CHAPITRE PREMIER
La tuberculine et le diagnostic de la tuberculose
On ne connaissait guère autrefois que les formes graves de la tuberculose pulmonaire qui se traduisaient par les signes cliniques de la phtisie, soit chronique, soit aiguë, et la grande majorité des médecins considéraient cette maladie comme un mal qui ne pardonne pas.
. Peu à peu on est arrivé à dépister les premiers signes de l'invasion tuberculeuse de l’organisme, se traduisant alors soit par une série de symptômes généraux relevant de l’intoxication bacillaire, soit par des signes locaux qui se révèlent seulement par des modifications respiratoires fines, si bien étudiées par M. le professeur Grancher.
Cette évolution n’a pas porté uniquement sur la tuberculose pulmonaire, mais aussi sur celle des autres organes. Au niveau de la peau, par exemple, à côté des tuberculoses ulcéreuses et gommeuses typiques, a été
peu à peu découverte toute la série des tuberculides
cutanées typiques et atypiques.
De même fut découverte de jour en jour toute la série des localisations du bacille de Koch sur l'organisme.
Mieux connue, la tuberculose put être mieux combattue, et l'on est obligé de reconnaître aujourd’hui ae dans ses formes communes, elle guérit souvent.
Mais pour que ce mal guérisse, pour éviter qu'il ne se transforme et prenne une allure plus dangereuse, il faut le dépister de bonne heure. Dans la tuberculose pulmonaire, entre autre, on sait combien il importe de découvrir cette infection dès ses premières étapes. Un diagnostic précoce est le principal élément de succès.
Si, par la méthode clinique, le diagnostic est facile, voire même évident, lorsqu'il s’agit d’un malade gravement atteint, il devient vraiment délicat quand l’en est en présence de l’une de ces formes frustes et torpides de l'infection bacillaire, frappant souvent des organismes résistants. |
La clinique a donc besoin de faire appel à des procédés plus précis, plus spécifiques, fournissant en outre des indications indépendantes de l’erreur de nos sens. Seule l'étude biologique du bacille tuberculeux et des réactions de l'organisme à son égard peut les lui fournir.
De nombreux travaux des bactériologistes nous en ont fait connaître plusieurs.
Parmi ces méthodes, les unes, comme le séro-diagnostic de S. Arloing et J. Courmont, le cyto-diagnostic de Widal et Ravaut, l'étude des formules cellulaires des épanchements liquides des cavités séreuses, les réactions qui ont pour objet de rechercher l'existence d'anticorps
ou d’autres substances qui se rencontrent seulement
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dans le sang des sujets récemment infectés par le bacille de Koch (tels sont la réaction de Bordet-Gengou et le procédé de Calmette de l’activation du venin ‘de cobra par le sérum des tuberculeux), restent à proprement parler que des procédés de laoratoire.
D’autres, comme la recherche directe du bacille dans les tissus et exsudats pathologiques, l’inoculation expérimentale au cobaye, restent trop souvent sans résultat.
La recherche du bacille dans les crachats restera également négative, le plus souvent, tant qu'il ne s’agira pas de lésions ouvertes.
De même, en dermatologie, on sait combien la plupart du temps est illusoire la recherche directe du bacille dans les tuberculides cutanées, combien est inconstante leur inoculation au cobaye.
C'est dans ces cas que le clinicien doit fouiller son malade pour rechercher tous les signes parfois si frustes qui témoignent de l'infection tuberculeuse.
On conçoit alors combien est précieuse une méthode qui pourrait renseigner sur l'absence ou la présence d’un foyer de tuberculose dans cet organisme. Ces renseignements nous seront fournis par la réaction de la tuberculine introduite depuis bientôt vingt ans dans la science et la pratique médicale par Robert Koch.
On n'a certes pas perdu le souvenir de l'émotion inouïe que souleva en 1890, dans le monde médical et extra-médical, l'apparition de la lymphe de Koch. Ce mystérieux liquide devait servir à'la fois de révélateur infaillible et de remède spécifique de toute lésion tuber-
culeuse.
Bien vite, hélas, la déception, le découragement complet succédèrent à l'enthousiasme du début: en effet, on obtenait avec la lymphe non seulement aucune guérison authentique, mais souvent des aggravations passagères et même persistantes. Bref, une année ne s'était pas encore écoulée, que ni malades, ni médecins ne voulaient plus entendre parler de la tuberculine.
Mais si on dut reconnaître que cette substance n’avait guère de valeur thérapeutique à la façon dont on l'employait alors, on songea à utiliser les réactions fébriles qu’elle provoque pour aider au diagnostic précoce de la tuberculose.
Lèencore, au début, les morts par granulie ou les congestions au niveau des lésions et les accès de fièvre se montrèrent avec une telle brutalité, que ce procédé fut repoussé comme moyen de diagnostic par le plus grand nombre des médecins.
Cependant, plusieurs cliniciens ne purent se résigner à l'abandon d’un réactif si précieux, et MM. Grasset et Vedel, M. le professeur Hutinel montrèrent qu'en opérant prudemment avec des doses plus faibles, on pourrait se mettre à l’abri des dangers, tout en obtenant des résultats avantageux.
Les essais tentés par les vétérinaires d’abord, puis par les médecins, montrèrent que l'emploi raisonné de la tuberculine constituait une méthode de diagnostic pratique et inoffensive. La lutte fut vive et dura longtemps, et si aujourd'hui la victoire n’est pas encore complète, on peut considérer la cause du tubereulino-
diagnostic comme gagnée en médecine vétérinaire, où
Ed
ce procédé est devenu un procédé classique enseigné dans les livres et les cours de l’école d’Alfort.
En médecine humaine, il ne faut pas se dissimuler que son emploi est délicat, mais entre des mains exercées et habiles le tuberculino-diagnostic a donné des résultats très remarquables. La plupart des médecins de sanatorium, du reste, sont convaincus de son utilité
pour dépister et affirmer la tuberculose.