OBSERVATION II
PRES par l'Amanite panthère (D* Brérrix, in Revue Médicale de la Franche-Comté, 10 sept. 1909).
Le 23 août 1909, vers 11 heures du soir, j'étais appelé chez M. C... pour un empoisonnement provoqué par des champignons, me disait-on.
C... est un homme de quarante ans, célibataire, bien portant, sans habitudes alcooliques.
Arrivé chez lui, son entourage m’apprit qu’il avait absorbé le soir, vers 7 heures, un plat de champignons variés composé en grande partie de Chanterelles (Roussotes) et de Bolets. |
C..., quand je le vis, était agité, gesticulait, criait et appelait, tout en les menaçant, des personnes imaginaires; puis, brusquement, il se mettait à rire aux éclats. Il ne me reconnut pas tout d’abord, bien que je l’eusse déjà soigné à deux reprises.
On me déclara qu'il avait eu deux vomissements : je me les fis présenter. C’étaient des vomissements alimentaires et bilieux, composés en grande partie de champignons non digérés. Il en eut encore deux en ma présence, de même nature que les précédents. Le pouls était à 100, le facies tiré. Le foie n’était ni gros, ni sensible, mais par contre le creux épigastrique présentait une hyperesthésie douloureuse très accentuée.
Je fis immédiatement administrer un lavement huileux, ce qui ne fut pas chose facile, étant donnée l’agitation du malade; et je fis une piqûre de 25 centigrammes de caféine.
L’intestin, sous l’influence de ce lavement et aussi par suite de poisons renfermés dans les champignons, se débarrassait rapidement et le malade s’endormit d’un sommeil de plomb.
Le lendemain, C... ne se rappelait que vaguement de son aventure de la veille. Le pouls était à 88, la langue empâtée.
Émission, en ma présence, de 200 grammes environ d’urines troubles.
Je fis prendre un purgatif de 35 grammes d’huile de ricin, et, trois jours après, C... était sur pied.