‹ L'Intoxication FongiqueChapitre 40 sur 54 · LENS EE · texte numérisé non relu

LENS EE

‘J’administre cependant de l’huile de ricin, puis, remède empirique, la poudre de charbon, qui est d’ailleurs mal supportée et vomie. Je prescris une potion avec teinture de belladone, acétate d’ammoniaque et sirop d’éther, puis, les douleurs devenant atroces, je fais une piqûre de morphine. Malgré tout la nuit est mauvaise, la diarrhée et les vomissements continuent, l’agitation est extrême, accompagnée d’oppression; le pouls reste assez bon, mais l’anurie est & peu près totale ; les te sont contraetées. La-soif est vive, mais l'intolérance de ie tomac à peu près complète; le lait que j'ai prescrit est vomi aussitôt qu’absorbé.

Le lendemain et le surlendemain mêmes-phénomènes avec tendance à l’atténuation des douleurs, des vomissements et de la diarrhée, mais avec augmentation de l’agitation, qui devient extrême; des crampes se manifestent dans les mollets et les cuisses; Panurie est toujours presque complète (150 centimètres cubes à peine par vingtquatre heures).

Le soir du troisième jour, le chat de la maison, qui avait léché le plat de champignons, est trouvé mort, sans qu’on ait constaté, probablement faute d’attention, aucun symptôme préalable.

Le quatrième jour, les douleurs s’apaisent, les vomissements cessent ainsi que la diarrhée ; le pouls reste assez bon, mais l'urine est toujours rare et bilieuse; le malade est plus calme et cause posément.

Le cinquième jour, la situation est à ce point améliorée que, bien qu’averti des rémissions possibles et non durables dans les cas analogues, je donne un peu d’espoir à la famille. Un nouveau symptôme toutefois ne tarde pas à apparaitre qui, avec la rareté persistante de urine, me fait réserver mon pronostic : les conjonctives prennent une teinte subictérique : il est à craindre que le foie, ayant emmagasiné un poison qui n’a pas été éliminé, ne succombe à la tâche, et que n’éclate le syndrome ictère grave, conséquence de l’adultération de son parenchyme.

De fait, les événements se précipitent dans la nuit di cinquième au sixième jour : l'agitation reparaît, plus violente; un délire actif s'empare du malade que plusieurs personres doivent maintenir dans son lit; le lendemain matin, je le trouve anxieux, oppressé, délirant, sans connaissance, et franchement ictérique; le pouls devient arythmique; j’injecte éther et caféine, mais, dans l’après- -midi, à cette agitation succède le coma et le malade meurt à 6 heures, dans le te six jours exactement après l’absorption du poison.

L'espèce toxique a pu être déterminée; il s’agit de l'Amantta phatloides, dont quelques échantillons, présentés à la famille par M. Harla, pharmarien à Charleville, ont été formellement reconaus.

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