuple se soumettrait assez facilement, «le persiste a croire cju'il faudrait écarter quelques une de ces chefs qui dogmatisent* en cas qu'ils continuent a le faire.
Ce serait des otages qu'on aurait pour empescher la désertion de leurs familles. On pourrait en enuoyer quelques uns dans les prouinces du cœur du royaume où il n'y a point eu de huguenots. On pourrait même donner aiix autres quelque petit emploi pour les éloi* gner plus doucement de leurs familles. Peut-être ne serait il point mauuais den enuoyer quelqu'un dans le Canada? C'est un pais dont ils font eux mêmes le commerce. Tout y est catholique. Le gouuerneur, l'éuêqûe et l'intendant veillerait sur eux. Il faudrait en écarter ainsi un petit nombre. M. l'Intendant cohnoit à peu prez ceux qu'il faudrait choisir.
Il est certain qu'il faut quelque autorité ici plus qu'ailleurs a cause du naturel dur et hautain des Hochellois. Dez qu'on parait les ménager, ils concluent (1) que le Roi y est obligé par l'état des affaires étrangères, ou par quelque reste secret de sa maladie, ou par la lassitude de les presser toujours. Ainsi ils s'imaginent qu'il n'y a qu'a résister, et qu'enfin on les laissera viure a leur mode, ou que du moins on leur accordera la coupé (2). Il n'y a point de visions dont ils ne se repaissent. S'ils sentent qu'on lâche la main, ils deuiendront
(i)0«, biffé.
(8) CW-è dire la commuaieri sous Ifct deux oèpèeci.
332 , MÉMOIRE DE FÊNELON.
insolents, ils s'accoutumeront à rentrer (1) dans leur ancienne liberté, peut être iront ils jusqu'à faire des . assemblées qu'il faudra punir. Tout au moins ils s'en* durciront si on les laisse prendre haleine, et on sera a recommencer quand on voudra les ramener. Peut être même qu'ils seront (2) moins souples une seconde fois qu'ils ne l'ont été la première.
Je croirois donc qu'il fautjroit les assujettir sans relasche a assister aux instructions. On pourroit y employer l'autorité sans rigueur. A l'égard de la mosse, je me contenterais de les presser tantost par de simples ordres, tantost par quelques menaces légères et gène* raies (3). Pour les sermons, je voudrois les y assujettir par de très légères amendes, ne fussent elles que de cinq sols. Mais il faudroit les faire payer sans rémission chaque semaine. En ce cas il seroit important dauoir de bons prédicateurs. Car ils se moqueroient des prédicateurs foibles qu'on les contraindroit dentendre. Il faut reseruer cette sujettion pour les instructions ou l'on est sûr qu'ils seront malgré eux édifiez de nôtre religion. C'est dans cette vue que j'ai crû capital que les Pères de l'Oratoire donnassent deux de leurs meilleurs sujets pour les deux principales paroisses de cette ville, qui dépendent deux. Ces légères amendes feçoient que toutes les familles viendroient a l'église. Elles ne seroient pas assez fortes pour causer des désertions, et elles le seroient assez pour produire l'assiduité aux instructions. Il y a eu peut être deux ou trois cents
(1) Fénelon avait d'abord écrit par inadrertance ; à leur rendre..»
(3) />{««, biffé.
(3) Légère» et générale», ont été placé» après coup dam l'interligne.
nouueaux conuertis qui sont venus nous entendre, et qui ont été ébranlez. Les autres n'y sont pas venus, de peur dêtre persuadez de nôtre doctrine. Ainsi, nous auons été presque inutiles au plus grand nombre. Tout ce qui leur est venu de nous, c'est que ceux qui nous ont entendus, et qui ont été touchez, leur ont rapporté quelque chose de nos discours. Il est certain que si on faisoit ici de suitte des instructions solides et touchantes, auxquelles tout le monde fut assidu, le gros du peuple seroit entraîné.
Selon les apparences, plusieurs en testez songent encore a déserter. Mais plus ils retarderont, plus leur ardeur se rallentira. C'est autant le mauuais état de leurs affaires que la religion qui les presse de' s'en aller. On en voit qui couurent leurs banqueroutes du prétexte de la religion. J'entens dire de tous costez (1) que les commis des fermiers du Roi gênent trop le commerce. Chaque intéressé qui passe ici fait pour sa .compagnie de nouuelles règles. Les marchands ne sauent tous les jours à quoi s'en tenir. Souuent on leur tend des pièges, et puis une confiscation les met au désespoir. Un peu de douceur et de comodité dans le commerce les retiendroit.
Ceux qui déserteront, faciliteront peut être par leur fuitte l'instruction de ceux qui ne s'en iront pas. Cependant il me semble que le plus sûr est de ne se relascher point pour la garde des costes. Ceux qui partent, appellent aprez eux ceux qui demeurent. Ils leur cachent leurs misères ; ils leur mandent les consolations qu'ils goustent auprez des ministres. Ils font plus de
(1) Qu'on, biffé.
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mal par leurs lettres aprez leur départ, qu'ils n'en sauroieiU faire par leur présence. Plus il partira de nou-r ue&ux conuertis, plus il y en aura qui voudront les suiqre. Tel ne songe point a partir, qui y songerait, si son parent ou son ami auoitpris les deuants et l'exhortoit à le suiure. L'émulation les feroit tous partir l'un aprez l'autre, et il y en aurait beaucoup que ce faux honneur eutraînerqit, quoiqu'ils en fussent très fâche*.
Je crois qu'on doit leur refuser la liberté de voir les prisonniers (1). Gomme ceux-ci ne souffrent la prison que pour se glorifier de leurs chaînes dans tout le parti, dez qu'ils yoyent quelque nouueau conuerti, ils ne parlent que de leurs consolations et de leur zèle pour le martyre. Cent prédicateurs ne sauroient faire autant de bien, qu'un seul prisonnier fait de mal quand il parle ainsi. Il ne faudrait pas même que les prisonniers eussent entr'eux la liberté de se voir.
Les Lettres de Hollande font des maux qu'on ne sauroit comprendre. Si on faisait quelque règlement gênerai pour obliger les particuliers a donner au magis* trat tous ces libelles dez qu'il[s] les auroi[eu]t (2) reçus, le tout (3) avec quelque peine comminatoire, la plupart, qui craignent destre decouuerts, obéiroient. Les autres s'abstiendraient du moins de communiquer ces libelles a leurs amis. Ils craindraient les faux frères* ils auraient peur (4) qu'on ne remarquât a la poste que les pa-
(1) Il j Mlit d'abord i Jo trois qu*on doit refuser à téut J« monde la lU bsrlé de voir foi prisonnier*. Comms \ls ne losont que pourse glorifier , elfe.
(9) Péaelon ayait commercé par mettre le pluriel, il Ta effacé pour mettre le singulier.
(3) Sous, biffé.
(4) Dsstf, biffé.
quets qui contiennent des imprimez l'Adressent à. eux* J'ai remarqué que la vigilance de M, l'Intendant pour faire demander les lettres pastorales de Juweu * eepx qu'on soupçonnait d'en auoir reçu, a été cause que plusieurs sont yenus deu* mêmes apporter celle» qu'ils auraient pu cacher..
Il me paraît (ij qu'il serait très utile de hm impri* mer en Hollande, et ensuitte de répandre cbe« les ncwh ueau* conuertis, des lettres qui montrassent le ridicule et l'emportement de celles de Jurieu* U faudroit aussi qu'elles fissent voir l'extrauagftnee des prophéties par lesquelles on (2) abuse les peuples. Aftn que ces lettres ne fussent point suspectes, il faudrait qu'elles ne parussent point catholiques, L'envie etladiuision qui régnent en Hollande entre leurs docteurs rendraient cela (3) très'vraisemhlable. On pourroit môme laisser croire que ces lettres seraient faites par Aubert de Versé (4), soeinien, ennemi implacable de Jurieu, et (5) qui écrit» en effet, tous les jours en Hollande contre lui. G' est un homme d'une rapidité à accabler trurieu. Peut être M. l'ambassadeur, qui est sur les lieux, pourrait auec un peu dargent se seruir de cet homme et de ses Semblables pour foire diuersion et pour semer des libelles qui décrieraient le parti dps ministres réfugiez en £ft
(1) Cet allfléa est marqué dam le manuscrit, à la marge, par un petit trait au crayon.
(3) Lh, bifff ,
(3) Au lieu de t cela, fréoelon avait d'abord écrit : cet arli. Le mot article n'est pat terminé.
(4) M. Gaaier a lu 1 44vwû et croit, à tort, ce, m\ tiuonym* <le *#*gié. Toir La France proteetante, I, 147.
(5) Les mots : ennemi implacahU 4a Jmrieu et, sont ajoutés dans rinterjifao.
pais la. Du moins ces libelles seraient lus ici auec empressement et auec fruit.
Je crois qu'on pourrait faire en même [temps] (1) trois choses dont la dépense n'irait pas loin, et qui auanceroient bien l'ouurage. La première serait de donner des pensions secrettes a certains chefs du parti qui commencent a reuenir de bonne foi. Par eux on saurait beaucoup de choses importantes, et on se seruiroit deux pour faire entendre raison a quantité de petits esprits qui ne veulent point écouter les docteurs catholiques, mais qui écoutent volontiers ces demi docteurs qu'ils croyent neutres entre les deux partis. 11 y a peu de gens en cette ville quiayentdes pensions. Plusieurs mêmes (2) de ceux qui en ont ne s'en rendent gueres dignes. On pourrait, en supprimant les pensions de ceux qui font mal, faire un fonds presque suffisant pour ces pensions secrettes. Lorsque ceux qui font mal se remettraient a faire mieux, on pourrait leur, rendre leurs pensions.
La seconde dépense serait de faire un fonds réglé pour continuer les aumosnes du Consistoire. Les nouueaux conuertis les continuent, et voua voyez bien que ce pauure peuple n'a garde de se déclarer contre une religion pendant qu'ils sont nourris par ses plus zeiez deffenseurs. Cette aumosne ne monterait pas a une grande somme, et elle engagerait tous ces pauvres a assister aux instructions. Ainsi on rendrait sûrement par la beaucoup de familles catholiques.
La troisième dépense serait pour des maîtres et des
(l) Fénelon a oublié d'écrire ce mot.
(Si) Fénelon avait écrit c#WM*/me#, qui lai a Mmblé trop général.
maitresses decole. Les peuples n'ont pas de quoi les payer. Ils s'épuisoient pour en auoir autrefois de leur religion. Mais on ne les réduira jamais a payer régulièment des gens qu'ils regarderont comme les empoisonneurs de leurs en fan s. De plus il faudroit en auoir de bons, car (1) toutes les hqnnestes familles ne peuuent se résoudre a enuoyer leurs enfants chez des maitres qui auroienfc eux mêmes besoin destre instruits. Je crois même qu'il faudroit donner de quoi auoir de petits prix pour recompenser a l'école et au catéchisme ceux qui font le mieux. C'est le moyen d'exciter l'émulation parmi les enfans, et de faire préualoir la bonne instruction sur la séduction des parents.
Enfin je suis persuadé qu'on doit veiller beaucoup pour empescher les ventes do biens et de meubles, les aliénations, les gros emprunts, -et même les changements de domicile qui ne seront pas fondez sur quelque nécessité manifeste*.
Si on pratique exactement ces choses pendant un an, je crois qu'alors la pluspart des gens, lassez de leur état et accoutumez a aller a l'église, ne songeront plus qu'a demeurer paisiblement catholiques. L'instruction les aura touchez, le tems les aura adoucis. Plusieurs auront honte daller assidûment a l'église par la crainte dune légère amende, ils voudront, pour leur honneur, faire entendre qu'ils y vont par persuasion. En voila assez pour les détacher du parti, et pour leur faire chercher des raisons qui les persuadent en nôtre faueur. C'est ainsi qu'ils sont faits.
(I) Fénelon a?ail d'abord écrit : car autrement.
Voila comment je voudrais les préparer pendant une année entière a une forte mission qu'on pourroit leur donner en Fan 1689. C'est le teins de leurs folles prophéties. Alors leurs espérances s'euanouiront. De plus, ils auront été accoutumes a nôtre doctrine ; si des missionnaires sages, doux et propres a prescher venoient alors, ils courroient en foule pour les entendre, et ils se laisseraient conduire aux sacrements. Cependant il no leur faut aucune oontrouerse seiche qui les animerait a la dispute. Il leur faut des pasteurs qui insinuent la doctrine catholique et qui effacent (1) insensiblement leurs préjugea. Les prières les charment. Il faudrait leur en donner. Ils demandent aussi des leotures publiques du Nouueau Testament pendant que le peuple attend le sermon ou l'office. Je sais qu'il est a craindre qu'ils n'abusent de ces petites condescendances. Aussi ne fais je que rapporter leur ardent désir. Il seroU a souhaitter qu'en les obligeant d'aller a l'église jon leur y Ht trouuer quelque consolation qui ne changeât rien de la conduite de l'Eglise, sur laquelle il ne faut jamais rien relascher.
(1) Manuscrit : qui fjfaef»
I* père Aymar de la compagnie de Jésus à M. l'abbé de Cordemoy chez M. des Combe.s rue des Grands- Augustins à Paris (1).
A Mareime», 14 may 1898.
J'ay compris par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire du 4 de may que nos missions vous tiennent toujours au cœur, et que vous prenez toujours interest à ce qui les regarde. Vous avez en effet trop de part à tout le bien qu'on y a fait jusqu'ici pour les négliger, et pour ne pas vous employer auprès des puissances dont vous avez l'oreille, afin d'obtenir leur protection. L'ordre gênerai est absolument nécessaire, et il faut que la cour ne comprenne pas que la chose presse, pour le différer si longtemps. Les ministres réfugiez profitent de ce délai, et écrivent tous les jours des lettres circulaires qui font tout l'effet qu'ils en attendent. Nos mal convertis deviennent tous les jours plus opiniâtres et plus insolens, et se confirment de plus en plus dans la pensée qu'on n'ose les inquiéter, et qu'on veut les laisser en repos. Ceux qui auroient quelque bonne disposition à être catholiques de bonne foi, n'ont pas le courage de se déclarer de peur de s'attirer les
(t) Bibl. nat., ma. fr., nouv. acq., 507, f° 51. Cette lettre nom parait être restée jusqu'ici inédite.