I. — La découverte de Koch
Le { août 1890, au Congrès des Sciences médicales de Berlin, Koch déclarait avoir découvert une substance particulière, capable d'arrêter la production de la tuberculose chez les animaux. Il ne donnait aucun détail, ni sur la composition de la substance, ni sur la façon dont ‘il avait été conduit à faire sa découverte. Mais cette communication, quelque incomplète qu'elle füt, mit . immédiatement en émoi tout le monde savant et médical. Aussi on conçoit l’impatience avec laquelle. était attendue une seconde communication plus complète. Ce fut le ro novembre 1890 que parut à Berlin cette seconde communication où Koch affirmait avoir trouvé upe substance liquide spéciale qu’il avait pu injecter à l’'hommesans avoir provoqué un seul abcès. Il décrivait les réactions obtenues chez le malade après une injection de cette substance et prétendait que consécutivement les lésions tuberculeuses rétrocédaient ; il n’apportait pas encore d'exemples de tuberculoses guéries en raison que ses expériences étaient établies depuis
trop peu de temps. D’autres médecins allemands firent
es mêmes expériences el tous avaient les mêmes résultats, à savoir: Partout où il existe de la tubercülose en voie d'évolution, l'injection détermine des phénomènes d'une ’ntensité extrême et cette élection ne se traduit que lorsqu'il y a de la tuberculose.
Les critiques et les objections arrivèrent bientôt et l'enthousiasme de la première heure tomba rapidement, car, deux mois après le début des injections, personne n'avait encore vu de cas bien établis de guérison.
En France, ce fut à l'hôpital Laënnec, dans le service du professeur Cornil, que les premières injections furent faites, au milieu d'une nombreuse assistance, le 29 novembre 1890. Mais bientôt, M. Cornil, découragé par le résultat de ses expériences, suspendit les injections; les conclusions qu’il apportait n'étaient guère favorables à la nouvelle méthode. En somme, il n’avait pas vu non plus de malades guéris, ni même améliorés; par contre, il avait vu plusieurs fois des accidents se produire.
Le découragement gagna aussi les médecins allemands et les disciples de Koch eux-mêmes. On reconnut vite les méfaits de la tuberculine et on ne lui trouva nulle action efficace.
La méthode aboutissait ainsi à un désastre, et la question de la guérison de la tuberculose n'avait pas fait un pas de plus. |
Quoi qu'il en soit, et malgré les déceptions éprouvées, il n’en restait pas moins acquis un fait considérable : les
travaux de Koch avaient conduit à la découverte d’une
substance spéciale qui avait incontestablement une affi-
nité toute particulière pour le tissu tuberculeux.
II. — Usage de la tuberculine pour le diagnostic de la tuberculose chez les bovidés
Quand parurent les comptes rendus des expériences de Koch, les vétérinaires, frappés de la réaction fébrile produite par la tuberculine chez les individus tuberculeux, se demandèrent s'ils n’en pourraient pas tirer parti pour faire le diagnostic de la maladie chez les bovidés, où la tuberculose faisait d'énormes ravages.
À cet effet, la Société de Médecine vétérinaire pratique de Paris nomma, dès décembre 1890, une commission chargée d’entreprendre des expériences, et les premiers résultats furent publiés au Congrès de la Tuberculose en novembre 1901. Malgré le petit nombre d’expériences faites à ce moment, le procédé donnait déjà de superbes espérances. Aussi la méthode fut-elle mise à l’essai dans la plupart des pays d'Europe. M. Nocard, entre autres, fut ün des plus vaillants propagateurs de ce procédé ; après une première série d'expériences concluantes, il se consacra entièrement, en 1892, à cette question, et au Congrès de la Tuberculose de 1893 il apporta une statistique basée sur un tel nombre de cas que l’hésitation n’était plus permise.
En même temps, paraissait dans toutes les nations européennes des rapports qui corroboraient les résultats de ces expériences et en confirmaient les conclu-
sions, à savoir que la {uberculine possède, à l'égard
des bovidés tuberculeux, une action spécifique incontestable, se traduisant par une élévation de température.
On voit donc que les résultats de ces nombreuses inoculations avaient été très importants ; ils avaient établi que la tuberculine possédait nettement un pouvoir révélateur de la tuberculose chez les bovidés. En résumé, tous les animaux qui avaient réagi étaient bien tuberculeux ; si quelques-uns, quoique non tuberculeux, avaient présenté une élévation thermique de quelques dixièmes de degré, la réaction avait été beaucoup moins intense, toute différente et ne permettant pas la confusion.
A la suite de tous ces travaux, la cause du diagnostic de la tuberculose par la tuberculine chez les bovidés était tout à fait gagnée en médecine vétérinaire ; aujourd’hui le procédé est classique.
L’hygiène publique s’en est emparée et, dans plusieurs villes, l'examen par la tuberculine est ordonnée dans les laiteries. Il est imposé aux bestiaux étrangers qui franchissent la frontière. Dans les fermes de l'Etat, l'injection du liquide de Koch a été rendue obligatoire ; bon nombre de fermiers particuliers, soucieux de leurs
intérêts, en usent fréquemment.